Constitutional Conference, Proceedings (5-7 February 1968)


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Date: 1968-02-05
By: Secretariat of the Conference
Citation: Constitutional Conference, Proceedings (Ottawa: 5-7 February 1968).
Other formats:


CONSTITUTIONAL
CONFERENCE

PROCEEDINGS

First Meeting
February 5-7, 1968
Ottawa

CONFÉRENCE
CONSTITUTIONNELLE

DÉLIBÉRATIONS

Première réunion
le 5-7 fevrier 1968
Ottawa

©

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ROGER DUHAMEL, F.R.S.C.

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1968

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RÛCiER DUHAMÈL, M.S.R.(‘.
Imprimeur de la Reine ct (Înntnïltàur tlc la Pupctcric

Ottawa, Canada
1968

FOREWORD

It was in the midst of the events marking the centenn-
ial of Canada’s confederation that my predecessor, the Right
Honourable Lester B. Pearson, announced his intention to con-
vene a conference which would, among other things, consider
the possibility of a constitutional Charter of Human Rights
for Canada. It was his thought that the conference could
lead on to a broader examination of our constitution in rela-
tion to present problems and to the conditions likely to pre-
Vail in our second century. The Conference met in Ottawa on
February 5, 6 and 7, 1968 under Mr. Pearson’s chairmanship.
The agenda had, by that time, been expanded to include, as
well as the proposed Charter of Human Rights, discussion of
the recommendations of the Royal Commission on Bilingualism
and Biculturalism, problems of regional disparity, and the
desirability of a general review of the Constitution. The
proceedings of the Conference are recorded in this volume.

This Constitutional Conference will be remembered both
for its procedure and for its results.

It was the first major federal—provincial conference
to be made accessible to all Canadians on radio and television.
This underlined the importance of the discussions and facili-
tated public involvement in planning the future of our feàeral
system.

Of the decisions taken at the Conference and recorded
here, at least two seem to me of historia significance.

One was the consensus reached on the need for equality
Of language rights, With the establishment of a special com-
mittee to consider appropriate action. This was the first
joint commitment of all governments to this principle of equal—
ity.

The other was the decision to undertake a process of
constitutional review. To this end a continuing Constitution-
al Conference was established, and a continuing committee of
officials was set up to assist the Conference. This is the
first joint attempt of all governments since Confederation to
make a general re—assessment of the provisions of the consti-
tution.

The full significance of these decisions will not be
known for some time. The special committee on languages and
the continuing committee of officials have both met since the
February Conference and have commenced their tasks. Their

iv

AVANT-PROPOS

L’an dernier alors que nous célébrions le centenaire
de la confédération canadienne, mon prédécesseur, le très
honorable Lester B. Pearson, convoquait une conférence des
premiers ministres afin d’étudier, entre autres choses, la
possibilité de doter le Canada d’une Charte constitutionnelle
droits de l’homme. Une telle conférence, selon M. Pearson,
pourrait conduire à un examen approfondi de notre constitution
face aux problèmes présents et aux besoins futurs. La confé-
rence s’est réuni à Ottawa les 5, 6 et 7 février, 1968, sous
la présidence de M. Pearson. L’ordre du jour contenait, outre
in proposition d’une Charte des droits de l’homme, un examen des
recommandations de la commission royale d’enquête sur le bilin-
guisme et le biculturalisme, le problème des inégalités régio-
nales et la question de l’opportunité d’une révision générale

de la constitution. Les délibérations de cette conférence

sont consignées dans ce volume.

Cette conférence constitutionnelle passera à l’histoire
tant pour sa forme que pour ses résultats. C’était la première
fois qu’une conférence fédérale-provinciale de cette envergure
était rendue accessible à tous les Canadiens par le truchement
de la radio et de la télévision. La présence des média d’in-
Formation accentuait l’importance des entretiens et facilitait
la participation du grand public aux délibérations portant sur
l’avenir de notre régime fédéral.

Deux des décisions prises par la conférence me semblent
d’une importance majeure. L’une est la reconnaissance unanime
de la nécessité de réaliser l’égalité linguistique. Afin de
réaliser cet objectif la conférence créa un comité spécial à
cet effet. C’était la première fois que tous les gouvernements
s’engageaient conjointement à reconnaître ce principe d’égalité
linguistique. L’autre fut la décision de mettre sur pied un
mécanisme de révision constitutionnelle. La conférence consti-
tutionnelle devint une institution permanente. Un comité de
fonctionnaires fut constitué pour l’assister. Depuis 1867,
c’était la première tentative conjointe de tous les gouverne-
ments de reviser l’ensemble de la constitution.

Il faudra quelque temps pour connaître toute la portée
de ces décisions. Cependant le Comité spécial des langues
officielles et le Comité permanent des fonctionnaires se sont
déjà tous deux réunis et ont commencé leurs travaux. Leur
succès, comme celui de la conférence permanente, exigera la
collaboration et la bonne volonté de tous les gouvernements.
J’espère que l’esprit de la première conférence constitution-

success, and the success of the continuing Conference, will
require the energies and goodwill of all governments. I hope
that the spirit of the first Constitutional Conference will
prevail, to sustain this work in the future.

Whatever may be the final results of our constitution-
al deliberations, this Conference will be regarded as an
historic event. At its closing session Mr. Pearson related
the anecdote of the woman who, when told of the martyr who
walked five miles carrying his head under his arm, said “The
distance was not important. It was the first step that count-
ed.” Mr. Pearson will long be remembered as the Prime Minis-
ter who led us in taking this first step.

NOVEMBER 1968

nelle continuera à animer tous nos travaux.

Quels que soient les résultats ultimes de nos délibé-
rations constitutionnelles, cette conférence sera toujours
considérée comme un événement historique. A la dernière séan-
ce, M- Pearson racontait l’histoire de la femme qui, apprenant
qu’un martyr avait marché cinq milles avec sa tête sous le bras,
aurait dit: “Ce n’est pas la distance qui compte: c’est d’avoir
fait le premier pas”. On se souviendra de M. Pearson comme
étant le premier ministre qui a contribué à nous faire faire le
premier pas.

NOVEMBRE 1968

vii

CONTENTS

Foreword iv
,
Heads of Delegations x

Agenda xii

FIRST SESSION: Monday Morning, February 5
Opening Statements 1
SECOND SESSION: Monday Afternoon
Opening Statements (continued) 65
THIRD SESSION: Tuesday Morning, February 6
Discussion of Opening Statements 205
FOURTH SESSION: Tuesday Afternoon
Rights of Canadians
— Recommandations of Royal Commission
on Bilingualism and Biculturalism 251
– A constitutional Bill of Rights 265
Questions of Regional Disparity 333

FIFTH SESSION: Wednesday Morning, February 7
Questions of Regional Disparity (continued) 359
Rights of Canadiens: Recommandations of

Royal Commission on Bilingualism and
Biculturalism 449

SIXTH SESSION: Wednesday Afternoon

Rights of Canadians: Recommendations of’
Royal Commission on Bilingualism and
Biculturalism (continued) 463

Further Constitutional Review 515

Other Business . . . . . . . . . . . . . . .537

Closing Remarks . . . . . . . . . . . . . .539

Appendices

A – Consensus on Language Rights _ _ _ _ _ _ 545
B – Proposals adopted by the Conference _ _547

TABLE DES MATIERES page

Avant-propos v
Chefs de délégation xi
Ordre du jour xiii

PREMIER SEANCE: lundi matin, 5 février
Discours d’ouverture 2
DEUXIEME SEANCE: lundi après-midi
Discours d’ouverture 90
TROISIEME SEANCE: mardi matin, 6 février
Débat sur les discours d’ouverture 206
QUATRIEME SEANCE: mardi après-midi
Les droits des Canadiens
-Recommandations de la Commission royale d’enquête
sur le bilinguisme et le biculturalisme 256
Une déclaration constitutionnelle des droits 268
Les disparités régionales 334

CINQUIEME SEANCE: mercredi matin, 7 février
Les disparités régionales (suite) 360
Les droits des Canadiens: recommandations
de la Commission royale d’enquête sur
le bilinguisme et le biculturalisme 446

SIXIEME SEANCE: mercredi après-midi
Les droits des Canadiens: recommandtations
de la Commission royale d’enquête sur
le bilinguisme et le biculturalisme (suite) 460
Autres questions constitutionnelles 512
Autres questions 534
Denières remaqrques 536

Appendices

A- Accord unanime sur les droits linguistiques 546
B- Propositions adoptées par la Conférence 548

HEADS OF DELEGATIONS

The Right Honourable Lester B. Pearson, Prime Minister of Canada

Honourable John Robarts, Prime Minister of Ontario
Honourable Daniel Johnson, Prime Minister of Quebec
Honourable G.I, Smith, Premier of Nova Scotia
Honourable L.J. Robichaud, Premier of New Brunswick
Honourable W.C. Weir, Premier of Manitoba
Honourable W.A.C. Bennett, Premier of British Columbia
Honourable A.B. Campbell, Premier of Prince Edward Island
Honourable W. Ross Thatcher, Premier of Saskatchewan
Honourable E.C. Manning, Premier of Alberta
Honourable J.R. Smallwood, Premier of Newfoundland

CHEFS DE DELEGATIONS

Le très honorable Lester B. Pearson, Premier ministre du Canada
L’honorable John Robarts, Premier ministre d’Ontario
L’honorable Daniel Johnson, Premier ministre du Québec
L’honorable G.I. Smith, Premier ministre de la Nouvelle—Ecosse
L’honorable L.-J. Robichaud, Premier ministre du Nouveau-Brunswick
L’honorable W.C. Weir, Premier ministre du Manitoba
L’honorable W.A.C. Bennett, Premier ministre de la Colombie-Britannique
L’honorable A.B. Campbell, Premier ministre de l’Ile-du-Prince—Edouard
L’honorable W. Ross Thatcher, Premier ministre de la Saskatchewan
L’honorable E.C. Manning, Premier ministre de l’Alberta
L’honorable J.R. Smallwood, Premier ministre de Terre-Neuve

xi

AGENDA

1. Opening statements.

2. Rights of Canadians

(a) Recommendations of the Royal Commission

on Bilingualism and Biculturalism;

(b) A Constitutional Bill of Rights.

3. Further Constitutional review.

4. Questions of regional disparity.

5. Other matters.

xii

ORDRE DU JOUR

1. Discours d’ouverture.

2. Les droits des Canadiens

(a) Recommandations de la Commission royale
d’enquête sur le bilinguisme et le bi-
culturalisme

(b) Une déclaration constitutionnelle des
droits.

3. Autres questions constitutionnelles.

4. Les disparités régionales.

5. Autres questions.

xiii

FIRST SESSION: MONDAY MORNING, FEBRUARY 5

OPENING STATEMENTS

The Right Honourable L.B. Pearson: To order, please.
I would like to begin by welcoming my colleagues and my
friends to this conference. I hope that they will have not
only a profitable but enjoyable time in Ottawa during the
days that we are here.

There are times in the life of a country when the
assurance of good intentions, the discharge of normal duty
and acceptance of routine responsibility, are not enough.
What such times demand is the exercise of courage and deci-
sion that go far beyond the needs of the moment. I believe
that this is such a time for Canada. Here the road forks.
If we have the resolution and the wisdom to choose now the
right course and to follow it steadfastly, I can see few
limits to What We may achieve together as a people. But if
we lack the courage to choose, or if we choose wrongly, we
will leave to our children and our chi1dren’s children a
country in fragments, and we ourselves would have become the
failures of Confederation.

Today forces of change are abroad in the world, They
are wiping out old landmarks and are making some old tradin
tions seem hardly relevant. I am not wise enough – perhaps
no one is wise enough – to know all the causes of these move-
ments of change or to define their direction or their ulti-
mate outcome. But no one can be unaware of their presence
and their power. They are having a deep, and at times a dis-
concerting effect on the hopes of the young and on their re-
lation to society. They are leading to a wide search by
them for new patterns of self-fulfilment, a search which I
believe governments should encourage and direct so that it
can meet new conditions and new aspirations.

These forces of change are having their effect not
only on the lives of individuals but on the structure of
government and on the structure of states; and in all countries.
Here in Canada they have been working as solvents on Confeder-
ation itself and on the whole pattern of our national life.

In this day, it is folly to think that a country, or
a region, or a province, can be an island unto itself. I
have spent much of my life in international negotiation and in
attempting to settle international disputes. I think I know

PREMIERE SEANCE: LUNDI MATIN, 5 FEVRIER

DISCOURS D’OUVERTURE

(Traduction)

Le très honorable L.B. Pearson: A l’ordre, s’il vous
plaît! Qu’il me soit permis de commencer en accueillant ici
mes collègues et amis. J’espère que les jours que nous aurons
à passer ensemble ici s’avéreront non seulement utiles mais
agréables.

Il est, dans la vie des nations, des époques où qui-
conque se contente d’exprimer de bons sentiments, de s’acquit-
ter de ses fonctions habituelles, d’accepter des responsabili-
tés simplement normales, n’en fait pas assez. Ces époques
exigent des manifestations de courage et un esprit de décision
qui vont loin au-delà des simples nécessités de l’heure. Le
Canada, il me semble, traverse en ce moment une telle époque.’
Il est à la croisée des chemins. Pour peu que nous ayons la
sagesse et la détermination qu’il faut pour choisir la bonne
voie, et pour nous y tenir sans défaillance, rares sont, je
pense, les espoirs qui ne sont pas permis à l’action conjuguée
de notre peuple. Mais si, au contraire, nous avons peur de
choisir – ou si notre choix est mauvais – c’est un pays en
morceaux que nous laisserons à nos enfants, et aux enfants de
nos enfants. C’est à nous que sera imputé l’échec de la
Confédération.

Notre monde est aujourd’hui soumis, plus que jamais,
à la loi du changement; ce qui servait autrefois à éclairer
notre route disparaît et, parmi les traditions anciennes,
plusieurs ne semblent désormais plus valables. Je n’ai pas
la sagesse qu’il faut — personne, peut-être, n’en est doué –
pour comprendre toutes les causes de ces forces de transfor-
mation, pour en définir le sens ou l’aboutissement. Pourtant,
personne ne saurait nier leur persistance ou leur force. Elles
perturbent profondément, d’une façon parfois déconcertante,
les espoirs de notre jeunesse et ses rapports avec la société.

(Rt. Hon. L.B. Pearson)

about as well as most the need to curb national sovereignty
and centralized power in the interests of the freedom of
people and of international order and the need to work towards
the day when there will be an effective world organization
covering the globe. But I also know that that day is far
away. I know that for a long time to come there will be a
need for states, federal and unitary, to mediate between the
weaknesses and the splendor of individuals and the larger,
rarer, undifferentiated atmosphere of any imaginable world
community. There will long be a need for some intermediate
viable political environment where an individual can live
and breathe and know himself in surroundings richer, more
familiar, more native to him, than the more rarefied atmos-
phere of the international world.

Of all the countries in the world that stand in this
way between man and his global environment, between the tra-
ditions of the past and the hopes of the future, there is
none that has the promise of Canada if we can stay together.
Ours is one of the freest countries in the world. Ours is
one of the richest. Everything that is possible in the world
is possible here. Canada’s expanse is broad and breathtaking.
Our wealth in natural and human resources is great. We have
men and Women of ability, skill, energy and resolve, and we
have a solid dual foundation on which to build.

But I am also thinking of deeper things. I am think-
ing of how Canadians have worked and built together for more
than a hundred years to open up and develop this country and
bind it closer. I am thinking of how in good times and bad,
Canadians from different parts and of different origins have
managed to compose their differences with only a minimum of
violence or bitterness. I am thinking of the achievements —
which are greater than we realize — the achievements that we
have made already in the realm of the mind and the spirit.
And I am thinking also of what I detect among Our young
people today, a desire to outstrip those achievements.

Those are some of the reasons which explain why Canada
is dear to us all. But there is a simpler reason in all this,
for my feeling it is simply that Canada is ours; that it be-
longs to us, and – in a deeper sense still — that we all
belong to ig, We all have our individual memories and our
local loyalties that tie us to this land. For each of us
those memories and loyalties are different. But they are
overlapping. And it is that overlapping tissue of loyalties,
involving our hearts more than our minds, which more than
anything else constitutes this country. To tear apart these

(Le très hon. M. Pearson)

Elles suscitent chez cette même jeunesse la recherche d’autres
formes d’épanouissement personnel, recherche que les pouvoirs
publics doivent du reste, à mon avis, favoriser et diriger de
façon à la rendre apte à répondre aux conditions et aux aspi-
rations nouvelles. Ces forces de transformation n’altèrent pas
seulement la vie des individus, elles touchent à la structure
même des gouvernements et des Etats, de tous les Etats. Ici
même, au Canada, elles sont au travail et affectent la Confé
dération elle-même, ainsi que notre définition de la vie natio-
nale.

Il serait vain de croire qu’un pays, ou une région,
ou une province, puisse s’isoler du reste du monde. J’ai
passé une bonne partie de ma vie dans des négociations inter-
nationales et j’ai participé à la recherche de solutions aux
différends qui opposaient les nations les unes aux autres.
Je suis assurément aussi sensible que quiconque à l’intérêt
qu’il y a à limiter la souveraineté nationale et la centra-
lisation afin de mieux servir la liberté individuelle et
l’ordre international, ainsi que le besoin de travailler à
la constitution d’une organisation internationale efficace,
s’étendant au monde entier. Mais je sais aussi que cet espoir
n’est pas près de se réaliser. Je sais que, longtemps encore,
il nous faudra des Etats – fédéraux et unitaires — médiateurs
entre les servitudes et les grandeurs de l’individu et les
exigences d’une communauté mondiale possible, où l’atmosphère est
plus vaste, plus diffuse, moins accueillante aux particularismes
nationaux. Il faudra longtemps encore un milieu politique
intermédiaire, où l’individu puisse vivre et se connaître au
sein d’un cadre plus riche, plus familier, plus près de lui
que ne le serait le milieu plus subtil de la communauté inter-
nationale.

Parmi les pays qui s’interposent entre l’homme et son
milieu total, entre les traditions anciennes et les espoirs de
l’avenir, il n’en est pas un seul qui soit si riche de promesses
que le Canada, si nous pouvons conserver notre unité. Notre
pays est l’un des plus libres du monde, et aussi l’un des plus
riches. Tout ce qui est possible dans le monde est possible
chez nous. L’extension territoriale du Canada est immense,
vertigineuse; ses ressources naturelles et humaines sont
grandes. Nous avons ici des hommes et des femmes pleins de
talents, d’énergie, de détermination, et nous avons une double
fondation solide sur laquelle nous pouvons bàtir.

Mais je suis aussi conscient de réalités plus profondes.
Je songe à la manière dont les Canadiens ont oeuvré ensemble
depuis plus d’un siècle pour faire ce pays, pour le placer dans

(Rt. Hon. L.B. Pearson)

overlapping loyalties would be to destroy the country and to
leave us all diminished.

We all know that French Canada today feels a deep
dissatisfaction with its place in Confederation. The reasons
for that are complex and of varying significance. I have said
in the past, and I repeat now, that I believe most of those
reasons to be valid and justified. But this is not the
occasion either to try to analyse why there is discontent in
French Canada, to assess the responsibility or to weigh
judiciously everything that has contributed to produce that
result. What is far more important is to admit that this
dissatisfaction is a fact and to recognize that, if it is
allowed to continue without remedy, it could lead to separa-
tion and to the end of Confederation.

Equally important is to recognize that it lies within
our power to prevent this, to remove the causes of discontent,
to lay the ground-Work for a great new act of accommodation
which will ensure the hopes and aspirations of all Canadians
in the century we are entering. It is to nothing less than
this that we must commit ourselves at this conference and
those which will follow it.

Most of you know me well enough to know that, whatever
gifts I may or may not have, eloquence is not among them. But
I wish this morning I had some of the eloquence of D’Arcy
McGee or Wilfred Laurier and that my voice could rouse all
Canadians to What this moment requires of us all.

On the face of it, and I have attended a great many
federal-provincial conferences (the first one I think was in
1932), this conference seems to be about the same as all the
others, except perhaps for the blinding light of coloured tele-
vision. It’s hot inside but the weather outside is about as
you would expect at this time of year – people are going about
their business as usual. But this is not a usual occasion.

It is a critical one; and our decisions here will be crucial for
Canada.

As a Canadian I was born and bred in Ontario and I

have never ceased to be proud of that inheritance. Ontario is
in many ways central in these discussions; as the most populous
province, and the richest; as the province where there is the
longest tradition, I believe, of living and working together
with French Canada. I think of.those days after the passage

of the Act of Union in 1841, when Kingston was the capital of
Canada, when Robert Baldwin was elected to the legislature at

(Le très hon. M. Pearson)

la voie du progrès et de l’unité. Je songe que les Canadiens,
d’origine ou de régions diverses, ont su, dans les bons comme
dans les mauvais moments, composer leurs divergences en faisant
à la violence et à l’amertume la part la moins large possible.
le songe à ces réalisations — plus grandes qu’on ne saurait le
croire – qui s’inscrivent désormais à notre actif dans les do-
maines de l’esprit et de la pensée. Je pense aussi retrouver
chez la jeunesse actuelle le désir d’aller encore plus loin.

Voilà certaines des raisons pour lesquelles le Canada
doit nous être cher. Ce sentiment chez moi repose sur un motif
encore plus simple: le Canada est nôtre, il nous appartient
et — d’une façon plus profonde encore — nous lui appartenons.
Il n’est pas un seul d’entre nous chez qui les souvenirs per-
sonnels et les fidélités locales ne forment pas des attaches
particulières avec notre pays. Sans doute ces souvenirs et ces
fidélités varient—elles à l’infini selon les personnes, mais
elles se rejoignent et se confondent. Et c’est précisément
cet enchevêtrement de fidélités diverses – affaires de coeur
plutôt que de tête — qui font notre pays. Les déchirer, ce
serait détruire ce pays et nous diminuer tous d’autant.

Nul ici n’ignore que le Canada français est actuelle-
ment profondément mécontent de sa place dans la Confédération.
Il y a à cela des raisons complexes, d’inégale importance.
J’ai déjà dit, et je le répète aujourd’hui, que la plupart de
ces raisons sont à mon avis parfaitement fondées. Mais ce
n’est pas le moment d’analyser les causes de ce malaise au
Canada français, ni de se livrer à une analyse de tous ses
tenants ou aboutissants ni de mesurer à cet égard les respon-
sabilités des uns ou des autres. Il importe infiniment plus
de se rendre compte de l’existence de ce mécontentement, de
convenir que, pour peu qu’on lui permette de persister sans y
porter remède, il pourrait déboucher sur la séparation et sur
la fin de la Confédération.

Il n’importe pas moins de se rendre compte qu’il est
en notre pouvoir d’arrêter ce mouvement, de dissiper les causes
du mécontentement, de jeter les assises d’un nouvel accommode-
ment politique qui réponde aux espoirs et aux aspirations de
tous les Canadiens, dans ce siècle qui commence. C’est à rien
de moins qu’à cette grande oeuvre que cette conférence, de même
que celles qui la suivront, doivent s’attacher.

La plupart d’entre vous me connaissent assez bien pour
savoir que, quels que soient les talents que je puisse avoir,
l’éloquence n’en est pas un. Je voudrais pourtant, ce matin, avoir
un peu de celle d’un d’Arcy McGee ou d’un Wilfrid Laurier; je

(Rt. Hon. L.B. Pearson)

a by—election in Quebec and Louis Lafontaine was elected at a
by—election in Ontario.

The position of Ontario is central for another reason.
More may be asked of it than of any other province in the way
of innovation and magnanimity. In its turn, the loss that
would be caused by dismemberment would perhaps be greater for
Ontario than any other provinces, almost as great as it would
be for Quebec. This province would be weakened and impover-
ished as a result; so much has the character and flavour of
life in English-speaking Eastern Canada depended on our part-
nership in so many Ways with French Canadians — a partnership
which is I believe getting stronger and certainly becoming
more necessary.

This question of what kind of a Canada would be left
if Quebec were to withdraw from Confederation will however be
deeply pondered by all English-speaking Canadians in every
other part of the country as well, even though the tragic
results might be less obvious, the farther away you move from
the Province of Quebec.

Perhaps it is in the western Provinces that the cardinal
problems we must grapple with today are likely to seem most re-
mote. There, the heartland of French Canada may seem far away.
The settlements there of French—speaking Canadians are few
and infrequent, and life there has been deeply coloured by the
flow of immigrants from countries other than France or the
British Isles.

I would beg Canadians Of such different ethnic origins
to believe that any proposals of the federal government — or
indeed I’m sure of any other government — at this conference
are put forward in full recognition of the great contribution
these Canadians have made to Canadian life, not only in the
West but in every other part of Canada; and in full recognition
also of the sacrifices they have made to serve and enrich this
country. I believe that these other Canadians will find the
new courses we are proposing for Canada easier to accept and
support if they remember that the country to which they have
committed themselves and their children, and the country where
they have found their freedom, may not endure without this
great new act of accommodation. For, let me repeat: what is
at stake in my opinion is no less than Canada’s survival.

Some aspects of constitutional change may also not
come easily to many in those old provinces by the Atlantic sea-
board. I am very much aware as we all are of the decisive

(Le Très hon. M. Pearson)

voudrais que ma voix puisse faire prendre conscience à tous
les Canadiens de ce que les circonstances exigent de nous
tous.

J’ai assisté à un très grand nombre de conférences
fédérales-provinciales depuis 1932, et de prime abord on
pourrait avoir l’impression que cette conférence ressemble à
beaucoup d’autres, si l’on oublie les réflecteurs aveuglants
de la télévision-couleur. Il fait chaud ici, mais le temps
qu’il fait dehors est à peu près celui auquel on peut s’atten-
dre à cette époque de l’année et chacun vaque à ses affaires,

comme d’habitude. Mais les circonstances ne sont pgË_ce
qu’elles sont d’habitude: elles sont critiques, et nos déci-
sions vont engager l’avenir même de notre pays.

Je suis né en Ontario, et je suis fier de cette origine.
l’Ontario occupe, à bien des points de vue, le centre de nos
débats. C’est la province la plus peuplée, la plus riche,
celle qui, depuis plus longtemps que toutes les autres, je
crois, possède une tradition de collaboration avec le Canada
français. Songeons qu’à l’époque qui a suivi l’adoption de
l’Acte d’Union de 1841, Kingston étant alors la capitale du
Canada, Robert Baldwin se faisait élire à l’Assemblée légis-
lative dans le Québec, à une élection partielle, et de son
côté Louis—Hippolyte LaFontaine en faisait autant dans une
circonscription de l’Ontario.

La situation de l’Ontario est capitale pour une autre
raison. On est en droit de lui demander, plus qu’aux autres
provinces, de la magnanimité et de l’originalité dans les
solutions à retenir. La perte qui suivrait un éventuel dé-
membrement serait aussi grande, ou presque, pour l’Ontario,
que pour toutes les autres provinces, presque aussi grande en
fait que pour le Québec. L’Ontario en serait affaiblie,
apprauvie. Le caractère, la couleur même de la vie du Canada
anglais(dans l’Est), tiennent, pour une large part, à son
association avec le Canada français, une association qui, a
mon Avis, devient de jour en jour plus étroite et plus néces-
saire.

La question de savoir quelle espèce de Canada sub-
siterait après le départ du Québec de la Confédération doit
aussisusciter de profondes réflexions chez les Canadiens de
langue anglaise dans toutes les autres parties du Canada, même
si ces conséquences tragiques peuvent sembler moins claires au
fur et à mesure que l’on s’éloigne du Québec.

Peut—être est-ce dans les provinces de l’Ouest que les

(Rt. Hon. L.B. Pearson)

part those provinces played in the creation of our country a
hundred years ago and the contributions they have made to

the country since. I am very much aware also that economic
progress in those areas has been slower than in other parts
of the country. I have joined others before me in trying to
help remedy this economic disparity but I am very conscious
of the fact that much more remains to be done. Indeed, I
regard the problem of raising economic levels in the Atlantic
Provinces as a principal aspect of the total problem of main-
taining Canadian union and an important part of the division
of power inside the federation. I know there will be support
from those provinces for a programme of constitutional pro-
gress and reform if only because they also would be surely
and quickly injured if Canada were divided.

What I would say to my French—speaking Canadian
friends is perhaps best expressed in the programme of polioy
that I have put forward in the document which has been cir-
culated called “Federalism for the Future”. I should like to
say merely two things. The first is a comment on the sugges-
tion that has been made that, if Quebec were to secede, it
could then enter into negotiations with Ottawa in order to
work out a modus vivendi with the rest of Canada while acquir-
ing its own independent sovereignty. As someone not without
experience in international negotiations, I should like to
state frankly my own view that any such proposal rests on
illusion; indeed on a whole set of illusions. Surely it is
an illusion to think that a declared intention, if I may adapt
Mr. Johnson’s metaphor, to seek a disputed divorce can be the
basis of amicable and productive negotiations, especially when
the parties concerned would still be living in the same house
or as next—door neighbours. It may even be an illusion to
think that in such circumstances there would necessarily be
an “Ottawa” that could speak for the whole of English-speaking
Canada. The proposal in short as I see it merely disguises
the fact that separation could not be carried out without
rupture and pain and loss.

(TRANSLATION):

Now, and in a more general manner,I should like to
say a few words to French Canada in explanation of the spirit
that animates the course of action that I think should be
taken. It is designed essentially to create conditions — with
all possible speed – so that French-speaking Canadians may
feel that every part of this country is their homeland. But
this feeling requires understanding and goodwill — it requires
patience — on their part as well as on the part of English—

10

(Le très hon. M. Pearson)

problèmes capitaux que nous avons à aborder peuvent se pré-
senter avec moins de netteté. Le coeur du Canada français
y semble fort loin et les établissements canadiens-français y
sont rares et clairsemés. La couleur de la vie y doit beau-
coup aux immigrants venus de pays autres que la France et les
Iles britanniques.

Je supplie les Canadiens dont l’origine ethnique
répond à cette dernière définition de croire que les propo-
sitions que pourra faire ici le gouvernement fédéral – et, en
vérité, tout autre gouvernement – sont présentées dans un
esprit dont n’est pas absente, loin de là, la conscience du
rôle immense qu’ils ont joué dans la vie canadienne, non seu-
lement dans l’Ouest mais dans toutes les autres parties du
Canada. Nous savons aussi ce qu’ils ont dû sacrifier à la
grandeur et à l’enrichissement de notre pays. Ces autres
Canadiens, il me semble, trouveront les nouvelles solutions
que nous proposons au Canada plus acceptables et plus dignes
d’appui, s’ils prennent garde que ce pays, auquel ils se sont
consacrés, auquel ils ont consacré leurs enfants, ce pays oü
ils ont trouvé la liberté, ne saurait survivre sans ce vaste
accommodement. Parlons net. Qu’il me soit permis de répéter
que ce qui est en jeu ici, à mon avis, n’est rien de moins que
la survivance du Canada.

D’autre part, il est possible que certains aspects de
la revision constitutionnelle puissent paraître difficilement
acceptables à plusieurs habitants des vieilles provinces de
l’Atlantique. Comme vous tous, je suis loin d’être insensible
au rôle décisif qui a été le leur au moment de la création de
notre pays, il y a un siècle, et je sais aussi qu’elles ont
joué un grand rôle depuis. Je suis très conscient que les
progrès économiques y ont été plus lents que dans les autres
parties de notre pays. Je me suis associé à ce que certains
de mes prédécesseurs ont fait pour remédier à ces disparités,
mais je n’ignore pas qu’il reste encore fort à faire. En
vérité, le problème du relèvement économique des provinces
atlantiques est, à mes yeux, un des aspects principaux du
problème général du maintien de l’unité nationale et un aspect
principal de la division des pouvoirs à l’intérieur même de
la Confédération. Ces provinces ne manqueront assurément pas
de favoriser un programme de progrès et de réforme constitu-
tionnelle, ne serait—ce que parce que la division du Canada se
traduirait rapidement pour elles aussi par un très grave pré-
judice.

On ne saurait trouver une expression plus juste de ce que
j’ai à dire au Canada français ailleurs que dans le programme de

11

(Rt. Hon. L.B. Pearson)

speaking Canada.

(ORIGINAL)

Our federal proposals are designed to set in train a
process of constitutional review so that Quebec and French
Canada may have the largest possible scope for the develop-
ment of its own society, its own destiny, and its own culture
in Canada. But this process of change must be consistent —
there should be no doubt on this – with the continued exist-
ence of a Canada as a single federal state.

Since I became Prime Minister of this country, just
about five years ago, I have been privileged to take some
initiatives to help remove certain grievances and certain
conditions which I thought constituted a threat to the very
survival of this country as a single confederation. In the
course of the last few months my Government has been giving
careful thought to the results of these initiatives. We have
been also ranging much more widely in our thoughts and delib-
erations in order to leave no area unexamined where there
might be opportunities for constructive action. It is to this
end that we are presenting certain proposals at this confer-
ence .

Last October the Royal Commission on Bilingualism and
Biculturalism submitted the first volume of its final report.
That volume deals with English and French as the two official
languages of Canada; it deals with the basic issue of cultural
and linguistic equality in this country. It makes fourteen
recommendations. Some of them are addressed to the federal
government. We accept these and we will proceed to implement
them as quickly as we can.

Some are addressed to the provincial governments. We
hope that the provinces will find it possible to accept them.
For our part we stand ready to offer such help as may be nec-
essary and is desired.

Some of the recommandations are addressed to the
federal and provincial governments jointly. In those cases
we would be glad to enter into negotiations with the prov-
inces with a view to agreement on joint implementation. As I
see it, it will be one of the most important tasks of this
conference and subsequent meetings – and one which I believe
should have top priority – to secure the widest possible
measure of agreement on these far—reaching and carefully con-
sidered recommandations.

12

(Le très hon. M. Pearson)

politique générale que j’ai mis de l’avant dans le document
“Le fédéralisme et l’avenir“. J’ajouterai seulement deux
vhoses. L’une a trait à l’idée que l’on a exprimée et selon
laquelle si le Québec allait se séparer, il lui serait encore
possible de négocier auprès d’Ottawa un modus vivendi avec le
reste du Canada, tout en accédant à la souveraineté et à l’in-
dépendance. Je ne suis pas sans expérience dans le domaine des
négociations internationales, et c’est ce qui me permet d’af-
lirmer – je parle ici franchement – que cette idée repose sur
une illusion, que dis—je, sur toute une série d’illusions.
Illusion de penser que l’intention avouée de demander, et

l’on me permettra ici de reprendre la métaphore de M. Johnson,
l’intention avouée de demander un divorce contestable puisse
constituer la base de négociations utiles et amicales, surtout
lorsque les conjoints habitent toujours sous le même toit ou,
tout au moins, des maisons voisines. Illusion aussi, peut-
être, de croire qu’en pareille conjoncture il subsisterait
nécessairement un “Ottawa” qui puisse parler au nom du Canada
de langue anglaise tout entier. Au fond, cette proposition
dissimule une vérité pourtant manifeste, soit que cette sépa-
ration ne saurait s’accomplir sans rupture, sans souffrance,
et sans perte.

(Français)

Maintenant, et d’une façon plus générale et plus positive
je voudrais adresser quelques mots au Canada français pour
expliquer l’esprit qui anime les solutions qui, selon moi,
doivent être retenues. Nous entendons, et ce, le plus
rapidement possible, susciter des conditions telles que les
Canadiens de langue française puissent retrouver leur patrie
dans toutes les parties du pays. Il faut pour y arriver de la
compréhension et de la bonne volonté, ainsi que de la patience,
tant de leur part que de celle du Canada anglophone.

(Traduction)

Les propositions du gouvernement fédéral ont pour objet
de mettre en branle un processus de revision constitutionnelle
propre à donner au Québec les meilleurs conditions possibles
d’épanouissement, au Canada, pour sa société, son destin et sa
culture. Ce processus doit pourtant rester compatible, et il
ne doit y avoir aucun équivoque ici, avec le maintien du Canada
comme Etat unique et fédéral.

Depuis que j’ai accédé, il y aura bientôt cinq ans,

aux fonctions de premier ministre du Canada, il m’a été donné
de prendre certaines initiatives destinées à parer aux menaces

13

(Rt. Hon. L.B. Pearson)

There are two recommendations which, if accepted,
would involve changes to The British North America Act,
changes which would have to be agreed to by the federal and
all the provincial governments. These two changes, whether
in the precise form recommended or in some other, are in my
view fundamental if we are to establish and to ensure the
basic principle of equality for the communities of people
speaking our two official languages. I believe it is essen-
tial for Canada that this principle be accepted and become
real.

I hope also that we can reach agreement in principle
at this conference on a constitutional bill of rights for all
Canadians. This would cover a wide variety of rights, politi-
cal, legal, egalitarian as well as linguistic. To agree on
the detailed provisions and the mode and pace of enactment
of a bill of rights will clearly not be easy and it will take
time. There are subtle and very important legal and consti-
tutional questions that will be at issue. But I would urge
that in this process which I hope we can begin here none of
us lose sight of the large goals before us. What we will be
aiming at, if we can agree here in principle, is to provide
a firmer, wider and more secure basis for the freedom of all
Canadians as people, not only as people and as individuals
but also as members of particular societies within a larger
unity. That, I believe, is the objective that we should seek.

I hope, finally, that we can agree here to undertake
jointly – as a matter of essential importance – a compréhen-
sive constitutional review and that we could agree as well on
the methods and the procedures that we should follow in carry-
ing it out. The British North America Act was a great act of
statesmanship in its day, 100 years ago. It has served as the
constitutional basis for the growth of the strong and varied
Confederation that we know today. But it is hardly to be
expected that an act passed more than a hundred years ago
should be adequate for all the needs or aspirations of
Canadians today, let alone for the future.

That is why my colleagues and I are recommending that
we now agree to begin a systematic and balanced process of
constitutional review. It is impossible for me, or for any-
body else, to forecast in advance what the ultimate and agreed
results of this are likely to be. But as an indication of
the scope of the review that we would like to see put in train,
we would want to include in it the institutions of federalism,
such as the functions and composition of the Supreme Court of
Canada, the Senate, and the federal service. Certainly a most

l4

(Le très hon. M. Pearson)

grandissantes qui pesaient, à mon avis, sur la survivance même
du Canada en tant qu’Etat. Depuis quelques mois, mon gouver-
nument a soigneusement réfléchi aux résultats que ces initia-
rives ont d’ores et déjà permis d’obtenir. Nous avons du
rvste poussé beaucoup plus loin encore notre réflexion, sou-
«loux de ne négliger aucun domaine oû pourrait s’offrir la
possibilité d’une action constructive. C’est à cet effet que
nous présentons certaines propositions à cette conférence.

C’est en octobre dernier que la Commission royale sur
lu bilinguisme et le biculturalisme présentait le premier vo-
lume de son rapport définitif. Il y est traité de l’anglais
vL du français, langues officielles du Canada, et de la ques-
lion essentielle de l’égalité culturelle et linguistique au
canada. On y trouve quatorze recommandations. Celles d’entre
nlles qui s’adressent au gouvernement fédéral ont été acceptées
par nous et elles seront mises en oeuvre le plus tôt possible.

D’autres s’adressent aux gouvernements provinciaux.
Nous souhaitons que ceux—ci puissent les accepter à leur tour
ut nous sommes disposés à leur apporter le concours qui peut
être nécessaire et que les provinces pourront trouver souhai-
table.

D’autres enfin intéressent conjointement les gouver-
nements fédéral et provinciaux. A cet égard, nous serions
heureux d’engager immédiatement des pourparlers avec les pro-
vinces en vue de la conclusion d’accords portant sur leur
application en commun. L’une des tàches les plus importantes
de la conférence, telle que je la conçois, et des conférences
ultérieures, sera précisément de rechercher la plus large
formule d’accord possible sur ces recommandations, dont la
portée est aussi considérable que la réflexion dont elles sont
le fruit. Je crois qu’il faudrait accorder priorité à ces
questions.

L’acceptation de deux de ces recommandations suppose
qu’il sera apporté à l’Acte de l’Amérique du Nord britannique
des changements qui eux—mêmes exigeraient l’accord des gouver-
nements fédéral et provinciaux. Ces deux changements, qu’ils
soient en la forme proposée ou en quelque autre forme, sont
fondamentaux, à mon avis, si l’on veut établir et garantir le
principe de l’égalité des deux communautés qui parlent les
deux langues officielles. Il est essentiel pour le Canada que

ce principe soit accepté et qu’il devienne une réalité.

Nous pourrons ici, je l’espère, en arriver à un accord
de principe sur une Charte constitutionnelle des droits de

(Rt. Hon. L.B. Pearson)

important part of any such review would be the division of
powers and jurisdiction between the federal and provincial
governments.

It will be obvious that courage and wisdom and imagin-
ation will be needed from us all if we are to set our hands
effectively at this conference to this kind of stage—by-stage
action, which I, for one, believe essential.

In our initial discussions this week, and we only

have three days at this first meeting, the representatives

of the federal government will, of course, be receptive to
the wishes and open-minded to the proposals of every province.
But I would be less than candid if I failed to point out that
there are certain federal positions which must be maintained.
The federal government must be strong enough to carry out its
responsibilities for moderating economic fluctuations and for
promoting balanced economic growth. It must be able to pro-
mote economic equality for Canadians in all parts of the
country and for every economic region, It must maintain the
right and the power to assist in research and in cultural
developments. It must maintain the unity of Canada’s foreign
policy, as an indispensable attribute for any state that does
not intend to allow itself to be divided and destroyed as a
state.

I believe that the review which I am recommending will
prove that there is large room for constitutional change but
I know that even now Canada has one of the more de—centralized
federal systems of the world. For us this is right and this
is as it should be in a country like Canada. But federal-
powers must not be so reduced that the Government of Canada
will be unable to carry out the responsibilities it must dis-
charge if the country is to remain strong, prosperous and
together.

The reservations that I have listed to this end I

know are important ones. But none of them need stand in the
way of a great new act of reform and accommodation which we
believe should now be undertaken. On the contrary, they are
to be regarded as a necessary complement to that act of change
since it would be impossible to build more amply as we hope to

do without maintaining the strength at the centre — that
strength which is necessary to hold the whole structure to-
gether.

Let me recapitulate, then, in brief and at the risk
of over-simplification, the main elements of a programme which

16

(Le très hon. M. Pearson)

tous les Canadiens. Celle-ci comprendrait toutes sortes de
droits: politiques, juridiques, égalitaires et linguistiques.
Se mettre d’accord à la fois sur les dispositions précises
d’un document de ce genre et sur ses modalités et son rythme
d’application sera une oeuvre difficile et longue eu égard à
l’importance et à la subtilité des questions juridiques et
constitutionnelles que cela soulève. Ne perdons pas de vue,
néanmoins, dans notre travail (et j’espère que ce travail
pourra être entrepris ici) le but visé. Si nous pouvons
arriver à un accord de principe, notre but sera de donner

aux libertés de tous les Canadiens des assises plus larges

et plus sûres. Et qui dit ici “liberté” ne dit pas seulement
liberté individuelle mais aussi liberté en tant que membres
d’une société particulière à l’intérieur d’une collectivité
plus importante. Voilà le but que nous devons poursuivre.

Je forme enfin le voeu qu’il nous sera possible d’en-
treprendre ensemble, en la considérant comme une question
fondamentale, une revision constitutionnelle complète et que
nous pourrons en même temps nous mettre d’accord sur les pro-
cédures ou modalités à retenir à cet égard. L’Acte de l’Amé-
rique du Nord britannique a témoigné en son temps d’une grande
hauteur de vues politiques. C’est sur cette base constitution-
nelle que s’est élevée la Confédération vigoureuse et diver-
sifiée que nous avons aujourd’hui. On ne saurait pourtant
attendre d’un texte plus que centenaire qu’il réponde actuel-
lement à tous les désirs ou à toutes les aspirations de nos
contemporains et encore moins de ceux qui nous suivront.

C’est pourquoi mes collègue et moi recommandons que
nous nous mettions d’accord pour commencer aujourd’hui une
revision systématique et coordonnée de la Constitution.

Pas plus que quiconque je ne saurais prévoir ce qui
sortira de ce travail, ce sur quoi l’accord pourra se réaliser
entre nous. Qu’il me suffise pourtant, pour en indiquer la
portée, de dire que nous aimerions y aborder les institutions
du système fédéral, comme, par exemple, la composition et les
fonctions de la Cour suprême du Canada, du Sénat, et de la
Fonction publique fédérale. Sûrement on y trouvera aussi un
élément fort important, soit la répartition des pouvoirs entre
les gouvernements fédéral et provinciaux.

Il ne saurait faire de doute qu’il nous faudra, à tous,
du courage, de la sagesse et de l’imagination si nous voulons,
à cette conférence, entreprendre une oeuvre qui devra être
accomplie par étapes, et que, pour ma part, je juge essentielle.

17

(Rt. Hon. L.B. Pearson)

we think could bring about a new federalism which is required
in the new Canada.

1. Acceptance of the recommendations of the Royal
Commission on Bilingualism and Biculturalism recommending
English and French as our two official languages, and estab-
lishing cultural and linguistic equality of the two groups
who together made Confederation and with constitutional
guarantees in that regard.

2. Acceptance of the principle that certain basic
rights should be constitutionally secured for all Canadians.

3. Agreement to embark on a comprehensive process of
constitutional review.

Surely the nature of such a programme puts it above
regional or racial or party interest or advantage. Surely it
is a programme for all Canada.

In moving in the direction I have been recommending,
we would be making many new departures and we would be slipp-
ing some old moorings. Some traditions may be altered or
left behind in the process. For some that will be painful.

As for me, I believe that this can be done in a way which will
meet the challenge of the future without betraying the values

of the past.

Finally if I may I would like to direct a few words
to those who are younger than we are. It is to their judgment
that everything we do here – or fail to do — must ultimately
be submitted. It is their future we are dealing with. It is
their country, even more than ours, that we are attempting to
refashion and strengthen and put on a new and solid federal
foundation. So I would invite their interest and sympathy
and co—operation as well as their criticism and their sugges-
tions.

Presiding over this conference is one of my last
major responsibilities as the Prime Minister of Canada or
indeed perhaps as a Canadian public servant. As I look back
over the past five years, I can think of a lot of things that
I have left undone and I can think of a lot of things that I
might have done better. But I am not troubled by the thought
of any conscious failure of devotion, on my part, to Canada,
or its interests, or to any of its people. So it is with a
full heart — but with full confidence, too — that I join you
in the task of building an even freer, greater and more

18

(Le très hon. M. Pearson)

Au cours de nos premiers entretiens, cette semaine,
et nous n’avons que trois courtes journées, ceci étant une
première réunion, il va sans dire que le gouvernement fédéral,
par le truchement de ses représentants, entend se montrer
accueillant en ce qui concerne les désirs des provinces et
ouvert à leurs propositions. Il faut pourtant que je sois
franc et que je dise tout de suite que certaines prises de
position du gouvernement fédéral ne sauraient être abandon-
nées. Il faut que celui-ci, en effet, soit assez fort pour
assumer ses responsabilités dans le contrôle des fluctuations
économiques et la promotion d’une croissance économique équi-
librée. Il doit pouvoir favoriser l’égalité économique de
tous les Canadiens de toutes les régions économiques, oû
qu’ils habitent. Il doit conserver le droit et la capacité
du concourir au développement de la recherche et de la cul-
ture. Il doit pouvoir assurer l’unité de la politique étran-
gère du Canada, attribut indispensable d’un Etat qui n’entend
pas se laisser diviser et détruire.

J’ai l’impression que l’examen que je propose démon-
trera qu’il faut faire une part très large aux possibilités
du révision constitutionnelle. Il reste pourtant que d’ores
et déjà le Canada possède un régime fédératif des plus décen-
tralisés. Cela convient au Canada et il ne saurait en être
autrement. Mais il ne faudrait pas pour autant que les attri-
butions du gouvernement fédéral soient réduites à un point tel
qu’il serait désormais incapable de s’acquitter des responsa-
bilités qui lui incombent de maintenir un pays fort, prospère
et uni.

Je me rends bien compte que les réserves que j’ai
exprimées à cette fin sont d’importance. Elles ne doivent
pas, néanmoins, faire obstacle au vaste travail de réforme
et d’accommodement qu’il y a lieu d’entreprendre dès mainte-
nant. Au contraire, on doit y Voir son complément nécessaire.
Il serait en effet impossible de bàtir en grand sans conserver
un centre le cadre solide sans lequel l’édifice tout entier
n’écroulerait.

Permettez-moi de résumer, au risque de trop simplifier,
les éléments essentiels d’un programme destiné à créer un
fédéralisme nouveau pour un Canada nouveau.

(i) L’acceptation, avec les garanties cons-
titutionnelles qui s’ensuivent, des recom-
mandations de la Commission royale sur le
bilinguisme et le biculturalisme portant sur
le statut du français et de l’anglais en

19

(Rt. Hon. L.B. Pearson)
generous future for our beloved country.
(TRANSLATION):

“Nothing is so inspiring as is our country – Canada,
my country, my love forever.”

Mr. Robarts…

Honourable John Robarts: Mr. Prime Minister, when
you called this conference some months ago, I was very happy
to accept your invitation on behalf of the people and the
Government of the Province of Ontario. Ï am very pleased to
be here today with my fellow Premiers and their colleagues and
with you, Sir, and your colleagues in order to deal with these
matters that face our country. And particularly am I happy
that we are able, through the arrangements made here, to
address the people of our country through television, radio
and the news media because much of what we say here today is
really directed to the hearts and to the minds of our fellow
countrymen.

At the Confederation of Tomorrow Conference, held in
Toronto in November, we embarked on what might be termed a
voyage of self-discovery. We met there for several days to
discuss common problems because I think we all sensed -— per-
haps for different reasons and in varying degrees but nonethe-
less we sensed that we were approaching one of those rare
junctures in our history where a candid discussion of the
sources of our grave national tensions was necessary for the
survival of our country. At that conference specific proposals
were not discussed. However, I believe that we were successful
in crystallizing the major issues that must be resolved. It
is my belief that the conference made an important impact on
the attitudes of the participants in the conference itself and
also on the attitudes of the people of Canada. I know that I
personally became much more aware of the range of feelings
which exist in the different regions of Canada. But I think
we must recognize that what was accomplished in Toronto was
only a beginning – a constructive beginning, we hope, but
only a beginning.

Now we are here in Ottawa on the second leg of our
voyage, if I may continue the analogy. We have reached the
point where we cannot turn back. Having launched this

20

ltr très hon. M. Pearson)

tant que langues officielles et sur l’établis-
sement de l’égalité culturelle et linguisti-
que des deux groupes qui, ensemble, ont fait
la Confédération.

(ii) Un accord de principe sur le fait que
certains droits essentiels devraient être con-
sacrés, pour tous les Canadiens, par un texte
constitutionnel.

(iii) Un accord pour procéder ensemble à un
travail complet de révision constitutionnelle.

Ce programme est tel, il me semble, qu’il transcende
les intérêts d’une région, d’une collectivité ethnique, ou
d’un parti. Il vaut pour le Canada tout entier.

En nous engageant dans la voie que je propose, nous
aurions à prendre bon nombre d’initiatives nouvelles, à lar-
guer quelques vieilles ammarres. Il est possible que cer-
laines traditions soient modifiées ou abandonnées en cours de
route. Pour certains, cela n’ira pas sans déchirements. Per-
sonnellement, je crois, que nous pourrons relever le défi de
l’avenir, sans pour autant renier les valeurs du passé.

Un mot enfin à l’adresse des plus jeunes que nous.
C’est à eux que nous serons responsables de nos actes ou de nos
défaillances ici. C’est de leur avenir que nous traitons.
Le pays que nous cherchons ici à refaire et à renforcer, le
pays auquel nous devons donner de nouvelles assises fédérales
solides, est le leur bien plus que le nôtre. Qu’ils ne nous
ménagent donc pas leur sympathie et leur collaboration, leurs
critiques et leurs idées.

La présidence de cette conférence est pour moi l’une
des dernières grandes responsabilités dont j’aurai à m’acquit-
ter en ma qualité de Premier ministre du Canada, voire en tant
que serviteur attitré de mon pays. Songeant aux cinq dernières
années, j’y vois bien des choses que je n’ai pu faire, ou que
j’aurais pu mieux faire. Mais je ne pense pas avoir à me re-
procher d’avoir sciemment failli à servir le Canada, ses inté-
rêts ou son peuple. C’est donc avec une certaine tristesse
dans le coeur, mais d’un coeur confiant aussi, que je vous
invite à vous associer à moi pour faire de notre pays bien-
aimé un pays plus libre, plus grand, et à l’avenir plus riche
encore de promesses généreuses.

21

(Hon. John Robarts)

examination of ourselves, we must not founder, we must con-
tinue it. We must complete our voyage, and that we have come
this far makes me confident of our eventual success.

I don’t think any of us should be lulled into believ-
ing that the journey is nearly over or that no difficulties
lie ahead. Such an attitude in my opinion would be folly.
Let us have no illusions. We are in the midst of a very
serious crisis. It is a crisis of ultimate proportions for
our country because in its simplest and starkest terms it is
a crisis about our national will to survive. One may see it
as a crisis of identity, a crisis of conscience or of spirit.
But no matter how it manifests itself to any one of us individ-
ually, in the end in my opinion it comes down to whether we
want to live and work together as Canadians.

What sacrifices are we prepared to make to be
Canadians? How strong is our will to remain together as a
country? How deep is our capacity to appreciate one another’s
views? How willing are we to endure the discomfort of having
to change from what perhaps has become warm and familiar? How
willing are we to make an active effort to re—think our most
cherished prejudices?

In recent months, I have been dismayed to hear some
people in this country who doubt the existence of the crisis
itself; I think to do so is surely to live apart from reality.
I have been equally dismayed by those who choose to ignore
the crisis. To do so is to court disaster. And I have been
appalled by those who seek to inflame the crisis, because to
do so is surely to exhibit the most blatant, reckless disre—
gard for our survival as a country.

I believe that the vast majority of Canadians share my
confidence in the future of our country. We must all recog-
nize that our pangs are those that are natural to the evolu—
tion of a healthy, a dynamic, and a young country.

To fear the crisis we face is almost like fearing
life itself. To meet this crisis, to overcome it with passion,
conviction and humanity is the only sensible course open to us.
That is the course we must all pursue.

The success of our voyage, I would say, Mr. Prime
Minister, will not be determined by any one of us as individ-
uals. It will be determined by the collective effort of the
people of the country. The success of that effort depends on
how, together, we resolve two related questions: are we

22

(Le très hon. M. Pearson)
(Français)

“Rien n’est si beau que mon pays…..
O Canada, mon pays, mes amours!“

M. Robarts …

(Traduction)

L’honorable John Robarts: Monsieur le premier minis-
tre, lorsque vous avez convoqué cette conférence, il y a plu-
sieurs mois, j’ai été heureux d’accepter votre invitation au
nom du peuple et du gouvernement de l’Ontario. Je suis heu-
reux d’avoir la chance d’être ici aujourd’hui, pour vous ren-
contrer, vous et vos collègues, ainsi que les Premiers minis-
tres des autres provinces et leurs collègues, pour traiter
des questions auxquelles notre pays doit faire face en ce
moment.

A cause des dispositions qu’on a prises, je suis heu-
reux de pouvoir m’adresser au peuple du Canada, gràce à la
radio et à la télévision, car ce que nous avons à dire au-
jourd’hui est destiné aux coeurs et aux esprits de nos con-
citoyens.

A la Conférence sur la confédération de demain, tenue
à Toronto en novembre, nous avons entrepris de faire une cer-
taine introspection. Nous nous y sommes rencontrés, pendant
plusieurs jours, pour discuter de nos problèmes communs, parce
que nous avions tous le sentiment – assurément à différents
degrés – que nous approchions de l’un de ces rares carrefours
de notre histoire oü une franche discussion des raisons de nos
graves tensions nationales était nécessaire à la survie de
notre pays. Nous n’avons pas examiné, au cours de cette con-
férence, des propositions précises. Je crois, cependant, que
nous avons réussi à isoler les questions principales, qui
exigent une solution.

A mon avis, la Conférence a influencé profondément les
attitudes des participants et du peuple du Canada. Je sais
que, personnellement, j’ai plus conscience de la gamme des
sentiments qui existent dans différentes régions du pays. Il
faut admettre pourtant qu’à Toronto nous n’avons fait que com-
mencer. C’était un commencement constructif certes, mais ce
n’était qu’un commencement.

Nous voici maintenant à Ottawa, deuxième étape de notre

23

(Hon. John Robarts)

prepared to do everything in our power to prevent the disinte-
gration of our country? Are we prepared to set aside past
prejudices and to fashion a new Canada?

I believe the answer we shall and must give to both
these questions is, of course, an emphatic “yes”.

If we are so prepared, as I believe we are, then we
must come to grips now with the view of a dramatically changed
Canada. To accept the new Canada does not involve the rejec-
tion of traditions which we prize, and in which we take justi-
fiable pride. Nor does the essence and condition of a new
Canada involve chiefly a richer material life, even though
this may be important.

The view I should like us to have can only come about
by an infusion of some new spirit in us all, by an added zest
to our willingness as Canadians to do things together. Many
of us felt the stirrings of this renewal during Centennial
Year. As we go back and look at the events of 1967 I think
we must all be aware of a very joyful experience that we
shared in during that year, and I simply make a plea fgr the
continuance of that spirit, because I believe its development
is intimately related to the discussions we are having here.

The source of much of our current tension has been —
and to a lesser but perhaps still too large degree remains —
our reluctance to commit ourselves to the idea of our two
languages and our many cultures, and our hesitancy to accommo-
date the aspirations of French-speaking Canadians. These
aspirations have many facets but I would think fundamentally
they are concerned with the wholly natural desire to preserve
a language and a culture.

And I sense that there are many English-speaking
Canadians who are ready and eager to have their country faith-
fully mirror both its English and its French heritage. This
feeling became more evident as a result of the discussions
during the Confederation of Tomorrow Conference and the reac-
tion to those discussions by the press and by the public.

The Government of Ontario is prepared to take further construc-
tive steps in response to this spirit. But before we discuss
our intentions in this regard, there are five issues about
which we must reach an early understanding if our desire for
the new Canada is not to be based on false hopes.

The first has to do with the appeal of a very narrow
nationalism. I am greatly concerned that some Canadians

24

(L’hon M. Robarts)

voyage. Nous avons déjà dépassé le point au—delà duquel nous
ne pouvons plus revenir en arrière. Maintenant que nous avons
entrepris cet examen de conscience, nous ne devons pas faiblir.
Nous devons le continuer et le terminer. Le fait que nous
ayons parcouru déjà tant de route me donne confiance dans le
succès de notre entreprise.

Il ne faudrait pas que certains parmi nous s’imaginent
que le voyage est presque terminé, ou qu’aucune difficulté ne
nous attend plus. Une telle attitude serait insensée. Nous
faisons face à une crise très grave, et il serait inutile de
nous faire des illusions à ce sujet. Elle est d’une telle
importance, parce que, permettez-moi d’exposer les données du
problème dans les termes les plus simples et les plus brutaux,
c’est une crise de survivance. On peut la considérer comme
une crise d’identité ou de conscience, une crise spirituelle.
Mais quelle que soit la façon dont nous l’envisageons, il faut,
sa fin de compte, décider si oui ou non nous voulons vivre et
travailler ensemble en tant que Canadiens.

Quels sacrifices sommes-nous prêts à faire pour rester
Canadiens? Dans quelle mesure sommes-nous décidés à rester
un pays uni? Dans quelle mesure pourrons-nous comprendre un
point de vue différent du nôtre? Dans quelle mesure sommes-
nous prêts à abandonner ce qui nous était familier? Dans quel-
le mesure ferons—nous un effort positif pour remettre en ques-
tion nos préjugés les plus chers?

Au cours des derniers mois, j’ai été consterné de voir
l’existence de la crise mise en doute. C’est une façon d’é-
chapper à la réalité. J’ai été consterné de constater que
certaines gens en nient même l’existence. C’est un moyen
d’inviter la catastrophe. J’ai été profondément choqué par
ceux qui versent de l’huile sur le feu; ils font preuve de
l’indifférence la plus totale et la plus dangereuse en ce qui
concerne la survie de notre pays.

Je crois que la grande majorité des Canadiens partagent
sa confiance dans l’avenir du Canada. Nous devons tous recon-
naître que nos angoisses sont un effet naturel de l’évolution
d’un pays jeune, sain et dynamique.

Craindre la crise que nous traversons revient à avoir
peur de la vie. Lui faire face, la surmonter avec passion,
conviction et humanité, c’est choisir la seule solution rai-
sonnable qui nous soit offerte. C’est la voie dans laquelle
nous devons tous nous engager.

cally separate parts — one chiefly English-speaking and one
.predominantly French-speaking. We must not be lured by the
surface attractiveness of this suggestion. However unsatis-

25

(Hon. John Robarts)

really are so indifferent to the future of their country that
they appear prepared to sanction its division into two politi-

factory our relationships may have been in the past, in some
eyes, and however cold and grievous our actions and attitudes
to one another may often have been, this view denies a century
of living together. It denies the promise of a new Canada,

a Canada which will increasingly reflect its twin heritage

and which will continue to be enriched by the cultures of
peoples whose origins are neither English nor French.

This issue of division has reached the point where it
is of critical concern to all Canadians. Because they have
a greater faith in what their country is and what it will be-
come, I am convinced that the great majority of Canadians
will not countenance the prospect that their country be divided.
Indeed, Canadians must reject the attitudes represented both
by those who say “We are leaving”, and by those who say “Go”.

The second issue has to do with a proposition which
is a subtle variant of the first: that French Canadians can
feel at home only in the Province of Quebec, and that Quebec
alone can represent all French Canadians.

It is difficult for us to accept that view because
the Government of the Province of Ontario speaks for all our
people regardless of their origin. Of equal importance, if
We achieve a new Canada, which I think we are all aiming at,
and which we all desire, then our country will truly be the
sole and genuine home of all Canadians.

We recognize that the Province of Quebec will retain

a special place as the heartland of French Canada. However,

we believe that the more the proposition is accepted that the
Province of Quebec is regarded as the only spokesman for French
Canada, then the less prospect there is for the wider acknowl—
edgement of the two languages elsewhere in Canada, and the
realization of the changes that We are attempting to bring
about.

The third issue concerns those who would question the
maintenance of the unique position of the federal government.
We are conscious that desirable and effective changes should
be contemplated and can be made to take into account the
realities of our twentieth century federalism. But in this
critical process of change we do not intend to bring into

26

(L’hon. M. Robarts)

Le succès de notre voyage ne dépend pas de chacun de
nous individuellement; il est contingent à notre effort col-
lectif. Le résultat de notre effort dépendra de la façon
dont nous répondrons ensemble aux deux questions suivantes:
somme-nous prêts à tout mettre en oeuvre pour empêcher la
désintégration de notre pays? Sommes-nous prêts à abandonner
nos anciens préjugés pour façonner un Canada nouveau? Je
crois que nous pouvons et devons répondre à ces deux questions

par un “oui” très catégorique.

Si, comme je le pense, nous sommes prêts è aller jus-
que là, nous devons accepter d’ores et déjà le concept d’un
Canada très différent. En acceptant ce nouveau Canada, nous
ne rejetterons pas les traditions que nous chérissons et dont,
à juste titre, nous sommes fiers. La nature et la condition
de ce Canada nouveau ne sont pas non plus la promesse d’une
vie matérielle plus riche, quelque importante que soit cette
question.

Le point de vue que j’aimerais nous Voir adopter ne
peut venir que de l’infusion d’un esprit nouveau chez nous
tous, d’une volonté décuplée d’agir de concert. Nombreux
sont ceux d’entre nous qui ont eu conscience de cette renais-
sance, au cours de l’année du Centenaire, et qui s’en sou-
viennent comme d’une expérience inoubliable. C’est une expé-
rience que nous avons tous partagée; nous devrions la conti-
nuer, car je crois qu’elle est intimement liée à nos discus-
sions.

La tension actuelle vient, dans une large mesure, de
notre hésitation à accepter l’idée de nos deux langues et de
nos nombreuses cultures. Nous avons hésité è faire place aux
aspirations des Canadiens de langue française. Ces aspira-
tions présentent de nombreux aspects, mais elles consistent
avant tout en un désir tout à fait naturel de préserver une
langue et une culture.

J’ai le sentiment que de nombreux Canadiens anglo-
phones sont prêts à ce que leur pays reflète fidèlement son
héritage français et anglais. Cette attitude s’est manifestée
de façon évidente au cours des débats de la Conférence sur la
confédération de demain, et par la façon dont le public et la
presse ont réagi à ces discussions.

Le gouvernement de l’Ontario est prêt à prendre d’au-
tres mesures constructives en ce sens. Mais, avant de parler
de nos intentions, nous devons tomber d’accord sur cinq points,
si nous ne voulons pas fonder notre désir d’un Canada nouveau

27

(Hon. John Robarts)

question the primacy of the federal government. Nor do we
intend to see destroyed those powers of that government which
are crucial to the maintenance of its national and international
responsibilities.

The fourth issue concerns an assumption which should
no longer go unchallenged. This assumption is often expressed
in English-speaking Canada in statements that there is a move
afoot to force two languages and two cultures upon every
Canadian.

Speaking for the intentions and efforts of the Govern-
ment of Ontario, let me state as explicitly as I can that our
aspirations to achieve a wider and more formal recognition of
the French language in Canada will in no way force anything
on anyone. ‘

There will always be broad areas of Canada which will
be predominantly French-speaking and there will be other areas
which will be predominantly English-speaking. Our aim is to
establish the means whereby the two linguistic communities in
Canada can deal, where practical, with public institutions in
their own language. What we are attempting to create is a
new climate, a new set of attitudes in Canada, not at any price,
but in a way which we believe will appeal to the generous
instincts of Canadians and which we believe will make a sig-
nificant and meaningful contribution to a new Canada.

The fifth issue I should like to discuss is the un-
realistic tendency to divorce the question of language from
that of change in the form of Canadian federalism.

Positive action on the language front will undoubtedly
contribute to a healthier atmosphere for the discussion of
Canadian federalism. However, at the Confederation of Tomorrow
Conference, it could not have been clearer that the three
central issues — language, constitutional change and regional
economic differences — are interdependent parts of any dis-
cussion about the future of the country.

There are some important implications to the five
issues I have just raised.

The future of Canada is much too important to be left
to the whims of extremists on either side of the present de-
bate. We in Ontario think we are moderates. We think our
government represents moderates. As such, we are determined
to make an important contribution to the events of these days.

28

(L’hon. M. Robarts)
sur de faux expoirs.

Le premier concerne l’attrait d’un nationalisme étroit.
Je m’inquiète sérieusement de l’indifférence de certains Ca-
nadiens envers l’avenir de leur pays; ils vont jusqu’à accep-
ter l’idée de sa division en deux entités politiques distinc-
tes: l’une principalement anglophone et l’autre en grande
majorité francophone. Ne nous laissons pas tromper par le
charme superficiel de cette suggestion. Même si, de l’avis
de certains, nos relations ont été peu satisfaisantes par le
passé, même si nos attitudes mutuelles ont été souvent désa-
gréables et peu amicales, ce point de vue est le reniement
d’un siècle de vie commune. Il rejette la promesse d’un Ca-
nada nouveau, un Canada qui reflétera de plus en plus son
double héritage et qui continuera à s’enrichir des cultures
de peuples qui ne sont ni anglais ni français d’origine.

La question de la division en est arrivée à un point
qui doit inquiéter tous les Canadiens. Parce qu’ils ont foi
vu ce qu’est et en ce que deviendra leur pays, je suis con-
vaincu que la grande majorité d’entre eux n’accepteront pas
de le fragmenter. C’est, en fait, la responsabilité des
Canadiens de rejeter l’attitude de ceux qui déclarent: “Nous
allons partir” et de ceux qui leur répondent: “Allez—vous-en!”

Le second point concerne une position qui est une
variante subtile du premier: il semblerait que les Canadiens
français ne puissent se sentir chez eux que dans la province
de Québec, et que le Québec seul soit en mesure de représenter
tous les Canadiens français.

Il nous est difficile d’accepter ce point de vue,
parce que le gouvernement de l’Ontario parle au nom de tous
ses citoyens, quelle que soit leur origine. Il est également
important de comprendre que si nous arrivons à créer un nou-
veau Canada, ce que nous désirons tous, notre pays sera la
seule patrie réelle de tous les Canadiens.

Nous reconnaissons que la province de Québec gardera
une place spéciale, en tant que coeur du Canada français.
Mais il ne faut pas oublier que plus nous acceptons de recon-
naître la province de Québec comme le seul porte-parole du
Canada français, moins les deux langues ont de chance d’être
reconnues officiellement ailleurs au Canada, et moins nous
avons de chances de réaliser le Canada nouveau.

Le troisième point intéresse ceux qui voudraient
remettre en question la position unique du gouvernement

29

(Hon. John Robarts)

The second implication of these issues is that we con-
sider the more formal recognition of the two linguistic com-
munities in Canada to be a modest — indeed a minimum —
investment which must be made in a new Canada. We should now
learn to appreciate this as an integral part of the fabric of
Canadian society and as an opportunity which can broaden our
collective and individual horizons.

Indeed, I foresee the day when our descendants will
Wonder what We Were fussing about, why we Were so reluctant
to develop what must in time be a necessity: that is the
ability to communicate in more than one language with our
fellow man, not only in Canada but in other parts of the world.

The third and most vital implication of these issues
is the alternatives which they present. We can either opt out
of the crisis and abdicate our future to extremists or we can
ensure that our country reflects what I believe is its true
strength: its capacity to recognize with great generosity of
spirit that it will not be bound by its past and that it will
afford to all its citizens an environment which will permit
each and every one of them to say: “This is my country. This
is where I belong. This is where I feel at home”.

If this objective is to be realized, it will require
that we dedicate ourselves anew, that we reaffirm our faith
in ourselves and that we look not to our past but to our
future. This is the challenge that we in Ontario are prepared
to meet. To state it is difficult enough, but to translate
it into meaningful action is an order of immensely complex
proportions.

The place of the English and French-speaking commun-
ities in Canada is now the central problem in the country.
It has come to occupy this position because it is on this that
significant and early action must be taken if we are to face
our other major problems as an undivided country. Therefore,
the practical and effective recognition of our two linguistic
communities must receive our first priority. If we approach
a solution with goodwill and common sense, the improved
climate developed through this approach will permit us to
tackle much more easily such critical matters as constitutional
change and the unevenness of economic development across the
country. If, on the other hand, we choose to be hesitant and
negative in our attitudes towards the linguistic and cultural
problems, then we shall play into the hands of those who wish
to put the entire future of our country into jeopardy.

30

(L’hon. M. Robarts)

fédéral. Nous savons qu’il faut étudier la possibilité de
changements réels et souhaitables qui devront tenir compte
des réalités de notre fédéralisme du XXe siècle. Mais au
cours de ce processus critique, nous ne voulons pas remettre
en question la suprématie du gouvernement fédéral. Nous n’a-
vous pas l’intention, non plus, de voir supprimer les pouvoirs
de ce gouvernement qui lui permettent de faire face à ses res-
ponsabilités nationales et internationales.

Le quatrième point concerne une assertion qu’il est
temps de contester. Cette assertion prend souvent, au Canada
anglophone, la forme de déclarations suivant lesquelles il
existerait un mouvement pour forcer tous les Canadiens à
Adopter deux langues et deux cultures.

Pour ne parler que des intentions et des efforts du
gouvernement de l’Ontario, qu’il me soit permis de déclarer
aussi clairement que possible que nos efforts pour faire ac-
cepter la langue française au Canada, d’une façon plus géné-
rale et plus officielle, ne tendent en aucune façon à imposer
quoi que ce soit, à qui que ce soit.

Il y aura toujours des régions importantes du Canada
qui seront en grande majorité francophones et d’autres qui
seront surtout anglophones. Ce que nous voulons, c’est de
donner aux deux communautés linguistiques du Canada, là oü
c’est possible, les moyens de communiquer dans leur propre
langue avec les institutions publiques. Ce que nous essayons
de créer au Canada, c’est un climat nouveau, de nouvelles atti-
tudes, non pas è n’importe quel prix, mais en faisant appel aux
instincts généreux des Canadiens, pour contribuer de façon ré-
elle à la création du Canada nouveau.

Le cinquième point dont j’aimerais vous parler porte
sur la tendance déraisonnable à séparer la question de la
langue de celle d’un changement dans la forme du fédéralisme
canadien.

Une action positive dans le domaine linguistique créera
une atmosphère plus favorable à la discussion sur le fédéralis-
me canadien. Mais il est certain que les trois préoccupations
qui se sont dégagées très clairement des débats de la Confé-
rence sur la confédération de demain, la langue, les change-
ments constitutionnels et les différences économiques régio-
nales, sont les éléments interdépendants de toute discussion
sur l’avenir du pays.

Les cinq points que je viens de soulever sont lourds de

31

(Hon. John Robarts)

Let us not mince words on this occasion and on this
subject. Our view of the Canada of today is based on the
fullest, most practical national appreciation of our two
linguistic communities. We have reached this conclusion
because we believe in Canada. I speak here not of an abstrac-
tion but I speak of a country and I speak of the people who
make up that country. We are all Canadians and whether by
origin we are French or English or something else does not
matter. What does matter – and what matters more deeply than
anything else – is that we not destroy ourselves and our

ucountry because of an unwillingness or even worse, an inabil—

ity to acknowledge with pride the mainstreams of our heritage.
It is our belief that this is a just and reasonable and proper
price for our national existence.

These observations are why we attach such significance
to the publication of this first volume, entitled “The Official
Languages”, of the Report of the Royal Commission on Bilingu-
alism and Biculturalism. We have deliberately refrained from
commenting publicly until this time. And we remained silent
.for two reasons. First, we decided that we could not comment
quickly and thoughtfully on a document of such major impor-
tance which placed Ontario in a central position in its recom-
mendations. Second, we Were as determined at the time of its
publication as We are now that our response to it should be
knowledgeable, constructive and, above all, meaningful.

Let me begin by saying that we endorse the guiding
principle and the spirit of the first volume: that both
official languages be recognized wherever the minority is
numerous enough to be viable as a group. Indeed, it is clear
to us that this principle and that spirit must serve as the
touchstone of What should be, of what I am sure will be, the
Canada of the future. In much of the expression of this
report, we have at last some tangible evidence of what we can
do to ensure our national survival.

Let me also say, and I must make it very clear, that
the process of implementing many of the proposals will not be
achieved in a hurry and will not be accomplished overnight.
And I think as one reads the report of the Commission this
fact is very Wisely recognized. But let me stress that in
Ontario the process of implementation is already under way.
We shall lead by deed because we are convinced this is
necessary for the survival of Canada.

The implementation of these ideas in a positive,
sensible and meaningful fashion must be accomplished in

32

(L’hon. M. Robarts)

conséquences.

L’avenir du Canada est trop important pour être laissé
entre les mains des extrémistes, d’un côté ou de l’autre. Nous,
de l’Ontario, croyons que nous sommes des modérés. _Nous repré-
sentons donc les modérés et, à cause de ce fait, nous sommes
prêts à faire une contribution d’importance à la cause du Ca-
nada nouveau.

La deuxième conséquence, c’est que nous considérons la
reconnaissance plus officielle des deux communautés linguisti-
ques du Canada comme un investissement modeste, minimum en
fait, dans le Canada nouveau. Nous devons apprendre à consi-
dérer ce facteur comme étant partie intégrante de la trame de
la société canadienne et comme une occasion d’élargir nos ho-
rizons collectifs et individuels.

Je peux imaginer le jour oû nos descendants se deman-
deront pourquoi nous avons “fait tant d’histoires“, pourquoi
nous avons tellement hésité à établir ce qui, avec le temps,
deviendra une nécessité: la possibilité de communiquer dans
plus d’une langue avec nos semblables, non seulement au Canada

mais dans d’autres arties du monde.

La troisième, et la plus importante de ces conséquences,
concerne les choix qui se présentent à nous. Nous pouvons, soit
nous désintéresser de la crise et laisser notre avenir aux
mains des extrémistes, soit nous assurer que notre pays se
montre tel que je le vois: capable de reconnaître, avec beau-
coup de générosité, qu’il n’est pas lié par son passé et qu’il
peut offrir à tous ses citoyens un climat qui permette à tous
et chacun de déclarer: “Voilà mon pays. Je m’y sens chez-moi”.

Si nous voulons réaliser cet objectif, il faudra que
nous renouvelions notre allégeance, que nous réaffirmions
notre foi en nous—mêmes, que nous nous tournions non pas vers
le passé, mais vers l’avenir. C’est un défi que l’Ontario est
prête à relever. Si l’exprimer est difficile, le transformer
en action est extrêmement complexe.

La place respective des communautés de langues fran-
çaise et anglaise au Canada est maintenant le problème central
chez nous. Il a pris cette place parce que c’est dans ce do-
maine qu’il faut agir rapidement et de façon réelle, si nous
voulons être en mesure de traiter des autres problèmes majeurs,
en tant que pays uni. C’est pourquoi la reconnaissance prati-
que et efficace de nos deux communautés linguistiques doit
solliciter avant tout notre attention. Si nous arrivons à

33

(Hon. John Robarts)

several stages. Within the Government of Ontario we have
placed the highest priority on a full and fair examination

of the findings of the Report of the Royal Commission. I
will go into some brief detail and I hope you will bear with
me. We have established four task forces, as we call them:
one to investigate the feasibility of implementing the recom-
I mendations concerning the administration of justice; a second
to deal with the questions of the Legislature and provincial
statutes; a third on municipal administration, which is our
responsibility, of course; and a fourth on the provincial
public service. The studies of these groups are being
assisted by the Ontario Advisory Committee on Confederation,
which is made up of scholars and men of knowledge in the
areas of constitutional matters, and the whole is being co-
ordinated by the Federal—Provincial Affairs Secretariat of
our Department of the Treasury in Ontario.

I want to emphasize to you that this activity has
already commenced. This phase of our implementation, we
hope, will be completed by this summer. At the same time,
and in conjunction with the work of these task forces, we
are looking into the broader question of establishing bilingual
districts in appropriate parts of Ontario.

As additional volumes of the report are completed and
made public, we shall establish new task forces to deal with
further specific recommendations which may apply to Ontario.

As far as the government, itself, is concerned, we
will provide, wherever feasible, bilingual public services so
that the people of Ontario will be able to deal in either the
English or French languages with the various levels of govern-
ment with which they come into contact. This is in keeping
with a most important statement in the Introduction to the
Report of the Royal Commission, which I should like to repeat,
and I think we must make this point very clear:

A bilingual country is not one where all the
inhabitants necessarily have to speak two
languages; rather it is a country where the
principal public and private institutions
must provide services in two languages to
citizens, the vast majority of whom may very
well be unilingual. The same is true, of
course, for a bilingual province…

The approach that we have adopted closely parallels a
suggestion in the report that each government concerned will

34

(L’hon. M. Robarts)

une solution guidée par notre bonne volonté et notre bon sens,
le climat général en sera rasséréné et nous pourrons nous at-
taquer beaucoup plus facilement à des problèmes critiques tels
que Les changements constitutionnels et l’inégalité de notre
développement économique. Si, d’autre part, nous prenons une
attitude hésitante et négative envers la question linguistique
et culturelle, nous allons faire le jeu de ceux qui désirent
mettre en péril l’avenir de notre pays.

Ce n’est pas le moment de màcher les mots. La façon
dont nous envisageons le Canada d’aujourd’hui est fondée sur
l’estimation la plus complète et la plus réaliste de nos deux
vommunautés linguistiques. Nous en sommes arrivés à cette
vonclusion parce que nous avons foi dans le Canada. Je ne
parle pas ici d’une abstraction, mais d’un peuple et de son
pays. Nous sommes tous Canadiens, et le fait que nous soyons
d’origine anglaise, française ou autre, importe peu. Ce qui
compte, et c’est plus important que tout le reste, c’est que
nous ne nous détruisions pas et ne détruisions pas notre pays
parce que nous ne sommes pas prêts, ou ce qui est pire encore,
parce que nous ne sommes pas capables de reconnaître, avec
fierté, les principaux éléments de notre héritage. Nous
croyons que c’est un prix juste et raisonnable pour notre
existence nationale.

Ce sont là les raisons qui nous font attacher une
telle importance à la publication, en décembre dernier, du
premier volume du rapport de la Commission royale sur le bi-
linguisme et le biculturalisme intitulé “Les Langues offici-
elles”. Nous nous sommes abstenus à dessein de faire des
commentaires pour deux raisons: tout d’abord, nous avons
décidé que nous ne pouvions nous prononcer rapidement et de
façon réfléchie sur un document d’une telle importance, qui
place l’Ontario au centre même de ses recommandations. En-
suite, nous étions aussi décidés au moment de sa publication
qu’aujourd’hui à donner une réponse bien informée, construc-
tive, qui ait vraiment du sens.

Laissez—moi déclarer, pour commencer, que nous endossons
les principes directeurs et l’esprit du premier volume: la
reconnaissance des deux langues officielles partout oü la mino-
rité est suffisamment nombreuse pour constituer un groupe via-
ble. Il nous semble en fait évident que ces principes et
l’esprit qui les guide doivent être la base de ce qui doit
être et de ce qui sera, j’en suis convaincu, le Canada de de-
main. Dans une large mesure, le rapport nous indique finale-
ment, de façon tangible, ce qu’il faut que nous fassions pour
assurer notre survie nationale.

35

(Hon. John Robarts)

have to conduct its own enquiry on the recommendations and
will have to select the most sensible way for it of putting
the ideas embodied in this report into practice. We are de-

termined to take specific and immediate action in a number
of areas.

I First, at the opening next week of the new legislative
session in Ontario, we shall propose by resolution that any
Member of the Legislature of Ontario shall have the formally
recognized right to address the Legislature in either English
or French. I might say that this has been going on fairly
continuously in my time in the Legislature although it has
never been formally recognized. We have speeches in French

in our Legislature fairly frequently, but we propose that this
be formally recognized in this way.

Second, we have adopted the following policies with
respect to the practical provision of public services in
French:

—-The Department of Civil Service and the
Department of Education will establish
language courses for civil servants whose
duties require a knowledge of French;

——All letters received in French by the

Ontario Government will be answered in that
language – I think perhaps this is a

practice that is presently being carried out,
and has been for some considerable time, but
nonetheless we will give it formal recognition;

–All government departments will be encouraged
to provide bilingual services in those field
offices located in areas where there is a
sufficient concentration of French-speaking
persons; this too will be an extension of
present practices;

—-We will expand the facilities of our
translation bureau, particularly to deal
with communications in French.

In order to accomplish these matters and to make sure
they are carried out, each department, in conjunction with the
Department of Civil Service, will determine which employees
could improve their effectiveness by having a command of both
languages. Such employees could include those who have direct

36

(L’hon. M. Robarts)

Qu’il me soit également permis de dire qu’un grand
nombre de ces propositions ne pourront pas être appliquées
immédiatement, ou du jour au lendemain. La Commission, dans
sa sagesse, a reconnu ce fait. Je tiens à déclarer qu’en
Ontario nous en sommes déjà au stade de la réalisation. Nous
donnerons l’exemple par nos actes, parce que nous sommes
convaincus qu’il faut le faire pour la survie du Canada.

La mise en vigueur de ces idées de façon positive,
raisonnable et réelle, devra se faire en plusieurs étapes.
Le gouvernement de l’Ontario a considéré que le premier pas
devrait être d’examiner à fond et impartialement les conclu-
sions du rapport de la Commission royale. Je vais entrer
dans le détail, et j’espère que vous serez indulgents envers
moi.

Nous avons créé quatre équipes spécialisées: une pour
étudier la possibilité d’appliquer les recommandations sur
l’administration de la justice; une autre qui s’occupe de
l’Assemblée législative et des statutsprovinciaux; une troi-
sième qui étudie l’administration municipale, qui relève de
nous, bien entendu; et une quatrième dont le mandat concerne
la fonction publique provinciale. Ces groupes sont aidés dans
leurs travaux par le Comité consultatif de l’Ontario sur la
confédération, comprenant des spécialistes en questions cons-
titutionnelles, et leurs activités sont coordonnées par le
secrétariat des affaires fédérales-provinciales du ministère
du Trésor de l’Ontario.

Je tiens à insister sur le fait que nous nous sommes
déjà mis au travail et que cette phase des réalisations sera
terminée cet été. En même temps, et conjointement avec les
travaux de ces équipes spécialisées, nous nous occupons de la
question plus générale de l’établissement de districts bilin-
gues dans certaines régions de l’Ontario.

Au fur et à mesure que d’autres volumes du rapport
seront publiés, nous créerons de nouvelles équipes qui s’occu-
peront des autres recommandations concernant l’Ontario.

Partout où cela sera faisable, le gouvernement de
l’Ontario fournira des services publics bilingues, pour que
tous nos citoyens puissent traiter en anglais et en français
avec les différents niveaux de gouvernement qui les concernent
directement. Ceci est conforme à une déclaration très impor-
tante présentée dans l’avant-propos du rapport de la Commission
royale, que j’aimerais citer ici, car je crois que cela doit
être souligné: “Un pays bilingue n’est pas un pays dont tous

37

(Hon. John Robarts)

and extensive contact with Franco-Ontarians, and those who are
in regular contact with their French-speaking counterparts in
other governments. Again, in conjunction with the various
departments involved, the Department of Civil Service will
expand its endeavours to recruit bilingual people for positions
where a command of both languages is necessary.

. Special arrangements for French-speaking civil servants
from other jurisdictions as well as Ontario to take special
courses in English will also be studied.

To create the most efficient techniques of providing
these language training facilities, a number of approaches
are being investigated by the Staff Development and Research
Branch of our Department of Civil Service. Arrangements will
be made, for instance, to explore with local school boards
the use of existing facilities, on a shared-cost basis, such
as language laboratories and special teachers in oral French.
A request will be made to provide space for Ontario civil
servants in the Franch language training program of the
federal government. The creation of a provincial centre, at
which selected civil servants can be given intensive instruc-
tion in French, is being examined. Steps have been taken to
hire specialist staff in applied linguistics to develop a

program for various levels of proficiency in the French
language.

In the third area, the Government of Ontario will pro-
pose policies with regard to the use of French and English in
municipal administration. I should like to outline here our
general approach.

We will encourage the use of both English and French
in those Ontario municipalities which have sufficient concen-
tration of French-speaking persons. These communities are
mainly located in eastern and northeastern Ontario, within
the counties and districts of Stormont, Glengarry, Prescott,
Russell, Carleton, Nipissing, Temiskaming, Cochrane, Sudbury
and Algoma. Also in this general category are communities
in southwestern Ontario such as Penetanguishene on Georgian
Bay, Welland on the Niagara Peninsula and parts of the county
of Essex.

These communities will be urged to adopt a number of
policies:

—-The employment of sufficient bilingual
staff to deal effectively with the public

38

(L’hon. M. Robarts)

les habitants doivent nécessairement parler deux langues;
c’est un pays oü les principales institutions publiques et
privées offrent, en deux langues, leurs services aux citoyens
qui, pour la plupart, peuvent très bien n’en parler qu’une.
La même chose est vraie d’une province bilingue”.

L’attitude que nous avons adoptée est conforme à une
suggestion du rapport qui conseille que chaque gouvernement
étudie lui-même les recommandations et choisisse la meilleure
façon de mettre ces idées en pratique. Nous avons d’ailleurs
l’intention de prendre des mesures immédiatement dans certains
domaines.

Premièrement, à l’inauguration, la semaine prochaine,
de la nouvelle session de l’Assemblée législative de l’Onta-
rio, nous allons proposer une résolution pour reconnaître
officiellement à tous les membres de cette Assemblée le droit
de s’adresser à l’Assemblée en anglais ou en français. Cela
existe du reste depuis assez longtemps, mais ce bilinguisme
n’a jamais été officiellement reconnu. Plusieurs députés
prononcent assez souvent des discours en langue française à
l’Assemblée législative. Nous avons voulu consacrer ce fait
officiellement.

Deuxièmement, nous avons adopté les lignes de conduite
suivantes en ce qui concerne les communications en français
entre les services publics et les Franco-ontariens:

Le ministère de la Fonction publique et celui
de l’Education vont créer des cours de langues
pour les fonctionnaires dont les fonctions de-
mandent une connaissance du français.

Toutes les lettres en français reçues par le
gouvernmenet de l’Ontario recevront une ré-
ponse dans cette langue. C’est d’ailleurs
une coutume qui était déjà établie depuis
assez longtemps mais qui, maintenant, sera
reconnue officiellement.

Tous les ministères seront encouragés à four-

nir des services bilingues dans leurs bureaux

situés dans des régions oû la concentration de
francophones est suffisante. Cela est égale-

ment un prolongement de la coutume actuelle.

Le gouvernement donnera plus d’importance à
son bureau de traduction, pour lui permettre,
en particulier, de s’occuper des communica-

39

(Hon. John Robarts)

in French and English in oral and written
communications;

–The provision in both languages of local
official forms and notices such as assess-
ment notices, tax forms, water bills and
voters’ lists, and so on;

—-The provision of road and traffic signs
which may be readily understood by anyone;

–The use of both English and French in
municipal council and other local govern-
ment meetings.’ At present, an official
record of council meetings must be kept
in English. We intend to introduce an
amendment to The Municipal Act to provide
that municipal council minutes may be kept
in French so long as properly authorized
English translations are made available
of any portion of such minutes required
for use in the courts, before the Ontario
Municipal Board, or for such other pur-
poses as any ratepayer may reasonably re-
quire;

.–We will of course provide for the use by
appropriate municipal employees of the
language training facilities to be estab-
lished by the Government of Ontario.

We are now examining methods of reimbursing co—oper-
ating municipalities for all or part of the extra expense that
will be incurred in the provision of services in these two
languages. In this connection, and as the Royal Commission
suggests, we may seek the assistance of the federal govern-
ment. That’s the first time money has raised its head today.

To a considerable extent, these plans for action in
the municipal field represent the recognition of existing
practices in a number of Ontario municipalities. For many
years several local governments in Eastern Ontario have effec-
tively conducted much of their business in French. For example,
Eastview and Hawkesbury which are not far from here have pro-
vided most municipal services in both languages. With the
steps now being taken to ensure a full range of educational
opportunities to Franco-Ontarians, it is expected that the
implementation of this new policy in the municipal field will

40

(L’hon. M. Robarts)
tions en français.

Dans ce but, chaque ministère, en conjonction
avec le ministère de la Fonction publique,
déterminera lesquels de ses employés devien-
draient plus compétents s’ils parlaient les
deux langues. Ces employés pourraient être
ceux qui ont des contacts directs et fréquents
avec les Franco-ontariens ou avec leurs homo-
logues dans d’autres gouvernements.

De plus, de concert avec les différents minis-
tères intéressés, le ministère de la Fonction
publique s’efforcera de recruter du personnel
bilingue pour les postes qui exigent la con-
naissance des deux langues.

Nous étudierons la possibilité de prendre des
dispositions pour permettre aux fonctionnaires
francophones de l’Ontario et d’autres juri-
dictions de suivre des cours spéciaux d’an-
glais. Pour fournir cet enseignement linguis-
tique, on est à étudier différents moyens,
notamment à la division du personnel et de la
recherche du ministère de la Fonction publique.
Nous envisageons, avec les commissions scolaires
locales, la possibilité de nous servir, sur la
base du partage des coûts, des installations
existantes, telles que les laboratoires de
langues, et d’utiliser des professeurs spé-
cialisés dans l’enseignement du français

parlé.

Nous demanderons au gouvernement fédéral de
faire une place aux fonctionnaires de l’On-
tario dans son programme d’enseignement du
français. Nous étudions la possibilité de
créer un centre provincial oü des fonction-
naires sélectionnés suivraient des cours de
français. Nous avons fait des démarches
pour engager un personnel spécialisé en
linguistique appliquée, afin de mettre au
point un programme qui s’appliquerait à
différents niveaux de connaissance du fran-
çais.

Dans un troisième domaine, le gouvernement de l’Ontario
a adopté certains principes quant à l’usage du français et de

41

(Hon. John Robarts)

be made much easier.

The fourth major area of our concern deals with the
administration of justice. We are acutely aware, as was the
Royal Commission, that the employment of the two languages
in the administration of justice in Ontario poses great
difficulties. Nevertheless, we are now investigating these
possibilities:

–The provision that the government shall
meet the expenses incurred for appropriate
interpreters and translation services in any
pleading or process before courts under pro-
vincial jurisdiction;

—-The provision of bilingual court documents
in designated judicial districts having a
sufficient French-speaking population;

-—And the encouragement of judges, lawyers,
clerks, sheriffs, bailiffs and legal stenc-
graphers to take advantage of the language
training facilities that we are establishing.

In our view, it would be wisest that these proposals
be initiated in the lower courts where most people have their
first and perhaps only contact with the law.

The goals of the Royal Commission will be achieved
only if we ensure that our educational system prepares our
young people for an increasingly bilingual society. This
means, of course, education for both French and English-speak-
ing students is crucial. And this is the area to which we
have given priority and in which we have made the most signifi-
cant advances in Ontario. For many years, the Province of
Ontario has provided education in two languages at both the
primary and the post—secondary level. We have both ends of our
educational program covered. On August 24th, 1967, the govern-
ment announced that French-language secondary schools would be
established within the publicly financed school system of
Ontario. In November last, we appointed a Committee on French-
language Secondary Schools. That Committee will submit recom-
mendations by March l5th on the legislative and procedural
requirements to provide the necessary guarantees for the
establishment of French-language secondary schools. We will
then put forward, during this forthcoming session of the
Legislature, legislation setting out the framework within which
these schools will operate. We hope that a large number of

42

(L’hon. M. Robarts)

l’anglais dans les administrations municipales. J’aimerais
un exposer les grandes lignes.

Nous avons l’intention d’encourager activement l’usa-
go du français et de l’anglais dans les municipalités de
l’Ontario qui ont une concentration suffisante de franco-
phones. Ces localités se trouvent surtout dans l’est et le
nord—est de la province, dans les comtés et districts de
Stormont, Glengarry, Prescott, Russell, Carleton, Nipissing,
Temiskaming, Cochrane, Sudbury et Algoma. Des localités du
sud de l’Ontario telles que Penetanguishene, sur la baie
Georgienne, Welland, dans la péninsule du Niagara, et cer-
laines parties du comté d’Essex, sont dans une situation
analogue.

On leur demandera d’adopter un certain nombre de
principes:

L’emploi d’un personnel bilingue suffisant
pour communiquer avec le public efficacement,
oralement ou par écrit, en français et en
anglais.

L’impression, dans les deux langues, de for-
mulaires officiels et d’avis tels que les
avis de cotisation foncière, les déclarations
d’impôt, les factures, les listes d’électeurs,
et ainsi de suite.

L’usage de signaux routiers com réhensibles
pour tous.

L’usage du français et de l’anglais au conseil
municipal et aux autres réunions du gouverne-
ment local. A l’heure actuelle, la transcrip-
tion officielle des réunions du conseil doit

se faire en anglais. Nous avons l’intention

de présenter un amendement à la loi régissant
les municipalités pour que les procès-verbaux
municipaux puissent être transcrits en français,
à condition que soient faites des traductions
anglaises dûment autorisées des portions de ces
procès-verbaux qui seront utilisées auprès des
tribunaux, ou présentées à la Commission muni-
cipale de l’Ontario, ou pour d’autres raisons
valables qu’un contribuable peut présenter.

Evidemment, des employés municipaux sélection-

43

(Hon. John Robarts)
these schools will be receiving students next September.

The Committee has also been instructed to make recom-
mendations on all aspects of French-language primary and
secondary education in the province.

I I want to say here how gratified we are to see the
now numerous instances of voluntary co—operation between
English and French-speaking Ontarians in the realm of second-
ary education, particularly since this announcement was made
last fall. This co—operation has been initiated by the people
involved without waiting for the Committee to complete its
preliminary investigations. As an example, I refer to the
announcement last month that the Ottawa Collegiate Institute
Board agreed to assume responsibility as of next September
for Ottawa’s seven French-language private secondary schools.
This is a praiseworthy and positive act taken entirely at

the initiative of the local Ottawa authorities. In addition,
I can tell you that in such centres as North Bay, Sudbury and
Welland, groups of English and French-speaking citizens have
set up joint committees to determine the most satisfactory
manner of operating the French-language secondary schools
which we have instituted. These instances of co—operation
provide really deeply encouraging evidence of what we mean
when we refer to the spirit of the Canada of tomorrow.

Now, Mr. Prime Minister, I think of all places, our
country’s capital should reflect the kind of people we are,
perhaps the kind of people we most desire to be. I think it
has been one of our larger failures that the progress towards
making Ottawa truly the showplace of Canada, both in physical
and spiritual terms, has been so slow. Much has been accomp-
lished by the citizens and governments of the Ottawa region
and by the admirable work of the National Capital Commission.
We are very pleased that steps are now being taken which will
make our capital here a place of which all Canadians and
visitors to this country can be proud and in which both
English-speaking and French-speaking Canadians will feel com-
pletely at home.

The future of the capital region, which lies on both
sides of the Ottawa River, rests in the hands of the federal
government and the governments of Ontario and Quebec. That
is because of the geographic situation of our capital. Never-
theless, whatever is decided for our capital region in our
opinion must reflect the whole country … must be agreed to,
concurred in and shared in by the governments of all parts of
the country and of the other provinces because what we are

44

(L’hon. M. Robarts)

nés auront le bénéfice des services d’en-
seignement linguistique qu’établira le gou-
vernement de l’Ontario.

Nous étudions actuellement les moyens par lesquels
le gouvernement de l’Ontario remboursera aux municipalités
les dépenses effectuées pour établir les services en fran-
çais et en anglais. Sur ce point, et cela est suggéré par
la Commission royale, il est très possible que nous deman-
dions l’aide du gouvernement fédéral. C’est la première fois
qu’on parle d’argent ici, aujourd’hui.

Dans une large mesure, ces projets dans le domaine
municipal ne font que reconnaître les pratiques existantes
dans un certain nombre de municipalités de l’Ontario. Depuis
de nombreuses années, plusieurs gouvernements locaux de l’est
dv l’Ontario ont, en fait, conduit une grande partie de leurs
affaires en français. Par exemple, Eastview et Hawkesbury,
pas très loin d’ici, utilisaient les deux langues dans la
plupart de leurs services. Nous pensons que les mesures que
nous sommes en train de prendre, pour donner aux Franco-
Ontariens l’occasion de faire toutes leurs études en français,
faciliteront beaucoup la mise en vigueur de cette nouvelle
politique dans le domaine municipal.

Notre quatrième préoccupation majeure porte sur l’ad-
ministration judiciaire.

Nous sommes tout à fait conscients, comme la Commission
royale, des grandes difficultés que présente l’emploi des deux
langues dans l’administration de la justice en Ontario. Nous
piudions pourtant, à l’heure actuelle, les possibilités sui-
vantes:

Que le gouvernement assume tous les frais
d’interprétation et de traduction ayant trait
à toute plaidoirie ou action devant un tri-
bunal relevant de la compétence provinciale.

Que les tribunaux soient pourvus de documents
bilingues dans les districts judiciaires ayant
une population francophone suffisante.

Que l’on permette aux juges, avocats, commis,
shérifs, huissiers et sténographes de bénéfici-
er des services d’enseignement linguistique

que nous établissons.

45

(Hon. John Robarts)

really talking about in this instance is a National Capital
and while it is physically situated in Ontario and Quebec
nonetheless it must belong to all of Canada. This is the
point that I would like to emphasize.

The three governments which have the ultimate respon-
sibility for the Ottawa area, as was announced last week,
have been meeting on several occasions in the last two months
to devise methods which will ensure the steady, planned de-
velopment of the entire capital area which has a potential of
being a truly magnificent place of which we will all be justly
proud. We believe that the creation of a regional government
on the Ontario side which we are working on at the moment,
and which will be completed within the next year, is one of
the most fundamental steps which could be taken to make our
ultimate goals in this area a reality.

Now, I should like to turn for a few moments to the
form of federalism we should have in Canada and the constitu-
tional changes which may be required to implement our decisions
in this regard.

We are aware that in many parts of Canada this issue
is viewed with a certain amount of indifference. We heard a
good deal of evidence to support this remark during the Con-
federation of Tomorrow Conference. Some take the attitude
that The British North America Act has served us for our first
century and they see no reason to change it for our second
century. Others suggest that there are many more urgent
problems in this country than constitutional change and we
should first get on to a solution of those other problems.
All I can say is as far as Ontario is concerned fundamental
constitutional change holds no fears for us. And we are
certainly prepared to make a contribution to this process.
We believe that this is an approach worthy of consideration
by all. We think that we must all be ready to advance sugges-
tions as well as listen to and examine the suggestions made
by others.

In this connection, I should like to say that we
appreciate the work which went into the Preliminary Statement
which the Government of Quebec tabled at the Confederation of
Tomorrow Conference. It is a substantial contribution to the
current debate whether one agrees completely, disagrees com-
pletely or falls in that middle ground. It has given some

precision to many of the issues which we have been discussing
and which we will be discussing in the days and the months
that lie ahead.

46

(L’hon. M. Robarts)

A notre avis, il serait judicieux de commencer par
les tribunaux inférieurs, oü la plupart des gens ont leur
premier et souvent leur seul contact avec le système judici-
dire.

Les buts de la Commission royale ne seront atteints
que si nous préparons nos jeunes à une société de plus en
plus bilingue, bien entendu, au moyen de notre système d’édu-
ration. C’est ce domaine que nous avons considéré comme
prioritaire et dans lequel nous avons fait le plus de progrès.
Hepuis de nombreuses années, la province fournit une éducation
dans les deux langues, aux niveaux primaires et post—secondaire.
Le 24 août 1967, le gouvernement de l’Ontario a annoncé l’é-
tablissement d’écoles secondaires de langue française dans le
cadre des écoles publiques de l’Ontario. En novembre, nous
avons nommé un comité sur les écoles secondaires de langue
lrançaise. Ce comité doit faire des recommandations d’ici le
l5 mars sur les exigences législatives pour garantir l’éta-
blissement d’écoles de langue française. Nous présenterons
unsuite, au cours de la prochaine session de l’Assemblée
législative, les projets de loi nécessaires au fonctionnement
de ces nouvelles écoles. Nous espérons qu’un grand nombre
d’entre elles pourront ouvrir leurs portes dès septembre.

Nous avons également demandé au comité de faire des
recommandations sur tous les aspects de l’enseignement en
français en Ontario, aux niveaux primaire et secondaire.

Je tiens à mentionner ma satisfaction d’avoir pu
vonstater de nombreux exemples de coopération entre les On-
lariens anglophones et francophones dans le domaine de l’en-
seignement secondaire, surtout après notre déclaration de
l’automne dernier. Cette collaboration s’est manifestée
avant même que le comité n’ait terminé ses enquêtes préli-
minaires. Je pense, par exemple, à l’Ottawa Collegiate
Institute Board qui, le mois dernier, a offert d’assumer, à
partir de septembre, la responsabilité des sept écoles secon-
daires privées d’Ottawa qui enseignent en français. C’est là
une action louable et positive dont les autorités locales
d’Ottawa ont pris l’initiative. De plus, dans des centres
inls que North Bay, Sudbury et Welland, des groupes de citoyens
anglophones et francophones ont formé des comités conjoints
pour déterminer la meilleure manière d’administrer les écoles
secondaires françaises que nous avons établies. Ces exemples
de collaboration sont la preuve très encourageante de ce qui
«ut, pour nous, l’esprit du Canada de demain.

Plus que toutes les autres villes, la capitale de notre

47

(Hon. John Robarts)

We must take seriously the analysis in the Quebec
statement of the historical events which have led up to our
current situation. We have no wish, no desire to see the
characteristics of French Canadian society swallowed up in a
great North American industrial mass. On the other hand, I
think we must recognize in an age when mobility and inter-
dependence go hand in hand, isolation is equally undesirable.
We must achieve a balance which permits both the development
of a dynamic French-language society in Canada and, at the
same time, one which can enjoy the material benefits of the
much larger North American society in which we all live re-
gardless of what our wishes may be. We are here, we are
part of it and in many instances it is bigger than we are,
and we must learn to live with it. The Government of Quebec
has made an appeal to all Canadians to make a determined
effort to solve our current problems. This effort involves
first, an alteration in our traditional approach to relation-
ships between the two language groups, and as I have said,
this is now taking place. And second, it involves a willing-
ness to consider substantial change in the constitutional
structure of the country, and we are prepared to do this as
well.

The attitude of the Government of Ontario remains
that which I expressed at the Confederation of Tomorrow Con-
ference: Canada is a federation for very deep and very com-
pelling reasons of geography, language and history. Our aim
in approaching constitutional reform therefore, should be to
ensure that the operation of federal principles can be made
more effective.

The core of any federal system lies in the distribu-
tion of powers between the levels of government. Let me
emphasize that any redistribution of powers must perforce be
a two—way process – powers can be transferred both ways. In
our discussion on this subject we must aim for efficiency in
the provision of services. We must maintain close communica-
tion between government and the public in areas where this is
essential. There must be respect for differing preferences
among groups of people in various regions of the country. We
must ensure that the central government has sufficient powers
to maintain a single.market within the country; to promote
effective economic growth and stability; to narrow disparities
between the regions in the country; to defend us; and to repre-
sent us adequately in international dealings. The distribution

of powers must also be sufficiently flexible that we can adapt
to the changes, not only that are upon us presently but that
we must anticipate in the future, even though we may not be

48

(L’hon. M. Robarts)

pays doit refléter ce que nous sommes et ce que nous voulons
être. C’est l’un de nos plus grands échecs que la lenteur
dont nous avons fait preuve quant il s’agissait de faire
d’Ottawa la cité modèle du Canada, tant physiquement que spi-
rituellement. Les citoyens et les gouvernements de la région
d’Ottawa, ainsi que la Commission de la capitale nationale,
ont fait beaucoup. Nous nous félicitons des mesures prises
actuellement pour faire de notre capitale une ville dont tous
les Canadiens et les visiteurs étrangers puissent être fiers,
et où les Canadiens de langue française et anglaise se senti-
ront tout à fait chez eux.

L’avenir de la région de la capitale nationale qui
s’étend sur les deux rives de la rivière Outaouais, repose
untre les mains du gouvernement fédéral et des gouvernements
de l’Ontario et du Québec à cause de sa position géographique
mais les décisions prises à ce sujet doivent être à l’image
du pays, dans sa totalité, et des citoyens représentés par
tous nos gouvernements. Il doit s’agir ici d’une capitale
vraiment nationale qui, bien qu’elle se trouve géographique-
ment en Ontario et au Québec, appartient à tous les Canadiens.
c’est ce que je voulais souligner.

3

Comme cela a été annoncé la semaine dernière, les
trois gouvernements les plus immédiatement responsables de
la région d’Ottawa se sont réunis à différentes occasions
au cours des derniers mois, pour décider des méthodes qui
assureront le développement régulier et planifié d’une capi-
tale qui pourrait devenir vraiment magnifique et dont nous
serions tous fiers. Nous considérons que la création, d’ici
l’an prochain, d’un gouvernement régional dans la partie on-
larienne de la région sera l’une des mesures qui permettront
de transposer ce projet dans la réalité.

J’aimerais maintenant traiter de la forme de fédéra-
lisme que nous devrions avoir au Canada et des changements
constitutionnels qui pourraient être nécessaires pour appli-
quer nos décisions.

Nous savons que dans de nombreuses parties du Canada
cette question ne soulève aucun intérêt. Nous avons entendu
de nombreuses remarques en ce sens, pendant la Conférence sur
la confédération de demain. Certains estiment que l’Acte de
l’Amérique du Nord britannique nous a servi pendant notre
premier siècle d’existence, et ils ne voient aucune raison de
le changer. D’autres déclarent que nous avons dans le pays
des problèmes beaucoup plus urgents que celui de modifier la
Constitution et que c’est à ces problèmes qu’il faut d’abord

49

(Hon. John Robarts)
able to spell out precisely what they will be.

The maintenance of flexibility in our federal system
requires that we take a searching look at some of our consti-
tutional provisions,-practices and institutions. I suggested
in November, as did the Government of Quebec, that we review
The British North America Act carefully to see which of its
provisions are obsolete and which ones might be amended to
make them applicable to the current Canadian situation. We
must then go on to propose changes which will reflect current
problems and contribute to their solutions. In addition to
a discussion of the distribution of powers, this could in-
volve an examination of our intergovernmental machinery. It
will, of course, have to include an amending formula, the
powers of reservation and disallowance, the residual power,
the power of delegation, the power of Supreme Court, and, of
course, the position of the Senate. But I would reiterate
that at all times the objective must be even greater effec-
tiveness of our federal system and its institutions.

The process of constitutional change must be conducted
on a comprehensive and orderly basis.

Therefore, we would make the proposal I am going to
make now. It is not an inflexible proposal, there will be
other ideas advanced, but in order that we may make it clear
that we are in earnest about what we propose we would suggest
that the leaders of the various governments become in effect
a continuing committee whose major initial task would be to
examine and report upon specific suggestions for constitutional
change. The committee would be supported by appropriate sub-
committees and this conference could well devise the terms
of reference and the mechanics of such committees, as well
as considering their formal relationship to the continuing
Committee of Prime Ministers and Premiers which was set up
at the Confederation of Tomorrow Conference.

I would propose further that the Canadian Charter
of Human Rights, which was presented within the last few
days, be dealt with as one of the specific items within the
terms of reference of this committee. In this manner, we
shall be able to bring to bear other important research and
documentation such as – and I speak now, of course, for my
own province only — will be provided by a Royal Commission
which we have sitting and which is about to report. It is

the Royal Commission Inquiry into Civil Rights which is being
conducted by the former Chief Justice of the Supreme Court
of Ontario, the Honourable James C. McRuer, and we will want

50

(L’hon. M. Robarts)
rechercher une solution.

Pour ce qui est de l’Ontario, un changement fondamen-
tal de la Constitution ne nous effraie pas, et nous sommes
certainement prêts à collaborer dans ce sens. De plus, nous
pensons que cette façon d’aborder le problème vaut la peine
d’être examinée par nous tous. Nous devons tous être prêts
à faire des propositions tout comme à écouter et à examiner
celles des autres.

A ce sujet, je veux dire que nous apprécions le tra-
vail que représente la déclaration préliminaire, présentée
par le gouvernement du Québec à la Conférence sur la confé-
dération de demain. Ce document apporte une contribution
importante au débat en cours, que nous soyons d’accord ou non
avec ses conclusions. C’est un document très précieux qui nous
renseigne sur plusieurs des problèmes que nous aurons à dé-
battre au cours des mois à venir. Il nous faut considérer
sérieusement, dans l’exposé du Québec, l’analyse des événements
historiques qui nous ont conduits à la situation actuelle.
Nous ne désirons pas voir les caractéristiques de la société
canadienne—française se dissoudre dans la grande masse indus-

trielle de l’Amérique du Nord. Mais à une époque où la mobi-
lité et l’interdépendance vont de pair, l’isolement n’est pas
plus désirable. Nous devons trouver un équilibre qui permette

le développement dynamique d’une société francophone au Canada,
qui profiterait en même temps des avantages matériels dont
jouit la société nord—américaine à laquelle nous appartenons
tous. Nous faisons partie de l’Amérique du Nord, que nous le
voulions ou non, et il nous faut apprendre à nous y adapter.

Le gouvernement du Québec a fait appel à tous les
Canadiens pour qu’ils s’efforcent de résoudre nos problèmes
actuels. Cet effort exige avant tout que nous modifions notre
attitude traditionnelle, relativement aux relations entre les
deux groupes linguistiques. Comme je l’ai déjà dit, cela est
déjà en cours. On nous demande ensuite d’être prêts à consi-
dérer des modifications appréciables à la structure constitu-
tionnelle de notre pays. Cela, nous sommes prêts à le faire
également. L’attitude du gouvernement de l’Ontario est celle
que j’ai exposée à la Conférence sur la confédération de de-
main: Le Canada est une fédération par nécessité profonde,
d’ordre géographique, linguistique et historique. Notre but,
lorsque nous considérons une réforme constitutionnelle, doit
être d’assurer l’efficacité des principes fédéraux et des
institutions fédérales.

La base de tout système fédéral est le partage des

51

(Hon. John Robarts)

to see what the result of his years of examination and study
is.

The theme of my remarks today has been that we open
our hearts and minds to the vista of a new Canada. Surely
that challenge is a most exciting one to contemplate and to

act upon. We think the time has come to determine the things
which must be done and to do them. We feel that we are quite

able to look after ourselves in Canada. We have within our
boundaries, within our various groups of people, and within
our provinces the brains, the research ability, and the de-

cision-making ability to solve our problems ourselves and to
come up with solutions that will be right for all of Canada.

I think that the other point I make is perhaps the time has
come to do it. If we approach it wisely and vigorously, we

can only lose our prejudices and gain a reawakened, and a
more enlightened Canada.

Because we are on the verge of very meaningful changes

in our country, we are at long last joining these two soli-

tudes that have been referred to in verse and song and prose

over the last few years, so I would say let us not miss our

destiny through any sense of frustration or of bitterness or
of impatience. We are at a very critical moment in our his-

tory. We could panic very easily and throw the whole thing
away. Or we can move ahead, confident of the shape and the
spirit and the success of the Canada of Tomorrow.

In a recent address that I attended in Toronto,

Prince Philip was discussing conservation, which may seem
far removed from what we are discussing here this morning.
But he made a commentthat has sort of stuck with me. He
was referring to the conservation of land in terms of “now
or never”. I believe his words apply most appropriately to
our deliberations here because he said:

“If we don’t find the answers right now,
there won’t be a second chance. I, for
one, do not relish the idea of my grand-
children asking me:

‘What went wrong?’…………………”

52

(L’hon. M. Robarts)

pouvoirs entre les différents niveaux de gouvernement. Qu’il
me soit permis d’insister sur le fait que toute nouvelle ré-
partition des pouvoirs doit jouer dans les deux sens; les pou-
voirs peuvent être transférés dans les deux sens.

Au cours de nos débats à ce sujet, nous devons avoir
pour but de fournir des services efficaces. Nous devons éta-
blir des relations étroites entre le gouvernement et le public
dans les domaines où cela est essentiel. Nous devons respecter
les préférences divergentes des groupes des diverses régions
du pays. Nous devons nous assurer que le gouvernement central
a des pouvoirs suffisants pour maintenir un marché unique au
sein du pays, pour promouvoir la stabilité et l’essor écono-
miques, pour réduire les disparités régionales, pour nous
défendre, et pour bien nous représenter dans les affaires in-
ternationales. La répartition des pouvoirs doit aussi être
assez souple pour nous permettre de nous adapter à des cir-
constances nouvelles, c’est-à-dire aux changements tant pré-
sents que futurs, même si nous ne savons pas exactement ce que
l’avenir nous réserve.

Le maintien de la souplesse de notre système fédéral
exige que nous considérions, d’une façon sérieuse, certaines
de nos dispositions constitutionnelles et de nos institutions.
J’ai proposé en novembre, comme l’a fait le gouvernement du
Québec, que nous fassions une revue soigneuse de l’Acte de
l’Amérique du Nord britannique pour déterminer quels sont les
articles qui sont devenus caducs et quels sont ceux qui peuvent
être modifiés de façon à être adaptés à la situation actuelle.
Il nous faut ensuite proposer des changements qui refléteront
les problèmes actuels et contribueront à leur solution.

En plus d’un débat sur la répartition des pouvoirs, on
pourrait procéder à un examen des mécanismes inter—gouverne-
mentaux, d’un dispositif de modification, des pouvoirs de ré-
serve et de désaveu, du pouvoir résiduaire, du pouvoir de
délégation, du pouvoir de la Cour suprême et, bien entendu, du
Sénat.

Bien entendu, l’objectif principal doit être l’effica-
cité de nos institutions fédérales. Le changement constitu-
tionnel doit être réalisé systématiquement. Plusieurs idées
seront exposées, sans aucun doute, par d’autres représentants
provinciaux. Nous proposons, quant à nous, que les chefs des
divers gouvernements se constituent en un comité permanent
dont la tàche principale serait d’examiner les propositions
toncernant les modifications constitutionnelles. Le comité
serait appuyé par des sous-comités, et la Conférence actuelle

53

The Right Honourable L.B. Pearson:

Thank you, Mr. Robarts,and thank you also for your
generosity in covering practically every item on the agenda
in your opening speech. It may save time later.

(TRANSLATION):

Now the Prime Minister of Quebec.

(TRANSLATION):
The Honourable Daniel Johnson:

Mr. Chairman, Gentlemen: Quebec thanks the Prime
Minister of Canada for having called this conference which
is but the logical follow-up of the dialogue initiated in
Toronto last November.

We readily agreed to take part in it even though the
items on the first agenda submitted for our consideration

did not seem the most urgent or the most essential in present

circumstances. Later, the Prime Minister of Canada agreed
to widen the scope of the conference so that it would cover
the whole constitutional problem and we are grateful to him
for this.

At the Toronto conference, which all Canadians had
the opportunity to attend through the television medium, we
limited ourselves to examining and bringing into better
focus a few of the basic elements of Canada’s constitutional
problem. Nevertheless, a new climate can already be felt.
This is not a solution, of course, but it does encourage us
to continue, with greater hopes than ever before, our search
for an answer.

Personally, I was very impressed by comments which
reached me from every corner of Canada after that historic
meeting. I believe that during the past few years, thanks
to the soul-searching and efforts of a great many Canadians
of both cultures, much has been accomplished to breach the
wall of misunderstanding that has divided our two solitudes
for too long, that invisible, purely psychological barrier
which, at times in our history, has proved harder to cross
than many physical barriers.

54

(L’hon. M. Robarts)

pourrait en définir le mandat et les rouages nécessaires, et
considérer les relations officielles de ce comité avec le
comité des premiers ministres, qui a été établi à la Confé-
rence sur la confédération de demain.

J’aimerais aussi proposer que la Charte canadienne des
droits de l’homme, qui a été présentée ces jours derniers, soit
incluse dans les attributions de ce comité. De cette façon,
nous pourrons utiliser d’autres documents importants et les
conclusions, je parle ici, évidemment, pour la province de
l’Ontario, les conclusions, dis—je, de la Commission royale
d’enquête de l’Ontario sur les droits civils, dirigée par
l’honorable James C. McRuer, ancien juge de la Cour suprême
du l’Ontario, qui doit bientôt nous présenter son rapport.
Nous verrons quels résultats donneront les études que cette
Commission a entreprises.

Le thème de mes remarques d’aujourd’hui a été d’exposer
nos coeurs et nos esprits à la vision d’un nouveau Canada.
C’est une perspective qui doit certes soulever l’enthousiasme.
Nous croyons que le moment est venu d’établir une politique
d’action qu’il nous faut appliquer dès aujourd’hui. Je crois
que nous pouvons régler nos propres affaires au Canada; nous
avons ici même, dans nos provinces, partout, les cerveaux, les
connaissances, la détermination nécessaire pour résoudre nous-
mêmes nos propres problèmes et pour aboutir à des solutions
qui satisferont tous les Canadiens.

Le moment est donc venu d’agir. Si nous considérons
ces problèmes avec sagesse et dynamisme, nous ne pouvons que
perdre nos préjugés et gagner un Canada plus conscient et
plus éclairé.

Parce que nous faisons face à des changements signi-
ticatifs, parce que nous avons enfin joint nos deux solitudes
dont on parle un peu partout, en vers, en prose et autrement,
il faut éviter, avant tout, de fausser notre destin par un
nontiment de frustration,d’aigreur, ou d’impatience. Nous
dommes à un moment critique de notre histoire. Nous pouvons
nous affoler et compromettre notre avenir, ou nous pouvons
aller de l’avant, confiants dans l’esprit et le succès du
Uanada de demain.

Dans un récent discours à Toronto, le prince Philip
parlait de conservation… un sujet qui peut sembler très
wloignê de ce que nous discutons ce matin. Mais, il a fait
un commentaire qui m’a frappé. Il parlait de la conservation
des terres en termes de “maintenant ou jamais”. Je crois que

55

(Hon. Daniel Johnson)

In this era of interdependence and great ensembles
which foster togetherness while pointing out differences, at
a time when the prodigious development of communications is
gradually shrinking the world we live in, it seems clear to
me that Canada, with her cultural duality, her two inter-
national languages, her European affinities and her North
American situation, can rightfully be expected to play a
leading role in establishing peace and fraternity between
men. But, how could she possibly live up to this expectation
without first solving her own internal conflict? How could
Canadians promote better understanding between others if they
themselves prove unable to understand each other?

In my opinion, our constitutional problem is as much
a matter of communications as of structures. This psycholog-
ical aspect of the problem is all the more important in that
nothing we might achieve here or in subsequent endeavours
would have the least chance of success without a general
consensus on the part of the Canadian people. We are past
the time when a constitution could be drafted by the select
few behind closed doors, then forced upon the population in
autocratic or paternalistic fashion. Days of colonialism
have long gone and it is only natural that Canada, a sovereign
country, should not go beyond the Canadian people in search
of the supreme authority.

I would like to repeat in English these last two
paragraphs. We do not claim to speak for French-speaking
Canadians in other provinces but we wish to speak in the name
of all Quebec people, of whom 20 per cent are English speak-
ing.

Now, we all know that the Canadian people is not homo-
geneous. Although the adamant few still refuse to admit it,
we all know that Canada is made up of two nations. What pur-
pose can be achieved by closing our eyes on this basic fact,
which is supported by history, sociology and the collective
will to live together?

Perhaps it has become for some people a purely academic
exercise to ponder whether The British North America Act is or
not the result of a pact, but there is no room for doubt as
far as the future is concerned: in order to be valid, a new
Canadian constitution will have to be the product of an agree-
ment between our two nations.

56

(L’hon. M. Robarts)

ces mots s’appliquent très bien au débat de la présente confé-
rence car il dit alors: “Si nous ne trouvons pas de solutions
maintenant, dit-il, il n’y aura pas de deuxième chance. Quant
à moi, je n’aimerais certainement pas que mes petits enfants
me demandent: Mais que s’est-il passé?”

Le très honorable L.B. Pearson: Merci, monsieur Robarts.
Vous avez traité à peu près de tous les articles à l’ordre du
jour dans votre discours d’inauguration. Cela nous épargnera
peut-être du temps plus tard.

(Français)

Je cède maintenant la parole au premier ministre du
Québec.

L’honorable Daniel Johnson: Monsieur le président,
messieurs. Le Québec remercie le premier ministre du Canada
d’avoir convoqué la présente conférence qui n’est que la sui-
te logique du dialogue amorcé à Toronto, en novembre dernier.

Nous avons accepté avec plaisir d’y participer, même si
les sujets qui avaient d’abord été proposés à notre examen ne
nous paraissaient pas les plus urgents ni les plus fondamentaux
dans la conjoncture actuelle. Par la suite, le premier minis-
tre du Canada a accepté d’en étendre la portée à l’ensemble
du problème constitutionnel, ce dont nous lui savons gré.

A la conférence de Toronto qui, gràce à la télévision,
n’est déroulée, pour ainsi dire, en présence même du peuple
souverain, nous n’avons fait qu’explorer ensemble et cerner
d’un peu plus près quelques-unes des données essentielles du
problème constitutionnel canadien. Et déjà, il en est résul-
té un climat nouveau qui n’est pas, bien sûr, une solution en
moi, mais qui nous encourage à poursuivre avec plus d’espoir
que jamais la recherche de cette solution.

Pour ma part, j’ai été vivement impressionné par les
réactions qui me sont parvenues de toutes les parties du Cana-
da à la suite de cette rencontre historique. Je crois qu’en
ces dernières années, gràce aux réflexions et aux efforts d’un
grand nombre de Canadiens de l’une et de l’autre cultures, beau-
voup a été fait pour percer le mur d’incompréhension qui s’est
trop longtemps interposé entre nos deux solitudes, comme une
sorte de frontière invisible: frontière purement psychologi-
que, mais qui s’est avérée, à certains moments de notre his-

57

(Hon. Daniel Johnson)
And I believe that we shall all be the better for it.

To begin with, the new constitution will be the
authentic work of Canadians. For the first time in our
history, we shall have a constitution made entirely in
Canada, by Canadians and for all Canadians.

This new constitution of our own invention will have
the further advantage of conforming to today’s realities and
needs. We live in an era of extremely rapid change; so much
so that, during the last few years, almost every great human
institution has begun the process of self-re—examination and
self-redefinition required in response to new conditions.

In this context, ours is one of the rare countries in the
world which has not yet rewritten its constitution; and I
can hardly think of any which, once independent, wished to
retain the constitution it was given when it was still a
colony.

Our constitution will also stand a better chance of
being clear if it is couched in contemporary language to
answer today’s concerns. In some respects, The British North
America Act was based on a fundamental misunderstanding. Our
two cultural communities have never agreed on the interprete-
tion to be placed on some of its essential provisions or on
a number of its omissions. This has provoked countless con-
flicts, nearly all of which were pointless since, after a
century of discussions, disputes and frustrations of every
description, we are still wondering what these conflicts
were really all about.

Thus, French Canadians greet with some astonishment
the proposal to recognize French as an official language now,
after a hundred years of Confederation, because they have
always taken for granted that both our languages were official
in Canada.

I simply cannot conceive that we might go on quarrell-
ing for another century over the meaning and scope of our
Constitution. We need every last bit of our energy and re-
sources to carry out desperately urgent tasks, particularly
in the economic sector, on which the well-being of all
Canadians depends.

This is why we need a constitution which will be a
source of harmony and no longer of misunderstanding; a con-
stitution which will describe things as they are and meet
problems head on, instead of skirting them; a constitution

58

(L’hon. Daniel Johnson)

toire, plus difficile à franchir que bien des frontières
physiques.

A cette époque d’interdépendance, oü la formation des
grands ensemble favorise les rapprochements et accuse en même
temps les différences, à l’heure oü le développement prodi-
gieux des moyens de communication tend à rendre de plus en
plus petit le monde oü nous vivons, il m’apparaît clair que
le Canada, avec sa dualité culturelle, ses deux langues inter-
nationales, ses affinités européennes et sa situation géogra-
phique nord—américaine, est appelé à jouer un rôle de tout
premier plan dans la construction de la paix et de la frater-
nité humaine. Mais comment pourrait-il répondre à cette vo-
cation sans résoudre d’abord ses propres contradictions in-
ternes? Comment les Canadiens pourraient-ils favoriser une
meilleure compréhension chez les autres s’ils étaient inca-
pables de se comprendre entre eux?

J’estime que notre problème constitutionnel est affai-
re de communication autant que de structures. Cet aspect
psychologique du problème est d’autant plus important que
rien de ce que nous pourrions accomplir ici, ou dans nos
travaux subséquents, n’aurait la moindre chance de réussir
sans un large accord du peuple canadien. Nous ne sommes plus
au temps où une constitution pouvait être élaborée en vase
clos par un groupe de notables et imposée ensuite d’une façon
autocratique ou paternaliste. Nous ne sommes plus à l’époque
coloniale. Le Canada, pays souverain, ne doit donc pas re-
connaître d’autorité supérieure à celle du peuple canadien.

Je voudrais, ici, répéter en anglais ces deux derniers
paragraphes. Nous ne prétendons pas parler au nom des franco-
phones des autres provinces, mais nous tenons à parler au nom
de tous les Québécois, dont 20 p. 100 sont des anglophones.

Or, nous savons tous que le peuple canadien n’est pas
homogène. Nous savons tous, même si quelques irréductibles
feignent encore de ne pas l’admettre, qu’il se compose de deux
nations. A quoi nous servirait—il de fermer les yeux sur cette
réalité fondamentale qui s’appuie sur l’histoire, sur la socio-
logie et sur le vouloir-vivre collectif?

C’est peut-être devenu, pour certains, un exercice
purement académique que de se demander si l’Acte de l’Amérique
dn Nord britannique fut jadis le résultat d’un pacte; mais de
toute façon, en ce qui concerne l’avenir, il n’y a pas de dou-
tu possible: pour être valable, toute constitution canadienne
devra désormais être le produit d’une entente entre nos deux

59

(Hon. Daniel Johnson)

with every provision written clearly and in full as befits a

federal constitution; a constitution containing its own
amending formula, but sufficiently sound and permanent to
avoid being constantly challenged; a constitution which will
depend for final interpretation on a tribunal whose compo-
sition will be such that no one will be tempted to question
its impartiality.

In order to be realistic, this constitution must be
conceived as the principle for organizing not only the ten-
partner Canada but also the two—partner Canada. We see no
objection to the fact that, in relation to certain problems,
there should be ten provinces juridically equal despite their
geographic and demographic dissimilarities; but on the other
hand, we see no reason why, despite their numerical inequal-
ity, the same constitution should not give both de facto and
de jure recognition to the equality of our two cultural
communities.

Our new constitution must therefore take into account
what the Laurendeau-Dunton Commission and the Prime Minister
of Canada himself so aptly called “the political dimension of
cultural equality.” In fact, it is not enough to extend the
use of French in federal institutions and acknowledge for
French minorities in other provinces collective rights com-
parable to those already enjoyed by Quebec Anglophones; this
is only a partial solution. Above all, French Canadians must
be able to use their majority position in Quebec to provide
themselves with the organizations, the institutions and the

environment which will be perfectly suited to their culture
and their aspirations.

Besides, the Laurendeau-Dunton Commission clearly
stressed this necessity in the General Introduction preceding
Book I of its Report. This introductory section is a document
of major importance which throws remarkable light on the root
of Canada’s constitutional problem. For this reason, we have
quoted several of its paragraphs verbatim in our brief, in-
cluding these passages on “the collective aspect of (the
notion of) equality.” It is a question here, according to
the Commissioners, of:— and I quote

…the degree of self-determination which
one society can exercise in relation to
another…. the extent of the control each
has over its government or governments.
This is the basis for the discussion of the
constitutional framework in which the two

60

(L’hon. Daniel Johnson)

nations.

Et je crois que c’est beaucoup mieux ainsi.

La constitution qui en sortira sera d’abord une oeuvre
authentiquement canadienne. Pour la première fois de notre
histoire, nous aurons une constitution entièrement faite au
Canada, par les Canadiens et pour tous les Canadiens.

Cette constitution nouvelle que nous nous donnerons
nous-mêmes aura de plus l’avantage d’être conforme aux réalités
et aux besoins d’aujourd’hui. Nous vivons à une époque oü
tout évolue avec une extrême rapidité, à tel point que la
plupart des grandes institutions humaines ont entrepris, en
ces dernières années, de se repenser et de se redéfinir en
fonction des conditions nouvelles. Dans ce contexte, nous
demeurons l’un des rares pays au monde qui n’ait pas refait
sa constitution, et je connais peu d’exemples de pays qui,
devenus indépendants, tiennent à conserver la constitution
qui leur avait été octroyée au temps oü ils étaient encore
des colonies.

Rédigée en termes contemporains, pour répondre à des
préoccupations d’aujourd’hui, notre constitution aura aussi
une meilleure chance d’être claire. Celle de l867 reposait
en quelque sorte sur un malentendu fondamental. Nos deux
communautés culturelles n’ont jamais été d’accord sur l’in-
terprétation à donner à certaines de ses dispositions essen-
tielles ou à certains de ses silences, ce qui a provoqué
d’innombrables conflits, à peu près stériles d’ailleurs,
puisqu’après un siècle de discussions, de litiges et de frus-
trations de toutes sortes, nous en sommes encore à nous deman-
der quels en étaient la nature et l’esprit.

Ainsi, ce n’est pas sans étonnement que les Canadiens
francophones apprennent, après cent ans de Confédération, que
l’on se propose maintenant de reconnaître le français comme
langue officielle, car ils avaient toujours pris pour acquis
que nos deux langues étaient officielles au Canada.

Je n’arrive pas à me faire à l’idée que nous puissions
nous quereller encore pendant un autre siècle sur le sens et
la portée de notre constitution. Nous avons besoin de toutes
nos énergies et de toutes nos ressources pour accomplir, no-
tamment dans le domaine économique, des tàches absolument ur-
gentes dont dépend le bien—être de tous les Canadiens.

C’est pourquoi il nous faut une constitution qui soit

61

(Hon. Daniel Johnson)

societies can live or aspire to live….
…But as soon as the minority is aware of
its collective life as a whole, it may very
well aspire to the mastery of its own exist-
ence and begin to look beyond cultural
liberties. It raises the question of its
political status. It feels that its future
and the progress of its culture are not
entirely secure, that they are perhaps
limited, within a political structure dom-
inated by a majority composed of the other
group. Consequently, it moves in the direc-
tion of greater constitutional autonomy.
Ideally, the minority desires the same
autonomy for the whole of the community to
which it belongs; but where it cannot attain
this objective, it may decide to concentrate
on the more limited political unit in which
it is incontestably the majority group.

This viewpoint, so hotly opposed by some, is deeply
entrenched in Quebec. It has even been, in recent years, at
the root of some of the most spectacular, if not the most
serious, manifestations of the crisis in Canada. To ignore
it in this Report would not only constitute an error; it
would very likely mean that Quebec would refuse to listen to
us, and that English-speaking Canada would be deprived of the
chance to become aware of an especially grave element in the
present situation.

If there is a lesson to be learned from our history,
it is this: French Canadians in Quebec, who make up eighty—
three per cent of Canada’s French-speaking population, can-
not be expected to entrust the direction of their social and
cultural life to a government in which their representatives
are in the minority and which is also subject to the workings
of Cabinet responsibility and party discipline. Of course,
they want a central government to handle problems common to
both communities or questions which have no bearing on dis-
tinctive cultural or sociological traits; but Quebec is where
they spontaneously wish to turn for decisions pertaining to
the establishment of the conditions necessary for development
of their own personality and dynamism.

Indeed, this is the price of equality, for how could
two cultural communities be equal if one had to depend on the
other’s goodwill for its survival and growth?

62

(L’hon. Daniel Johnson)

génératrice d’harmonie et non plus de mésentente; une consti-
tution qui ose appeler les choses par leur nom et aborder di-
rectement les problèmes plutôt que de les contourner; une
constitution écrite comme doivent l’être toutes les consti-
tutions fédérales; une constitution qui comporte son propre
mécanisme d’amendement, tout en étant suffisamment rigide
pour n’être pas constamment remise en question; une consti-
tution qui soit interprétée en dernier ressort par un tribu-
nal formé de façon que personne ne soit tenté de mettre en
doute son impartialité.

Pour être réaliste, cette constitution devra en outre
Être conçue comme le principe organisateur non seulement du
Canada à dix, mais aussi du Canada à deux. Qu’à l’égard de
certains problèmes, il continue d’y avoir dix provinces juri-
diquement égales, malgré leurs disparités géographiques et
démographiques, nous n’y avons aucune objection; mais par
ailleurs, nous ne voyons pas pourquoi la même constitution
ne consacrerait pas aussi, dans les faits comme dans les
textes, l’égalité juridique de nos deux communautés cultu-
relles, malgré leur inégalité numérique.

Elle devra donc tenir compte de ce que la Commission
Laurendeau-Dunton et le premier ministre du Canada lui-même
ont très justement appelé “la dimension politique de l’égalité
culturelle”. Il ne suffit pas en effet d’étendre l’usage du
français dans les institutions fédérales et de reconnaître aux
minorités françaises des autres provinces des droits collectifs
comparables à ceux dont bénéficient déjà les anglophones du
Québec; ce n’est là qu’une solution partielle. Il faut sur-
tout que les Canadiens français, s’appuyant sur leur situation
majoritaire au Québec, puissent s’y donner des cadres, des
institutions, un milieu qui soient parfaitement accordés à

tour culture et à leurs aspirations.

D’ailleurs, la Commission Laurendeau-Dunton a très
clairement marqué cette nécessité dans l’Introduction générale
qui précède le Livre Premier de son rapport. Cette Introduc-
tion générale est un document d’importance majeure qui projette
une singulière clarté sur le noeud même du problème constitu-
tionnel canadien. C’est pourquoi nous en citons textuellement,
dans notre mémoire, plusieurs paragraphes dont je détache tout
de suite quelques passages au sujet de “l’aspect collectif de
la notion d’égalité”. Il s’agit ici, disent tous les commis-
aaires, et je cite:

“…du degré d’autodétermination dont dispose
une société par rapport à l’autre,…de la

63

(Hon. Daniel Johnson)

In other words, if in a ten-partner Canada Quebec is
a province like the others, the situation is different in a
two—partner Canada. As the homeland and mainstay of French
Canada, Quebec must assume responsibilities which are peculiar
to her; and it goes without saying that her powers must be
proportionate to her responsibilities.

Does this mean that Quebec must have a juridical status
different from that of the other provinces? In itself, such
a formula is not incompatible with federalism, whose essential
characteristic is precisely its adaptability to all situations;
but we are aware of the difficulties it would create and the
misapprehensions it could cause. This is why, without reject-
ing a priori any other formula able to give our two communities
the necessary freedom of action, we have already stated our
preference for a constitution sufficiently decentralized to
take into account Quebec’s own situation without, however,
preventing the other provinces from entrusting to the federal
government in part or in whole those duties they would prefer
not to assume alone. Obviously, a new mechanism would be
needed to divide fiscal revenues fairly according to each
government’s responsibilities.

We are convinced that such a system would leave Ottawa
with all the authority it needs to carry out its obligations
to Canada as a whole, particularly if the new constitution
asserted the principle of participation as well as the prin-
ciple of autonomy. These two principles, we all know, are
the two fundamental laws of any workable federalism.

According to the principle of autonomy, member states
of a federation are given legislative and fiscal powers by
the constitution itself and not by the federal state. Rela-
tions between the two orders of government must be on a level
of co—operation, not subordination. I feel very strongly that
in certain circles too little confidence is being placed in
provincial governments. Generally speaking, the historical
and popular roots of these governments are found in the dis-
tant past, in some cases long before Confederation itself.
The population spontaneously identifies with them. They are
in a very good position to solve imaginatively and realisti-
cally the problems created by an evolving contemporary society.
For these reasons, we feel that there should be no fear in
giving residual powers to the provinces in Canada, as is done
in most other federations of the world.

As for the principle of’participation, it requires
that member states take part in the federal decision-making

64

(L’hon. Daniel Johnson)

maîtrise plus ou moins complète de chacune sur
le ou les gouvernements qui la régissent.
C’est ici que se situe la discussion du cadre
constitutionnel dans lequel chacune des deux
sociétés peut vivre ou aspirer à vivre…”

“La minorité, du moment que sa vie collective
lui apparaît comme un tout, peut fort bien en
vouloir la maîtrise et regarder au-delà des
libertés culturelles. Elle pose alors la ques-
tion de son statut politique. Elle sent que
son avenir et le progrès de sa culture ont
quelque chose de précaire et, peut-être, de
limité dans un cadre politique dominé par une
majorité constituée par l’autre groupe: par
suite, elle tend vers une autonomie constitu-
tionnelle plus grande. Cette autonomie, elle
la désire idéalement pour l’ensemble de la
communauté, mais faute de pouvoir réaliser cet
objectif, la minorité peut vouloir concentrer
son effort sur un cadre politique plus res-
treint, mais dans lequel elle est majoritaire“.

“Cette façon de voir, si fortement contestée
par certains, est très profondément ancrée
au Québec. Elle a même été, ces dernières
années, à l’origine des manifestations les
plus spectaculaires, sinon les plus graves,
de la crise observée au Canada. L’ignorer
dans le présent rapport serait non seulement
une erreur; ce serait à la fois risquer de
n’être pas entendu au Québec et renoncer à
faire prendre conscience au Canada anglo-
phone d’un élément particulièrement sérieux
de la situation actuelle.”

On ne peut s’attendre, compte tenu des enseignements
de notre histoire, que les Canadiens français du Québec, qui
forment 83 p. 100 de la population francophone du Canada, con-
fient la direction de leur vie sociale et culturelle à un gou-
vernement oü leurs mandataires sont en minorité et soumis par
surcroît au jeu de la responsabilité ministérielle et de la
discipline de parti. Ils veulent certes d’un gouvernment
central pour s’occuper de problèmes communs aux deux communau-
tés, ou de questions qui ne mettent pas en cause les particu-
larismes culturels ou sociologiques; mais c’est au Québec
qu’ils veulent spontanément situer le centre des décisions
dès qu’il s’agit d’établir les conditions nécessaires au dé-

65

(Hon. Daniel Johnson)

process. This implies that one of the federal organs is a
direct emanation of the federated states. Ordinarily, the
Senate should play this role. If the central government re-
flected more adequately the principle of participation, both
its prestige and authority would be strengthened.

If I have not so far talked about a declaration of
rights, it is not because we question its importance but be-
cause we believe it cannot logically be set apart from the
constitutional problem as a whole.

A very clear distinction must also be made between
individual and collective rights. The former cannot be
separated from civil rights, and must consequently come under
provincial authority. We are now drafting a charter of human
rights which we shall incorporate in Quebec’s internal con-
stitution, hopefully, during the next session. As for collec-
tive rights, we certainly wish to see them proclaimed and
guaranteed in the Canadian constitution; but we believe it is
still more urgent and more efficient to embody them in our
federal and provincial institutions.

This is something Quebec has always done. She has
never sought to interpret restrictively sections 93 and 133
of the Constitution. She did not wait for the adoption of
a charter of human rights before establishing equality
throughout her territory for our two cultural communities.
The Laurendeau-Dunton Commission Report corroborates this on
several occasions. It is difficult to imagine a greater de-
gree of freedom and self-determination than that which the
English-speaking minority in Quebec has always enjoyed. And
we fully expect it to remain thus in the future. We should
be very happy if from now on the French minorities in other
parts of Canada could be accorded the same treatment.

In other respects, I want to reiterate that we have
never sought to impose the French language on Canadians in
other provinces where there is no need for it. We completely
agree with the Laurendeau-Dunton Commission that, in a country
like ours, it is the governments and the public services which
must be bilingual wherever a sufficiently large number of
Canadians of both cultures live together. And institutions
are bound to bilingualism precisely because they must preserve
the citizen’s normal right to serve his country and to receive
its services in his own language.

Some people are already gambling on our inability to
come to any understanding. Are we going to turn up the

66

(L’hon. Daniel Johnson)
veloppement de leur personnalité et de leur dynamisme propre.

L’égalité est du reste à ce prix, car comment pourrait-
il y avoir égalité entre deux communautés culturelles dont

l’une dépendrait du bon vouloir de l’autre pour sa survie et
son épanouissement?

En d’autres termes, si le Québec est une province com-
me les autres en ce qui concerne le Canada à dix, il n’en est
pas de même en ce qui concerne le Canada à deux. Comme foyer
principal et point d’appui de la nation canadienne-française,
il assume forcément des responsabilités qui lui sont parti-
culières, et il va de soi que ses pouvoirs doivent être pro-
portionnés à ses responsabilités.

Est—ce à dire qu’il faille donner au Québec un statut
juridique différent de celui des autres provinces? Une telle
formule n’est pas en soi incompatible avec le fédéralisme,
dont c’est justement le trait essentiel d’être assez souple
pour s’adapter à toutes les situations; mais nous sommes
conscients des difficultés qu’elle soulève et des méprises
auxquelles elle pourrait donner lieu. C’est pourquoi, sans
rejeter à priori toute autre formule susceptible de procurer
à nos deux communautés les libertés qui leur sont essentielles,
nous avons déjà marqué notre préférence pour une constitution
suffisamment décentralisée pour tenir compte de la situation
propre au Québec, sans toutefois empêcher les autres provinces
de confier au gouvernement fédéral, ou d’exercer conjointement
avec lui, les fonctions qu’elles ne désirent pas assumer seu-
les. Il va de soi qu’un mécanisme nouveau devrait être chargé
d’ajuster équitablement les revenus fiscaux aux responsabili-
tés de chaque gouvernement.

Pareil régime, nous en sommes convaincus, laisserait
à Ottawa toute l’autorité nécessaire pour lui permettre de
bien remplir son rôle à l’avantage du Canada dans son ensemble,
surtout si la nouvelle constitution s’appliquait à renforcer
le principe de participation en même temps que le principe
d’autonomie. On sait que ce sont là les deux lois fondamen-
tales de tout fédéralisme bien compris.

Le principe d’autonomie veut que les Etats membres
d’une fédération tiennent leurs pouvoirs législatifs et fis-
caux de la constitution elle-même et non pas de l’Etat fédéral.
Entre les deux ordres de gouvernement, il doit y avoir des
rapports de coopération et non pas de subordination. J’ai
l’impression très nette qu’en certains milieux, on ne fait
pas suffisamment confiance aux gouvernements provinciaux.

67

(Hon. Daniel Johnson)

missing card in their deck -— the admission or proof of our
failure?

Others also speculate on our failure, for totally
different reasons. They are the ones who think that problems
will take care of themselves if their existence is denied;
that a light replastering job, refurbished here and there by
a thin varnish of bilingualism will satisfy everyone; and
that continued talk of national unity will cause the Canadian
duality to disappear.

Let us have no illusions: in Canada the basic prob-
lems will not be solved by shifting subordination. To be more
precise, let us say that the elimination of subordination to
another country will not automatically eliminate the danger
of subordination to a central government which would claim the
right to political hegemony.

Were it repeated ad infinitum, no one — at least
among my fellow Quebecers, who have been here for over 300

years – could be made to believe that Canada began in 1867.
Nor can anyone be made to believe that constitutions are im-
mutable. We are already on our fourth in two centuries; why
should it be impossible to draw up a fifth? Why should
Canadians be incapable of accomplishing something which so

many other countries, many of them infinitely more complex
than Canada, have done successfully?

I am among those who believe that Canadians have
enough insight, heart and will-power to find in solidarity
and equality the solution to their problems and the key to
their future.

To sum up, Quebec submits:

1. That the time has come for our country to give it-
self an entirely Canadian constitution made in Canada by
Canadians and for all Canadians;

2. That this new constitution, as well as any future
amendments to it, should be drafted and promulgated on behalf
of a sovereign people without recourse to another country’s
parliament;

3. That the object of this constitution should be not
only to federate territories but also to associate in equality
two linguistic and cultural communities, two founding peoples,
two societies, in other words two nations in the sociological
sense of the word;

68

(L’hon. Daniel Johnson)

Ceux-ci ont en général des racines historiques et populaires
qui remontent très loin dans le passé, beaucoup plus loin

dans certains cas que la Confédération elle-même. La popu-
lation continue de s’identifier spontanément à eux. Ils sont
très bien situés pour résoudre, avec imagination et réalisme,
les problèmes nouveaux dus à l’évolution de la société con-
temporaine. C’est pourquoi nous croyons qu’au Canada, comme
dans la plupart des autres fédérations du monde, on ne devrait
pas craindre d’attribuer les pouvoirs résiduaires aux pro-
vinces.

Quant au principe de participation, il exige que les
Etats membres collaborent au processus des décisions prises
par l’autorité fédérale. Ce qui implique que l’un des organes
de cette autorité soit une émanation directe des Etats fédérés.
Normalement, c’est le Sénat qui devrait remplir ce rôle. En
renforçant le principe de participation, on renforcerait du
même coup le prestige et l’autorité du gouvernement central,

Si je n’ai pas encore parlé d’une déclaration des
droits fondamentaux, ce n’est pas parce que nous en contestons
l’importance, mais parce que, à notre avis, c’est une question
qu’on ne saurait logiquement isoler de l’ensemble du problème
constitutionnel.

Il faut aussi faire une distinction très nette entre
les droits personnels et les droits collectifs. Les premiers
ne peuvent pas se séparer des droits civils et doivent en
conséquence relever de la compétence provinciale. Nous sommes
à élaborer un projet de charte des droits de l’homme que nous
incorporerons, à la prochaine session, je l’espère, à la cons-
titution interne du Québec. Quant aux droits collectifs, nous
voulons bien qu’ils soient proclamés et garantis dans la cons-
titution canadienne, mais nous croyons qu’il est encore plus
urgent et plus efficace de les incarner dans nos institutions
fédérales et provinciales.

C’est ce que le Québec, pour sa part, a toujours fait.
Il n’a jamais cherché à interpréter d’une façon restrictive
les articles 93 et 133 de la constitution. Il n’a pas attendu
l’adoption d’une charte des droits de l’homme pour établir
chez lui l’égalité de nos deux communautés culturelles. La
Commission Laurendeau-Dunton lui en rend d’ailleurs le témoi-
gnage à plusieurs reprises dans son rapport. On peut diffi-
cilement imaginer un plus grand degré de liberté et d’auto-
détermination que celui dont a toujours joui la minorité anglo-
phone du Québec. Et nous entendons bien qu’il en soit ainsi
à l’avenir. Nous serions extrêmement heureux que le même

69

(Hon. Daniel Johnson)

4. That it is in no way necessary to break up the
ten-partner Canada to build a two—partner Canada, but that it
has become essential and urgent to create a two—partner
Canada in order to maintain the ten-partner Canada;

5. That Book I of the Laurendeau-Dunton Commission
Report on the official languages, as well as those still to
be published, should be studied in the light of facts and
principles brought forth in the General Introduction which to
us is the most significant part;

6. That the equality to be established between our
two cultural communities depends not only on extending
bilingualism territorially but even more on extending the
jurisdictions of Quebec, the homeland of the French—Canadian
nation;

7. That the root of Canada’s constitutional problem
will not have been tackled in a concrete and realistic manner
until a study has been undertaken of a new distribution of
powers between the two orders of government;

8. That a constructive way to review this distribu-
tion of powers would be to begin with fields where there is
immediate urgency: social security, relations with other
countries and international organizations, instruments of
education and culture as well as the various theories and
formulae which tend to give indefinitely expanding powers to
the central government.

9. That the question of fundamental rights is closely
linked with the constitutional problem as a whole and thus
no decision can possibly be taken in this respect before agree-
ment has been reached on certain basic reforms, particularly
on the creation of a true constitutional tribunal;

10. That consequently, the next step should be to
institute federal-provincial commissions, meeting simulta-
neously with the aid of a joint secretariat to be set up with-
out delay and working in co-operation with the interprovincial
committee formed at the Toronto conference, and whose work
could be divided into five main subject matters:

(a) official languages and fundamental rights;

(b) distribution of powers;

70

(L’hon. Daniel Johnson)

traitement soit désormais accordé aux minorités françaises
des autres parties du pays.

Par ailleurs, je tiens à répéter que nous n’avons
jamais songé à imposer le français aux Canadiens des autres
provinces qui n’en ont pas besoin. Nous sommes tout à fait
d’accord avec la Commission Laurendeau-Dunton pour dire que,
dans un pays comme le nôtre, ce sont les administrations et
les services publics qui doivent être bilingues, partout oü
coexistent en nombre suffisant des Canadiens de l’une et
l’autre cultures. Et si les institutions ont le devoir d’ê-
tre bilingues, c’est justement pour préserver le droit qu’ont
normalement les citoyens de servir leur pays et d’être
servis dans leur propre langue.

Certains ont déjà parié sur notre impuissance à nous
entendre. Allons—nous leur procurer la carte qui manque à

leur jeu, soit l’aveu ou le constat de notre échec?

D’autres, pour des raisons tout à fait différentes,
misent également sur notre insuccès. Ce sont ceux qui pen-
sent que les problèmes se régleront d’eux-mêmes à condition
de les nier; qu’il suffira d’un léger replàtrage, relevé ici
et là d’un vernis de bilinguisme, pour contenter tout le
monde, et qu’à force de parler d’unité nationale, on finira
bien par faire disparaître la dualité canadienne.

Qu’on ne se fasse pas d’illusion: au Canada, le
déplacement du facteur de subordination ne changerait rien
au problème de base. Pour être plus précis, disons que la
disparition de la subordination à un autre pays n’élimine
pas du même coup le danger que représenterait la subordina-
tion à un gouvernement central qui revendiquerait le droit à
l’hégémonie politique.

Quand même on le répéterait à l’infini, on ne fera
croire à personne, du moins pas à mes compatriotes du Québec
qui y sont depuis plus de 300 ans, que le Canada a commencé
en 1867. On ne fera croire à personne que les constitutions
sont immuables. On ne fera croire à personne que les consti-
tutions ne peuvent être changées. Nous en sommes à notre
quatrième depuis deux siècles; pourquoi serait—il impossible
d’en rédiger une cinquième? Pourquoi les Canadiens seraient-
ils incapables de faire ce qu’ont réussi tant d’autres pays,
dont plusieurs sont infiniment plus complexes que le Canada?

Je suis de ceux qui croient que les Canadiens ont
suffisamment de lucidité, de coeur et de volonté pour trouver

71

(Hon. Daniel Johnson)

(c) reform of the Senate, the Supreme Court
and the other institutions linked with
the federal system;

(d) fiscal incidences and regional disparities;

(e) amendment procedure and provisional arrange-
ments.

Quebec knows the complexity of the task that lies
ahead. We must innovate to a large extent and build a new
type of country. This cannot be accomplished in a matter of
weeks even months. Still, we must remember that time is no
longer on the side of today’s Canada. The Canada we want to
build for tomorrow will be for the young people of this
country. The Quebec delegation is not here to settle old
scores, but to prepare the future and as long as we continue
to act there will be hope. If we cannot agree now, could we
expect to agree after separation? The answer to this ques-
tion lies in its very formulation. Mr. Chairman, so that
nobody watching television will be in doubt as to the guilty
party, let me be the one to right your “Canada” sign which
someone — I don’t know who —- knocked over a moment ago.

(ENGLISH):

The Right Honourable L.B. Pearson: Thank you, Mr.
Johnson, and I hope that before long you will let me have the
chance to discuss with you the eligibility of the Government
of Canada for membership in the “ten-member club”.

Now we will hear from the Premier of Nova Scotia,
Mr. Smith.

Honourable G.I. Smith: Mr. Prime Minister, Nova

Scotia is glad to take part in the conference and we will do
our best to make it a useful one. We share the view that
there is a crisis in Canada, and we agree that the manner in
which we face this crisis, and the measures we adopt to solve
it will be of vital importance to our future. We believe that
all of us must look at our problems squarely, that we must
come to grips with the hard realities that lie in these

72

(L’hon. Daniel Johnson)

dans la solidarité et l’égalité, la solution de leurs problè-
mes et la clé de leur avenir. En somme, le Québec soumet:

1. Que le temps est venu pour notre pays de
se donner une constitution entièrement cana-
dienne, faite au Canada par les Canadiens et
pour tous les Canadiens;

2. Que cette constitution, de même que tous
les changements qui pourraient y être appor-
tés, devront désormais être élaborés et pro-
mulgués au nom du peuple souverain, sans
recourir au Parlement d’un autre pays;

3. Que cette constitution ne doit pas avoir
uniquement pour objet de fédérer des terri-
toires, mais aussi d’associer dans l’égalité
deux communautés linguistiques et culturelles,
deux peuples fondateurs, deux sociétés, en
d’autres termes, deux nations au sens socio-
logique du terme;

4. Qu’il n’est aucunement nécessaire de
détruire le Canada à dix pour faire le Canada
à deux, mais qu’il est devenu indispensable
et urgent de faire le Canada à deux pour
maintenir le Canada à dix;

5. Que le Livre Premier du rapport de la
Commission Laurendeau-Dunton sur les langues
officielles, ainsi que les autres livres qui
seront publiés plus tard, devront être con-
sidérés à la lumière des faits et des prin-
cipes énoncés dans l’Introduction générale du
même rapport qui en constitue d’après nous
la partie la plus significative;

6. Qu’en particulier, l’égalité à établir
entre nos deux communautés culturelles ne
dépend pas seulement d’une extension terri-
toriale du bilinguisme, mais plus encore
d’une extension des compétences du Québec,
principal foyer de la nation canadienne-
française;

7. Qu’on n’aura donc pas abordé d’une façon
concrète et réaliste le noeud du problème
constitutionnel canadien tant qu’on n’aura

73

(Hon. G.I. Smith)

problems. without exception, we have all to recognize what
things are altogether unacceptable or provocative to others
as well as what things we believe are necessary or desirable.

At the Confederation of Tomorrow Conference in Toronto
last November we think we made a good start. I should like
to congratulate the Prime Minister of Ontario on his courage
and imagination in calling that conference, and his able
diplomacy in guiding it to a successful conclusion. We hope
that this conference will bring us closer to a final solution.

I would like also at this point to draw attention to
our belief that the excellent analysis of Quebec’s position
presented to the Toronto Conference by the Prime Minister of
Quebec has provided all who examined it with a much better
understanding of that position and is a most valuable contri-
bution to our studies.

The Toronto Conference seemed to us to accept the
view that while there are a multitude of Canadian problems,
the two which are most important and most divisive are those
related to language and culture, and those related to regional
economic disparity.

I wish to thank you, Mr. Chairman, for having agreed
to Nova Scotia’s request to place on the agenda for this con-
ference the matter of regional economic disparity. If I do
not say more about it in this opening statement, it is only
because I expect to make a submission of some length when we
come to that item on the agenda, for we regard it as of the
very greatest importance. Indeed, we suggest an adequate
standard of living and of public services for all Canadians
everywhere in Canada is no less fundamental than our other
problems.

It seems to us that we might well begin any discussion
of national unity by examining some of the circumstances in
which we as Canadians find ourselves. Perhaps we should look
at our problems in the light of the many good things already
ours.

Canada is not a poor country and we are not a back-
ward country. Geographically Canada is one of the largest
countries in the world and in terms of natural resources,
one of the richest. Canadians as a whole enjoy a standard of
living surpassed only by the United States though it varies
greatly from place to place, as we shall say in more detail
in the discussion concerning economic disparity of regions.

74

(L’hon. Daniel Johnson)

pas entrepris l’étude d’un nouveau partage
des compétences entre les deux ordres de
gouvernement;

8. Qu’une façon constructive de procéder à
l’examen de ce partage des compétences se-
rait de commencer par des domaines qui sont
d’une urgente actualité: la sécurité sociale,
les relations avec les autres pays et avec

les organismes internationaux, les instruments
d’éducation et de culture, ainsi que les doc-
trines et formules diverses tendant à attri-
buer à l’Etat fédéral des pouvoirs indéfini-
ment extensibles;

9. Que la question des droits fondamentaux

est intimement liée à l’ensemble du problème
constitutionnel et qu’aucune décision ne
saurait être prise à ce sujet avant qu’on ne

se soit entendu sur certaines réformes de base,i
en particulier sur la création d’un véritable
tribunal constitutionnel;

10. Qu’en conséquence, le pas suivant devrait
être l’institution de commissions fédérales-
provinciales siégeant simultanément, par les
soins d’un secrétariat conjoint à mettre sur
pied sans délai, travaillant en coopération
avec le comité interprovincial formé à la
conférence de Toronto, et dont le travail
pourrait être réparti entre cinq sujets
principaux:

1°, Les langues officielles et les droits
fondamentaux;

2°, La répartition des compétences;

3°, La réforme du Sénat, de la Cour suprême
et des autres institutions liées au système
fédératif;

4°, Les incidences fiscales et les inégalités
régionales;

5°, La procédure d’amendement et les dispo-
sitions transitoires.

75

(Hon. G.I. Smith)

We have a vigorous population, a high level of education, a
high degree of industrial development and a reputation for
integrity and fair dealing among the nations of the world.

The individual in Canada, wherever he may live, enjoys
basic freedoms which give him opportunity to grow and develop.

As far as it is possible today, we are protected by
geography and our great neighbour to the south from the fear

of attack and destruction by other powers.

We are indeed a fortunate country in comparison with

most others. Why do we find ourselves in these fortunate cir-
cumstances? Partly, no doubt, because of accidents of geo-
graphy and history for which we can claim no credit. But

these accidents only set the stage and provided the opportun-
ity for us to become a great and happy country in the fullest
sense.

We are what we are because of the imagination, the
courage, the determination and the sacrifice of Canadians –
Canadians of many ethnic origins. The present has been
created by Canadians and the will and determination of
Canadians will shape our future.

Let us ask what of the future? Perhaps we should
take a look around us at other countries and think of their
potential for growth and development. And then take a look
at Canada and think of our opportunities. Is there another
country anywhere with a greater potential and a greater
opportunity to achieve the good things of life – the things
that really matter?

We believe that there is not. But potential is one
thing — realizing it is another, and whether our potential
will be realized depends upon Canadians and the attitudes of
Canadians. We can if we will – but do we want to badly
enough to pay the price? And, what is that price? Among
other things – and perhaps most important – it includes the
price that we must pay for national unity. Who will have to
pay that price? Not some Canadians but all Canadians. Not one
ethnic group but all.

In a country so diverse geographically and with a
population springing from such a diversity of ethnic origins,
it is too much for anyone to hope that any region and any
ethnic group can obtain all their wishes about everything.
And so for all, surely the price of national unity is found

76

(L’hon. Daniel Johnson)

Le Québec est conscient de la complexité de la tàche
à entreprendre. Il s’agit d’inventer dans une large mesure
et de construire un nouveau type de pays. Cette tàche ne
saurait s’accomplir en quelques semaines, ni même en quelques
mois. Encore faut-il se rappeler que le temps ne joue plus
en faveur du Canada d’aujourd’hui. Le Canada de demain,
c’est pour les jeunes que nous voulons le construire. Nous
ne sommes pas ici, nous du Québec, pour régler des vieux
comptes, mais pour préparer l’avenir, et tant qu’il y aura
de l’action, il y a de l’espoir. Si nous ne pouvons nous
entendre maintenant, pourrions-nous nous accorder après une
séparation? Poser la question, c’est y répondre.

Monsieur le président, pour que personne à la télé-
vision n’ait de doute sur qui est le coupable, je voudrais
bien relever, moi, l’enseigne “Le Canada“ qui a été renversée
tantôt, je ne sais par qui, et j’aimerais la relever dans
une nouvelle constitution.

(Traduction)

Le très honorable M. Pearson: Merci, monsieur Johnson,
J’espère qu’avant longtemps vous me permettrez de discuter
avec vous de l’admissibilité du gouvernement du Canada dans
le cercle des dix.

Je cède maintenant la parole au premier ministre de
la Nouvelle-Ecosse, M. Smith.

L’honorable G.I. Smith: Monsieur le président, la
Nouvelle-Ecosse est heureuse de prendre part à cette confé-
rence; elle fera tout en son pouvoir pour en assurer le succès.
Nous convenons que le Canada traverse en ce moment une crise.
Nous convenons aussi que la façon dont nous y ferons face,
les mesures que nous adopterons pour y parer, engageront notre
avenir tout entier. Il faut que nous regardions ces problèmes
en face, que nous abordions la réalité telle qu’elle est. Il
faut que nous reconnaissions, tous, sans exception, ce qui
peut être inacceptable ou provocant pour les autres, aussi
bien que les choses qui nous apparaissent à nous nécessaires
ou désirables.

La Conférence sur la confédération de demain tenue au
mois de novembre dernier à Toronto, a été un bon début. Qu’il
me soit permis de féliciter le premier ministre de l’Ontario
du courage et de l’imagination dont il a fait preuve en la

77

(Hon. G.I. Smith)

in the compromise and the adjustment each must make in the
common search for a way of life acceptable to all.

We believe that if this conference is conducted in
this spirit, it will indeed result in a useful step on the
long road — the hard road — we must all travel if we are to
find a solution which will enable Canada and Canadians to
realize the splendid potential for the future which can be
ours. And, sir, what a pity should we fail.

For our part, we believe Nova Scotians are ready to
accept the implications of such a spirit. We are ready to
consider what compromises and adjustments we can properly
make to further the common good. We may also have to make it
clear that there are some things we consider so important that
we believe them to be fundamental to the existence of the sort
of Canada which we can envisage as worth while. We realize
that others will also believe in things they consider to be
equally fundamental. But when all concerned have determined
and made known What they believe to be fundamental, then all
of us shall have the task of resolving the differences which
will then be clear.

In order to resolve these differences surely We shall
have to negotiate with the utmost of good intent and good
faith. We shall all have to compromise. Negotiations and
compromise have to be based on goodwill, on mutual understand-
ing and a determination to find a lasting solution.

In a spirit of good will and understanding Nova
Scotians are ready to examine what our French-speaking fellow
citizens think we should do in Canada.

To us, though it may seem different to others these
things appear to fall into three general classes:

l. In the rest of Canada, French-speaking
Canadians should have the same legal rights
in education and culture as English-speaking
Canadians have in Quebec;

78

(L’hon. M. Smith)

convoquant, de même que des talents diplomatiques dont il a
fait preuve en la conduisant à une heureuse conclusion. Nous
espérons que la présente conférence nous rapprochera d’une
solution définitive.

Je voudrais aussi, à ce stade, signaler le fait que
l’excellente analyse du point de vue de Québec, présentée à
la conférence de Toronto par le premier ministre du Québec,
a donné à tous ceux qui l’ont examinée l’opportunité de
comprendre beaucoup mieux l’état de la question. Elle cons-
titue certainement une contribution très utile. A la confé-
rence de Toronto, on a semblé reconnaître que bien qu’il
existe des problèmes canadiens extrêmement nombreux, les
plus importants, ceux qui nous divisent le plus, intéressent
la langue et la culture, et les inégalités économiques régio-
nales.

Je vous remercie, monsieur le président, d’avoir bien
voulu inscrire à l’ordre du jour, et ce à la demande de la
Nouvelle-Ecosse, la question des inégalités économiques ré-
gionales. Si je ne m’étends pas là-dessus dans ma déclara-
tion préliminaire, c’est seulement que j’entends revenir à
fond sur la question, lorsque nous en serons rendus à cet
article de l’ordre du jour. C’est une question qui revêt
à nos yeux une importance capitale. Assurer à tous les Ca-
nadiens, partout au Canada, des normes satisfaisantes, du
point de vue du niveau de vie ou de celui des services publics,
nous semble tout au moins aussi important et fondamental que

n’importe lequel de nos autres problèmes.

Nous pourrions peut-être, il me semble, aborder
l’examen de l’unité nationale en nous attachant à certaines
des circonstances dans lesquelles nous, Canadiens, nous
trouvons actuellement. Il serait peut-être bon d’envisager
nos problèmes à la lumière de tout ce qui peut constituer

pour nous un motif de satisfaction.

Le Canada n’est ni pauvre ni attardé. Son extension
géographique en fait l’un des plus grands pays du monde. Ses
ressources naturelles font de lui l’un des plus riches. Dans
l’ensemble, les Canadiens bénéficient d’un niveau de vie qui
n’est guère dépassé que par celui des Etats—Unis, encore qu’il
varie fort d’une région à l’autre. Nous reviendrons sur cette
question lorsque nous en serons rendus à cet article de l’ordre
du jour et que nous discuterons de la question des inégalités
économiques. Notre peuple est vigoureux, instruit, industria-
lisé, et il jouit d’une grande réputation d’intégrité et d’é-
quité aux yeux des nations du monde.

79

(Hon. G.I. Smith)

2. All Canadians should be able to feel at
home in every part of Canada;

3. There should be changes in the Constitution
to allocate more rights to the provinces.

Nova Scotia is prepared to accept and act upon the
principle that French-speaking Canadians should have the same
legal rights to education in French in English-speaking prov-
inces as English-speaking minorities have to education in
English in Quebec.

Nova Scotia accepts as a desirable thing the principle
that all Canadians should be able to find themselves at home
in every part of Canada. We are bound to say, however, the
satisfactory implementation of this principle is likely to
be difficult and costly. We are prepared to negotiate in
good faith to find practical ways and means of implementation.
In the final analysis, this may well depend on the success of
educational programs.

As to changes in the allocation of powers under the
Constitution, Nova Scotia’s position is,

l. The Government of Canada must be strong
enough in jurisdiction and resources to pro-
vide strong central government both within
Canada and vis—à-vis other countries;

2. Subject to the above, we are willing to
consider re—allocation of powers as between
the federal government and the provinces in
any way that gives real promise of making
the Constitution one which will enable
Canadians to be happier.

With respect, Sir, we doubt if it would have occurred
to us that the best way to proceed is that suggested by the
federal government. Nevertheless, we are ready in good faith
to engage in discussions on the basis of the proposals you
have put before us.

We would like to make an observation about the Con-
stitution generally. We believe that the constitution of
any country should be such as to give all the citizens of
that country the best chance to live full and satisfactory

80

(L’hon. M. Smith)

Le Canadien, oü qu’il habite, jouit, à titre indivi-
duel, des libertés essentielles propres à faciliter son épa-
nouissement et son progrès.

Dans la mesure oü cette notion est valable aujourd’hui,
nous sommes protégés, de par la géographie et le voisinage
d’une grande puissance amie au sud de nos frontières, du ris-
que d’attaque et d’invasion par les autres puissances.

Notre sort peut, à juste titre, faire l’envie d’autres
pays. Comment expliquer notre bonne fortune? Sans doute cela
tient—il à des accidents géographiques ou historiques et, à
ce titre, nous n’y sommes pour rien. Ces accidents ne cons-
tituent cependant qu’un cadre dont nous avons profité pour
devenir un pays grand et heureux dans toute l’acception de
ces termes .

Nous devons à l’imagination, au courage, à l’énergie
et à l’esprit de sacrifice des CanadiensdŸorigines ethniques
les plus diverses, d’être ce que nous sommes. Le présent
est un don des Canadiens. L’avenir sera celui de la bonne
volonté et de la résolution des Canadiens.

Mais quel sera notre avenir? Jetons un regard sur les

autres pays. Songeons à leurs virtualités de croissance et

de développement. Regardons aussi le Canada et ses chances
d’avenir. Existe—t-il, où que ce soit, un autre pays plus
riche de possibilités à cet égard? Existe-t—il un pays oü l’on
puisse plus espérer retrouver les choses qui font de la vie
quelque chose de valable, les choses essentielles?

Assurément, il n’y en a pas. Mais virtualité n’est
pas réalisation. Réaliserons-nous toutes nos possibilités?
Cela dépendra des Canadiens et de leurs attitudes. Nous le
pourrons sans doute si nous le voulons, mais le voudrons-
nous assez pour en payer le prix?

Quel est ce prix? Songeons d’abord, et c’est peut-
être ce qu’il y a de plus important, au prix qu’il faut payer
pour l’unité nationale. Qui devra payer cette rançon? Pas
quelques Canadiens seulement, mais tous. Pas un seul groupe
ethnique, mais tous.

Dans un pays d’une si grande variété géographique, oû
la population est si variée, ne serait—il pas illusoire de
songer que toutes les régions et tous les groupes ethniques
puissent jamais se juger entièrement satisfaits? C’est ainsi
que la rançon de l’unité nationale sera le compromis, les

81

“(Hon. G.I. Smith)

lives. The constitution should be fitted to the needs of tho
country and its people. To put it another way, surely a
country is more important than a constitution.

If, therefore, the present constitution does not fit
the needs of Canadians, we should search for ways of changing
it, to make it better, and we are ready to take part in such
a search. We should repeat, however, our strongly-held belief
that the Government of Canada must be strong enough to govern
effectively in the interests of all Canadians.

Here I would like to say a word or two about a word
which seems perhaps to some a little old-fashioned. The
word is patriotism or love of country. Many Canadians, per-
haps most Canadians, are usually reticent about their deeper
emotions. As it would be for many others, it is therefore
difficult for me to put in words the feeling that I have for
Canada. But like other Canadians, it is my home – I am proud
to be a Canadian. Somehow, though I believe that most
Canadians share my feelings, we do not seem to have created ,
that deep sense of love of country which should permeate the
core of national life. Many countries with much less to be
proud of than Canada have done this in a highly developed
way.

Patriotism or love of country is not created by a 55
constitution or any other document. It is an emotion arising ‘
out of many things and many circumstances which bind the
citizens of a country together. Sometimes it has been the
one thing that has held a country together in times of stress
and strain. Sir, I venture to hope that pride in Canada and
belief in the greatness of our future may well be the most
important factor in helping us to solve the problems We now
face.

During the past year we made a start in the direction
of impressing on Canadians that we are one country. Surely
we should continue our efforts to convince Canadians every-
where that we are one country and not just a collection of
geographical areas.

Let me suggest that all provinces might well make a
greater effort to ensure our school curricula and programs
pay more attention to teaching Canadianism. Certainly the
problems we are talking about today are most likely to be
avoided in the future if all Canadian children are thoroughly

82

(L’hon. M. Smith)

accomodements que chacun doit consentir dans la recherche en
commun d’un style de vie acceptable pour tous.

Si c’est cet esprit qui anime la conférence, elle sera
à coup sûr un pas important dans la voie difficile et longue
que nous devons parcourir, à la recherche d’une solution gràce
à laquelle le Canada et les Canadiens pourront réaliser leurs
magnifiques possibilités d’avenir. Quel dommage s’il en
était autrement!

Quant à nous, habitants de la Nouvelle-Ecosse, nous
sommes disposés à accepter les conséquences que cet état
d’esprit suppose. Nous sommes disposés à envisager les com-
promis ou accomodements éventuellement nécessaires au bien
commun. Il faudra aussi que nous fassions comprendre claire-
ment à tout le monde qu’il y a certaines choses que nous
jugeons essentielles à l’existence du Canada sous une forme
qui puisse nous sembler valable. Assurément, d’autres auront
d’autres avis quant aux valeurs qui sont essentielles. Mais
lorsque tous les intéressés auront pu les cerner et les faire
connaître, nous devrons, tous ensemble, nous attaquer à la
tàche de composer les divergences qui auront été ainsi définies.

La solution de ces problèmes exige de nous tous la
bonne foi la plus entière. Tous, nous devons nous montrer
disposés à des compromis. La négociation, le compromis, tout
cela doit être fondé sur la bonne volonté, sur la compréhension
réciproque, sur le désir sincère de trouver des solutions per-
manentes.

Nous sommes, pour notre part, prêts à examiner, dans
cet esprit de bonne volonté et de compréhension, ce que nos
concitoyens francophones pensent que nous devrions faire au
Canada.

A notre avis, et il est possible que cela soit inter-
prété différemment par d’autres, ces initiatives semblent se
répartir sous trois grandes rubriques.

1°, Les Canadiens de langue française, oü
qu’ils soient au Canada, doivent jouir des
mêmes droits juridiques, en matière d’édu-
cation et de culture, qui sont reconnus aux
anglophones du Québec.

2°, Tous les Canadiens doivent se sentir chez
eux dans toutes les parties du Canada.

83

(Hon. G.I. Smith)

aware of the rich diversity, the wealth of cultures, the
great history and the splendid accomplishments of Canadians.

May I conclude, Sir, by saying that surely Canada has
a great potential. Whether that potential is realized de-
pends upon Canadians and upon the attitudes of Canadians. We
believe that it can be realized only by a united Canada,
strong in purpose, vigorous in action, giving to all her
citizens everywhere a sense of full participation, happiness
and pride. We believe that such a Canada is worth a high

price in adjustment and compromise – not by some Canadians

but by all – not by many Canadians but by all.

And so, Sir, let us not be afraid of our ability to
find that price and to pay it. For as the years go by, we
and those who come after us will see it as the best invest-
ment Canadians ever made.

The Right Honourable L.B. Pearson: Gentlemen, it is
on our program that we should adjourn at 12:30, and return
at 2:30. If we do that we will cut Mr. Robichaud off in the
full flight of his eloquence. We only have about five minutes
and his statement certainly shouldn’t be divided. It shouldn’t
be “separated” in this way.

Honourable L.J. Robichaud: I confess that despite
the value of this document we could still wait until 2:30.

The Right Honourable L.B. Pearson: If that is your
wish, then, we will adjourn until 2:30 when We will hear the
Premier of New Brunswick.

84

(L’hon. M. Smith)

3°, Il y aurait lieu de modifier la cons-
titution de façon à accroître les droits
des provinces.

La Nouvelle-Ecosse est disposée à accepter et à tra-
duire dans la pratique le principe selon lequel les Canadiens
de langue française doivent bénéficier des mêmes droits juri-
diques, en matière d’éducation en français, que ceux dont
bénéficient les minorités canadiennes-anglaises dans la pro-
vince de Québec, quant au droit à l’éducation en anglais.

La Nouvelle-Ecosse convient en principe du bien-fondé
de l’idée selon laquelle tous les Canadiens doivent se sentir
chez eux partout au Canada. Mais en pratique, il faut dire
que cela sera fatalement difficile et dispendieux. Nous som-
mes disposés, néanmoins, à négocier de bonne foi pour trouver
à ce problème une solution pratique. En dernière analyse,
cela sera peut-être en fonction de la réussite de nos program-
mes d’éducation.

Quant aux changements dans la répartition des attri-
butions constitutionnelles, le point de vue de la Nouvelle-
Ecosse est le suivant:

1°, Le gouvernement du Canada doit rester
suffisamment fort, du point de vue de la
compétence des ressources, pour assurer au
Canada un gouvernement central fort, tant
à l’intérieur que vis-à—vis l’étranger.

2°, Sous réserve de ce qui précède, nous
sommes disposés à envisager une nouvelle
répartition des attributions entre le gou-
vernement fédéral et les provinces, quelles
que soient les modalités envisagées, à
condition que cette constitution modifiée
puisse vraiment rendre les Canadiens plus
heureux.

Avec tout le respect que je vous dois, monsieur le
président, nous doutons que les propositions du gouvernement
fédéral constituent la meilleure façon de procéder. En tout
cas, nous n’y aurions pas songé nous-mêmes. Nous sommes né-
anmoins disposés à engager un dialogue de bonne foi sur cette
base.

Une observation en ce qui concerne la constitution en
général: nous croyons que la constitution d’un pays, quel

85

SECOND SESSION: MONDAY AFTERNOON

OPENING STATEMENTS (continued)

The Right Honourable L.B. Pearson:

If we could come to order I will ask Premier Robichaud
of New Brunswick to deliver his message to us.

(Honourable L.J. Robichaud:
(TRANSLATION)

Mr. Prime Minister: it has been said — and will be
said Very often during this conference w that this meeting
is witness to a most fateful moment in Canadian federal
history.

We should not be unmindful of our history. An appreci—
ation of the way we have come will help us better to understand
the realities of the present, and the opportunities of the future;

It is never easy for language, racial and’religious
differences, as well as historic rivalries, to find a common
political accommodation. French and English, Catholic and
Protestant – under the best of conditions – would never have
an easy time founding a common political society.

The history of Canada is, in large part, the history
of the continuing search for political forms and personal
attitudes that would neutralize suspicions and fears, and
permit the founding and development of a modern state.

I would like to point out, Mr. Prime Minister, that
the history of New Brunswick has been a miniature of that
Canadian experience. We believe that from our New Brunswick
history there are positive lessons to be learned.

(ENGLISH)

In the struggle to come of age, Canada has faced
additional difficulties – regional disparities; colonial
apron strings; perhaps above all, the massive power of the
United States, making it difficult for Canada to find its
own place in the sun.

Our federal system, as someone said recently, emerged
“under the zodiac of difficulty”.

86

(L’hon. M. Smith)

qu’il soit, doit être telle qu’elle donne a tous ses ressor-
Ilssants la meilleure chance de vivre une vie pleine et sa-
tisfaisante. Elle doit être conforme aux besoins du pays et
Je sa population. Exprimons la chose autrement: le pays est
tout de même plus important que la constitution.

Donc, si notre constitution ne répond plus aux besoins
du Canada et des Canadiens, il s’agira pour nous de rechercher
unsemble les façons de la modifier et de l’améliorer. Pour
notre part, nous sommes disposés à tenter cette recherche.
Répétons, cependant que nous sommes persuadés que le gouver-
nement du Canada doit être suffisamment fort pour gouverner
effectivement, dans l’intérêt de tous les Canadiens.

Un mot maintenant du patriotisme, mot qui semble peut-
être un peu démodé à certains, de l’amour de la patrie. Bien
des Canadiens, la plupart sans doute, hésitent parfois à ex-
primer leurs émotions profondes, et il m’est difficile d’ex-
primer en des mots satisfaisants les sentiments que j’ai pour
mon pays. Comme les autres Canadiens, cependant, je m’y sens
chez moi. C’est ma patrie. Je suis fier d’être Canadien.

La plupart des Canadiens, je pense, partagent mon avis, mais
pour une raison ou pour une autre, nous ne semblons pas être
parvenus à créer chez nous un sens patriotique au coeur même
de notre vie nationale. Il y a des pays, pourtant, qui ont
moins raison d’être fiers de ce qu’ils sont mais qui, au con-
traire, ont un patriotisme très développé.

Mais ce patriotisme, cet amour de la patrie, ne tient
ni à la Constitution, ni à d’autres textes. C’est une émotion
née de bien des circonstances diverses, qui unit les citoyens
d’un pays. Il arrive même que ce soit le seul et unique élé-
ment de cohésion nationale durant les époques difficiles.
J’ose exprimer ici l’espoir que l’amour du pays et la foi en
la grandeur de son avenir, sera peut—être l’élément le plus
important lorsqu’il s’agira pour nous de trouver la solution
aux problèmes qui se posent actuellement.

Depuis un an, nous avons commencé à faire comprendre
à notre peuple ce qu’est, dans son unité, notre pays. Nous
devons poursuivre cet effort et nous devons convaincre notre
peuple tout entier, que nous sommes un pays, et non pas seu-
lement un assemblage disparate de régions géographiques.

Qu’il me soit permis de dire ici que toutes les pro-
vinces pourraient certainement faire la part plus large au
canadianisme dans leurs programmes scolaires. Il est certain
que les problèmes qui nous occupent aujourd’hui se poseront

87

(Hon. L.J. Robichaud)

And how shall we judge the result?

The history of ourfirst 100 years offers impressive
evidence of the social durability, the political vigour, and
the constitutional viability of Canadian federalism, For a
century we have had an essentially successful experience of
cultural co—existence in the form of a federal union.

It is perhaps appropriate that we should now take
stock of our nationhood, and look with post—Expo eyes at the
new Canada of the second century.

If we are really going to see it the way it is, a
number of perspectives are essential.

First, we need the viewpoint of humility! Whatever

our problems – whether we are French—speaking or English
speaking — we are very lucky indeed. Canada has advantages and
possibilities almost without parallel in the modern world.

Let us approach our problems and stresses With a sense of pro-
portion.

(TRANSLATION)

Secondly, we need to recognize that today all societies
are restive. All are assessing their values, their goals and
their standards. Much of traditional nationalism has become
sterile in our world of global interdependence, The rush of
technological advance, the forces of social change, confront
all societies with the need for renewed forms and goals; for
responses that are appropriate to new situations. We need
to remember, therefore, that while there is much that we can
begin to do here, there is equally much that lies beyond the
scope of constitutions and of political power.

A third perspective, I would suggest, is to recognize
that the Constitution of Canada, as constitutions go, has been
a very considerable success. Over the years we have been
able to achieve wide—ranging administrative cowoperation be-
tween federal and provincial governments. In times of national
peril, it has been possible for the central government to ex-
ercise strong and effective leadership. Yet, it also remains
a fact that our Constitution, as interpreted judicially, tends
to favor provincial power, giving us one of the more decentra-
lized confederations in a modern world.
to the tasks of this conference

To do justice, then,

we require sound perspectives and an awareness of the solid
accomplishments of our federal system.
Prime Minister,

Perhaps I should add,

Mr. that I am confident that the Canadian

88

(L’hon. M. Smith)

désormais avec moins d’acuité, pour peu que les enfants ca-
nadiens soient conscients de la belle diversité, de la ri-
chesse des cultures, de l’histoire et des réalisations ma-
gnifiques de tous les Canadiens. ‘

Je termine en répétant que le Canada a d’immense pos-
ibilités d’avenir. Les réaliserons—nous? Cela dépendra des
Canadiens et de leurs attitudes. Nous le croyons, à condition
toutefois que le Canada reste uni, résolu, vigoureux, prêt à
donner à tout son peuple un sens de participation entière, de
bonheur et de fierté. Un tel Canada nous semble mériter les
Jccommodements et compromis qu’il faudra lui consentir, accom-
modements et compromis qui devront être consentis, je veux in-
wister sur ceci, par nous tous.

C’est ainsi qu’il ne faut pas craindre de rechercher
tu prix qu’il faut payer et qu’il ne faut pas craindre de
n’en acquitter. Nous, et ceux qui nous succéderont, verrons
que c’est la meilleure chose que nous ayons jamais pu faire.

Le très honorable L.B. Pearson: Messieurs, d’après
notre programme, nous devions lever la séance à midi trente
et la reprendre à deux heures trente. Si nous le faisons,
nous allons peut-être rogner l’enthousiasme de M. Robichaud,
qui n’aurait que cinq minutes, et, sûrement, sa déclaration
nu devrait pas être coupée en deux.

L’honorable L.J. Robichaud: Malgré la valeur de ce
document, je crois que nous pourrions attendre à deux heures
trente.

Le très honorable L.B. Pearson: Si tel est votre voeu,
messieurs, nous allons lever la séance jusqu’à deux heures
trente, alors que M. Robichaud prendra la parole.

89

(Hon. L.J. Robichaud)

people generally will not surrender either to the folly of
apathy, or to the equally destructive folly of those who would
ask us to regress from nationhood to a “common muddle“ (not

to say common market) of co—existence!

(ENGLISH):

Since this conference was first proposed by you, Mr.

Prime Minister, the Royal Commission on Bilingualism and
Biculturalism has published Volume One of its final report.
The federal government took the view that the recommendations
contained in that volume had a direct bearing on the issues to
be discussed at this conference.

The Government of New Brunswick fully understands and ,
agrees with the weight given by the Government of Canada to Ê
that report’s proposals. ”

I wish at this time, therefore, to deal specifically
with the New Brunswick response to the recommandations of
Volume One.

My colleagues and I of the Government of New Brunswick
are in full agreement with the principal recommendation of
concern to us, namely: – that the province of New Brunswick
shall officially and practically become a province of two
offical languages — English and French; and that this will
be in the context of federal initiatives to achieve a new
national regime in this regard.

I might suggest here that in the federal initiative
we do not mean that federal help must always be equated with
financial assistance, but in this respect it does. I repeat —
we accept that principle.

We believe that it is in the national interest for
New Brunswick to share in revitalizing the Canadian spirit
and Canadian unity through the adoption of this basic concept.
We also believe that it is in our own provincial interest —
as a matter of equity — for us to adopt this principle at this
time.

This policy requires (in the words of the Royal Com-
mission Report) that the “principal public and private insti-
tutions must provide service in two languages to citizens,
the vast majority of whom may very well be unilingual…
What We are aiming for, then, is the equal partnership of all
who speak either language and participate in either culture.

90

DEUXIEME SEANCE: LUNDI APRES—MIDI

DISCOURS D’OUVERTURE (SUITE)

Le très honorable L.B. Pearson: Messieurs, à l’ordre
s’il vous plaît; je vais inviter le premier ministre Robichaud
du Nouveau-Brunswick à bien vouloir nous transmettre son mes-
sage.

(Français)

L’honorable Louis-J. Robichaud: Monsieur le premier
ministre, nous avons tous déjà entendu, et ce sera souvent
répété ici, que cette rencontre est un point de ralliement
dans l’histoire de notre fédéralisme canadien.

Nous devons être conscients de notre histoire. Cette
conscience du chemin déjà parcouru nous aidera à mieux appré-
cier là où nous en sommeset l’avenir qui peut être nôtre.

Il n’est jamais facile de forger une communauté poli-
tique à partir de différences linguistiques, ethniques, reli-
gieuses et de rivalités historiques. Dans le meilleur des
mondes, anglophones et francophones, catholiques et protes-
tants éprouveraient des difficultés à fonder un peuple commun.

L’histoire du Canada est, en majeure partie, l’histoire
d’une recherche permanente des structures politiques et d’un
neutralisant des craintes et soupçons qui permettrait la créa-
tion et l’épanouissement d’un Etat moderne.

J’aimerais souligner, monsieur le premier ministre, que
L’histoire du Nouveau-Brunswick est un parallèle fidèle de
L’histoire canadienne. Nous croyons pouvoir tirer des rensei-
gnements positifs de notre passé.

(Traduction)

Le Canada, tout en traversant cette période difficile
qu’est l’adolescence, a dû faire face à d’autres problèmes:
les disparités régionales, le cordon ombilical du colonialisme
ct,surtout, l’omniprésence des Etats-Unis qui a rendu plus

9l

(Hon. L.J. Robichaud)

We recognize that the full practical operation of such
a regime must apply to the legislature; the courts; the pro-
vincial government and its administration (departments and
agencies); the school system; and to municipal administration
as well. ‘

In recent years, that is precisely the direction in
which we have been moving.

(TRANSLATION):

Both French and English languages have been used for
many years in the business of the Legislative Assembly. We
have instituted the services of a Translation Bureau in the
-provincial government. This month we will inaugurate a
simultaneous translation service for our Legislature, and for
meetings With delegations and other citizen or committee
groups.

By means of an important amendment to the Evidence
Act, we have effected a major improvement in language rights
in our court proceedings.

Much has also been done in the field of education.
As you may know, we have launched a major effort to strengthen

all educational services in New Brunswick. As part of this

over-all policy, a French-language university has been cre-
ated at Moncton. We are developing related French-language
training institutions for teachers, nurses, and various
technical professions.

These things we have done. We are well aware that
much remains yet to be done.

(ENGLISH):

The essential thing is that we are now prepared to
adopt such a regime officially, in partnership with new
federal policies in this regard.

It would be a great disservice for me to pretend that
full implementation can be achieved simply and immediately.
The Royal Commission Report properly points out that it is
not to be expected that we could “establish such a system
overnight”. Research and planning will be required; services
will have to be augmented or new ones developed. The admin-
istrative arrangements and economic costs must be determined
by the government, and by related agencies and municipal

92

(L’on. M. Robichaud)
difficile le développement de notre identité nationale.

Quelqu’un a déjà dit de notre système fédéral qu’il
était né “sous le signe de la difficulté”.

Comment savoir oü nous en sommes?

Notre premier siècle d’existence est une preuve impres-
sionnante de la durabilité sociale, de la vigueur politique et
de la viabilité constitutionnelle du fédéralisme canadien. Pen-
dant cent ans, nous avons vécu une expérience essentiellement
réussie de coexistence culturelle sous forme d’union fédérale.

Il serait à propos, maintenant, de faire le point et
d’examiner dans une perspective “post-Expo” le nouveau Canada
au moment oü il entre dans son deuxième siècle.

Et, si nous voulons vraiment faire face à la réalité,
certains éléments sont essentiels.

Premièrement, il nous faut une bonne dose d’humilité.
Quels que soient nos problèmes, que nous soyons anglophones
ou francophones, nous sommes quand même privilégiés. Le
Canada offre des possibilités d’avenir et des avantages sans
pareils dans notre monde moderne. Nos problèmes et contre-
temps ne doivent quand même pas être accentués.

(Français)

Deuxièmement, il nous faut reconnaître qu’aujourd’hui
toutes les sociétés sont fiévreuses, toutes et chacune d’elles
s’interrogent et mettent en question leurs valeurs tradition-
nelles, leurs buts et leurs structures. Le nationalisme tra-
ditionnel se voit impotent devant l’interdépendance mondiale.
Le progrès technologique et les_perturbations sociales requi-
èrent une restructuration, une réorientation de toutes les
sociétés, pour qu’elles puissent réagir efficacement aux
nouvelles réalités. Nous devons donc réaliser que quoique
nous puissions entamer ici une oeuvre de grande envergure,
une bonne partie de sa réalisation dépasse les articles cons-
titutionnels et les pouvoirs politiques.

Une troisième perspective serait de reconnaître que
la constitution canadienne a été une réussite assez considé-
rable, dans la mesure oü l’on peut qualifier toute constitution
de réussite. Au cours des années, nous avons pu élaborer des
structures administratives intergouvernementales dans des do-
maines variés et, en période d’urgence nationale, le gouverne-
ment central a pu exercer un pouvoir fort et efficace. Par
contre, c’est aussi un fait que l’interprétation juridique de
notre constitution favorise les compétences provinciales, cons-
tituant ainsi un système fédératif des plus décentralisé.

93

(Hon. L.J. Robichaud)
bodies that might be affected.
But such a realistic course does not mean delay.

I am confident that the people of New Brunswick Want
to move forward soundly — vigorously — and together. Already,
in the education field, some of our leading school districts,
where the language of the majority is English, are showing
realistic concern for French-language students in their
planning of school programs. I am quite certain that this
suggests the positive mood of our people, both French-speaking
and English—speaking.

So we in New Brunswick will move forward in partner-
ship with the Government of Canada and with the other prov-

inces. We believe that this is a matter which is fundamental
to our Canadianism. We believe that the aspirations ofi
neither French—speaking nor English—speaking Canadians will

be met if We build ghettos. “Equal but separate” is a con-
cept that would destroy our federalism and diminish both
cultural groups. A Canada that is nothing but a “common
market” is simply not Canada! Therefore, we must give Canada-

wide expression to the aspirations of our two principal
language communities, and New Brunswick will work whole—
heartedly to help achieve this.

So I am gratified by your statement, Mr. Prime
Minister. I am gratified, too, by the responses of other
provinces, particularly the Province of Ontario.

(TRANSLATION):

I am sure that all the initiative taken by all prov-
inces would lead to a more adequate and creative expression
of Canada’s basic cultural and linguistic duality. I am
also certain that ample scope will be given – perhaps more
than ever before – for the contributions of those other
cultural and linguistic groups that are so vigorous a part
of the Canadian community.

In pursuing our policy of bilingualization, the
Government of New Brunswick, at the forthcoming session of
the Legislature, will propose a resolution adopting such a
program in principle; and recommending its rapid implemen-
tation by appropriate legislation.

94

(L’hon. M. Robichaud)

Donc, pour faire justice aux considérations dont sont
saisies ces assises, nous devons garder de saines perspectives
et être conscients des réalisations accomplies par le fédéra-
lisme canadien. Je devrais peut-être ajouter, monsieur le
premier ministre, avoir la conviction que les Canadiens en
général ne vont se laisser aller ni à l’absurdité qu’est
l’apathie ni à l’aberration destructive de ceux qui nous
suggèrent de rétrograder vers un “marasme commun”, (pour ne
pas dire marché commun,) de la coexistence.

(Traduction)

Depuis que vous nous avez convoqués è ces assises,
monsieur le premier ministre, la Commission royale d’enquête
sur le bilinguisme et le biculturalisme a publié la première
tranche de son rapport final. Le gouvernement central est
d’avis que les recommandations proposées dans ce volume sont
intimement liées aux considérations de notre assemblée.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a bien saisi et

a fait sienne l’importance qu’attache le gouvernement du Cana-
da aux recommandations de ce rapport.

Je tiens donc à exposer la position du Nouveau-Bruns-

wick quant aux recommandations du volume publie.

Mes collègues et moi-même, du gouvernement du Nouveau-
Brunswick, acceptons dans sa totalité la recommandation princi-
pale qui nous touche le plus particulièrement, c’est-à-dire que
la province du Nouveau-Brunswick, officiellement et en pratique,
soit une province oü auront pleins droits deux langues offici-
elles: le français et l’anglais. Cette mesure s’intégrera à
une action centrale concertée, afin d’instaurer un nouveau ré-
gime linguistique au Canada. Si je puis ouvrir une parenthèse,
par initiative fédérale nous ne voulons pas dire que l’assis-
tance fédérale doit toujours être synonyme d’assistance finan-
cière, mais dans ce cas—ci cela est bel et bien le cas. Je ré-
pète que nous acceptons le principe que je viens d’énoncer.

Nous croyons qu’il y va de l’intérêt national que le
Nouveau-Brunswick participe à la stimulation de l’esprit national
et de l’unité canadienne par l’adhésion à ce concept fondamen-
tal. Nous croyons aussi qu’il y va de notre intérêt provincial
et de celui de la justice sociale que nous adhérions maintenant
à ce principe.

Cette politique établit que, et je cite le rapport de la
Commission royale: “Les principales institutions, tant publiques
que privées, doivent dispenser leurs services dans les deux lan-
gues, à des citoyens qui peuvent fort bien, dans l’immense majo-
rité, être des unilingues”. L’objectif, par conséquent, est la

95

(Hon. L.J. Robichaud)

We will also make every effort to pursue the sugges-
tion of the Royal Commission that certain of our “French-
language institutions could extend their services beyond the
boundaries of the Province”. We are willing to help make
the services of such institutions as the University of
Moncton; the new French-language Teachers’ College; the
Memracook Institute; as well as services of departments of
government available to our neighbour provinces in the Mari-
times.

The New Brunswick Government is also ready to work

in every way possible with the provinces of Quebec and Ontario
so that together we may develop the services, facilities and
materials (e.g. textbooks, audio—visuals) that will afford a
great equality of opportunity to persons of either cultural
group.

(ENGLISH):

The Government of New Brunswick believes that the
principle of implementation of the linguistic rights recom-
mended by Volume I of the Royal Commission should be accepted
by this conference. If this can be done by early amendments
to sections 133 and 93 of The British North America Act or
by an early adoption of a charter of human rights, so much
the better. If not, then all the provinces concerned and the
federal government should attempt to enact appropriate and
complementary legislation in their respective areas of juris-
diction. In due course these provincial and federal statutes
would become enshrined in principle in some new charter of
human rights or otherwise placed in the Constitution of today
and tomorrow.

But let us not await major constitutional revision
before accepting and implementing these linguistic rights. 5
It is too important to Canada, too widely accepted now by ;
many of us to be left to some future and necessarily pro-
longed constitutional reform or to a significant and complex
charter of human rights. We can and should act now.

I come now to the proposal for a bill of rights. We
were very pleased to receive from the federal government the
analysis of the problems surrounding the principles, as well
as the form, of a modern Canadian charter for human rights.
This useful document requires careful study by future com-
mittee and plenary meetings devoted to constitutional reform.

96

(L’hon. M. Robichaud)

possibilité pour l’individu, quel que soit son milieu culturel
et sa langue, de participer pleinement à la vie nationale.

Nous savons que l’application d’un tel régime linguis-
tique doit se faire au niveau de l’Assemblée législative, de
nos cours, du gouvernement provincial et de ses services
(ministères et organismes), de l’instruction publique, et des
administrations municipales également.

C’est précisément la voie dans laquelle nous nous som-
mes engagés ces dernières années.

(Français)

L’anglais et le français sont, depuis plusieurs années,
langues courantes à l’Assemblée législative du Nouveau-Bruns-
wick. Le gouvernement provincial s’est doté d’un service de
traduction. L’ouverture prochaine de notre session parlemen-
taire verra l’inauguration d’un service d’interprétation si-
multanée qui servira aussi à nos rencontres avec diverses dé-
légations et autres groupes de citoyens.

Par une modification importante apportée à notre loi
sur la preuve, nous avons considérablement amélioré les droits
linguistiques dans nos procédures judiciaires.

Nous avons aussi beaucoup accompli dans le domaine de
l’éducation. Vous savez probablement que nous avons récemment
entrepris un programme d’immense envergure pour consolider
tous les services d’éducation au Nouveau-Brunswick. L’exécu-
tion de cette politique globale a créé une université franco-
phone à Moncton. Elle se poursuit présentement par la mise
sur pied de centres francophones pour la formation des ensei-
gnants, des infirmières et d’autres professions techniques.

C’est ce qui a été accompli à date; il reste encore
beaucoup à faire.

(Traduction)

L’essentiel, c’est que nous sommes maintenant prêts à
adopter officiellement un tel régime linguistique, avec le
concours des nouvelles politiques fédérales à cet égard.

Il ne serait pas sage, je crois, de prétendre à la
réalisation immédiate d’un tel régime. Le rapport de la Com-
mission royale indique, à juste titre, qu’il ne faut pas
s’attendre à le voir naître du jour au lendemain.

Il faudra de la recherche, de la planification; cer-
tains services devront être créés, d’autres devront être accrus.

97

(Hon. L.J, Robichaud)

In principle, the Government of New Brunswick is fully
in accord with the general proposal of a bill of rights that
would be incorporated in The British North America Act or any
successor document.

In a time when the operations of government have
grown so greatly in scale and complexity, we ought to define
those rights that are basic to free humanity and effective
citizenship.

Such rights of the citizens ought then to be enshrined
in the constitution of Canada, with appropriate application to
both federal and provincial levels of jurisdiction.

In our judgment, it is not enough to see this as a
responsibility of provincial constitutions. The rights of
the citizen, conjoined with those rights of language and
culture that are so important a theme of this conference,
reach to the core of our national purpose.

They are central to our national élan. They belong
to us as Canadians, and ought to be fundamental to both juris-
dictions in which Canadians live as members of a federal
state – as citizens of Canada and of a particular Canadian
province.

A bill of rights entrenched in the Constitution
would spell out the essence of our national society — what
it is, What it intends for its members; how it views the
freedom and dignity of the citizen; and how it conserves and
expresses the linguistic duality that is basic to our
Canadian nationhood.

Such a definition of the rights of Canadians would
make it clear that all governments in Canada are partners
in the preservation and defence of our human rights. It
would make it clear that all governments are equally committed
to give effect to those rights of language and culture that
are a unique feature of Canadian society.

The defence of the rights of Anglophones or Franco-
phones is not the lonely burden of one or two governments.
It is the duty and opportunity of all.

In the vigorous and sensitive acceptance of such re-
sponsibility, all governments will share in preserving what
I have called “the integrity of our nation”.

98

(L’hon. M. Robichaud)

Le gouvernement doit établir les structures administratives
et déterminer les coûts. La même chose est vraie pour les
organismes publics et les gouvernements municipaux.

Mais ceci n’est pas synonyme de délai! Je suis cer-
tain que les citoyens du Nouveau-Brunswick veulent progresser
sainement, vigoureusement et ensemble. Déjà, dans le domaine
de l’instruction publique, certaines de nos commissions sco-
laires font preuve de progrès et de réalisme dans l’élabo-
ration de leur programmation scolaire pour les minorités
francophones de leurs régions. Je suis certain que c’est
là un indice de l’attitude positive de notre population tant
francophone qu’anglophone.

Le Nouveau-Brunswick, de concert avec le gouvernement
fédéral et les autres provinces, s’engage donc de l’avant.
C’est là un élément fondamental de notre canadianisme. Nous
croyons que l’établissement de “ghettos” serait mal servir
les aspirations des Canadiens, tant francophones qu’anglo-
phones. Le concept d’égalité dans la séparation détruirait
notre fédéralisme et amoindrirait nos deux familles culturel-
les. Un Canada qui ne serait autre chose qu’un “marché
commun” ne serait pas le Canada! Nous devons donc faire en
sorte que les aspirations de nos principaux groupes linguis-
tiques puissent être réalisées partout au Canada. Le Nouveau-
Brunswick entend se consacrer pleinement à la réalisation de
cet objectif.

Je suis donc enchanté, monsieur le premier ministre,
de vos déclarations; je suis enchanté.aussi de la réaction de
certaines autres provinces, notamment celle de l’Ontario.

(Français)

Je suis certain que toutes ces initiatives, entre-
prises par toutes les provinces, apporteront à notre dualité
linguistique et culturelle un visage plus vivant et plus
exact. Je suis, de plus, certain que l’apport des autres
groupes ethniques, qui forment une partie intégrante et vi-

goureuse de notre société canadienne, continuera d’y jouer
un rôle sans cesse croissant.

Pour exécuter sa politique de bilinguisme, le gouver-
nement du Nouveau-Brunswick proposera, aux prochaines assises
parlementaires, l’adoption en principe du programme déjà énoncé
et recommandera sa mise en vigueur accélérée par les mesures
législatives appropriées.

99

(Hon. L.J. Robichaud)
(TRANSLATION):

May I at this point offer a few remarks on this ques-
tion of constitutional change.

I have already said that I believe that The British
North America Act, after 100 years of administration and in-
terpretation, may be described as a considerable success.

But that does not mean that there is no room for deep
study of certain of its significant features after a century
of operation. There may be room for change where studies
indicate a need for improvement, or for a fresh response to
a new Canadian setting.

Indeed, it is perhaps time for an honest examination
as to whether the forms and symbols of 1867 are appropriate
to the life, and times, and mood of 1968.

We can surely all agree that The British North America
Act as a piece of prose, and as an exercise in symbolism, is
deficient to the point of calculated boredom. Perhaps it is
a revelation of the Canadian character!

But there is little realism, in my opinion, to a dis-
cussion of constitutional revision or re-writing, without
recognizing that there are many issues of great complexity
that will require examination. Let me just mention a few
obvious ones:

– the repatriation of the Constitution and a
process of amendment as was mentioned this
morning;

– the problem of entrenched provisions.
This affects the amending process, for some
amendments will require unanimity, others
not. The bill of rights problem belongs

in part to this issue of entrenched
provisions, both as to substance and as to
methods of amendment;

– the reform of existing institutions such
as the Senate and possibly the Supreme
Court of Canada.

100

(L’hon. M. Robichaud)

Nous nous efforcerons aussi à donner suite à la sug-
gestion offerte par la Commission royale à l’effet que cer-
taines de nos institutions francophones pourraient étendre
leur champ d’action au—delà des frontières provinciales. Il
nous fera donc plaisir de faciliter à nos provinces soeurs
des Maritimes l’accessibilité aux services de l’Université
de Moncton, de l’Ecole normale, de l’Institut de Memramcook
et de tous les ministères provinciaux.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick est aussi prêt

à collaborer pleinement avec les provinces de Québec et
d’Ontario, afin qu’ensemble nous puissions élaborer les
programmes, les services et créer l’outillage (manuels
scolaires, audio—visuel) qui permettront une meilleure égali-
té des chances aux personnes qui appartiennent aux deux grou-
pes culturels.

(Traduction)

Le gouvernement du Nouveau—Brunswick estime que le
principe de l’application des droits linguistiques, recom-
mandé dans le premier volume de la Commission royale d’en-
quête, devrait être accepté par la Conférence. S’il est
possible de le faire par la modification des articles l33
et 93 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, ou par
l’adoption d’une Charte des droits de l’homme, je m’en ré-
jouis. Sinon, toutes les provinces en cause et le gouverne-
ment fédéral devraient essayer d’adopter des mesures légis-
latives complémentaires, à l’intérieur de leur compétence
respective. En temps opportun, ces lois fédérales et pro-
vinciales deviendraient enchàssées dans une nouvelle charte
des droits de l’homme ou intégrées à la Constitution d’au-
jourd’hui et de demain; mais n’attendons pas des revisions
constitutionnelles d’envergure avant d’accepter et d’appliquer
ces droits linguistiques. Ils sont trop importants pour le
Canada et ils sont maintenant acceptés par un trop grand
nombre d’entre nous pour être laissés à une réforme cons-
titutionnelle à venir, qui prendra du temps, ou à une Charte
des droits de l’homme qui sera fort complexe. Nous pouvons
et nous devrions agir dès maintenant.

J’en arrive maintenant è la considération d’une Décla-
ration des droits de l’homme. Nous avons beaucoup apprécié
l’analyse qui nous a été expédiée par le gouvernement fédéral,
analyse qui cerne les problèmes occasionnés par les principes
et la forme d’une charte moderne et canadienne des droits de
l’homme. Ce document mérite une étude attentive par les comi-
tés chargés des réformes constitutionnelles, qui siégeront

101

(Hon L.J. Robichaud)

I think it is public knowledge that little study in
depth has been done on these subjects by governments, or
for that matter, by scholars. I respect the work evidently
done by the Government of Canada and by the Governments of
Ontario and Quebec. But I am sure they would be the first to
admit how much essential and difficult work has yet to be
undertaken.

We must therefore approach the problem of constitutional
reform with a deep sense of responsibility.

(ENGLISH):

I agree, therefore, that all governments should share
in a program of common study of constitutional matters of all
kinds.

I believe such an approach is necessary to provide us
with a common body of sound work, developed by the best
officials and students we can find to represent us. Thereby
we will develop at the technical level, at least, the maximum
possible consensus with respect to the need for change and
the details of recommended changes, if any.

For these reasons, and following the federal govern-
ment and the provinces of Ontario and Quebec, I should like
to proposez-

– First, that this conference establish a joint fed-
eral-provincial study committee, with instructions to proceed
to examine all of the technical implications of the bilingua-
lism and biculturalism recommandations; and entrenched bill
of rights; and to study as well any other problems of consti-
tutional change put forward today or at any future meetings
by any of the eleven governments concerned;

– Second, that such a committee would meet very fre-
quently, as a standing body having technical representatives
who were expert in:-

– constitutional law
– federal-provincial relations
– finance and budgetary matters

— Third, that from time to time, the committee would
report to conferences of leaders of the federal and provincial

governments.

102

(L’hon. M. Robichaud)

ultérieurement.

En principe, le gouvernement du Nouveau-Brunswick
appuie la proposition qui verrait l’incorporation d’une Dé-
claration des droits de l’homme à l’Acte de l’Amérique du
Nord britannique ou à tout autre document qui le remplace-
rait.

En cette époque oü les activités gouvernementales
ont une ampleur et une complexité toujours croissantes, il
serait bon de définir certains droits fondamentaux à la li-
berté humaine et à une pleine citoyenneté.

Une telle déclaration devrait être intégrée à la cons-
titution canadienne et statuer sur son application, au niveau
fédéral et au niveau provincial.

A notre avis, limiter cette question aux constitutions
provinciales n’est pas assez. Les droits du citoyen, aux-
quels se lient intrinsèquement les droits linguistiques et
culturels qui sont une raison importante de notre présence
ici, sont au coeur de notre orientation nationale.

Ces droits sont essentiels à notre élan national. Ils
nous appartiennent, en tant que Canadiens, et devraient avoir
cours dans le double contexte de la vie canadienne, de l’Etat

fédéral, soit au niveau du Canada, et au niveau de la province.

Je répète qu’une déclaration des droits de l’homme
intégrée à la constitution est l’essence même de notre soci-
été nationale, ce qu’elle est, ce qu’elle peut être pour ses
membres, comment elle voit la liberté et la dignité de ses
citoyens, et comment elle traduit la dualité linguistique
qui est fondamentale à la nation canadienne.

Une telle définition des droits des ressortissants
canadiens ferait foi du fait que tous les gouvernements du
Canada sont solidaires dans la préservation et le maintien
de nos droits. Elle montrerait aussi que tous les gouverne-
ments sont également engagés à donner suite à ces droits lin-
guistiques et culturels, qui confèrent un caractère unique à
notre société canadienne.

Le maintien des droits des anglophones et des franco-
phones n’est pas la responsabilité d’un, ni de deux gouver-
nements; c’est le devoir et la possibilité de chacun d’entre
nous.

103

(Hon. L.J. Robichaud)

If we could agree on some such mechanism, it would
be simple to have representatives at the technical level meet
to form such a committee within the immediate future, and the
present conference could give it priority instructions con-
cerning the subjects to be studied.

Only by some such device is it likely that we can do
justice to the pressures for constitutional reform, while at
the same time avoiding an injustice to those who properly see
values in what we have had to guide us for l00 years.

At this time, I Wish to support Premier Smith’s
initiative in bringing the issue of regional disparities
before this conference. It is an issue that must be part of
any realistic discussion of the forms of our federalism, and
of the aspiration and social goals of Canadians.

Our federalism is intended to give full play to the
energies and aspirations of our people. In Canada at this
time, we believe that this requires us to give national defin-
ition of Canada’s basic cultural partnership.

But our federalism must also achieve conditions of
relative equality of opportunity and services among the prov-
inces and several regions of Canada, for the sake of all
citizens as Canadians. Otherwise Canada’s human-cultural
objectives will fail because they are not rooted in socio-
economic substance.

Let us not confuse the issues that are before us
today. I believe that we can together meet the legitimate
objectives of French-speaking Canadians, as well as English-
speaking Canadians, by adopting the dual language regime pro-
posed by the Royal Commission in Volume One, and by action
with respect to an entrenched bill of rights.

(TRANSLATION):

Then we can more clearly see the issue of the effec-
tive total functioning of our federalism; and in that context
discuss divisions of powers and other broad constitutional
issues.

In the context of that second issue, it is our judg-
ment that the wholesale stripping of powers from the central
government is undesirable. We must be very clear about this
because, as someone has said, we could well reach the point
when the cumulative effect of eroding federal powers would be

104

(L’hon. M. Robichaud)

Par l’accueil favorable et vigoureux d’une telle res-
ponsabilité, tous les gouvernements participeront à la pré- n
servation de ce que j’ai appelé “l’intégrité de notre nation .

(Français)

Qu’il me soit maintenant permis de faire quelques
brèves remarques sur les considérations d’amendements cons-
Litutionnels.

J’ai déjà dit croire que l’Acte de l’Amérique du Nord
britannique, après un siècle d’interprétation et d’adminis-
tration, pouvait être qualifié de réussite considérable.

Je ne veux pas, par contre, donner l’impression qu’une
étude approfondie de certaines dispositions marquantes serait
gratuite après un siècle. Des modifications pourraient être
apportées là où le besoin en aurait été démontré ou, encore,
pour mieux cadrer avec une nouvelle réalité canadienne.

De fait, il est peut-être temps de faire un examen
honnête, afin de déterminer si les structures et les symboles
de 1867 reflètent bien la vie, l’époque et l’esprit de 1968.
Chose certaine, c’est que l’Acte de l’Amérique du Nord bri-
tannique, en tant que pièce littéraire et recueil symbolique,
est d’une monotonie qui frise l’anesthésie. Peut-être est-ce
là un indice révélateur de notre caractère national?

Mais toute discussion sur la révision ou l’élaboration
d’une nouvelle constitution ferait preuve d’un manque de réa-
lisme, si elle ne tient pas compte de nombreux problèmes ma-
jeurs d’une grande complexité qui doivent être étudiés à fond.
Je ne mentionnerai que les plus évidents:

— le rapatriement de la constitution et les
modalités d’amendement;

— tel qu’il a été mentionné ce matin, le pro-
blème des dispositions encastrées.

Ce dernier problème est relié aux modalités d’amende-
ments, car certains amendements demandent l’unanimité, d’autres
non. La Déclaration des droits fait partie intégrante du
problème des dispositions encastrées, tant par sa substance
que par les modalités d’amendements:

-— la réforme de nos institutions: le Sénat,
et, peut-être aussi, la Cour suprême du Canada.

105

(Hon. L.J. Robichaud)
“to transform Canada from a nation into a cobweb”.

I am all for strengthening provincial governments so
that they will have the powers and resources needed to carry
out their critical responsibilities under the Constitution,
including educational and cultural responsibilities. I am
anxious to find better ways and forms of joint federal-prov-
incial consultation, program planning and administration.
But given the nature of Canada’s geography, and the widely
differing stages of economic development in this country, I
am convinced that uniformly strong provincial governments
are possible only when we maintain the forces of national
cohesion through strong central government.

(ENGLISH):

I want full linguistic and cultural equity for both
the English—speaking and French-speaking people of New Bruns-
wick. But I am just as determined to achieve for our people
economic equity: decent jobs, adequate housing, a proper
range and quality of public services. In other words, I
want for the people of New Brunswick full participation in
the opportunities and possibilities of Canadian society. And
I say strongly that our government will settle for nothing
less than that.

We believe, therefore, that if we are to realize the
full potential of our federalism, we must continue to ensure
strength at the centre.

It is in the preservation of the fact of Canada that
we have the surest hope of achieving both the aspirations of
our two cultures, and of our several economic regions.

Province, region, cultures and nation must be brought

along together as we move into the second century of our
Confederation.

(ENGLISH):

The Right Honourable L.B. Pearson: I should like to
call on Mr. Weir, the head of the Government of Manitoba.

106

(L’hon. M. Robichaud)

Je crois pouvoir affirmer que peu d’études approfon-
dies ont été entreprises par les gouvernements ou par nos
institutions de haut savoir. Je suis conscient du travail
déjà entrepris par les gouvernements du Canada, de l’Ontario
et du Québec, mais je suis certain qu’ils seraient les pre-
miers à admettre la difficulté et l’ampleur du travail qui
doit encore être entrepris.

Nous devons donc aborder le problème des réformes
constitutionnelles avec un profond sens des responsabilités.

(Traduction)

Je reconnais donc que tous les gouvernements doivent
participer à une étude commune de tous les sujets découlant
de la constitution. A mon avis, une telle façon d’envisager
les choses est nécessaire, pour que nous puissions avoir en
main des résultats uniformes, élaborés par les fonctionnaires
et les spécialistes les plus compétents que nous puissions
trouver. Il en résultera ainsi, du moins au niveau technique,
le meilleur consensus possible sur la nécessité des modifi-
cations ainsi que sur le libellé des modifications, s’il y a
lieu.

Pour les raisons précitées, je propose donc, après
les représentants de l’Ontario et du Québec:

l. Que la Conférence établisse un comité
fédéral-provincial conjoint chargé d’exami-
ner toutes les répercussions techniques de
la mise en vigueur des recommandations sur
le bilinguisme et le biculturalisme et d’é-
tudier la réserve constitutionnelle d’une
Déclaration des droits de l’homme. I1 pour-
ra être aussi chargé d’étudier tout autre
problème touchant la réforme constitution-
nelle qui puisse être déposé aujourd’hui,
ou à une date ultérieure, par n’importe
quel des onze gouvernements intéressés.

2. Que ce comité soit convoqué très fréquem-
ment, qu’il ait un caractère permanent et
qu’il emploie des représentants experts en
droit constitutionnel, en relations fédérales-
provinciales, en matières de finance, et de
budget.

3. Que, de temps à autre, le comité soumette

107

(ENGLISH):

Honourable W.C. Weir: Mr. Prime Minister, Manitoba’s
delegation recognizes the great importance of this conference
affecting as it does the whole structure of our nation, in-
cluding the possible amendment of our Constitution.

I should like to make clear that Manitoba, in taking
part in this conference and in the subsequent studies which
will undoubtedly be put in hand, will want to ensure that the
essential powers of the Parliament and of the Government of
Canada are in no way diminished. Our province holds that the
retention and the clarification of these essential powers is
a prime factor in preserving not only the political and legal
rights of Canadians but also their economic and linguistic

rights. In short we believe firmly in the virtues of the
Canadian federal system as they have developed during the
first century of our Confederation. We look forward to con-

tinuing this system into Canada’s second century as a united
nation.

Our province is a successful example of multi-cultural
harmony. It is an accomplishment of major significance in
the context of this conference. We have managed the develop-
ment of a community which is united in its purposes although
continuing to express the diversity of many cultural backgrounds.
Manitoba comes to a meeting like this with positive experience
in respect of linguistic and cultural rights.

The Canadian Bill of Rights enacted by the Parliament
of Canada in 1960 recognizes and declares the existence in
Canada of certain fundamental rights and freedoms. A11 these
rights and freedoms now exist and have always existed in the
province of Manitoba, not because of abstract principles
enshrined in a constitutional document, but because they are
deeply embedded in the law which we have inherited and de-
veloped, and are strongly supported by the freedom-loving
peoples who have made Manitoba their home.

Nonetheless Manitoba is prepared, if this conference
thinks it appropriate in the national interest, to partici-
pate in devising a Canadian charter of human rights. This
might include clauses covering political and legal rights as
now generally included in the Canadian Bill of Rights adopted
in 1960. The proposed charter would presumably also include
linguistic rights and would be effective both at the federal
and provincial levels of government.

108

(L’hon. M. Robichaud)

un rapport aux chefs des gouvernements
fédéral et provinciaux convoqués en réu-
nion.

Si nous pouvions nous mettre d’accord pour créer un
tel instrument, il serait raisonnablement facile d’avoir une
rencontre de nos représentants pour former ce comité dans un
avenir immédiat. Nous pourrions leur présenter maintenant
des directives prioritaires touchant les sujets à l’étude.

Seul un organisme de ce genre peut rendre justice au
désir de réformes dans le domaine constitutionnel, sans pour
autant être injuste envers ceux qui apprécient encore les
valeurs qui nous ont guidés pendant un siècle.

Je désire aussi profiter de l’occasion pour accorder
mon appui à la proposition du premier ministre, M. Smith,
que soit soulevé à cette rencontre le problème des disparités
régionales. C’est là une question qui doit faire partie inté-
grante de toute discussion réaliste des structures de notre
fédéralisme et des aspirations socio-économiques des Canadiens.

Notre fédéralisme est conçu de façon à donner plein
jeu à l’énergie et aux aspirations des citoyens. Au Canada,
à l’heure actuelle, nous estimons que cela exige que nous
définissions notre association culturelle fondamentale.

Mais notre fédéralisme doit aussi établir une égalité
relative des perspectives d’avenir et des services entre les
provinces et les diverses régions du Canada, et ce dans l’in-
térêt de tous les citoyens canadiens. Sinon, nos objectifs
humano-culturels échoueront, car ils ne seront pas enracinés
dans la stabilité socio—économique.

Il ne s’agit donc pas de confondre les problèmes dont
nous sommes saisis aujourd’hui. Je crois qu’ensemble nous
pouvons satisfaire les aspirations légitimes des Canadiens,
anglophones et francophones, par l’adoption du régime lin-
guistique recommandé par la Commission royale dans le premier
volume, et en donnant suite à une Déclaration des droits
réservée dans la constitution.

(Français)

Alors, nous pourrons voir plus clairement la question
du fonctionnement efficace de notre fédéralisme, et, dans ce
contexte, discuter de la répartition des pouvoirs et d’autres
questions constitutionnelles.

109

(Hon. W.C. Weir)

In passing I should like to mention that statutes of
the Legislature of Manitoba have extended to the citizens of
our province rights and freedoms not mentioned in the exist-
ing Canadian Bill of Rights. I need only refer to The Employ-
ment Standards Act, The Equal Pay Act, The Fair Accommodation
Practices Act, and The Fair Employment Practices Act.

Our understanding is that a Canadian charter of human
rights or bill of rights comprehending a definition of the
language rights of English—speaking and French-speaking
Canadians would be entrenched in the Constitution of Canada
where it would not be subject to repeal or amendment save
with the consent of all the provinces.

It is not yet possible for us to have specific reac-
tions to the various recommandations of Volume l of the Report
of the Royal Commission on Bilingualism and Biculturalism.

We are giving careful attention to the fundamental principles
outlined in the report, particularly those which were indi-
cated as of possible application to Manitoba. We consider
this a matter of first importance.

As I have indicated, Manitoba has had wide experience
as a multi-cultural society. In spite of some tensions and
disagreements in the past, we have, I believe, learned some
practical lessons Which are of value to us in reviewing the
recommandations of the Royal Commission Report.

In practice we have found it advisable in the major
French-speaking population centres to ensure bilingual quali-
fications in a number of appointments to the public service.
For example, the City of St. Boniface has long had a bilingual
magistracy and county court. In addition, of course, most
of Manitoba’s French-speaking population is served by French
language radio and television, thanks, Mr. Prime Minister,
to the CBC.

More recently Manitoba took an effective step to
recognize the position of the French language in our school
system. An amendment to The Public Schools Act unanimously
adopted at the last session of the Manitoba Legislative
Assembly permits the use of the French language as a language
of instruction in the schools of the province of Manitoba:
this alters the unilingual practice in Manitoba which had
been in effect for over half a century. I mention these
matters to indicate that long before the establishment of the
Royal Commission on Bilingualism and Biculturalism — indeed
before the current public debate on the subject at the national

ll0

(L’hon. M. Robichaud)

Dans le contexte de cette deuxième question, nous
sommes d’avis que dépouiller le gouvernement central de tous
ses pouvoirs n’est pas désirable. Nous tenons à faire cette
mise au point, car nous pourrions très bien en venir au point
où l’effet cumulatif de l’érosion des pouvoirs fédéraux serait
de “transformer le Canada d’un pays en un enchevêtrement”.

Je suis tout à fait en faveur de l’accroissement des
pouvoirs provinciaux, afin que les provinces puissent disposer
de pouvoirs et de ressources dans les domaines critiques oû
elles ont compétence, particulièrement en matière de culture
et d’éducation. Je suis soucieux d’élaborer de meilleurs orga-
nismes consultatifs conjoints, de meilleures structures de pla-
nification et d’administration.

Mais étant donné notre répartition géographique et les
variantes dans l’état de développement de nos diverses régions,
je suis convaincu que les gouvernements provinciaux uniformé-
ment forts ne sont possibles que lorsque l’équilibre de la
cohésion nationale s’exerce par l’entremise d’un gouvernement
central fort.

(Traduction)

Je tiens à l’égalité linguistique et culturelle des
anglophones et francophones du Nouveau-Brunswick. Mai je tiens
tout aussi à atteindre l’égalité économique, le plein emploi,
le logement convenable, une gamme suffisante, tant par la
qualité que par la quantité, de services publics. En d’autres
mots, je demande, pour tous les citoyens du Nouveau-Brunswick,
la pleine participation aux avantages et aux possibilités de
notre société canadienne. Et j’affirme que notre gouvernement
ne se satisfera pas de moins.

Nous croyons donc que si nous devons réaliser les
pleines possibilités de notre fédéralisme, nous devons con-
tinuer à garantir des pouvoirs suffisants au gouvernement
central.

C’est en préservant le fait canadien que nous avons
les plus sûres chances de réaliser les aspirations de nos deux
cultures et celles de nos régions économiques. Les provinces,
les régions, les cultures et la nation doivent être mobilisées
ensemble, alors que nous passons le seuil de notre deuxième
siècle d’union confédérative.

Le très honorable M. Pearson: Je cède maintenant la
parole à M. Weir, premier ministre du Manitoba.

lll

(Hon. W.C. Weir)

level — we in Manitoba had given practical and effective recog-
nition in some of the fields now specified in the Royal Com-
mission Report.

The government of Manitoba regrets that Canada must
still have recourse to the Parliament of the United Kingdom
in order to obtain amendments to our written Constitution,
The British North America Act. It is our wish that priority
be now given to agreeing on a domestic amending procedure
which will enable the Constitution of Canada to be amended in
Canada by Canadians. In 1964 the government of Manitoba indi-
cated that it supported the Fulton—Favreau formula for amend-
ing the Canadian Constitution. Manitoba is still prepared
to accept this formula, or some other agreed amending formula
to achieve this fundamental goal at the earliest practicable
time.

A generally acceptable amending procedure will doubt-
less require that amendment of certain important provisions
of the Canadian Constitution shall only be possible if all
the provinces consent. This requirement of unanimous consent
could prove frustrating to a province or a group of provinces
desiring a change if that desire is not shared by all the
provinces.

Manitoba is therefore anxious that any amending form-
ula should contain a provision permitting interdelegation of
legislative power between Canada and the provinces. No such
provision exists under the present Constitution, and experi-
ence has shown this to be a deficiency which handicaps the
provinces in a number of areas. Marketing of natural products
and control of inter-provincial water resources are but two
examples of this.

Aside from the purely mechanical process of amending
the Constitution, there is the far more difficult matter of
adapting our Constitution to the broad economic and social
requirements of Canada’s second century. In the past, the
two levels of government in Canada have generally been success-
ful in developing arrangements to make the Constitution func-
tion in changing circumstances. Governmental actions and
responsibilities, however, have grown at such a rapid pace
that we have not always developed workable arrangements fast
enough to match this advance. Thus tensions have been created
at those points where The B.N.A. Act does not offer precise
guidelines or where the division of responsibilities and tax
resources has not proved adequate to the expanding needs of
each level of government.

ll2

(Traduction)

L’honorable Walter Weir: Monsieur le président, la
délégation manitobaine est sensible à l’importance extrême
d’une conférence qui s’intéresse aux structures tout entières
de notre nation, y compris d’éventuelles modifications à sa
constitution.

Qu’il me soit permis de dire clairement que le Mani-
toba, en participant à cette conférence et aux études qui ne
manqueront pas de s’ensuivre, voudra préserver les droits
essentiels du Parlement et du gouvernement du Canada. Notre
province estime que la conservation et la détermination plus
précise de ces attributions essentielles revêtent la plus
haute importance, du point de vue de la conservation des
droits politiques, juridiques, linguistiques et culturels
de tous les Canadiens. En bref, nous sommes fermement per-
suadés des vertus du régime fédératif canadien, telles qu’elles
se sont fait jour tout au long du premier siècle de notre Con-
fédération. Nous entendons conserver ce régime, tout au long
du deuxième siècle de l’histoire de ce pays uni.

On trouvera dans notre province un bel exemple d’har-
monie pluri—culturelle. C’est là quelque chose de remarquable,
dans l’optique de la présente conférence. Nous sommes parvenus
à créer, ici au Manitoba, une collectivité unie dans ses ob-
jectifs, sans préjudice de l’expression d’origines culturelles
d’une grande diversité.

Le Manitoba se présente à une réunion comme celle-ci
riche d’une expérience authentique en ce qui concerne les
droits linguistiques et culturels.

La Déclaration des droits, promulguée par le Parlement
du Canada en 1960, reconnaît et déclare l’existence, au Canada,
de certains droits et de certaines libertés essentielles. Tous
ces droits, toutes ces libertés existent et ont toujours existé
au Manitoba, non pas à cause de l’application de principes
abstraits incorporés dans un document constitutionnel, mais
parce qu’ils figurent au fond dans la loi dont nous avons hé-
rité et qu’ils bénéficient de l’appui des gens amoureux de la
liberté qui se sont établis dans notre province.

Il reste cependant que le Manitoba est disposé, si la
conférence le juge nécessaire dans l’intérêt national, à par-
ticiper à mettre au point une Charte canadienne des droits de
l’homme qui comporterait éventuellement des dispositions rela-
tives aux droits politiques et légaux tels qu’ils figurent dans
.la Déclaration des droits de 1960. Cette Charte, éventuelle-
ment, viserait les droits linguistiques, et s’appliquerait au

113

(Hon. W.C. Weir)

This inadequacy in The B.N.A. Act is not surprising
since many of the present responsibilities of governments
Were not considered very important in the l860’s. Manitoba
believes that our past success Was due primarily to the flex-
ibility inherent in our institutions and in the joint rela-
tionships We established. We are convinced it would be unwise
to introduce rigidity into the distribution of responsibili-
ties and tax resources between the two levels of government.
Rather we should work together to develop methods which would
assure each level of government adequate means to fulfil its
constitutional responsibilities.

A sound basis for federal and provincial collaboration
would be where levels of government came together to determine
the essential needs of the country appropriate to the particu-
lar times. From that determination, feasible and mutually
acceptable measures could be developed to meet the needs of
the Canadian people. A reallocation of constitutional respon-
sibilities and tax resources will still prove unworkable un-
less we develop effective mechanisms for examining our con-
tinuing problems.

In recent years most governments in Canada have come
to appreciate that effective consultation is a primary re-
quirement of Canadian federalism. The joint shared-cost pro-
grams illustrate to what extent the federal government is now
involved in responsibilities assigned to the provinces by The
British North America Act — natural resources, social welfare,
highway construction, higher education and so on. While these
programs have not involved the formal transfer of constitu-
tional responsibility, in time, provincial initiative in these
fields has been curtailed.

Too often the federal government has unilaterally
stimulated programming which is the constitutional responsi-
bility of the provinces. Manitoba has stated its objections
to these actions on many occasions. Before measures of
mutual interest are initiated, Manitoba believes that certain
conditions of co-operation must be met. Genuine prier con-
sultation between the federal and provincial governments must
be reflected in decision-making compatible with constitutional
responsibilities. The success of a real federal-provincial
partnership must be measured in terms of the effectiveness of
consultation on policy as well as on execution.

In 1964 the “opting out” concept Was introduced by
the federal government whereby provinces could contract out
of established shared-cost programs and instead receive

114

(L’hon. M. Weir)
niveau provincial comme au niveau fédéral.

Soit dit en passant, je voudrais mentionner que des
lois de l’Assemblée législative du Manitoba ont étendu aux
citoyens de notre province des droits et des libertés qui
ne sont pas mentionnés dans la déclaration fédérale. Qu’il
me suffise de dire un mot de la Loi sur les normes d’emploi,
la Loi sur l’égalité des salaires, la Loi sur les justes
méthodes en matière de logement et la Loi sur les justes
méthodes en matière d’emploi.

Nous croyons comprendre qu’une charte nationale des
droits, qui incorporerait une définition des droits linguis-
tiques des Canadiens de langue anglaise et des Canadiens de
langue française, figurerait désormais à la constitution et
ne saurait être amendée ou modifiée, sauf du consentement
unanime de toutes les provinces.

Il ne nous est pas encore possible de réagir d’une
façon précise aux diverses recommandations du premier volume
du rapport de la Commission royale sur le bilinguisme et le
biculturalisme. Nous étudions très soigneusement les prin-
cipes essentiels dont il est question dans ce rapport, notam-
ment ceux dont on a dit qu’ils pourraient s’appliquer au
Manitoba. Pour nous, c’est une question de la plus haute
importance.

Comme je l’ai déjà dit, le Manitoba a une longue
expérience en tant que société multi-culturelle. Malgré
certaines tensions, malgré certains désaccords dans le passé,
nous avons, je crois, appris quelques leçons pratiques, qui
nous seront précieuses au cours de l’étude des recommandations
de la Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalis-
me.

Nous avons jugé utile, dans la plupart des grands
centres francophones, de demander le bilinguisme pour cer-
taines nominations à la Fonction publique. Notamment, à
Saint-Boniface, il existe depuis longtemps des magistrats
et une cour de comté bilingues. En outre, la majeure par-
tie de la population francophone du Manitoba jouit des postes
de télévision et de radio français gràce à Radio-Canada.

Plus récemment encore, le Manitoba a pris des mesures
pratiques pour reconnaître la situation du français dans son
système scolaire. Une modification à la Loi sur les écoles
publiques, unanimement adoptée à la dernière session de l’As-
semblée législative du Manitoba, autorise l’emploi de la

115

(Hon. W.C. Weir)

equivalent fiscal compensation. Manitoba has viewed this
development with mixed feelings. We have appreciated the
measure of independence provided to the provinces for these
programs. We have also recognized that there Was a potential
threat to the federal government’s capacity to develop mini-
mum standards of service across the country and to our system
of fiscal administrative co-operation.

Severe inter-regional disparities of income and other
basic factors of life remain, in our view, a most serious
divisive force in Confederation. The problem is rendered
more acute by the fact that the disparities are not diminish-
ing as fast as the nation requires. We must reappraise our
past efforts and We must re—examine the causes and the nature
of the problem if we are to give reality and meaning to the
ideal of equality of opportunity for every Canadian.

We have heard from the spokesmen of the Atlantic
Provinces and Quebec that this problem is most acute in their
areas. Our concern is first with the divisive effect of
inter-regional inequalities and, second, with the direct
implications of this problem in Manitoba.

We support the view that the federal government must

develop policies favourable to regional growth. Too often

the national government’s responsibility has been interpreted
to mean that measures Which best serve the country will be in
the interest of all the regions. This global approach to
national responsibilities is too simplified. Federal policies
must be appropriate to the individual regions.

Finally, we believe that this serious problem of
regional inequality can be demonstrated to be at the root of
many of the forces which divide Canada today.

Long-range constitutional reform should not serve as
an excuse for failing to take effective action beginning at
once. It is our hope that this conference will address itself
on a high priority basis to a determination of the best ways
to resolve the problem, its causes, its effects, and to seek
its solutions.

We have been speaking today of the Constitution. But
are we not really contemplating the character of our country
in its second century and the quality of life we Wish to pro-
vide for this and succeeding generations?

116

(L’hon. M. Weir)

langue française comme langue d’enseignement dans les écoles
du Manitoba, ce qui modifie le principe d’unilinguisme appli-
quë au Manitoba depuis plus d’un demi-siècle.

Je mentionne ces choses simplement pour indiquer que
longtemps avant la création de la Commission royale sur le
bilinguisme et le biculturalisme, avant même le début du
débat public sur le plan national sur ces questions, nous, au
Manitoba, avions reconnu d’une façon pratique certaines des
choses dont il est question dans le rapport de la Commission
royale. Mon gouvernement toutefois regrette que le Canada
doive toujours avoir recours au gouvernement du Royaume-Uni
pour obtenir des amendements à sa constitution écrite, c’est-
à—dire à l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. Nous sou-
haitons, pour notre part, que l’on accorde priorité à l’adop-
tion de modalités afin qu’il nous soit désormais permis de
modifier, au Canada, notre Constitution, que ce soit désor-
mais les Canadiens qui se chargent de cette tàche. En 1964,
le gouvernement du Manitoba appuyait la formule Fulton-Favreau,
alors proposée à cet égard. Le Manitoba est toujours disposé
à accepter cette formule ou toute autre formule sur laquelle
il pourra se réaliser un large accord, de façon à réaliser
ce but essentiel dans les plus brefs délais.

Une procédure de modification acceptable pour tous
exigera certainement que la modification de certaines dispo-
sitions importantes de notre texte constitutionnel ne sera
possible qu’avec le consentement unanime des provinces. L’una-
nimité exigée pourrait ennuyer certaines provinces, ou un
certain groupe de provinces qui désireraient apporter cer-
tains changements qu’elles ne pourraient pas faire accepter
par les autres provinces.

Le Manitoba tient beaucoup à ce que tout dispositif
de modification contienne une disposition permettant la délé-
gation de pouvoir législatif entre le gouvernement central et
les provinces. Aucune disposition de ce genre n’existe dans
le texte constitutionnel actuel. L’expérience montre que
c’est une insuffisance qui gêne l’exercice des attributions
des provinces dans certains domaines; la mise en marché de
certaines ressources naturelles et la question des ressources
hydrauliques interprovinciales en sont deux exemples.

Il n’y a pas seulement la question des modalités de
modifications de la constitution. Il y a une question plus
difficile encore, c’est l’adaptation de la Constitution aux
exigences économiques et sociales que va poser le deuxième
siècle de notre histoire. Les deux niveaux de gouvernement

117

(Hon. W.C. Weir)

when we speak of the Constitution and the changes
that are needed to adapt it to the needs of Canada in its
second century we should not allow a concern for the instru-
ments themselves to obscure the purpose to which their use
is directed. u

To the extent that what we have done in the past has
failed us then we must search for those positive changes which
will lead us to the goals we are seeking. Change for its own
sake is not enough. But where change is necessary for the
continued progress to the greater Canada which meets the
ideals and ambitions of all Canadians, then Manitoba stands
ready to play a positive role in this search. Indeed we in
Manitoba believe we have many positive contributions to make
and not the least of them arises from the nature of our
Western society.

Manitoba pledges itself, Mr. Prime Minister, to play
its full role in the co-operative spirit which has been en-

gendered here — and in the common endeavour of all of us to
achieve a stronger and more united Canada.

The Right Honourable L.B. Pearson:

Mr. Bennett will now speak for British Columbia.

Honourable W.A.C. Bennett:

Thank you, Mr. Prime Minister. I first of all on
behalf of the Government and the people of British Columbia
wish to say how pleased we are that you look so healthy this
day when you tell us that you are seeking early retirement.
In fact you look like a young man just starting his political
life.

118

(L’hon. M. Weir)

ont, dans le passé, généralement réussi à se mettre d’accord
pour que la Constitution fonctionne, malgré l’évolution de
la conjoncture.

L’intervention des pouvoirs publics, et l’évolution

des responsabilités ont augmenté si rapidement que nous n’a-
vons pas toujours pu mettre de l’avant des dispositions pra-
tiques à cet égard. Des tensions ont donc été créées là oü
l’Acte de l’Amérique du Nord britannique ne nous donne pas de
solution toute faite, là oü la répartition des attributions
fiscales, plus particulièrement, n’a pas suffi à faire face
aux besoins croissants de chaque niveau de gouvernement.

Les déficiences de l’Acte de l’Amérique du Nord

britannique ne sont pas étonnantes, puisque grand nombre

des responsabilités actuelles des gouvernements n’étaient
pas jugées très importantes dans les années 1860. Le Mani-
toba croit que nos succès passés sont surtout attribuables à
la flexibilité attachée à nos institutions et aux rapports
conjoints qui ont été établis.

Nous sommes persuadés qu’il ne serait pas sage d’in-
troduire trop de rigidité dans la répartition des attributions
et des ressources fiscales entre les deux niveaux de gouverne-
ment. Nous devrions travailler ensemble pour mettre au point
des méthodes gràce auxquelles chaque niveau de gouvernement
aurait désormais les moyens suffisants qui lui permettraient
de s’acquitter de ses responsabilités, aux termes de la cons-
titution.

On pourrait établir une base en vertu de laquelle une
éventuelle collaboration fédérale-provinciale comporterait des
consultations suivies entre les deux gouvernements, au gré des
circonstances. On pourrait trouver ainsi des formules et des
solutions propres à satisfaire aux besoins de la population
du Canada. Une nouvelle répartition des compétences consti-
tutionnelles et des ressources fiscales ne serait pas pratique
à moins que nous mettions au point des modalités d’examen de
nos problèmes.

Ces dernières années, la plupart des gouvernements du
Canada en sont venus à comprendre l’importance extrême des
consultations, dans le système fédératif canadien. Les pro-
grammes à frais partagés montrent jusqu’à quel point le gou-
vernement fédéral se trouve actuellement engagé dans des
responsabilités qui appartiennent exclusivement aux provinces,
aux termes de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique: les
ressources naturelles, la construction routière, l’éducation

119

The Right Honourable L.B. Pearson:

I hope I feel that Way Wednesday night.

Honourable W.A.C. Bennett:

I am sure you will feel the best. And since you
mention that this may be the last conference you will attend
in this present position, may I on behalf of the Government
and the people of British Columbia express our thanks and
appreciation for the service you have rendered to this nation
not only within Canada but throughout the world as well.

While we differ on policy from time to time, that is
no attack on Canada; that is just a family difference of
opinion on basic policies which a virile nation must always
have. Some people seem to think that that shows some differ-
ences in the country. No, that shows real health in this
nation! And I for one do not agree with the points of view
today expressed that we are in a crisis. I was down here a
short time ago in November – I wasn’t here at the January con-
ference on finance but I Was here in November – and there Was
talk of financial crisis; and now today a constitutional
crisisî I say as the Premier of British Columbia but especial-
ly as a Canadian citizen that While there are problems in this
nation there is no crisisî And we cannot tackle any of these
problems in a spirit of crisis; but we must do it quietly as
reasonable people, as Canadians one with another and not in
any spirit of crisis at all. We are all a product of our
upbringing and our environment. I come from the Province of
New Brunswick. There as a young man I went to school and
played with not only English—speaking Canadians, but with
Acadians as well, and We got to know and love each other and
respect each other’s point of view very much indeed. When I
Was a young man I went to that dynamic province of Alberta.
There I went in partnership in business with a wonderful
French Canadian. A 50-50 partnership. We were opposite in
politics, we were opposite in religion, we were opposite in
racial origin, but we were not opposite in feelings towards
one another. Before that association, of course, this busi-
ness had gone broke twice. Immediately when we took it over
it made money from the first day but it wasn’t just the making
of money that Was important and essential. We were good per-
sonal friends in our families and had a good social life to-
gether, and after all these years we are still great personal
friends.

120

(L’hon. M. Weir)

post-secondaire, le bien-être social, etc. Bien que ces pro-

grammes n aient pas ete censes modifier, en bonne et due forme,
les responsabilités constitutionnelles, l’initiative provin-
ciale en ce domaine en a neanmoins été diminuée.

Trop souvent, le gouvernement fédéral a pris l’initi-
ative unilatérale de ces programmes, dans des domaines qui
appartiennent pourtant exclusivement aux provinces.

Le Manitoba s’est dit opposé à ces interventions en
plus d’une circonstance. Avant que des mesures d’intérêt
commun soient mises à exécution, le Manitoba pense qu’on de-
vrait prévoir une véritable consultation, une consultation
préalable authentique entre le gouvernement fédéral et le
gouvernement provincial, qui se traduise en des décisions
compatibles avec les responsabilités constitutionnelles. Le
succès d’une véritable association fédérale-provinciale se
mesurera à l’efficacité de ces consultations préalables sur
la politique générale, comme sur le plan de la mise en oeuvre.

En 1964, le gouvernement fédéral a introduit la formule
de retrait ou de désistement gràce à laquelle il était possible
aux gouvernements provinciaux de se retirer des programmes à
frais partagés, et de recevoir des compensations fiscales en
contrepartie. Le Manitoba a accueilli cela avec une satis-
faction mitigée. Il sait gré au gouvernement fédéral d’avoir
augmenté l’indépendance des provinces à cet égard. Toutefois,
cela pose une certaine menace à la capacité qu’a le gouverne-
ment fédéral de mettre au point un système de normes à peu
près uniformes d’un bout à l’autre du pays, et à notre régime
de collaboration fiscale.

Des inégalités énormes d’une région à l’autre, du point
de vue du niveau de vie et du revenu, subsistent, ce qui a, à
notre avis, un effet délétère sur la Confédération.

Le problème prend une acuité plus grande, si l’on songe
que ces inégalités ne diminuent pas aussi rapidement qu’elles
le devraient. Nous devons revenir sur nos efforts, nous devons
réfléchir à ce que nous avons fait, nous devons étudier davan-
tage la nature du problème, si nous voulons vraiment traduire
dans la pratique le principe de l’équivalence des perspectives
d’avenir pour tous les Canadiens.

Les porte-paroles des provinces atlantiques et de la
province de Québec nous ont dit que ce problème est particu-
lièrement aigu dans leurs régions. Nous songeons, pour notre
part, aux effets malheureux de ces inégalités régionales sur

121

The Right Honourable L.B. Pearson:

I’m amazed, Mr. Bennett, you haven’t learned to speak
French!

Honourable W.A.C. Bennett:
Well, I’ll come to that.

In that great dynamic city of Edmonton there Was a
school teacher who Was born in British Columbia. We got
married; in three years she had me in British Columbia; and
in a few years she had me Premier of British Columbia. But
if I had gone to La Belle Province of Quebec and married a
nice French girl as well – not as well — I am sure today I
would have been part of Mr. Johnson’s delegation. Now, there
may be differences between us in this nation on many policies
but there is no difference in any one of us in being Canadians
first, last and all the time.

When I go to other nations around the world to try
to seek out those nations where our people in our province
from many racial origins come from, I find this great respect
for Canada. No person from any country is so well received
as a Canadian. Canadians do not run with their feelings on
their sleeves, and they do not shout their patriotism and
their feelings and their Canadian identity. You don’t have
to, because it is there and it is recognized throughout this
great world of ours.

Now, in this country of Canada we are facing no crisis
at all, but we must get along well together. Mr. Johnson from
the Province of Quebec and his predecessors – we differ on many
things – but the province and the people of Quebec, and it has
been proven, have no better friend than the Premier of British
Columbia.

I want to say to you, Mr. Prime Minister, that where
your treasure is there your heart is also!

The Right Honourable L.B. Pearson:

Well, your heart ought to be right here then!

122

(L’hon. M. Weir)

notre unité, et, en particulier, en ce qui concerne le Mani-
toba.

Le gouvernement fédéral, à notre avis, doit mettre au
point des politiques favorables à la croissance régionale.
Il arrive trop souvent que la responsabilité du gouvernement
national est interprétée comme voulant dire que les mesures
qui servent le mieux le pays serviront le mieux les intérêts
de toutes les régions. Cette approche, en quelque sorte
globale, aux nécessités nationales est trop simpliste. Le
gouvernement fédéral doit servir chaque région en particulier.
Nous croyons enfin que ce problème sérieux des inégalités
régionales se trouve à la racine d’un grand nombre des forces
qui tendent actuellement à diviser notre pays.

Les réformes constitutionnelles à longue portée ne
devraient pas servir de prétexte pour excuser l’inaction en
ce domaine. Nous espérons que cette conférence s’attaquera
en priorité au choix des meilleures solutions à retenir pour
résoudre ce problème.

Nous avons parlé, aujourd’hui, de la constitution.
Mais en réalité, ne songeons-nous pas au caractère
de notre pays en son deuxième siècle, et à la qualité de la
vie que nous voudrions assurer à notre génération et aux
générations qui suivront?

Lorsque nous parlons de la constitution, lorsque nous
parlons des changements nécessaires pour l’adapter aux besoins
du Canada en son deuxième siècle, nous ne devrions pas oublier
le but auquel ces outils doivent être employés.

Si ce que nous avons fait dans le passé ne suffit pas,
nous devons rechercher les changements positifs qui nous
permettront d’arriver au but que nous recherchons. Le chan-
gement pour le plaisir du changement ne suffit pas. Le
changement ne devrait être accepté que pour assurer le progrès
et l’intérêt bien compris du Canada. Dans ces conditions, le
Manitoba est prêt à jouer un rôle positif dans cette recher-
che. En fait, nous, du Manitoba, nous avons un rôle actif à
jouer, surtout à cause de la nature de notre société de l’Ouest.

Le Manitoba, monsieur le premier ministre, s’engage
ici à prendre toutes ses responsabilités dans l’esprit de
collaboration qui s’est manifesté ici aujourd’hui, et à faire
du Canada un pays fort et plus uni.

Le très honorable M. Pearson: Je cède maintenant la
parole à M. Bennett, de la Colombie-Britannique.

123

Honourable W.A.C. Bennett:

My friend, I love our Queen but all the Queen’s
horses and all the Queen’s men could not bring me to Ottawa
because the place where the action is is in British Columbia.
The celebrationsof the centenary of Confederation of 1867
absorbed the attention of all Canadians during the past year,
and the people of British Columbia joined wholeheartedly in
the festivities. In consequence, British Columbians have
gained both a renewed sense of pride in the accomplishments
of Canada’s first century and a spirit of dedication to the
task of bringing about even more dynamic developments during
our second 100 years. Having full confidence in the high
destiny that awaits our great nation, British Columbia re-
affirms its belief in the wisdom of the original decision
that there should be a federal system of government embracing
the whole of our country from Newfoundland to Vancouver Island
and from the United States border to the Arctic.

British Columbia is convinced that the successful
operation of a federal system must be predicated upon the
recognition of several important principles. Paramount
amongst these are unswerving loyalty to the Crown and belief
in the equal and fair treatment of all citizens irrespective
of their racial origin, religion or economic status. British
Columbia pledges itself to play a significant role in the
developments that lie ahead. It is fully aware of the neces-
sity for a strong federal government exercising exclusive
jurisdiction in such areas of national concern as the regula—
tion of banking, currency, the defence of the nation, the
conduct of external affairs, and in particular, the right to
negotiate treaties.

At the same time it is equally aware of the need for
strong provincial or regional governments to exercise wisely
and fully their own power in the fields of property and civil
rights, education, health, social welfare, and natural re-
sources. There are in addition areas of mutual concern and
shared responsibility, such as trade and commerce, agricul-
ture, labour relations and highway development.

A federal system under which the highest expectations
of development may be obtained will flourish and be strength-
ened if all levels of government imbued with a spirit of
understanding pledge themselves to build, not necessarily
in uniformity, a better life for all our people. In this
respect I would say that British Columbia’s background and
heritage is not the same as my native province of New Bruns-
wick. It is not the same as Quebec. It is not the same as
Ontario. British Columbia a hundred years ago had a very

124

(Traduction)

L’honorable W.A.C. Bennett: Monsieur le premier
ministre, au nom du gouvernement et de la population de la
Colombie-Britannique, je tiens à vous dire que nous sommes
très heureux de vous voir ainsi florissant de santé, si peu
de temps avant votre retraite. Vous avez plutôt l’air de
quelqu’un qui commence sa carrière.

Le très honorable L.B. Pearson: J’espère que j’aurai
le même sentiment mercredi soir.

L’honorable M. Bennett: Puisque vous mentionnez que
c’est sans doute la dernière conférence à laquelle vous occu-
pez votre poste actuel, au nom de la Colombie-Britannique, je
tiens à vous exprimer nos remerciements pour tous les services
que vous avez rendus à notre pays, non seulement ici même mais
partout dans le monde.

Il nous arrive de différer d’opinion sur des questions
de politique, mais ce ne sont là que des querelles de famille,
des querelles qui dureront sans doute toujours; si certaines
gens s’imaginent que cela signifie que notre pays est divisé,
je leur réponds que c’est plutôt un signe de santé.

On dit que nous sommes en période de crise; je ne
suis pas d’accord. J’étais ici en novembre dernier et nous
avons parlé de crise financière. Aujourd’hui, on nous parle
de crise constitutionnelle. A titre de premier ministre de
la Colombie-Britannique et de citoyen canadien, je puis dire
que bien qu’il y ait des problèmes au Canada, il n’y a pas
de crise. Nous ne pouvons pas nous attaquer à ces problèmes
dans un esprit d’affolement, mais comme des Canadiens, comme
des gens raisonnables, et non pas en s’imaginant qu’il existe
une crise.

Nous sommes tous influencés par notre entourage. J’ai
élevé dans la province du Nouveau-Brunswick. Jeune homme

suis allé à l’école, non seulement avec des anglophones
mais avec des acadiens. Nous avons appris à nous respecter,
à respecter nos divers points de vue. Je suis allé dans la
province dynamique de l’Alberta alors que j’étais encore jeune
et je me suis lancé en affaires avec un Canadien français
formidable. Nous étions associés pour moitié et, quoique
nous n’étions pas du même avis, ni aux points de vue politi-
que ni au point de vue religieux, nous étions même d’origines
ethniques différentes, nous savions quand même nous comprendre.
Cette affaire, qui périclitait, est devenue une affaire très

125

(Hon. W.A.C. Bennett)

small population. Our people have come from all countries of
the world and are there because they are all new and somebody
does not look down his nose at them and say: “You have not
been here for 100 years.” Since they are all new, they are
all friendly with strangers and all friendly with each other,
and so we have built up a greatfriendly society in British
Columbia of all these racial origins.

The B. and B. Report made recognition of that situa-
tion and it shows that in British Columbia we have 1.6 per
cent of our population French Canadians and they are most
welcome and they are good Canadians and they are good British
Columbians. Now there are as well in British Columbia the
English and the Scotch and the Irish and to try to group
these people together and say they are all one won’t work,

Mr. Prime Minister. They are different. The Scotch were
always closer to the French than they were to the English.
And the Irish — I don’t know who they agree with! We have

1.6 per cent French, which is very important to enrich our
heritage, but of the other racial origins in our province

we have 40 per cent — and these are your federal figures, 40
per cent — and they come from all parts of the world.

In our province of British Columbia we do not have
the hyphenated Canadians; we are not English-Canadians,
Scotch’Canadians, German-Canadians, French-Canadians; we are
Canadians and British Columbians and we do not want a segre—
gated society. We have seen examples of that elsewhere. We
want an integrated society in our province. And it has
worked so well in our province that, for instance, with the
Chinese in the great city of Kamloops, our fourth city (they
have just joined two cities together) a true Canadian of
Chinese origin won the poll easily. Mr. Peter Wing, whom I
have with me today, is not only the mayor of our fourth city,
but he is the head of all our municipalities in British
Columbia. That shows that we are not French and English but
just Canadians: no hyphenated Canadians — British Columbians.
We are all one people and do not want anybody to divide us.

In this cosmopolitan type of population we recognize
that in certain other parts of Canada there is this tremen—
dous French heritage. While German is our second number it
is not the German language that is second in our schools, but
it is the French. In all our public school systems the French
language is the second language. And, Mr. Prime Minister, you
and I have had correspondence and I have suggested to you that
we are glad to have exchange teachers not only from Quebec but
from France to enrich our schools because we want to teach the

126

(L’hon. M. Bennett)

profitable dès que nous y avons mis la main. Mais ce n’est pas
tout ce qui importe et, après tant d’années, mon ancien asso-
cié et moi sommes demeurés de grands amis.

Le très honorable L.B. Pearson: Je m’étonne, Monsieur
Bennett, que vous n’ayez pas appris à parler français.

L’honorable M. Bennett: J’y viens dans un instant.
Dans cette ville dynamique d’Edmonton, il y avait une insti-
tutrice née en Colombie-Britannique. Nous nous sommes mariés
et, au bout de quelques années, elle avait fait de moi le
Premier ministre de la Colombie-Britannique. Si j’étais allé
dans la belle province de Québec, j’aurais pu tout aussi bien
épouser une Canadienne française. Dans ce cas, je suis sûr
que je ferais maintenant partie de la délégation de M. Johnson.
Il peut y avoir des divergences d’opinion parmi nous sur divers
problèmes, mais nous sommes tous des Canadiens, d’abord et
avant tout.

Lorsque je vais ailleurs, dans d’autres pays d’où
viennent les gens de notre province, je constate que partout
on a le plus grand respect pour le Canada. Les Canadiens sont
ceux qui sont les mieux accueillis dans les pays étrangers.

Il n’est pas nécessaire de crier sur les toits que nous sommes
Canadiens, car nous sommes respectés partout dans le monde.

Au Canada, je dis qu’il n’existe pas de crise. Nous
devons apprendre à nous entendre. M. Johnson, ses prédéces-
seurs et nous avons des divergences de vue, mais la province
de Québec n’a pas de meilleur ami que le Premier ministre de
la Colombie-Britannique.

Je tiens à vous dire, monsieur le Premier ministre,
que là oû est votre trésor, là se trouve votre coeur.

Le très honorable L.B. Pearson: Votre coeur devrait
etre ici, dans ce cas-là.

L’honorable M. Bennett: J’aime la Reine, mais tous
les régiments de la Reine ne sauraient m’entraîner à Ottawa,
car l’action est en Colombie-Britannique.

La célébration du centenaire de la Confédération a
absorbé l’attention de tous les Canadiens, l’an passé. La

127

(Hon. W.A.C. Bennett)

French language not just in French schools, but in all our
school systems as our second language. And we think that
that will pay great dividends to this nation. That is the
reason I say, as we enter our second century, that we do not
try to make for uniformity, but we allow differences to
operate in different parts of our country and we join in one
great unity of being Canadians and proudly be Canadians, and
it has been said by many here today that people should feel
at home in all of Canada.

Well, what about that, Mr. Prime Minister? Which
population is growing the fastest in Canada? Canada’s popu-
lation last year grew faster than that of any other Western
country, but British Columbia’s population grew twice as fast
as the rest of Canada. And where do they come from? Not
native—born British Columbians, not people coming direct from
other nations. According to your own figures, over 75 per
cent of this great immigration of people into our province
come from other provinces. They come from Newfoundland, they
come from the other Maritime provinces and they enrich us —
great citizens, Maritime people — they come from the Province
of Quebec, and they are most welcome there and they feel at
home. That is the reason why they stay. And from Ontario
and the Prairies I say that we have had double the increase
of population of any place in Canada. They come from all
provinces. They stay there, so they must feel at home! So
the proof of the pudding is in the eating, and there is
example number one. And Mr. Peter Wing is my first illustra-
tion to show that great good feeling that we have in our
province and I know that when you retire, Mr. Prime Minister,
you will come and retire in British Columbia as well, because
we want all people to come and retire in British Columbia
that have lots of money and lots of talent.

The Right Honourable L.B. Pearson:

It is a good thing I am going to Ireland.

Honourable W.A.C. Bennett:

Mr. Prime Minister, it is regretted that for the
purpose of this week’s constitutional conference, the

128

(L’hon. M. Bennett)

population de la Colombie-Britannique a participé de tout
coeur à ces célébrations. Nous sommes fiers du premier siècle
du Canada, et nous espérons que notre pays connaîtra un plus
grand développement encore au cours du deuxième siècle. Con-
fiants dans les destinées de notre pays, nous croyons qu’il
doit y avoir un système fédéral de gouvernement couvrant tout
le pays, depuis Terre-Neuve jusqu’à l’île de Vancouver, depuis
la frontière des Etats—Unis jusqu’à l’Arctique. La Colombie-
Britannique est convaincue qu’un système fédéral doit être
basé sur la reconnaissance de plusieurs principes importants:
d’abord, une loyauté indéfectible envers la Couronne et la

foi dans l’égalité de tous les citoyens, sans distinction

de religion, de race, ou de statut économique.

La Colombie-Britannique s’engage à jouer pleinement
son rôle. Il nous faut un gouvernement fédéral fort, exer-
çant sa compétence exclusive dans les domaines qui sont de
son ressort: la banque, la monnaie, la défense du pays, les
affaires extérieures, y compris, en particulier, le droit de
négocier des traités.

En même temps, il est nécessaire que nous ayons aussi
des gouvernements provinciaux forts qui puissent s’acquitter
de leurs propres obligations dans les domaines de la propri-
été et des droits civils, de la santé, du bien-être social,
et des ressources naturelles.

Il y a d’autres régions qui intéressent les deux éche-
lons de gouvernement: le commerce, l’agriculture, les rela-
tions ouvrières, et la construction des routes. Le régime
fédéral sera renforcé si tous les échelons de gouvernement,
dans un esprit de compréhension, veulent édifier, non pas
dans l’uniformité mais dans la diversité, un Canada oü les
citoyens verront leurs besoins satisfaits.

Le patrimoine de la Colombie-Britannique n’est pas le
même que celui du Nouveau—Brunswick, du Québec ou de l’Ontario.

Il y a cent ans, la Colombie-Britannique était bien
peu peuplée; des gens sont venus de tous les pays du monde
pour s’établir chez nous. On ne leur reproche pas de ne pas
être ici depuis cent ans; ils sont tous amis, et nous avons
pu édifier une société d’amis en Colombie-Britannique, en
dépit de cette diversité d’origines. Le rapport de la Com-
mission sur le Bilinguisme reconnaît cet état de choses.

Selon la statistique, l.6 p. lO0 de notre population,
en Colombie-Britannique, est d’origine canadienne-française;

129

(Hon. W.A.C. Bennett)

background paper of the national government should have

reached the hands of provincial ministers so close to the
opening day of the conference itself, because the pre—con-
ference material presented is not only lengthy but also its
implications are so far-reaching that it will be quite impos-
sible for constitutional advisers to the provincial delegations
present to complete their analysis of these proposals for some
weeks to come.

However, even an incomplete study of these proposals
reveals that we are being invited to discard the constitution-
al philosophy of 1867 and embrace the constitutional philos-
ophy of 1776, as frequent references to French and American
thought of that period clearly indicate.

The national government’s proposal to entrench certain
areas of legislative capacity by their confinement within the
formal words of constitutional enactment is not only a re-
striction of the principle of legislative supremacy, which has
so far been the underlying philosophy of our parliamentary
system in Canada, but it is, as well, a drastic re-arrangement
and reduction of legislative competence, mostly at the expense
of provincial jurisdiction within Canada.

To a much lesser extent is the federal capacity in-
volved. But when you study the implications of the sort of
constitutional reform proposed, it may be argued that the
effective jurisdiction of the national government may become
enormously increased by reason of the supervisory power of
enforcement of the reformed constitution then made possible
through the exercise of the criminal law, which under the pro-
posed amendment to the Criminal Code is placed as much in the
hands of the national Attorney—Genera1 as it is in the pro-
vincial. Additionally, when you consider the power of federal
disallowance of provincial legislation as an instrument to
defend the Constitution, it is not difficult to imagine that
such power would once again be exercised.

Additionally, the character and role of the judiciary
is changed by these proposals in that the courts would have
very wide power, indeed the duty, in much wider fields than
at present, to strike down legislation in the municipal,
provincial, or national field which appeared at variance with
the reformed constitution.

The ultimate development, of course, would be the
altered role of the Supreme Court of Canada, which would
become, as in the United States of America, an arbitrator of

130

(L’hon. M. Bennett)

ce sont de bons Canadiens, de bons habitants de la Colombie-
Britannique. Chez nous également sont venus des Anglais, des
Ecossais et des Irlandais; ils sont tous différents. Du reste
les Ecossais sont plus près des Français que des Anglais et

je ne sais pas avec qui les Irlandais peuvent s’entendre. Si
ce 1.6 p. 100 de population française a enrichi notre patri-
moine, il y a aussi d’autres origines ethniques qui représen-
tent, d’après la statistique fédérale, 40 p. 100 de notre
population et ils viennent de toutes les parties du monde.

Nous n’avons pas de Canadiens hybrides en Colombie-
Britannique. Nous ne sommes pas des Canadiens Ecossais, des
Canadiens Français, des Canadiens Anglais; nous sommes des
Canadiens, des habitants de la Colombie-Britannique, et nous
ne voulons pas de ségrégation. Nous en avons trop vu ailleurs.
Nous voulons une société intégrée dans notre province, et cela
a donné de très bons résultats chez nous.

Prenons, par exemple, le cas des Chinois de la grande
ville de Kamloops; ce sont de vrais Canadiens. M. Peter Wing,
un authentique Canadien d’origine chinoise, qui m’accompagne
ici, est non seulement maire de cette ville, mais il est “à
la tête” de toutes les municipalités de la Colombie-Britanni-
que. Ceci démontre que nous ne sommes ni Anglais, ni Français
mais Canadiens. Nous sommes tous unis, et nous voulons que

personne ne vienne nous diviser.

Nous reconnaissons que dans certaines autres parties
du Canada, il existe un précieux patrimoine français. Bien
que les Allemands, chez nous, soient en deuxième place, ce
n’est pas l’allemand qui est la langue seconde dans nos écoles;
c’est le français. Le français est notre langue seconde, et,
monsieur le premier ministre, vous avez pu vous en rendre
compte. Nous sommes heureux d’échanger des instituteurs
pour nos écoles, non seulement avec le Québec mais aussi avec
la France, car nous voulons enseigner le français, non seule-
ment dans les écoles françaises mais dans toutes nos écoles
comme langue seconde. Nous croyons que cela donnera d’excel-
lents résultats chez nous. C’est pour cette raison que je
dis qu’en pénétrant dans le deuxième siècle de notre histoire,
nous ne cherchons pas l’uniformité; nous permettons des
divergences, mais nous sommes tous unis sous l’étiquette
commune de Canadiens.

Beaucoup ont dit ici même, aujourd’hui, qu’on doit se
sentir chez soi partout au Canada. Qu’en dites-vous, monsieur
le premier ministre? Quelle est la population qui augmente le
plus vite au Canada? Celle de la Colombie-Britannique, l’an

131

(Hon. W.A.C. Bennett)

social doctrine by judicial interpretation and indeed judicial
legislation. Thus a role until now wholly exercised by the
national or provincial parliaments in Canada by legislative
enactment would, for future development, depend on the courts
or an unlikely constitutional amendment.

In fact, the ability of parliaments to move to meet
the problems of the day would become as circumscribed in
Canada as it has been in the United States by their judicial
precedents which have produced in that country the enormous,
legislative and procedural tangle from which Canada has been,
so far, largely free.

Of course, no one can be indifferent to an appeal for
the enhancement of human rights, assuming that these can be
agreed upon and I think they can.

However, it must be observed that there is not at the
doors of the national or provincial parliaments of the country
a public outcry that the matters proposed for entrenchment
have been neglected either by the developing common law or
the legislative and parliamentary enactment of the country
thus far.

It must be clear we are not being asked to remedy
manifest wrong.

To say that these matters must, therefore, be placed
beyond the reach of parliamentary institutions of the country
by entrenchment is actually an argument for more rigidity
rather than less in the constitutional arrangement by which
Canadians govern themselves.

This proposal, therefore, appears to conflict with
the plea for unity in diversity, which has such importance
in parts of Canada. British Columbia wishes to reserve its
position on the principle of entrenchment.

However, British Columbia wishes to propose for con-
sideration two positive proposals upon which agreement ought
to be possible, because each is simple and each has had in
principle the widest possible approval in the country in
recent years.

I propose, as Premier of British Columbia, that we
agree upon the desirability of Canada’s taking into its own
hands by constitutional amendment the competence to amend
its own Constitution in Canada, as was mentioned by the

132

(L’hon. M. Bennett)

dernier, s’est accrue deux fois plus rapidement que celle du
Canada. D’où nous viennent ces nouveaux citoyens? Ce ne sont
pas des gens nés en Colombie-Britannique, ce ne sont pas des
gens qui nous viennent d’autres nations.

D’après vos propres chiffres, 75 p. 100 de cet afflux
de gens en Colombie-Britannique nous viennent d’autres provin-
ces. Ceux de Terre-Neuve et des autres provinces Maritimes,
ils viennent nous enrichir; ce sont d’excellents citoyens.

Ils nous viennent de la province de Québec, et ils sont très
bien accueillis chez nous; ils se sentent chez eux, c’est pour-
quoi ils y restent. Ils nous viennent de l’Ontario, des Prai-
ries. L’augmentation de la population, le double du taux du
reste du Canada, est attribuable à toutes les provinces; puis-
que ces gens y restent, c’est qu’ils se sentent chez eux. Le
gàteau est bon si on le mange, je viens d’en donner un exemple.
Et voici M. Peter Wing, témoignage vivant des bons sentiments
qui règnent dans notre province.

Je sais que lorsque vous prendrez votre retraite,
monsieur le premier ministre, vous viendrez, vous aussi, en
Colombie-Britannique, car nous y invitons tous les retraités
qui ont beaucoup d’argent et beaucoup de talent.

Le très honorable L.B. Pearson: C’est une bonne chose
que j’aille en Irlande.

L’honorable W.A.C. Bennett: Monsieur le premier minis-
tre, il est regrettable que, pour les fins de la présente confé-
rence constitutionnelle, le document de travail communiqué par
le gouvernement national ne soit parvenu aux ministres provin-
ciaux que si peu de temps avant l’ouverture de la conférence.
Cette documentation est non seulement volumineuse, mais ses ré-
percussions peuvent être si lourdes de conséquences qu’il sera
impossible aux conseillers constitutionnels d’en faire une ana-
lyse approfondie avant quelques semaines.

Cependant, même une étude incomplète de ces propositi-
ons révèle qu’on nous invite dès maintenant à mettre de côté
la doctrine constitutionnelle de 1867 et à revenir à la doctri-
ne de 1776, comme l’attestent les allusions fréquentes à la
pensée française et américaine de cette époque. L’idée du gou-
vernement national de réserver dans la constitution certains
domaines jusqu’ici réservés à l’autorité législative est non
seulement un recul par rapport au principe de la suprématie
législative, qui constitue les assises mêmes de notre régime
parlementaire, mais c’est aussi un remaniement radical et un

133

(Hon. W.A.C. Bennett)
Premier of Manitoba.

Secondly, I propose that we agree to introduce into
the Constitution the principle of delegation of powers for
the purpose of permitting jurisdictional flexibility between
the national and provincial governments which the present
Constitution does not permit.

To give effect to these proposals will require only a
simple decision by this body to resume the discussions con-
cluded with the unanimous agreement of the ten provincial
premiers and the national Prime Minister of Canada in October
of 1964. I cannot understand for the life of me – British
Columbia cannot – after we all agreed to it, why it did not
go ahead. We were told that there was only one province hold-
ing it up at that time and that was Saskatchewan. Mr. Lesage
at a premiers’ conference brought it to Mr. Thatcher’s atten-
tion and asked him if he would go for that change and he said
he would study it. In due course he said he would. Then we
all had agreed. Now why did it not go ahead? If it had gone
ahead we would have had our Constitution right in Canada now!
Why this delay? Certainly the fault was not British Columbia’s.

My thought is that the intervening years ought to per-
mit us to go back to that point of earlier agreement for the
purpose of giving the amending formula such variation as would
make possible its unanimous acceptance in 1968.

It would follow that our ability to agree upon these
few uncomplicated proposals could provide the basis of an
effective approach to the more complicated questions which
have been and are likely to be proposed at this present con-
ference. ‘

Mr. Prime Minister, I again want to say how pleased
British Columbia is to be present today. Our legislature is
in session, our numbers are not large and for that reason I
could not bring a number of my colleagues with me. However
I am glad to be here even though I must, as Minister of
Finance, bring down the budget in British Columbia on Friday.
I want to assure you that there is no crisis in your empire
beyond the mountains, Mr. Prime Minister. I want to assure
you that there is nothing but loyalty to Canada and goodwill
to Quebec in the Province of British Columbia. I want to
say that as we start our second century in this great nation
the future is indeed bright for all of us. And I for one,
no matter what the arguments are, do not believe that any part
of Canada will ever separate from Canada because there is not

134

(L’hon. M. Bennett)

amoindrissement des compétences législatives, surtout aux dé-
pens des attributions provinciales au Canada.

Les attributions fédérales ne sont mises en cause que
dans une mesure beaucoup moindre. Chose étrange, quand on
étudie les répercussions de cette réforme, on peut conclure
que la compétence du gouvernement national peut devenir sen-
siblement plus grande, puisque c’est lui qui exercera son pou-
voir de surveillance sur l’application de la constitution ‘
remaniée, par le truchement du Code pénal, puisque la modi-
fication proposée au Code pénal le place tout autant entre
les mains du solliciteur général, qu’entre les mains des pro-
cureurs généraux des provinces. De plus, quand on songe que
le pouvoir de désaveu du gouvernement fédéral serait un ins-
trument pour défendre la Constitution, il n’est pas difficile
de s’imaginer que ce pouvoir sera exercé de nouveau.

De plus, le caractère et le rôle de la magistrature
s’en trouvent transformés en ce sens que les tribunaux auront
des pouvoirs très étendus et même l’obligation, dans des do-
maines beaucoup plus vastes, d’annuler des mesures législatives
municipales, provinciales, ou nationales, si elles leur sem-
blent s’écarter de la Constitution.

En définitive, le rôle de la Cour suprême du Canada en
sera modifié; elle deviendra, comme aux Etats—Unis d’Amérique,
un arbitre de la doctrine sociale, puisque c’est elle qui in-
terprétera et même façonnera les lois du pays. Donc, un rôle
jusqu’ici joué exclusivement par les parlements national et
provinciaux au Canada, sous forme de mesures législatives,
sera désormais dévolu aux tribunaux, à moins que la Constitu-
tion ne soit modifiée de nouveau, ce qui paraît improbable.

De fait, la capacité du Parlement de s’attaquer aux
problèmes du jour se trouvera circonscrite, tout comme aux
Etats—Unis, par la masse de précédents judiciaires qui, chez
nos voisins, a abouti à un écheveau inextricable de lois et
procédures auxquel, jusqu’ici, le Canada avait dans une large
mesure échappé.

Personne ne peut rester sourd à un appel en faveur
d’une réitération des droits de l’homme. Il faudrait que nous
puissions nous entendre là-dessus, et je crois que c’est pos-
Sible.

Cependant, n’oublions pas que les assemblées nationales
ou provinciales ne sont pas, en ce moment, assaillies par une
demande publique en faveur des modifications proposées, et

135

(Hon. W.A.C. Bennett)

any place for anybody to go and there is no other country hali
as good, Mr. Prime Minister.

The Right Honourable L.B. Pearson:

Thank you, Mr. Bennett. May I thank you very sincerely
for your reference to myself personally and may I add – I hope
it is not inappropriate for me to add that I hope no one will
think and I know you do not think that we are at this confer-
ence dealing with a crisis, but we are dealing of course with
very serious problems and if we do not face up to those prob-
lems and solve them we might have a crisis. That is what we
are trying to avoid and that is going to require a good many
changes, but among those changes I am sure there will be no
reference to making polygamy legal. I am sorry to say that,
of course.

Honourable W.A.C. Bennett:

It is pretty late in life for you to say so.

The Right Honourable L.B. Pearson:
You said I looked very well and strong and healthy!

May I call on the Premier of Prince Edward Island, Mr.
Campbell.

Honourable A.B. Campbell:

Mr. Chairman, it is indeed fitting that, as our first
hundred years of union end and our second century of common
life begins, we Canadians should come together in a spirit of
fellowship – I think that is a fair synopsis of the spirit
that prevails here at this conference – to seek a firmer
foundation for the liberty, equality and fraternity of our
citizens than has heretofore existed in this country.

136

(L’hon. M. Bennett)

qu’on n’a pas encore protesté à grands cris, que je sache,
contre l’orientation qu’a pris jusqu’ici notre droit coutu-
mier et notre régime parlementaire. Il est clair qu’on ne
nous demande pas de redresser des torts qui crèvent les yeux.

Dire que ces questions doivent échapper à la compé-
tence des institutions parlementaires et être réservées dans
la Constitution équivaut à réclamer une plus grande rigidité
du régime constitutionnel canadien de gouvernement. Cela ne
cadre donc pas avec l’appel en faveur de l’unité dans la di-
versité, attitude qui a tellement d’importance dans certaines
parties du Canada. La Colombie-Britannique entend réserver
sa position sur ce principe.

Cependant, la Colombie-Britannique désire soumettre
deux propositions positives sur lesquelles on pourrait peut-
être tomber d’accord, puisque chacune est simple et a rallié
un appui assez général au Canada, ces dernières années.

Je propose, à titre de premier ministre de la Colombie-
Britannique, que nous arrivions à un accord quant à l’à-propos
de modifier la constitution canadienne afin de rapatrier la
compétence nécessaire à toute modification ultérieure, comme
l’a suggéré le premier ministre du Manitoba.

Deuxièmement, je propose que nous nous mettions d’ac-
cord pour insérer dans la constitution le principe de la dé-
légation de pouvoirs afin de permettre une certaine flexibilité
juridictionnelle entre le gouvernement national et les gouver-
nements provinciaux, ce qui n’existe pas dans la Constitution
actuelle.

Pour que ces propositions se concrétisent, il suffira
d’une simple décision de la conférence de reprendre les dis-
cussions qui avaient abouti à un accord unanime des dix pre-
miers ministres provinciaux et du premier ministre du Canada,
en octobre 1964. Je ne comprends pas pourquoi, la Colombie-
Britannique non plus, après que tout le monde fût tombé d’ac-
cord nous en sommes restés lè. On nous a dit qu’une seule
province différait d’avis, et c’était la Saskatchewan.

A une autre conférence, M. Lesage a demandé à M. That-
cher s’il accepterait ce changement et M. Thatcher a convenu
d’y réfléchir pour ensuite l’accepter. Nous étions donc tous
d’accord. Si nous avions agi en conséquence, notre constitu-
tion serait maintenant rapatriée. La faute n’en est certes
pas à la Colombie-Britannique.

137

(Hon. A.B. Campbell)

Of course, Canadians already have the protection of
two bills of rights: the traditional charter of liberties
deriving from Magna Carta, the Petition of Right, and the Bill
of Rights of 1689; and a Canadian Bill of Rights enacted by
Parliament in 1960. .All of these protective acts, however,
are only ordinary statutes, amendable by the usual legislativw
process, and not, therefore, abiding guarantees of liberty.
Moreover, the Canadian Bill of Rights is explicitly restricted
in its application to acts of the Parliament of Canada and to
“matters coming within the legislative authority of the
Parliament of Canada”.

As the head of a provincial government I would assert
that there is no longer any reason, if ever there was one,
why the provinces should be excluded from the application of
a bill of rights. Speaking for my own province, I may say
that “we seek to oppress no one, and wish to harm no man,”
and we are prepared to enter into solemn public guarantees to
that effect.

For this is not a matter of the re-allocation of
legislative powers between federal and provincial governments;
it is rather an affair between all governments, on the one
hand, and the Canadian people, on the other. A bill of rights
means that governments in perpetuity cede certain of their
powers — powers in this country they would be unlikely ever
to employ in any event – to the people, so that the people
may forever be assured of a life of dignity and decency. This
is indeed democracy, “government of the people, by the people,
for the people”. Much of the world regards liberty as a luxury
which it cannot afford; fortunately, in Canada we regard liberty
as the pearl beyond price for which we would sell all our other
possessions. Liberty is only as much of a luxury as democracy
itself.

Of course, the people may not always speak with a
single voice. But here, again, is a need for a bill of rights.
For democracy cannot mean the tyranny of the majority any more
than it can mean the dictatorship of the few. The sacred right
of dissent is embodied officially in such institutions as the
office of Leader of the Opposition, but it is necessary also
to guarantee unofficial expressions of the same spirit of free
dissent. A vital democracy will protect its minorities even
more than its majority group, for the majority can normally
take care of itself.

138

(L’hon. M. Bennett)

Les années qui ont passé devraient nous permettre de
nous entendre de nouveau, comme nous l’avons déjà fait, avec
les modifications nécessaires afin qu’il soit possible que
cette formule soit acceptée unanimement en 1968. Si nous
pouvions nous entendre sur ces quelques simples propositions,
elles pourraient servir de base à une étude pratique des pro-
blèmes beaucoup plus compliqués qui, vraisemblablement, vien-
dront sur le tapis à la présente conférence.

Monsieur le premier ministre, je tiens encore une fois

à vous dire que la Colombie-Britannique est très heureuse
d’être présente ici aujourd’hui. L’Assemblée législative
siège en ce moment et c’est pourquoi notre délégation n’est
pas très nombreuse. Quoi qu’il en soit, je suis heureux
d’être ici, même si, à titre de ministre des Finances, je
dois présenter mon budget vendredi. Je puis vous donner
l’assurance qu’il n’existe pas de Crise. dans votre empire
au-delà des montagnes. Au fait, je puis vous assurer que
nous éprouvons des sentiments de loyauté envers le Canada et
de bonne volonté envers le Québec.

A l’aube d’un deuxième siècle, les perspectives appa-
raissent très brillantes pour tous les Canadiens. Quant à
moi, je ne crois pas qu’une partie du Canada puisse se séparer
du reste; où irait-elle? Aucun pays n’offre la moitié autant
d’avantages que le nôtre.

Le très honorable M. Pearson: Je vous remercie très
sincèrement, monsieur Bennett, des bonnes paroles que vous
avez eues à mon endroit. Permettez—moi d’ajouter, et j’espère
que personne ne me reprochera de le faire, qu’il ne faudrait
pas supposer que nous sommes réunis ici en conférence parce
que notre pays traverse une crise; nous sommes ici, évidemment,
pour étudier de très graves problèmes qui, s’ils demeuraient
sans solution, pourraient nous plonger dans une crise. C’est
ce que nous voulons éviter et, à cette fin, de nombreux change-
ments seront nécessaires. Mais nous n’irons pas, j’en suis
sûr, jusqu’à légaliser la polygamie. Bien entendu, je le re-
grette.

L’honorable M. Bennett: Vous y avez pensé trop tard.

Le très honorable M. Pearson: Vous avez dit que j’é-
tais tout rayonnant de santé. Je cède maintenant la parole à
M. Campbell, premier ministre de l’Ile-du-Prince-Edouard.

139

(Hon. A.B. Campbell)

This brings us to the crux of the problem in Canada
today, the inadequate recognition which federal and provincial
governments alike have given to the legitimate aspirations of
the French-speaking minority across this country. I take no
position on whether the federal government’s proposals respect-
ing bilingualism and biculturalism should be incorporated in
the same document as the bill of rights. But it is surely
supremely appropriate that we should consider them all at the
same conference as problems of fundamental civil liberties,
and that we should adopt them in the same spirit of preserva-
tion of democracy and indeed of Canada itself. Cultural and
linguistic inequality has in fact been the only serious blot
on Canada’s record as an enlightened libertarian nation, and
the elimination of this inequality is therefore the most im-
portant libertarian problem facing us at this conference.
Speaking for my province, I wholeheartedly endorse the federal
proposals and I pledge my support to their speedy implementa-
tion.

I believe it would be hard to overstate the importance
of what we have come here to do. We may, perhaps, be looked
on as the foster fathers of Confederation in undertaking to
complete the work which the original Fathers began in Char-
lottetown in 1864. We have to add to the initial structure
a superstructure more in conformity with the apparent needs
of the country after a century of experience: the deep-felt
desire of the people of Canada (and especially minority groups)
for a constitutional guarantee of their liberties, and espe-
cially the profound yearning of French-speaking Canadians for
recognition of their rights to equality of status and of
opportunity.

Beyond this, I cannot refrain from making a plea for
what in the present context might perhaps most appropriately
be called “regional minorities”. The achievement of consti-
tutional guarantees for the French-speaking minority and for
all individual citizens, while rightly the principal business
before this conference, is far from the only important business
before this country. Constitutional guarantees can provide at
best only a negative or potential freedom, the freedom not to
be discriminated against or unjustly interfered with. They
must necessarily fall short of the positive freedom found in
actually controlling the forces that shape our destiny, of
being maîtres chez nous, as our French-speaking compatriots

put it. This fuller degree of freedom can result only from
the possession by regional minorities of the means to achieve
equality of opportunity.

140

(Traduction)

L’honorable Alexander B. Campbell: Monsieur le pré-
sident, il est opportun, alors que le rideau tombe sur notre
premier siècle d’union et que s’amorce notre second siècle
de vie commune, que nous, Canadiens, nous nous réunissions
dans un esprit de camaraderie, et je crois que cela résume
bien l’espritet le climat de cette conférence: un esprit de
camaraderie, pour essayer de consolider la liberté, l’égalité
et la fraternité de nos citoyens, encore plus que cela n’a
été le cas jusqu’ici dans notre pays.

Bien entendu, les Canadiens jouissent déjà de la pro-
tection de deux chartes des droits: la charte traditionnelle
des libertés dérivant ou découlant de la Grande Charte, la
“Pétition de droit”, et le “Bill of Rights” de 1689, et la
Déclaration canadienne des droits adoptée par le Parlement
en 1960. Toutes ces lois protectrices, cependant, ne sont
que des lois ordinaires qui peuvent être modifiées par le
processus législatif normal et, par conséquent, elles ne sont
pas des garanties inaliénables de liberté. En outre, la Dé-
claration canadienne des droits est expressément restreinte
dans son application aux lois du Parlement du Canada et à des
questions qui relèvent de l’autorité législative du Parlement
canadien.

Dirigeant les destinées d’un gouvernement provincial,
je puis confirmer qu’il n’y a plus lieu, si jamais cela a été
le cas, d’exclure les provinces de l’application d’une charte
des droits. Me faisant le porte-parole de ma propre province
je puis vous assurer que nous ne voulons opprimer qui que ce
soit, ou faire du tort à qui que ce soit. Nous sommes prêts
à le garantir solennellement.

9

Il ne s’agit pas d’un nouveau partage de pouvoirs lé-
gislatifs entre les paliers fédéral et provinciaux de gouver-
nement; c’est plutôt une question qui intéresse tous les gou-
vernements d’une part, et le peuple canadien d’autre part.

La Déclaration canadienne des droits signifie que les gouver-
nements cèdent à perpétuité certains de leurs pouvoirs, qu’ils
n’utiliseraient probablement jamais, de toute façon, dans notre
pays, au peuple, afin qu’il soit assuré d’une vie décente et
digne. Voilà le sens de la démocratie: “le gouvernement du
peuple, par le peuple et pour le peuple”. La plupart des pays
considèrent la liberté comme un luxe qu’on ne peut se payer;
heureusement, au Canada, nous considérons la liberté comme

une perle sans prix, pour laquelle nous serions prêts à sacri-
fier tous nos autres biens, La liberté n’est pas plus un luxe
que la démocratie elle-même.

(Hon. A.B. Campbell)

Let us take, for example, the right of every Canadian
to the national services which the federal government pro-
vides. This will be seen to be analogous to the principle
of linguistic equality in federal services recommended by
the Royal Commission on Bilingualism and Biculturalism. In
the areas of transportation and communication the people of
some regions not only have fewer natural advantages than
others but often do not enjoy the same benefits which accrue
to those in other regions. Perhaps railway services are
allowed to deteriorate, even while air, highway and water
transportation is inadequate. Television coverage may be
substantially incomplete, but denied further development.

Even more important is the right to education, un-
doubtedly the most important economic right of our day. It
is often said that Canadian industry is falling even further
behind American industry because of the lower educational
level of both management and labour in this country. It is
less often said, but equally true, that because of regional
disparities, education in many parts of this country has not
only fallen behind that in other areas but fallen below a
satisfactory level, and as a result equal opportunity tends
to be an unfulfilled right.

Economic rights, even if they are outside the main
business of the agenda as inappropriate for constitutional
entrenchment, must not be forgotten. By all means let us
have guarantees of linguistic equality and of individual
freedom. But let us also have the economic means for achiev-
ing equality of opportunity.

Mr. Chairman, we in Prince Edward Island, like many
Canadians living elsewhere, offer this conference and the
future of our country more than our mere words. And there-
fore, while we endorse the underlying principles of the B & B
recommendations as essential for a more united and better
Canada, we announce our intentions to establish a cultural
and educational centre for the Acadians of Prince Edward
Island at Abram’s Village, where the Honourable Louis Robichaud
will open a new consolidated school on the 16th of February of
this year.

While the use of French has been limited within our
own Legislative Assembly, I propose to seek the adoption of
a resolution by the Legislature formally recognizing both
English and French as official languages in debates in our
Legislature.

142

(L’hon. M. Campbell)

Bien entendu, les gens ne parlent pas toujours d’une
même voix mais, encore une fois, cela souligne la nécessité
d’une déclaration des droits, car la démocratie n’est sûrement
pas synonyme de la tyrannie de la majorité, pas plus que de la
dictature d’une oligarchie. Le droit sacré de différer d’o-
pinion est officiellement consacré dans certaines institutions
notamment la fonction de chef de l’opposition, mais il faut
aussi garantir l’expression officieuse du même esprit d’opi-
nion libre. Une démocratie vigoureuse protégera ses minori-
tés, encore plus que son groupe majoritaire, car la majorité,
normalement, peut bien voir a son propre sort.

Ceci nous amène au noeud du problème qui se pose au
Canada aujourd’hui: le fait que les gouvernements fédéral
et provinciaux reconnaissent de façon inégale les aspirations
légitimes de la minorité canadienne française à travers le
pays. Je ne prends pas de position particulière, quant aux
propositions du gouvernement fédéral sur le bilinguisme et le
biculturalisme, à savoir si cela devrait être dans le même
document que la déclaration des droits, mais il est sûrement
opportun que nous étudiions tous ces éléments à la même confé-
rence, puisque ce sont des problèmes qui intéressent les li-
bertés civiles fondamentales, et que nous les adoptions dans
le même esprit de préservation du maintien de la démocratie
et, de fait, du Canada lui-même. L’inégalité culturelle et
linguistique est de fait le seul obstacle sérieux qui entache
la réputation de notre libéralisme national, et l’élimination
de cette pierre d’achoppement est donc le problème le plus
important qui se pose à cette conférence. Me faisant le
porte-parole de ma province, j’appuie de tout coeur les pro-
positions fédérales, et j’aimerais qu’on les applique le plus
tôt possible.

On ne saurait exagérer l’importance de l’oeuvre que
nous entreprenons à cette conférence. On nous considérera
peut-être comme les pères adoptifs de la Confédération, qui
complètent ou qui veulent compléter le travail qu’ont entre-
pris les pères naturels à Charlottetown, en 1864. Il nous
faut ajouter à la première structure une superstructure, qui
sera plus conforme aux besoins manifestes du pays, après un
siècle d’expériences: le désir profond de la population cana-
dienne, notamment des groupes minoritaires, pour une garantie
constitutionnelle de leurs libertés, et le désir très profond
des Canadiens français pour la reconnaissance de leurs droits
à l’égalité de statut et de perspectives d’avenir.

Je ne puis m’empêcher de présenter un plaidoyer pour
ce que l’on pourrait peut-être appeler les minorités régiona-

143

(Hon. A.B. Campbell)

Prince Edward Island, as the Cradle of Confederation,
will play its part in maintaining Confederation. We have herv
tofore declared our belief that Canada must have a strong Cen-
tral government with sufficient powers and resources to effecw
tively address itself to the regional needs of the nation. On:
provincial motto – Parva Sub Ingenti – the Small under the prn
tection of the Great – is as appropriate to our circumstanzes
today as it was 100 years ago. We will therefore propose and
support such measures as will enable us to achieve equality 0|
opportunity, and we will oppose and resist such measures as
would impair and diminish the ability of the province to speak
and act for each of its residents.

In this spirit, Mr. Chairman, we support the recom-
mendations placed before us by the federal government.

The Right Honourable L.B. Pearson: We will now call
on the Premier of Saskatchewan, Mr. Thatcher.

Honourable W. Ross Thatcher: Mr. Prime Minister,
Colleagues and Gentlemen: In our view also, of course, this
conference has great importance to the Canadian nation, and
as we see it, the outcome of these deliberations could deter-
mine the form our Confederation will take in the future. The
conference could even decide whether we are to survive at all,
as a united nation.

In essence, if my understanding is correct, Quebec
had indicated that if she is to remain a contented partner in

Confederation, the present Constitution must be changed.

Now quite frankly, the Saskatchewan Government has
felt no pressing need for a new constitution.

We have believed that if adjustments must be made,
they can be undertaken within the framework of the existing
Constitution.

Like other provinces we would favour the early re-
patriation of the Constitution, so that Canada can amend the
B.N.A. Act without reference to the British Parliament. At
the same time, we do not look upon the present Constitution as

144

(L’hon. M. Campbell)

les… La réalisation des garanties constitutionnelles pour
la minorité canadienne-française et pour tous les citoyens,
si c’est là le principal sujet à l’ordre du jour, est loin
d’être le seul problème important qui se pose au Canada, à
l’heure actuelle. Les garanties constitutionnelles peuvent
fournir, au mieux, une liberté éventuelle ou négative, la
liberté de ne pas être un sujet de discrimination. Elle ne
constitue certes pas la liberté positive, soit la direction
des forces qui modèlent notre destinée, qui nous permet d’être
“maîtres chez nous”. Dans le contexte actuel, ce plus grand
degré de liberté ne peut résulter que de la possession, par
les minorités régionales, des moyens qui leur permettent de
réaliser l’équivalence des perspectives d’avenir.

Prenons, par exemple, le droit de tous les Canadiens
aux services nationaux que le gouvernement fédéral assure.
C’est là une analogie au principe de l’égalité linguistique
dans les services fédéraux, recommandée par la Commission
royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme.
Dans les secteurs des transports et des communications, les
gens de certaines régions ont non seulement des avantages
naturels qui sont moindres que ceux des autres, mais ils ne
jouissent pas des mêmes avantages économiques que ceux d’au-
tres régions. Dans certains cas, les services ferroviaires
diminuent, se détériorent, alors même que les services de
transport aérien, routier et maritime sont insuffisants. Les
services de télévision peuvent être insuffisants et ils ne
connaissent aucune expansion.

Plus important encore est le droit à l’éducation, sans
doute, le droit économique le plus important de notre époque.
On dit souvent que l’industrie canadienne traîne la patte der-
rière l’industrie américaine, parce que nos dirigeants et
notre main d’oeuvre ont un niveau d’éducation inférieur à
celui des américains. Ont dit moins souvent mais il est aussi
vrai que, en raison de disparités régionales, l’éducation
dans bien des parties du pays est non seulement inférieure à
celle d’autres régions, mais elle est même sous le niveau sa-
tisfaisant; par conséquent, l’égalité des perspectives d’ave-
nir est un droit qui n’est pas rempli.

Les droits économiques, même s’ils ne figurent pas à
l’ordre du jour et qu’on ne juge pas à propos de les réserver
dans la constitution, ne doivent pas être négligés. Parlons
de garantie d’égalité linguistique et de liberté individuelle,
mais songeons aussi aux moyens économiques de réaliser l’équi-
valence des perspectives d’avenir.

145

(Hon. W. Ross Thatcher)

sacrosanct .

Saskatchewan comes to this conference in a spirit of
co-operation, hoping that through goodwill and a genuine
attempt to understand the problems of other parts of Canada,
we can reach an agreement acceptable to all Canadians.

At the outset may I say without equivocation that
Saskatchewan, and I think all the people of Saskatchewan,
favour a strong central government. In our opinion, the
federal administration must have adequate financial and mone-
tary resources

– to cope with unemployment or an economic
recession;

– to ensure stable economic growth;

— to combat either inflation or deflation.

Parliament must be financially able to help egualize
living standards among the various provinces and areas of our
nation.

The Government of Saskatchewan will not willingly agree
to changes in the Constitution which would deprive the federal
government of vital functions, essential for it to provide a
strong and effective national government.

That was why this morning I listened with some concern
to some of the Quebec demands. I hope I am wrong in my inter-
pretation of them. It seems to me that if Quebec were given
everything that Mr. Johnson asked for this morning – conduct
of certain external affairs, trading rights, major fiscal
changes and so on – the powers of the central government would
be so emasculated that, in effect, we would have two nations
and the matter of Quebec’s separation would only be academic
in any event. I hoped this morning that he was only really
stating an initial bargaining position.

Over the past few years, people in Western Canada have
watched with some apprehension the apparent unrest in relations
between Quebec and the rest of Canada.

To most of us, a Canada without Quebec is unthinkable.
We have real sympathy for the legitimate aspirations of our
French Canadian fellow citizens.

146

(L’hon. M. Campbell)

Monsieur le président, nous de l’Ile-du-Prince-Edouard,
comme bien des Canadiens habitant ailleurs, nous offrons à la
conférence et à l’avenir de notre pays plus que des paroles.

Alors que nous appuyons les principes fondamentaux des
recommandations de la Commission “B et B” et que nous les jugeons
essentielles pour un Canada plus uni, nous annonçons notre in-
tention d’instituer un centre éducatif et culturel pour les
Acadiens de l’Ile-du-Prince—Edouard, à Abraham’s Village, oü
l’honorable Louis Robichaud inaugurera une nouvelle école ré-
gionale le 16 février prochain.

Quoique l’emploi du français a été restreint à l’Assem-
blée législative, je compte lui demander d’adopter une résolu-
tion reconnaissant l’anglais et le français comme langues of-
ficielles de ses débats.

L’Ile-du-Prince-Edouard, berceau de la Confédération,
jouera sûrement son rôle pour la maintenir. Nous avons déclaré
que nous estimons que le Canada doit avoir un gouvernement
central fort, doué de pouvoirs et de ressources suffisantes
pour s’occuper des besoins régionaux du pays. Notre devise
provinciale “Le petit sous la protection du grand” est aussi
opportune aujourd’hui qu’il y a un siècle. Par conséquent,
nous allons proposer et appuyer les mesures qui nous permet-
tront de réaliser l’égalité des perspectives d’avenir, et nous
nous opposerons aux mesures susceptibles de diminuer ou d’en-
traver l’aptitude qu’a la province de se faire le porte-parole
de chacun de ses habitants.

Dans cet esprit, monsieur le président, nous appuyons
les recommandations dont nous avons été saisis par le gouver-
nement fédéral. ‘

Le très honorable M. Pearson: Nous cédons maintenant
la parole à M. Thatcher, premier ministre de la Saskatchewan.

L’hqnorable Ross Thatcher: Monsieur le premier minis-
tre, chers collègues, messieurs.

A notre avis, cela va de soi, cette conférence revêt
une très grande importance pour la nation canadienne. Pour
nous, l’aboutissement de ses délibérations pourrait déterminer
la forme future de la Confédération. Elle pourra même décider
si nous allons survivre en tant que pays uni.

147

(Hon. W. Ross Thatcher)

But Western Canadians, at least in my province, are
growing increasingly concerned that the economic demands of
Quebec, if carried very much further, could weaken our Con-
federation or even end it. Year after year we have watched
Quebec “opt out” of many federal programs.

We wonder if the “opting out” process can be continued
indefinitely without seriously impairing Ottawa’s fiscal abil-
ities. We must therefore urge Ottawa to agree to no further
concessions in this regard, without the most serious consider-
ation.

It goes without saying that Saskatchewan would be
obliged to oppose any move through which the people of any
province in our Confederation are given special privileges,
not available to all our citizens. I am sure this will not
happen.

Having made our position clear with regard to the
central government, I wish to emphasize again that we are

prepared to support any reasonable action to promote national
unity.

The suggestion has been made repeatedly in recent
years that if the English—speaking provinces would extend
the same linguistic rights to French Canadians as Quebec
gives to English Canadians, the cause of national unity would
be helped. The Dunton-Laurendeau Report pointedly emphasized
this fact.

I would point out that where Saskatchewan is concerned
there are difficulties in this connection, and I am sure the
Quebec delegation would recognize this fact. According to
the Census of 1961, those Saskatchewan people whose mother
tongue is French comprise only four per cent of our province’s
population.

We have nine per cent of our citizens who were
originally German-speaking; seven per cent originally have
Ukrainian as their mother tongue.

But I believe that all our citizens, regardless of
their ethnic origin, are prepared to take whatever steps are
feasible to see that our Confederation does not founder on
the matter of language rights, and we would like to make our

contribution in this regard.

148

(L’hon. M. Thatcher)

Essentiellement, si j’ai bien compris, le Québec vient
de dire que s’il doit rester un associé satisfait au sein de
la Confédération, la constitution actuelle doit être modifiée.
Franchement, je dois dire que le gouvernement de la Saskatche-

wan ne voit pas très bien qu’il y ait urgence a modifier la
constitution.

Nous pensons que s’il y a des amendements à faire,
ces amendements doivent se faire dans le cadre actuel du
texte constitutionnel.

A l’instar d’autres provinces, nous serions favora-
bles, cependant, à un rapatriement de la constitution dans
un délai rapide, de façon que nous puissions modifier l’Acte
de l’Amérique du Nord britannique sans consulter le Parlement
du Royaume-Uni.

D’autre part, la constitution actuelle n’est pas un
texte immuable.

La Saskatchewan se présente à cette conférence dans
un esprit de collaboration. Elle espère que la bonne volonté
et une tentative honnête de comprendre les vues des autres
parties du Canada permettront d’en arriver à un accord accep-
table pour tous les Canadiens.

Dès le départ, donc, qu’il me soit permis de dire très
nettement que la population toute entière de la Saskatchewan
favorise un gouvernement central fort.

L’administration centrale, pour nous, doit avoir des
ressources financières et monétaires suffisantes pour lutter
contre le chômage ou contre l’éventuelle crise économique,
pour assurer une croissance économique stable et combattre
l’inflation ou la déflation, selon le cas

Le Parlement doit être financièrement en mesure d’as-
surer la péréquatign du niveau de vie, d’une province à
l’autre, d’une région à l’autre.

Le gouvernement de la Saskatchewan n’acceptera pas
volontiers des changements à la constitution qui priveraient
le gouvernement fédéral de ses fonctions vitales et essentiel-
les, pour peu qu’il lui faille assurer un gouvernement central
fort et efficace. C’est pourquoi je ressentais une certaine
inquiétude, ce matin, en écoutant certaines des demandes ex-
primées par le Québec.

149

(Hon. W. Ross Thatcher)

Only a year ago, our Legislature took an initial step.
Action was taken to permit the instruction in French for one
hour a day in any school which wished to use such a right.

The B. and B. Report has made further recommendations.

They suggested that it should be the right of Canadian
parents to have their children educated in the official
language of their choice.

The Commission also pointed out that in Saskatchewan
there was only one census district which had a sufficiently
heavy concentration of French-speaking families to come with-
in the scope of the proposal.

In principle, our province accepts the majority of
the recommendations of the B. and B. Report, though not all.

For example, it is felt that the extension of the use
of the French language in Saskatchewan should be left to the
Legislature of the province, rather than be required by pro-
visions in the Constitution, although within the next year or
so we will have a debate and see if this is feasible.

This year, Saskatchewan has decided to bring forward
legislation which will permit the use of French as the language
of instruction in schools in areas where such a program is
desired and is economically feasible.

Our government has not yet worked out the mechanics,
but we shall probably commence in two or three areas on an
experimental basis. I might say we have Gravelburg, Regina
and Saskatoon in mind. In some districts, one or two rooms
in existing schools might be utilized for French language in-
struction.

We are not in any way envisaging a third school system
because we think the costs would be prohibitive. We have two
school systems as it is.

As a matter of fact, like Mr. Robichaud, we rather
hope that the federal government might decide to help with
some of these bilingual schools as far as finances are con-
cerned.

Our government is also taking steps in our University
to provide instruction in French.

150

(L’hon. M. Thatcher)

J’espère me tromper, j’espère mal interpréter ce que
j’ai entendu, mais il me semble que si l’on donnait à Québec
tout ce qu’a demandé M. Johnson: la liberté d’action dans
certains domaines extérieurs, le droit de conclure des trai-
tés commerciaux, de grands changements fiscaux, les pouvoirs
du gouvernement central seraient tellement diminués qu’il
existerait en fait, chez nous, deux nations, et la question
de la séparation de la province de Québec ne serait au fond
qu’une affaire purement théorique. J’espère que ce matin il
ne s’agissait que d’un point de départ pour des négociations
futures.

Depuis quelques années, la population de 1’Ouest a
contemplé avec une certaine inquiétude le malaise qui semble
opposer la province de Québec au reste du Canada. Pour nous,
le Canada sans le Québec est une chose impensable. Nous avons
une sympathie véritable pour les aspirations légitimes de nos
compatriotes de langue française.

Les Canadiens de l’Ouest ou, tout au moins, ceux de
ma province s’inquiètent de plus en plus et se demandent:
Si la province de Québec allait beaucoup plus loin dans ses
demandes financières, cela ne risquerait-il pas de mettre fin
à la Confédération, ou, tout au moins, de l’affaiblir?

Nous avons vu, par exemple, le Québec se retirer d’un
grand nombre de programmes fédéraux, et nous nous demandons
si ce processus de désistement peut se poursuivre indéfiniment
sans porter un grave préjudice aux disponibilités fiscales
d’Ottawa.

Nous demandons donc à Ottawa de ne consentir aucune
autre concession à cet égard, sans une réflexion très pro-
fonde. La Saskatchewan se verrait obligée à s’opposer à toutes
les initiatives qui feraient que d’autres provinces au Canada
recevraient des privilèges spéciaux qui n’étaient pas étendus à
la masse des citoyens. Je suis certain que ceci ne se produira
pas.

Ayant donc précisé notre point de vue, en ce qui con-
cerne le gouvernement central, qu’il me soit maintenant permis
d’insister une fois de plus sur le fait que nous sommes dis-
posés à appuyer ce qui pourrait être raisonnablement fait
pour favoriser la cause de l’unité nationale.

On a souvent dit au cours des quelques dernières années
que si les provinces de langue anglaise accordaient aux Cana-
diens fran ais des droits é aux à ceux dont bénéficient les
Canadiens de langue an laise dans la province de Québec la

151

(Hon. W. Ross Thatcher)

On our new Regina Campus a bilingual college is being
established – I think the first such college in Western
Canada.

Within two years it will be possible to obtain some
degree courses through this bilingual program.

English—speaking students will be required to take at
least 40 per cent of their instruction in French; French-
speaking students must take at least 40 per cent of their
classes in English.

I would point out, Mr. Prime Minister, that the
Province of Saskatchewan is taking these steps not so much
for our own sake, but to prove to French-speaking Canadians
elsewhere in Canada that we do indeed want to contribute to
preserving national unity.

We hope that by the actions I have mentioned, we can
demonstrate that a province other than the provinces of Quebec,
Ontario and New Brunswick is concerned that the French language
be preserved in Canada.

May I say just a word about the bill of rights. I
understand this conference will also consider whether Canada
is to have a bill of rights which is an integral part of our
Constitution.

Presumably, when a formula is evolved for amending our
Constitution the bill of rights section will be one of the
entrenched portions of the Constitution, subject to change
only if unanimous approval is forthcoming from the federal
government and the provinces. I may say that we are not
overly impressed with the need for such an amendment.

However, Saskatchewan has no objection to embedding a
bill of rights in the Constitution, if such action will pro-
mote national unity, and provided the bill is confined to
fundamental democratic rights.

We consider that it would not be desirable to include
additional provisions in a bill of rights which is to become
a part of the Constitution.

We feel that it is better to leave Parliament and the
legislatures with power to amend and review bills of rights
containing provisions other than the fundamental democratic
rights already referred to.

152

(L’hon. M. Thatcher)
cause de l’unité nationale s’en porterait mieux.

C’est un fait sur lequel insiste le rapport de la
Commission Laurendeau—Dunton. Je signale qu’en ce qui me
concerne, et du point de vue de la Saskatchewan, cela va
susciter certaines difficultés, difficultés que reconnaîtra
volontiers, je pense, la délégation du Québec.

D’après le recensement de 1961, les gens de la Sas-
katchewan dont la langue maternelle est le français ne repré-
sentent que 4 p. 100 de la population de la province. Plus
de 9 p. 100 de nos citoyens étaient originairement de langue
allemande et 7 p. 100 originairement de langue ukrainienne.
Toutefois, je pense que tous nos citoyens, quelle que soit
leur origine ethnique, sont disposés à prendre des mesures
pratiques, pour faire en sorte que notre Confédération ne
soit pas détruite, ne s’échoue pas sur le récif des droits
linguistiques.

Nous sommes tout à fait disposés à prendre nos res-
ponsabilités à cet égard. Au fait, il y a un an, nous avons
d’ailleurs fait quelque chose dans ce domaine. Nous avons
pris des dispositions qui permettent une heure d’instruction
en français à ceux qui le désirent, dans toutes les écoles.

La Commission “B et B” a présenté d’autres recomman-
dations. Elle a dit, par exemple, que les parents canadiens
devraient avoir le droit de faire instruire leurs enfants dans
la langue officielle de leur choix. La Commission signalait
aussi qu’en Saskatchewan il n’y avait qu’un district de re-
censement oû la concentration de francophones soit suffisante
pour être visée par cette disposition.

En principe, notre province accepte la majorité des
recommandations formulées par la Commission “B et B”, mais
pas toutes. Nous pensons, par exemple, que l’extension de
l’usage de la langue française en Saskatchewan doit apparte-
nir à l’Assemblée législative de la province. Elle ne devrait
pas, il me semble, être exigée par certaines dispositions cons-
titutionnelles, bien que, d’ici un an, nous entendons débattre
la question pour voir ce qui peut raisonnablement être fait.

Nous entendons, en tout cas, présenter bientôt des
mesures législatives qui autoriseront l’utilisation du français
comme langue de communication et d’instruction dans les écoles
des régions où çe programme est désiré et économiquement pra-
tique. Nous n’avons pas encore prévu toutes les modalités à
cet égard.

153

(Hon. W. Ross Thatcher)

The extent of such rights can then be changed from
time to time as conditions change, and in the light of court
decisions.

We think of the United States where the court is giv-
ing a wide interpretation to constitutional provisions similar
to the ones under discussion for Canada. Crime would seem to
be on the increase and this may be due to some of these judi-
cial interpretations.

The result is that the safety of the general public
becomes subordinate to the so-called rights of individuals,
whereas law and order may require individual rights to be
curtailed for the common good.

Saskatchewan feels that the matter of such rights
should be left to the courts, parliament and the legislatures.

There are other aspects of the Constitution that could
be mentioned in passing. I would just like to point out some
of the anomalies of the Senate.

How is it fair that the four Western Provinces should
have six senators each at a time when

Nova Scotia has 10;
New Brunswick has 10;
Newfoundland 6;
and Prince Edward Island has 4.

Our populations are substantially larger than those of
the Maritime Provinces, and if the Senate is to be maintained
then surely representation should be more on a population
basis.

Mr. Chairman, this debate on national unity has been
going on, in my opinion, for too many years without settle-
ment. It is hurting all parts of the nation, including Quebec.

I am sure Mr. Johnson would be interested to know that
on about three occasions in the last few weeks, I have had
wealthy Quebecers in our office inquiring about the opportun-
ities for moving their investment from Quebec to Western
Canada. We do not know whether we can keep them in Saskatchewan
or they will go on to Alberta or British Columbia but they are
nervous about their investment position in the Province of
Quebec. Now, we need all the new investment we can get. How-
ever, we do not want it if it represents the disintegration of
the nation.

154

(L’hon. M. Thatcher)

Mais, nous nous lançons dans ce programme dans deux
ou trois régions, à titre d’essai, probablement Gravelbourg,
Régina et Saskatoon. Dans certaines régions, une ou deux
salles de classe, dans les écoles existantes, pourraient être
utilisées pour l’instruction en français. Mais nous n’envi-
sageons pas, cependant, la mise sur pied d’un troisième sys-
tème scolaire, car nous pensons que le coût serait véritable-
ment trop onéreux. Nous avons actuellement deux systèmes
scolaires.

En fait, comme M. Robichaud, nous espérons que le
gouvernement fédéral pourra décider de concourir financière-
ment à l’établissement éventuel de certaines écoles bilingues.

Notre gouvernement aussi prend certaines initiatives
sur le plan universitaire, pour favoriser l’utilisation du
français.

Notre gouvernement est à préparer l’enseignement en
français à l’université. On crée, par exemple, à Regina, un
nouveau collège bilingue, le premier dans l’Ouest, je pense.
D’ici deux ans il sera possible, gràce à ce programme bilingue,
d’accéder à des titres universitaires. Les étudiants de lan-
gue anglaise auront à recevoir 40 p. 100 au moins de leur ins-
truction en français, le même chiffre, à l’inverse, valant
pour les étudiants de langue française.

Je signale, monsieur le premier ministre, que la pro-
vince de la Saskatchewan prend ces mesures non seulement pour
servir ses propres intérêts, mais pour démontrer aux Canadiens
de langue française ailleurs au Canada que nous voulons véri-
tablement contribuer a préserver l’unité nationale.

Nous espérons que, gràce aux initiatives dont je viens
de parler, il sera possible de démontrer qu’une province autre
que la province de Québec, de l’Ontario, ou du Nouveau-Brunswick
se préoccupe sérieusement du maintien de la langue française au
Canada.

Un mot maintenant sur la Déclaration des droits. Je
crois comprendre que cette conférence envisage aussi la possi-
bilité d’adopter une déclaration des droits intégrée à la
constitution.

Sans doute, lorsqu’on mettra au point une formule d’a-
mendement à la constitution, l’article relatif aux droits sera
réservé dans la constitution. Ce sera une disposition impres-
criptible, qui ne pourra être changée que du consentement una-

l55

(Hon. W. Ross Thatcher)

Today most Westerners do not see at first hand the
strains and pressures which are weakening our Confederation.
However, I think it is becoming ever more clear that the
people of all ten provinces must pay a price for the privilege
of being a united nation. No province in Canada is more de-
termined than Saskatchewan to work with everything at our
command to preserve Confederation.

We shall listen with interest to all the federal pro-
posals. We shall listen with interest to Quebec’s suggestions.
Then Saskatchewan will endeavour to support appropriate and
concrete action for the good of Canada.

But with respect I point out that compromise and con-
ciliation must be a two—way street. It seems to me that the
English—speaking provinces today and in the past have held
out the hand of co-operation, and I invite Quebec to meet us
half way.

The Right Honourable L.B. Pearson:

I am going to call now on the senior member of the
“Trade Union of Heads of Canadian Governments”, Mr. Manning,
the Premier of Alberta.

Honourable E.C. Manning:

Mr. Prime Minister and Gentlemen: The nature of the
matters that we are here to discuss, and the point in time
at which we are met, in our opinion make this conference per-
haps one of the most important since Confederation. Such an
occasion calls for complete frankness, objective analysis,
sound judgment and a sincere respect for the viewpoints of
those with whose conclusions we may strongly disagree. The

responsibility, resting on each of us, is heavy and inescapable.

In all our deliberations, the dominant objective must
be to ensure Canada’s national solidarity as a federal union,
in which people of all races, cultures and creeds, and in all
regions of the country will feel satisfaction and pride in
their Canadian citizenship.

156

(L’hon. M. Thatcher)

nime des provinces et du gouvernement fédéral. Nous ne sommes
pas particulièrement impressionnés par la nécessité d’un amen-
dement de ce genre.

Toutefois, la Saskatchewan ne voit aucun inconvénient
à inscrire une déclaration des droits dans la constitution,
si cela peut servir la cause de l’unité nationale, à condition
cependant, qu’on s’en tienne aux droits démocratiques fonda-
mentaux.

Nous pensons qu’il ne serait pas désirable d’inclure
dans une déclaration des droits des considérations supplémen-
taires, si l’on songe que cette déclaration serait incorporée
à la constitution. Nous pensons qu’il vaut mieux laisser au
Parlement et aux Assemblées législatives, le droit de modifier
des déclarations de droits qui contiendraient d’autres droits
que les droits fondamentaux.

On pourra donc modifier ces dispositions, éventuelle-
ment, à la lumière des circonstances et à la lumière des dé-
cisions des tribunaux.

Nous pensons au cas des Etats—Unis, par exemple, oü
les tribunaux interprètent actuellement d’une façon libérale,
sinon très libérale, des dispositions constitutionnelles ana-
logues à celles qu’on envisage pour le Canada. Il est très
possible que certaines de ces interprétations des tribunaux
aient provoqué une augmentation, par exemple, des crimes.
L’ordre public exige souvent, on le sait, la limitation des
droits individuels, pour le bien commun. La Saskatchewan
estime qu’il faut laisser ces droits aux tribunaux, au Parle-
ment, et aux Assemblées législatives.

Il y a d’autres aspects de la constitution qu’on pour-
rait mentionner au passage. Je signale simplement ici cer-
taines anomalies, au niveau du Sénat, par exemple. Est—il
juste que les quatre provinces de 1’Ouest aient six sénateurs
chacune, alors que Terre—Neuve en a six, la Nouvelle—Ecosse
et le Nouveau—Brunswick dix chacune, et l’Ile—du—Prince—
Edouard quatre?

Après tout, notre population est sensiblement plus
importante que celle des provinces Maritimes, et, si on veut
conserver le Sénat, il faudrait tout de même que la représen-
tation y soit fondée un peu plus sur le chiffre de la popula-
tion.

Monsieur le président, ce débat sur l’unité nationale

157

(Hon. E.C. Manning)

From the standpoint of governmental aspects, the
attainment of this objective requires a strong central
government, responsible to ensure Canada’s national interests,
and provincial governments equally strong in their own juris-
dictions, to provide the flexibility and wide range of diver-
sity required in a vast country with pronounced regional
differences in physical resources, economic development,
cultural backgrounds and linguistic interests.

The problems responsible for the current stresses and
strains on Confederation embrace the financial and economic
as well as racial and cultural interests. Io minimize reg-
ional dissatisfactions in the economic sphere, there is need
to develop a more equitable distribution of the financial
means to meet clearly defined federal and provincial respon—
sibilities, and a formula that will ensure the basic social
requirements of all Canadians without widespread disparity
in the standards of service or cost to the individual citizen.

Equally important is the effective stimulation of local
economic growth in all regions of Canada to the maximum degree
such development is feasible, having regard to the varied
physical and geographic factors involved.

Because this conference has been convened primarily
to consider steps which may be taken to remove dissatisfac-
tions related to cultural and linguistic interests, the obser-
vations in this statement will be confined to that aspect of
our total problem.

This conference is asked to consider what the agenda
refers to as the “Rights of Canadians”, with special atten-
tion to the “Recommandations of the Royal Commission on
Bilingualism and Biculturalism”, and a constitutional bill
of rights.

It is recognized that the motivating force behind
these issues is the expressed dissatisfactions of Canadian
citizens of French origin and a prevailing desire to remove,
if possible, any real obstacles which prevent them from feel-
ing co-equal with other Canadians in every respect.

I suggest that We do well at the outset to recognize
that an acceptable solution to the problem before us is ex-
tremely difficult for three reasons:

l58

(L’hon. M. Thatcher)

dure, à mon avis, depuis trop longtemps. Nous attendons depuis
trop longtemps une solution. Cela porte préjudice à toutes les
parties du pays, y compris la province de Québec. M. Johnson
serait intéressé de savoir qu’au moins trois fois, depuis quel-
ques semaines, des québécois riches sont venus nous demander
s’il ne serait pas possible de transporter leurs affaires du
Québec en Saskatchewan. Je ne sais pas si nous pourrons les
conserver, ou s’ils n’iront pas s’adresser à l’Alberta ou à

la Colombie-Britannique. Ils ne sont pas très rassurés sur

la situation actuelle dans la province de Québec. Nous vou-
lons avoir tous les placements possibles, mais il ne faudrait
pas que cela se fasse aux dépens du pays.

Actuellement, les gens de 1’Ouest ne voient pas très
bien les tensions qui affaiblissent notre Confédération. Tou-
tefois, il apparaît de plus en plus manifeste que la popula-
tion des dix provinces doit être prête à payer le prix de
l’unité nationale. Aucune province canadienne n’est plus
déterminée que la Saskatchewan à ne rien négliger pour pré-
server la Confédération.

Nous entendrons avec intérêt toutes les propositions
fédérales. Nous entendrons avec intérêt aussi les propositions
que pourra faire le Québec. La Saskatchewan est disposée à

appuyer les mesures concrètes qui pourront être prises pour le
bien du Canada.

En toute déférence, qu’il me soit permis de signaler
que le compromis, la conciliation doivent se retrouver des
deux côtés. Il me semble que les provinces de langue anglaise
ont tendu la main, une main amie, et j’invite le Québec à faire
sa part.

Le très honorable L.B. Pearson: J’invite maintenant
le membre senior du “Syndicat des chefs de gouvernement“, le
chef du gouvernement de l’Alberta, M. Manning.

(Traduction)

L’honorable E.C. Manning: Monsieur le premier minis-
tre, messieurs.

Vu la nature des questions que nous examinerons ici
et le moment oû se tient notre réunion, la présente conférence
est peut-être la plus importante qui ait eu lieu depuis la

l59

(Hon. E.C. Manning)

(l) The magnitude of the problem and the
implications inherent in the proposals
advanced as a means to its solution.

Not only do French Canadian citizens
represent approximately one third of
Canada’s population, but the proposals
this conference will discuss profoundly
affect all Canadians and Canada’s status
as a nation.

(2) The wide range of conflicting public
attitudes and opinions on this issue
which somehow we must seek to reconcile.
These conflicting attitudes not only vary
widely on a regional basis throughout
Canada but Within individual communities.

(3) The powerful emotional aspects of the
issues before us which can so easily
destroy objectivity and disrupt the pro-
cesses of reasoning by which wise de-
cisions normally are reached.

Economic and financial problems can be reduced to
specific terms and figures and answers arrived at by a pro-
cess of logic but this is not the case when dealing with
abstract aspirations in which emotions often exert a stronger
influence than logic. Abstract aspirations are extremely
difficult to define in precise terms. Issues involving
racial, cultural and linguistic interests are highly emotional
and strong emotions do not readily subject themselves to cold,
hard logic and the due processes of reason.

It is held that, outside the Province of Quebec, there
are few regions in Canada where French Canadians can converse
freely in their native tongue with other citizens or find

those who share their language and cultural interests. Based
on the concept that Confederation was a union or partnership
between two founding races, it is argued that this partner-
ship was intended to ensure an equality of usage for the
English and French languages and hence citizens of French
origin should, as a matter of right, be able to employ their
native tongue wherever feasible throughout Canada, and par-
ticularly in the educational, judicial and legislative
institutions of the nation. That this alleged “right” is
not nationally recognized in law or in fact is cited as a
legitimate cause of dissatisfaction and as evidence that
French Canadians do not enjoy a position co—equal with

160

(L’hon. M. Manning)

Confédération. L’occasion exige de nous une franchise totale,
une analyse objective, un jugement sain et un sincère respect
des opinions de ceux avec qui nous sommes peut-être en désac-
cord profond. La responsabilité qui repose sur chacun de

nous est lourde et inévitable.

Dans toutes nos délibérations, l’objectif premier doit
être d’assurer la solidarité nationale du Canada, en sa qua-
lité d’union fédérale au sein de laquelle des populations de
toutes races, de toutes cultures et de toutes croyances, ré-
parties dans toutes les régions du pays, doivent se sentir
heureuses et fières de leur nationalité canadienne.

Du point de vue gouvernemental, la réalisation de cet
objectif exige un gouvernement central fort, chargé de sauve-
garder les intérêts nationaux du pays, et des gouvernements
provinciaux également forts dans leurs propres domaines de
compétence, si l’on veut assurer la souplesse et la diversité
qu’exige un pays vaste et marqué de différences régionales
très prononcées du point de vue des ressources matérielles,
du développement économique, du patrimoine culturel et des
intérêts linguistiques.

Les problèmes qui sont à l’origine des difficultés et
des tensions que subit actuellement la Confédération sont
d’ordre financier et économique, ainsi que d’ordre ethnique
et culturel. Afin de réduire le mécontentement de certaines
régions, à l’égard de la situation économique, il est néces-
saire d’organiser une répartition plus équitable des moyens
financiers permettant de faire face à des responsabilités
fédérales et provinciales clairement définies, et de trouver
une formule qui garantira à tous les Canadiens l’essentiel
des avantages sociaux, sans disparités marquées du point de
vue des normes de service ou des frais pour chaque citoyen.

Il est également important que l’essor économique de
toutes les régions du pays soit efficacement stimulé dans
toute la mesure du possible, compte tenu des éléments maté-
riels et géographiques de caractère varié qui entrent en jeu.

La présente conférence a été convoquée tout d’abord
pour permettre l’étude des mesures à prendre pour dissiper
le mécontentement qui règne à l’égard des intérêts culturels
et linguistiques; pour cette raison, nous nous en tiendrons
ici à cet aspect de l’ensemble du problème.

La conférence est appelée à examiner ce que l’ordre
du jour appelle: “Les droits des Canadiens”, et plus préci-
sément les recommandations de la Commission royale d’enquête

l6l

(Hon. E.C. Manning)

English—speaking citizens. In a letter to you, Mr. Prime
Minister, dated September 26th, 1967, and later tabled in
the House of Commons, I set out, in the following paragraph,
the position of the Government of Alberta with respect to
the concept of Confederation being the union of two races:

“The Government of Alberta does not accept the
proposition that Confederation was a union of
two races or two cultures. We hold the his-
toric fact to be that Confederation Was a

union of provinces and that in the negotiations
leading to Confederation the concept of the
union being one of two races, two cultures

and two languages, Was not a factor and cer-
tainly Was in no sense a condition of the
union.”

It is not my purpose here to elaborate on this position
which we firmly believe to be consistent with the historical
facts. Our concern at this conference is that, whatever the
historical background, a real and serious problem does exist
and that its solution is vital to the future solidarity of
Canada as a nation. We are here to try to help find a
practical solution.

It is pertinent at this point to comment on the con-
clusions and recommendations of the Royal Commission on
Bilingualism and Biculturalism. The Commission concludes that
the major dissatisfactions expressed by French Canadians are
valid and that the solution to the problem requires, as an
initial step, fundamental constitutional amendments, together
with complementary statutory enactments by the Parliament of
Canada and the legislatures of the provinces. It recommends
that English and French be formally declared the official
languages of the Parliament of Canada, of the federal courts
and of the federal government, and of the federal administra-
tion. It recommends that the provinces of New Brunswick and
Ontario declare that they recognize English and French as
official languages and that any other province whose French-
language minority reaches or exceeds l0 per cent likewise
should recognize both French and English as official languages.
It is further recommended that bilingual districts be estab-
lished throughout Canada in areas where French-speaking
citizens represent 10 per cent or more of the local popula-
tion.

162

(L’hon. M. Manning)

sur le bilinguisme et le biculturalisme et une Charte consti-
tutionnelle des droits de l’homme.

Il est reconnu que ces questions ont leur origine dans
le mécontentement exprimé par les Canadiens d’origine française
et dans le désir général de faire disparaître, si possible,
tout obstacle réel qui les empêche de se sentir les égaux des
autres Canadiens à tous égards.

Il est sage de reconnaître, au départ, qu’une solution
acceptable au problème qui nous occupe est extrêmement diffi-
cile à trouver, pour trois raisons:

1° L’ampleur du problème et des conséquences
inévitables des propositions qu’on avance, en
vue de sa solution. Non seulement les Cana-
diens français représentent-ils environ le
tiers de la population canadienne, mais les
propositions sur lesquelles la conférence se
penchera auront des répercussions profondes
sur tous les Canadiens et sur la situation

du Canada en tant que nation.

2° La très grande diversité des attitudes et
des opinions qui ont cours sur la question et
qu’il nous faut, d’une manière ou d’une autre,
chercher à concilier. Ces divergences se mani-
festent non seulement d’une région à l’autre

a travers le pays, mais aussi au sein d’une
collectivité donnée.

3° Les puissants aspects émotifs des problèmes
à l’étude, qui peuvent si facilement détruire
l’objectivité et bouleverser le processus du
raisonnement qui permet normalement d’aboutir

à de sages décisions.

Les problèmes économiques et financiers s’expriment en
termes et en chiffres précis, et la logique permet de les ré-
soudre. Il n’en va pas de même lorsqu’il s’agit d’aspirations
abstraites alors que les émotions exercent souvent une influ-
ence plus grande que la logique. Les aspirations abstraites
se définissent fort difficilement en termes précis. Les ques-
tions intéressant l’ethnie, la culture et la langue sont char-
gées d’émotion, et les émotions ne se prêtent pas facilement
à la froide logique et au processus du raisonnement.

On affirme que, en dehors de la province de Québec, il

163

(Hon. E.C. Manning)

The recommendations proposed necessitate fundamental
revisions of Section 93 and Section 133 of The British North
America Act. The Government of Canada, in its document
entitled “Canadian Charter of Human Rights”, proposes a con-
stitutional bill of rights in which would be entrenched
linguistic rights as defined and recommended by the Royal
Commission on Bilingualism and Biculturalism.

The assumption is that, by giving the French language
a far broader official status, a major cause of dissatisfaction
will be removed and from this action will flow a series of
developments which will create a national environment in which
French-Canadian citizens will feel that they enjoy a status
co—equal with English—speaking citizens in linguistic and
cultural interests.

These recommendations and assumptions embrace two
aspects which deserve careful analysis. The first is the
objective it is desired to attain. The second is the method
proposed to attain that objective. With the objective there
can be little if any valid disagreement. Few Canadians would
wish otherwise than for all citizens, without regard to race,
colour or creed, to find full satisfaction in their citizen-
ship everywhere in Canada and maximum enjoyment from their
particular linguistic and cultural heritage. The method by
which it is proposed to attain this objective, we submit
is open to serious question, both as to its possibility and
its practicability.

The Government of Alberta believes that the procedure
proposed is not the best course of action: first, because
the possibility of its implementation is too remote, and
second, because if it is adopted, in our view it will hold
very limited hope of actually producing the desired results.
In the light of past experience and present circumstances,
there is little possibility of obtaining the measure of agree-
ment necessary to rewrite or substantially amend The British
North America Act in the foreseeable future. We suggest that
those who assume that such agreement can readily be reached
are ignoring the lessons taught by the experience of recent
years.

It should be recalled that a series of constitutional
conferences, first initiated under the prime ministership of
the Right Honorable Louis St. Laurent in January of l950,
have been held for the purpose of reaching an acceptable
agreement for domiciling the B.N.A. Act in Canada and develop-
ing a formula for amending the Canadian Constitution without

164

(L’hon. M. Manning)

existe peu d’endroits au Canada oü les Canadiens français
peuvent tenir des conversations dans leur langue maternelle
avec d’autres citoyens, et oü ils peuvent trouver des gens
qui partagent leurs soucis linguistiques et culturels. S’ap-
puyant sur le concept selon lequel la Confédération était une
union ou une association entre deux races fondatrices, on af-
firme que cette association devait assurer les mêmes droits
d’usage à la langue française et à la langue anglaise, et en
conséquence, que les citoyens d’origine française devraient
jouir du droit d’employer leur langue maternelle partout au
pays, surtout dans leurs rapports avec les institutions édu-
catives, juridiques et législatives de la nation. Que ce
prétendu “droit” ne soit reconnu ni en droit ni en fait dans
toute la nation constitue, prétend-on, une cause légitime de
mécontentement et une preuve que les Canadiens français ne
sont pas considérés sur le même pied que les Canadiens anglais.

Dans une lettre adressée au premier ministre du Cana-
da, le 26 septembre 1967, et subséquemment déposée à la Cham-
bre des communes, j’ai fait l’exposé suivant de l’attitude du
gouvernement de l’Alberta, au sujet du concept voulant que la
Confédération serait une association de deux races et je cite

“Le gouvernement de l’Alberta n’accepte pas la propo-
sition voulant que la Confédération soit une union de deux
races ou de deux cultures. Selon nous, l’histoire nous en-
seigne que la Confédération a été une union de provinces et
que, au cours des négociations qui ont abouti à la Confédéra-
tion, le concept selon lequel il s’agissait d’une union de
deux races, de deux cultures et de deux langues, n’est pas
entré en ligne de compte et n’a certainement pas constitué
une condition de l’union”.

Je n’ai pas l’intention de m’étendre longuement ici
sur cette attitude qui, selon notre conviction profonde, est
conforme aux faits historiques. Ce qui nous préoccupe, ici,
c’est que, indépendamment des données historiques, il existe
un problème réel et grave, et que de sa solution dépend la
solidarité future du Canada, en tant que nation. Nous sommes
ici pour aider à y trouver une solution pratique.

Il convient, à ce stade, de commenter les conclusions
et les recommandations de la Commission royale d’enquête sur
le bilinguisme et le biculturalisme. Selon la Commission,
les principaux sujets de mécontentement exprimés par les Ca-
nadiens français sont justifiés, et la solution du problème
exige, comme première mesure, des modifications fondamentales
à la constitution, ainsi que l’adoption, par le Parlement du

1.65

(Hon. E.C. Manning)

reference to the Parliament of Great Britain – something,
incidentally, Mr. Chairman, with which we are in full agree-
ment. After successive failures to achieve the necessary
measure of agreement, the Fulton-Favreau Formula finally Was
developed. While this formula gained the unanimous, if not
enthusiastic, approval of a conference of Attorneys General
and the Minister of Justice, and the unanimous endorsation
of a federal-provincial conference, it was later rejected

by the Province of Quebec. Thus, l7 years of effort ended
in yet another failure, notwithstanding the fact that the
issues involved in the domiciliary provision and amending
formula were, in themselves, less controversial than the
constitutional changes proposed in the recommendations of
the B. and B. Commission.

Having regard to these circumstances, in our view it
is unrealistic to anticipate that the unanimity of agreement
necessary to implement the B. and B. Commission recommenda-
tions of the federal proposals for a constitutional bill of
rights can be attained in the near future.

A second and equally if not a more important consid-
eration is that, even if the necessary unanimity could be
attained, the wisdom of this course is open to serious ques-
tion. The mere fact of writing so-called “language rights”
into the Canadian Constitution will not, in itself, produce
the desired results, which in the last analysis depend, pri-
marily, on the attitudes and responses of the Canadian people
as a whole.

English nor French but who, in various Canadian communities,
represent a local majority equal to, or greater than, the

l0 per cent proposed by the B. and B. Commission to qualify
for recognition as an English-French bilingual district.

166

(L’hon. M. Manning)

Canada et les Assemblées législatives des provinces, de mesu-
res statutaires complémentaires. Elle recommande que l’anglais
et le français soient formellement proclamées langues offici-
elles du Parlement du Canada, des cours, du gouvernement, et
de l’administration fédérale. Elle recommande que les pro-
vinces du Nouveau—Brunswick et de l’Ontario déclarent qu’elles
reconnaissent comme langues officielles l’anglais et le fran-
çais, et que toute autre province, où la minorité française
atteint ou dépasse l0 p. lOO fasse de même. Elle recommande
en outre l’établissement de districts bilingues dans toutes
les régions du pays oû les citoyens de langue française repré-
sentent 10 p. lOO ou plus de la population.

Les mesures proposées exigent des revisions fondamen-
tales des articles 93 et 133 de l’Acte de l’Amérique du Nord
britannique. Le gouvernement du Canada, dans son document
intitulé “Charte canadienne des droits de l’homme”, propose
une déclaration constitutionnelle des droits de l’homme qui
garantirait les droits linguistiques tels que les définit et
les recommande la Commission royale d’enquête sur le bilin-
guisme et le biculturalisme.

On estime qu’en donnant à la langue française un sta-
tut officiel beaucoup plus large, on fera disparaître une des
principales causes de mécontentement et que, de cette mesure,
découlera une série de changements dont l’effet sera de créer
un climat national dans lequel les Canadiens français se sen-
tiront les égaux des Canadiens anglais, du point de vue de la
langue et de la culture.

Ces recommandations et ces hypothèses présentent deux
aspects qui exigent une analyse soignée. Le premier réside
dans l’objectif à atteindre; le second, dans la méthode à
employer à cette fin. On ne saurait validement s’opposer au
premier. Peu nombreux sont les Canadiens qui s’opposeraient
à ce que tous les citoyens, sans considération de race, de
couleur ou de croyance, se sentent pleinement chez eux d’un
bout à l’autre du pays et jouissent, dans la plus grande me-
sure possible, de leur patrimoine linguistique et culturel
particulier. La méthode qu’on se propose d’employer pour at-
teindre cet objectif est, à notre avis, fort contestable, tant
du point de vue de son à-propos que de celui de son caractère
pratique.

Le gouvernement de l’Alberta estime que la méthode
proposée ne constitue pas la meilleure ligne de conduite:
premièrement, parce que la possibilité de la mettre en appli-
cation est trop lointaine et, deuxièmement, parce que même si

167

(Hon. E.C. Manning)

in implementing the Commission’s proposals. Faced with this
very real possibility, we do well to ponder how long a mere
paper victory will satisfy those demanding constitutional

revision as the basis of a new status in Canadian Confederation.

Surely what is required to provide the real essence
of true oneness and unity between French and English—speaking
Canadians is a voluntary appreciation by the English—speaking
majority of the intrinsic worth of the language and culture
of the one third of Canada’s citizens of French origin, not
on the basis of constitutional rights but because of the
practical value and enjoyment of being able to converse flu-
ently in at least the two languages which are the mother
tongues of the vast majority of all Canadians.

The Government of Alberta, for the reasons I have
stated, challenges the assumption that the constitutional or
legalistic approach is either the only approach or the best
approach to the problem at hand and submits that the desired
results will be more readily and extensively obtained by
efforts designed to stimulate and encourage English-French
bilingualism on the basis of its intrinsic value and its
cultural enrichment to individual citizens and to Canadian
society at both community and national levels.

Now I might say as a practical application of this
belief that the Government of Alberta is prepared to provide
extended educational opportunities in the French language
wherever feasible, not on the basis of constitutional right
or not confined to an isolated bilingual district as proposed
by the B. and B. Commission but, generally, throughout the
province on the basis that individual students who desire to
enrich their lives by becoming fluent in Canada’s major
languages will have the opportunity and the encouragement to
do so.

It may be said that promises and proposals to stimu-

late English-French bilingualism have been made for half a
century with little tangible results and that this proposed
course therefore istnolonger acceptable to French Canadians
who have become impatient for positive results. I suggest
that those who adopt this attitude overlook the fact that

the desire to see positive results is stronger today on the
part of Canadians generally than at any time since Confedera-
tion. But under present circumstances the course of stimu-
lated inducement offers French Canadian citizens an opportun-
ity to attain their linguistic desires to a greater degree
than the legalistic constitutional approach proposed by the

168

(L’hon. M. Manning)

elle est adoptée, il est peu vraisemblable qu’elle donne effec-
tivement les résultats attendus. L’expérience du passé et les
circonstances actuelles donnent à penser qu’il est peu proba-
ble qu’on obtienne l’accord nécessaire pour remanier ou modi-
fier sensiblement l’Acte de l’Amérique du Nord britannique

dans un avenir prévisible. Ceux qui supposent qu’un tel accord
est possible ne tiennent pas compte des leçons que l’expérience
nous a enseignées ces dernières années.

If faudrait rappeler qu’une série de conférences, en-
treprises pour la première fois sous le règne du très honora-
ble Louis St—Laurent, en janvier 1950, se sont tenues dans le
but de trouver une formule acceptable pour rapatrier l’Acte de
l’Amérique du Nord britannique et modifier la constitution
sans qu’il soit nécessaire de passer par l’intermédiaire de
la Grande-Bretagne.

Soit dit en passant, monsieur le président, nous som-
mes pleinement d’accord là-dessus. Après des échecs succes-
sifs, on a finalement élaboré la formule Fulton-Favreau. Bien
que cette formule ait reçu l’appui unanime, quoique peu en-
thousiaste, de la conférence des procureurs généraux et des
ministres de la Justice, en plus d’être acceptée à l’unanimité
par une conférence fédérale-provinciale, elle fut par la suite
rejetée par la province de Québec. Ainsi, dix-sept ans d’ef-
forts se sont soldés par un échec, bien que les problèmes
soulevés par le rapatriement de la Constitution et la recher-
che d’une formule d’amendement, prêtent déjà moins à contro-
verse que les modifications à la constitution proposées dans
le rapport de la Commission d’enquête sur le bilinguisme et
le biculturalisme.

Compte tenu de ces circonstances, ce serait manquer
de réalisme que de s’attendre qu’on en arrivera, dans un pro-
che avenir, à un accord unanime permettant de mettre en prati-
que les recommandations de la Commission d’enquête ou les
propositions fédérales concernant une Déclaration des droits
de l’homme.

Il faut aussi se rappeler, et ce n’est pas moins im-
portant, que même si l’on parvenait à l’unanimité nécessaire,
on pourrait encore mettre en doute la sagesse de cette solu-
tion. Le simple fait d’inclure dans la Constitution les
“droits linguistiques” ne suffira pas, en soi, à produire
les résultats souhaités qui dépendent, en dernière analyse,
des attitudes et des réactions du peuple canadien tout entier.

Il est raisonnable de présumer que les modifications

169

(Hon. E.C. Manning)
Royal Commission on bilingualism and biculturalism.

The legalistic approach, furthermore, assumes that
language is a matter which properly should be given consti-
tutional status. This premise is open to challenge. It can
be argued, with demonstrable logic, that matters of language,
culture, religion and politics, are matters of individual
heritage and personal decision and not matters which should
properly be given some special constitutional status beyond

what was mutually agreed to as a condition of a federal
union.

It will be readily agreed that a democratic society
would reject any suggestion that the state should give consti-
tutional status to a particular religion or political philos-
ophy. The wisdom of separation of church and state is widely
recognized on the ground that religious convictions properly
should be the personal decision of individual citizens and
held in association with others attracted by the intrinsic
worth of the convictions themselves.

We submit, Mr. Chairman, that this same fundamental
principle is equally valid with respect to language and cul-
ture, both of which are normally related to the individual’s
racial origin, which is not only a very personal matter but
one over which the individual himself has no control. In
other words, the separation of race and state is a sound
fundamental principle, equally as valid and important as the
separation of church and state.

With respect to the proposed federal Charter on
Human Rights, these proposals give rise to some very serious
jurisdictional questions, which I will not impose on the
conference to discuss at this time. There remains, however,
one further serious aspect of the course proposed by the
Royal Commission on Bilingualism and Biculturalism on which
I would like to make clear the position of the Government of
Alberta.

Before approval is given to fundamental constitutional
amendments relating to what is commonly called “the French
fact”, it is imperative that there be a firm and definite
understanding as to what, if any, further demands will be
made. The constitutional changes presently advocated by the
French-Canadian minority already go far beyond the recommenda-
tion of the B. and B. Commission and the federal government
proposals for a constitutional bill of rights.

170

(L’hon. M. Manning)

constitutionnelles proposées n’auront que très peu d’effets
favorables sur les attitudes et les réactions du public dans
les régions qui ne sont pas à prédominance canadienne-françai-
se, sans compter qu’elles auront des effets défavorables mar-
qués là oü le besoin d’un changement fondamental est plus
pressant. Il est certain que la solution proposée sera mal
accueillie, et c’est compréhensible, par le tiers de la popu-
lation canadienne dont la langue maternelle n’est ni l’anglais
ni le français, mais qui, en différents endroits du Canada,
forme des groupes atteignant ou excédant le chiffre de lO p.
lOO proposé comme critère par la Commission sur le bilinguisme
et le biculturalisme, pour la création d’une région bilingue:
française-anglaise.

Monsieur le président, s’il s’avère que ces craintes
sont fondées, le résultat total de toutes les modifications
constitutionnelles sera d’établir des droits constitutionnels
qui n’auront en fait que peu de signification, à cause du res-
sentiment et de la résistance du public, et des nombreuses
difficultés pratiques que poserait la mise en pratique des
recommandations de la Commission.

Devant cette éventualité, demandons—nous sérieusement
pendant combien de temps une victoire simplement sur papier
satisfera-t-elle aux besoins d’une revision constitutionnelle
qui serait la base d’un nouveau statut dans la Confédération
canadienne.

Ce qui est essentiel à l’unité et à l’harmonie entre
Canadiens francophones et anglophones, c’est que la majorité
anglophone se rende compte de la valeur intrinsèque de la lan-
gue et de la culture du tiers des citoyens canadiens qui sont
d’origine française, non pas sur la base de droits constitu-
tionnels, mais à cause de la valeur pratique et de la satis-
faction de pouvoir parler couramment au moins les deux langues
qui sont les langues maternelles de la vaste majorité des
Canadiens.

Le gouvernement de l’Alberta, pour toutes les raisons
citées, conteste ce postulat selon lequel la méthode consti-
tutionnelle ou juridique soit ou bien la seule, ou bien la
meilleure, façon d’aborder le problème, et soutient que l’on
parviendra plus facilement et plus pleinement aux résultats
désirés, au moyen d’efforts visant à stimuler et à encourager
le bilinguisme anglais-français sur la base de sa valeur in-
trinsèque et de l’enrichissement culturel qu’il procure à
chacun des citoyens en particulier, et à la société canadi-
enne, aux niveaux des différentes collectivités et du pays
tout entier.

171

(Hon. E.C. Manning)

Special status, in one form or another, is being
demanded by the Province of Quebec on behalf of French-
Canadian citizens, to enable that province to exercise in
economic and fiscal fields, and even in the field of inter-
national relations, sovereign powers far beyond those present«
ly allocated to provincial governments and which, in a federal
union, must of necessity be reserved to the central govern-
ment to exercise on behalf of the nation as a whole. Such
demands go far beyond a plea for equal status and, if granted,
one province would possess autonomous powers far in excess of
all others. The exclusive sovereignty of the federal govern-
ment in matters essentially national would be impaired and
the entire structure of the federal union, established at
Confederation, would be undermined.

Other demands, publicly voiced, include the abolition
of all ties with the Crown and the transformation of Canada
into a republic, with a president assuming the duties of the
Queen and the Governor General. Such proposals, even if
representing the viewpoint of only a small minority, are
repugnant to a large majority of the Canadian people and there-
fore prejudicial to national unity. Surely, at this time
when in the interests of national unity there is a genuine
desire to remove any legitimate dissatisfactions and meet
any reasonable requests on the part of French-Canadian citizens,
the nation as a Whole, and this conference, has a right to
know the precise nature and extent of their demands and the
point where insistence on additional concessions is going to
cease. Unless there is clear and complete knowledge and
understanding on these matters now, this conference may well
earn a tragic andunenviable place in historyas;1″Constitutiona1
Munich”, where reasonable concessions were made in good faith
in the hope of attaining national unity in our time, only to
find in a few years or less that the fundamental problem has
not been resolved but rather that the concessions made will
have helped precipitate a more serious situation than that
with which we are presently faced.

The Government of Alberta, therefore, is not prepared
to concur in any fundamental constitutional amendments with
respect to this issue without precise knowledge as to the
sum total of the demands the Province of Quebec intends to
make on behalf of its French-Canadian citizens.

172

(L’hon. M. Manning)

Dans ce but, le gouvernement de l’Alberta est prêt à
offrir des possibilités étendues d’instruction en langue fran-
çaise là oü cela est possible, non pas sur la base d’un droit
constitutionnel ou en les restreignant à certains districts
bilingues isolés, tel que recommandé par la Commission, mais
d’une façon généralisée, partout dans la province. Tout étu-
diant qui désire s’enrichir, en devenant capable de parler
les deux langues principales du Canada, aura la possibilité
de le faire et sera encouragé à le faire.

On pourrait dire que des propositions pour encourager
le bilinguisme ont été faites depuis un demi siècle, sans ré-
sultat pratique, et que par conséquent, cette solution n’est
plus acceptable aux Canadiens de langue française qui s’impa-
tientent. A mon avis, ceux qui adoptent cette attitude oubli-
ent que le désir d’aboutir à des résultats pratiques est plus
fort aujourd’hui au Canada, en général, que n’importe quand
depuis la Confédération.

Dans les circonstances actuelles, cet encouragement
offre aux citoyens de langue française l’occasion de satis-
faire leurs aspirations linguistiques dans une plus large
mesure que selon la méthode proposée par la Commission royale
sur le bilinguisme et le biculturalisme.

Sur le plan juridique, on suppose que la langue doit
jouir d’un statut constitutionnel. Cela n’est pas prouvé.
On pourrait soutenir, logique à l’appui, que les questions de
langue, de culture, de religion et de politique constituent
un héritage personnel ou un domaine de décision personnelle,
et ne sont pas des questions qui devraient jouir d’un statut
constitutionnel particulier, au delà de ce sur quoi on s’est
entendu comme condition de l’union fédérale.

On sera certes d’accord qu’une société démocratique ne
pourrait que rejeter toute suggestion selon laquelle l’Etat
devrait accorder un statut constitutionnel à une religion ou
à une doctrine politique en particulier. On admet la sagesse
de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, car elle reconnaît
que les convictions religieuses doivent, à juste titre, être
la décision personnelle de chaque citoyen, partagées par d’au-
tres uniquement parce qu’eux aussi sont attirés par la valeur
intrinsèque des convictions elles-mêmes.

A notre avis, monsieur le président, le même principe
de base s’applique dans le cas du respect de la langue et de
la culture, qui sont ordinairement reliées à l’origine ethnique,
question personnelle elle aussi et, qui plus est, sur laquelle

173

The Right Honourable L.B. Pearson:

It has been the custom of these conferences, I think
from the very beginning, that the order of seating and the
order of speaking has been determined by the date of entry
into Confederation of the province concerned. Whether that
is a right custom or not I am not sure but it has been the
custom. Maybe this would be a constitutional amendment.

But it has had one result – it has always given Mr. Smallwood
a chance to wind up the discussions and not only present the
viewpoint of his province but to tell the rest of us how

wise and foolish we have been in ours. Mr. Smallwood —

Honourable J.R. Smallwood:

Prime Minister, this statement of yours, I think, is
probably destined to go down in Canadian history as a very
great document, just as the speech of Mr. Robarts this morn-
ing, I believe, is similarly destined to become a great docu-
ment in our Canadian history.

This one of yours on page 4 contains this sentence:

“There are two facts which cannot be denied

by anyone who fairly considers the situation.
One is that the people of French language and
culture do not have the same opportunities as

do those of the English language to live their
lives, to raise their children or to realize
their own potential and that of their offspring,
in their own language in all parts of Canada.”

We Canadians I think should be stricken in spirit by
the truth of those words. Our sense of justice and, if I
may dare say it, our sense of British fair play must be
Wounded by this very Canadian injustice because we are talk-
ing here about one third of our Canadian population in that
sentence. And then on page 22 ofyour statement, Sir, you
say:

“French-speaking Canadians do not feel that
sense of partnership which is a condition of
Confederation; this must be remedied if the
basis of Canadian unity is to be strengthened.”

Now you do go on to tell something of what your
administration of the Queen’s Government of this nation of

174

(L’hon. M. Manning)

la personne n’a aucun contrôle. En d’autres mots, la sépara-
tion de la race et de l’Etat est un principe fondamental juste,
aussi valable et important que celui de la séparation de l’E-
glise et de l’Etat.

En ce qui«concerne la Charte fédérale des droits de
l’homme qui nous est proposée, je crois qu’elle soulève des
problèmes graves de compétence sur lesquels je ne m’attarde-
rai pas pour le moment.

J’aimerais toutefois faire connaître la position du
gouvernement de l’Alberta sur un autre aspect important de la
solution proposée par la Commission d’enquête sur le bilinguis-
me et le biculturalisme.

Avant d’approuver des modifications constitutionnelles
fondamentales, en fonction de ce qu’il est convenu d’appeler
“le fait français”, il est essentiel de savoir quelles autres
exigences on pourrait encore avoir, et quelles seront les éven-
tuelles demandes. Les modifications constitutionnelles pré-
conisées actuellement par la minorité canadienne-française
dépassent déjà de beaucoup les recommandations de la Commission,
et les propositions du gouvernement fédéral en vue d’une décla-
ration constitutionnelle des droits.

La province de Québec réclame, sous une forme ou une
autre, un statut particulier au nom des citoyens de langue
française, afin qu’elle puisse exercer dans les domaines éco-
nomiques et fiscaux, et même dans le domaine des relations in-
ternationales, des pouvoirs souverains beaucoup plus grands
que ceux qui sont dévolus aux gouvernements provinciaux et qui,
dans une union fédérale, doivent forcément être réservés au
gouvernement central afin qu’il les exerce au nom de tous les
citoyens. De telles demandes vont beaucoup plus loin que la
revendication d’un statut égal, et si l’on devait leur donner
suite, une des provinces se trouverait à posséder des pouvoirs
autonomes dépassant de beaucoup ceux de toutes les autres. Ce
serait empiéter sur la compétence exclusive du gouvernement
fédéral, dans les domaines essentiellement nationaux, et saper
toute la structure de l’union fédérale établie par la Confédé-
ration.

D’autres exigences rendues publiques comprennent l’a-
bolition de tous les liens avec la Couronne et la transforma-
tion du Canada en une république dont le président remplirait
les fonctions actuellement dévolues à la Reine et au Gouver-
neur général. De telles propositions, même si elles ne repré-
sentent que l’opinion d’une faible minorité, répugnent à la

175

(Hon. J.R. Smallwood).

Canada proposes to do. You say:

“The Government of Canada for its part pro-

poses to recommend to Parliament, at its

next Session, an Official Languages Bill

that will formally declare English and French

to be the official languages of the Parliament

of Canada, of the federal courts, of the

federal government, and of the federal admin-
istration”.

I suppose that refers to the Civil Service. Then
further down on the same page 22 you say:

“As part of this programme for linguistic
equality the provinces would recognize

(you are now quoting the B. and B. Commission)
the right of parents to have their children
educated in the official language of their
choice. The provinces have been called

upon to declare that both French and English
may be used in the debates in their legisla-
tures, While the Prairie Provinces, Nova
Scotia, and Prince Edward Island have been
called upon, in addition, to recognize both
languages in districts where ten per cent

of the population speaks the other official
language. These bilingual districts would
be established through federal-provincial
negotiations: the Royal Commission did not
expect any would be formed in British
Columbia or Newfoundland.”

Now you go on,

“The acceptance of these recommendations
depends upon action by the provincial
governments, not by the federal govern-
ment, but if they do accept them, as we hope
they will, the Government of Canada will be

prepared to help in the implementation of
these proposals if we are asked to do so.

We will be glad to join with provincial
governments in devising the methods by which
our assistance could be made most effective.”

176

(L’hon. M. Manning)

grande majorité des Canadiens, et sont donc nuisibles à l’unité
nationale. A un moment où, dans l’intérêt de l’unité nationale,
se manifeste un désir d’éliminer toute cause d’insatisfaction
légitime et de faire droit à toute demande raisonnable des ci-
toyens canadiens-français, le pays tout entier et cette confé-
rence ont le droit de connaître la nature précise et l’étendue
de leurs exigences, et le point oü l’on cessera de réclamer de
nouvelles concessions.

Si l’on ne parvient pas à s’entendre et à se comprendre
à ce sujet dès maintenant, il est fort possible que cette con-
férence passe à l’histoire sous le titre peu enviable de
“Munich constitutionnel”, oû l’on aurait fait de bonne foi des
concessions, dans l’espoir d’obtenir l’unité nationale, pour
s’apercevoir quelques années plus tard que l’on n’avait pas
résolu le problème fondamental mais que, au contraire, les
concessions n’ont servi qu’à précipiter une situation encore
plus grave que celle à laquelle nous avons actuellement à faire
face.

En conséquence, le gouvernement de l’Alberta n’est pas
prêt à accepter des modifications fondamentales à la Constitu-
tion, en rapport avec cette question, sans connaître avec pré-
cision la somme totale des exigences que la province de Québec
entend soumettre, au nom de ses citoyens canadiens-français.

(Traduction)

Le très honorable M. Pearson: Depuis le tout début de
ces conférences, l’ordre de priorité des sièges et des orateurs
a été déterminé par la date d’adhésion à la Confédération.
S’agit-il d’une tradition valide ou non? Je l’ignore, mais
c’est la tradition. Peut-être devra-t-on apporter une modi-
fication constitutionnelle pour la modifier. Mais, en l’occur-
rence, M. Smallwood aura, comme à l’accoutumée, l’occasion de
résumer la discussion, en présentant les points de vue de sa
province, et il pourra nous dire aussi jusqu’à quel point nous
avons été sages ou non dans nos déclarations. Monsieur Small-
wood, je vous cède la parole.

(Traduction)

L’honorable J.R. Smallwood: Monsieur le premier mi-

nistre, votre déclaration est, à mon sens, destinée à être
inscrite dans les annales de l’histoire du Canada comme un
grand document, tout comme le discours de M. Robarts ce matin.

177

(Hon. J.R. Smallwood)

Now, Sir, according to the recommendations of the B.

and B. Commission, Newfoundland is out of the picture, as

is British Columbia. These are the two great provinces that
are holding Canada together, obviously, in the East and in

the West. We are excluded because of the fact that in the
Province of Newfoundland – in the whole Province of Newfound-
land and Labrador combined – We have fewer than l/10 of l per
cent, certainly far less than 1 per cent of our whole popula-
tion, whose mother tongue is French or ever was French. We
are English, Irish, Scottish, a few Germans, a few Jews, a few
other European peoples, a few Americans, a few continental
Canadians, and the few French we have are not French Canadians
they are now since Confederation — our French in Newfoundland
for the most part came from France direct to Newfoundland,

and from Acadia and latterly and more recently from Quebec.
Putting them all together there are far fewer than l per

cent of our population. This, perhaps, is why the B. and B.
did not bother with us.

Well, Sir, While that figure is true, it is also true
that one of our newest and most important towns, Labrador City
in Labrador, the home of the great iron mining centre, is
something between 30 per cent and 40 per cent French. In
that town the Newfoundland government (who are by the way the
only authority in Newfoundland in the whole province to own
and operate schools – all schools in our province are financed
by the Newfoundland Government) — in Labrador City we are now
operating the school, which is bilingual and bicultural. Every
French child in that school (it is a very large school; it is a
very distinctive one because it is named after me; I think it
is) – is taught in French and every English—speaking child in
it is taught in English. There are French teachers and English
teachers in the school. Inevitably there is an overlapping,
and inevitably children growing up will speak both languages.
Now, in the neighbouring city of Wabush the French-speaking
children are brought by bus to Labrador city – it is only 3
miles – to attend this big school which is bilingual and in
the school in Wabush itself the English—speaking children are
taught, of course, only in English.

In the magistrate’s court operated by the Newfoundland
Government there is an interpreter so that any French-speaking
Canadian living there can go in court and conduct his case
or have it conducted in French. The government maintains a
Director of Labrador Affairs in Labrador City. It is a lady,
a Newfoundland girl, who is thoroughly bilingual. She was a
school teacher before. The Welfare Officer that the Newfound-
land Government maintains in Labrador City is thoroughly

178

(L’hon. M. Smallwood)
Comme vous le dites, à la page 4 de ce grand document:

“Il y a deux faits que ne saurait nier qui-
conque considère la situation impartialement.
L’un est que les Canadiens de langue et de
culture françaises n’ont pas les mêmes possibi-
lités que ceux de langue anglaise de vivre leur
vie, d’élever leurs enfants ou de donner, eux
et leurs enfants, leur pleine mesure partout

au Canada dans leur propre langue.”

Je crois que nous, Canadiens, nous avons lieu d’être
attristés par la véracité de ces paroles. Notre sentiment de
justice et, si je puis me hasarder à le dire, notre sentiment
de “fair-play” britannique doit être profondément blessé par
cette injustice canadienne profonde, car il s’agit ici du tiers
de la population du Canada.

A la page 22 de votre exposé, vous dites: “Les Cana-
diens de langue française n’ont pas ce sentiment d’apparte-
nance qui est un élément essentiel de la Confédération; il
importe d’y remédier si l’on veut renforcer le fondement de
l’unité canadienne.”

Parlant ensuite des mesures que compte prendre votre
administration, le gouvernement de Sa Majesté la Reine du Ca-
nada, vous dites: “Le gouvernement du Canada pour sa part a
l’intention de recommander au Parlement, à sa prochaine session,
un projet de loi sur les langues officielles qui stipulera of-
ficiellement que l’anglais et le français sont les langues
officielles du Parlement du Canada, des cours fédérales, du
gouvernement fédéral et de l’administration fédérale”. Je
suppose qu’il s’agit de toute la Fonction publique.

Un peu plus loin, à la même page, vous dites: “Dans

le cadre de ce programme d’égalité linguistique, les provinces
reconnaîtraient, je crois que vous citez ici le rapport de la
Commission royale d’enquête “B et B“, aux parents le droit de
faire instruire leurs enfants dans la langue officielle de leur
choix. La Commission a demandé aux provinces de déclarer que

le français et l’anglais peuvent tous deux être employés dans
les délibérations de leurs Assemblées législatives; et aux pro-
vinces des Prairies, de la Nouvelle—Ecosse et de l’Ile—du—Prince—
Edouard de reconnaître, en outre, les deux langues dans les dis-
tricts où 10 p. 100 de la population parle l’autre langue offi-
cielle. Ces régions bilingues seraient établies par négocia-
tions fédérales-provinciales. La Commission royale ne s’atten-

dait pas qu’on en forme en Colombie-Britannique ou à Terre-
Neuve.”

(Hon. J.R. Smallwood)

bilingual. Radio is in English and in French with an English-
speaking operator and also a French-speaking operator. Tele«
vision — there is only one television station but it is about
half and half English and French: the programs, the announcing
and everything else. And in all the shops in Labrador City,
in the restaurants, snack bars, places of entertainment, there
is no one who cannot be understood in his own language if the
language is English or French. Now, in addition to that my
colleague here, the Minister of Justice of Newfoundland, is at
the moment trying to find and preferably trying to find a New-
foundlander to go there as the new magistrate, and who will be
bilingual. This would do away probably with the need of an
interpreter. The court would be completely bilingual.

And furthermore, Wherever in Newfoundland or Labrador
in the future there is any sizable minority – it does not
have to be as many as the lO per cent established as a yard-
stick by the B. and B. Commission, but any sizable number of

French — we will do the same thing. We have made that decision.
Now in addition to that we have decided to take still other
steps. Our House opens on the 2lst of this month, and we are

going to ask the Legislature to_enact legislation providing
that in our province all Canadians whose mother tongue is
French shall have precisely the same rights as all Canadians
whose mother tongue is English living in the Province of
Quebec have by law in the Province of Quebec. We are going
to take whatever is the yardstick in the Province of Quebec
to be our yardstick. What they are prepared to do and may
in future do for Canadians in Quebec whose mother tongue is
English, we are prepared to do in Newfoundland for Canadians
whose mother tongue is French.

We are going also in this session of the House to
ask the House to enact legislation making French co—equal
with English as an official language of the Legislature.
Now it is true that we have only 6 or perhaps 7 members of
our House who are bilingual, and they speak English more
fluently than they do French. .But some of them speak French
rather well. Now whether they will choose frequently to use
French will depend perhaps on how much they want to be under-
stood by the rest of us and how much they do not. We have
decided also to ask the House to enact Legislation providing
that the statutes enacted by our House will be printed, all of
them, in French as well es in English. There is a difficulty
there — a practical difficulty. We have no printing office
in Newfoundland whose printers are French; so we will probably
have to send these statutes to Quebec to be printed and if
the Quebec Government have a government printing office, we

180

(L’hon. M. Smallwood)

Je continue la citation: “L’acceptation de ces recom-
mandations relève des gouvernements provinciaux et non du gou-
vernement fédéral mais si les gouvernements provinciaux les .
acceptent, comme nous l’espérons, et si l’on demande son assis-
tance, le gouvernement du Canada est disposé à aider à la mlse
en oeuvre de ces propositions. Nous serons heureux de nOUS
unir aux gouvernements provinciaux pour trouver la façon dûnt
notre assistance pourrait être rendue plus efficace.”

Et maintenant, d’après les recommandations de la Com-
mission “B et B”, Terre—Neuve et la Colombie-Britannique, ses
deux grandes provinces qui flanquent le Canada à l’est et e
l’ouest, semblent être en dehors du tableau. Nous sommes ex-
clus en raison du fait que dans toute la province de Terre-
Neuve, y compris le Labrador, nous comptons moins de .10 ÿv 100:
sûrement moins de 1 p. 100 de notre population dont la langue
maternelle est ou a été le français. Nous sommes de descen-
dance anglaise, écossaise, irlandaise; nous avons quelques
Allemands et quelques juifs, quelques autres descendants de
races européennes, quelques américains, et quelques Canadiens
“du continent”, de la terre ferme.. Les quelques Français que
nous comptons ne sont pas des Canadiens français; ils sont
venus à Terre-Neuve directement de la France, de l’Acadie, et,
plus récemment, du Québec.

Pris en bloc, ils ne forment même pas 1 p. 100 de la
population. C’est sans doute la raison pour laquelle la Com-
mission “B et B“ ne s’est pas préoccupée de nous.

Mais même si ce chiffre est véridique, il n’en est P35
moins vrai qu’une de nos villes les plus importantes et les
plus récentes, soit celle de Labrador City, coeur de l’industrie
minière du Labrador, compte une population dont près de 30 Ë 40
p. 100 des citoyens parlent français. Dans cette ville, le gou-
vernement terreneuvien qui, soit dit en passant, est la Seule
autorité, en ce qui concerne le maintien des écoles, toutes les
écoles de notre province (y compris celles du Labrador), étant
financées par le gouvernement provincial, s’est dit: Nous som-
mes responsables de l’administration des écoles, écoles qui
seront bilingues. Tous les élèves d’une grande école, qui porte
d’ailleurs mon nom, ce n’est peut-être pas la raison pour la-
quelle elle est célèbre, reçoivent leur enseignement en français
ou en anglais, selon leur langue. Il y a des instituteurs qui
parlent le français et d’autres l’anglais. Il y a sûrement un
chevauchement, et les enfants qui poussent finiront par être de
parfaits bilingues.

Dans la ville voisine de Wabush, les enfants de descen-

181

(Hon. J.R. Smallwood)

might be able to make a contract with the Government of Quebec
to do the printing of our statutes in French. I hope we can
get co-operation in that. Of course, we will pay for it. we
will pay for the printing.

Furthermore and finally, my colleague the Minister of
Justice is going to make a very genuine and very sincere effort
to find a Way to enable any Canadian living in our province
whose mother tongue is French, and who prefers to speak French
even if he can speak a dozen other languages including English,
but who for any reason wishes to go into Court and speak his
mother tongue, to do so. We do not know precisely how we are
going to do that; we are going to try to do it.

In short, Prime Minister, we have decided in Newfound-
land – tardily if you like, quite late in life, but remember
we are only eighteen years old as Canadians in the first place W
We have decided that in our province the protector of the
Canadians in our province whose mother tongue is French, the
protector of those people and the defender, Will be the Legis-
lature elected by the people of Newfoundland, together with
the Parliament of Canada. We think that between us, between
the Parliament of Canada acting within their jurisdiction and
the Legislature of Newfoundland acting Within theirs, the plen—
itude of power of the two should be enough to give the Canadians
living in Newfoundland and Labrador complete protection.

Prime Minister, I have tried very earnestly and very
sincerely in private conversations and in these conferences
at Toronto the other day, I have tried to understand Quebec’s
suggestions and proposals, and I have failed; not out of ill-
will, probably because I am stupid, but I have failed. I do
not understand! Does the Government of Quebec ask now for
the Province of Quebec the right of the Legislature of Quebec
to pass legislation governing or affecting or covering any
Canadian anywhere outside Quebec in any part of Canada whose
mother tongue is French? Are they asking that Canadian citi-
zens in Newfoundland, in Nova Scotia, in New Brunswick, in
Manitoba, in British Columbia shall be governed by laws enacted
by the Legislature of Quebec? Are they asking for that right?
Are they asking for this right: that Canadian citizens whose
mother tongue is French living all around Canada shall have
the right to vote, to elect members to the Legislature of
Quebec? Are they asking for that right?

182

(L’hon. M. Smallwood)

dance française se rendent par autobus à Labrador City car ils
sont inscrits à cette école bilingue, et dans les écoles de
Wabush, les enfants de langue anglaise ne suivent évidemment
que des cours en anglais. Un interprète est disponible pour
la Cour de magistrat, qui relève aussi du gouvernement terre-
neuvien, de sorte que tout Canadien d’expression française
peut plaider ou faire plaider sa cause dans sa langue mater-
nelle. Le gouvernement a aussi une directrice bilingue des
Affaires du Labrador; c’est une dame qui vient de Terre-Neuve.
Elle a fait carrière dans l’enseignement. L’agent de bien-
être du gouvernement de Terre-Neuve est aussi bilingue.

Il y a des services de radio en anglais et en français,
avec des annonceurs parlant et le français et l’anglais. Il
n’y a qu’un poste de télévision, et les émissions sont divisées
également entre le français et l’anglais. Dans toutes les bou-
tiques de Labrador City, dans tous les casse-croûte, dans tous
les restaurants, dans tous les centres récréatifs, on ne trouve
personne qui ne peut être compris dans sa langue, fût—elle le
français ou l’anglais.

En outre, mon collègue ici présent, le ministre de la
Justice de Terre-Neuve essaie de trouver préférablement un ci-
toyen bilingue de Terre-Neuve qui serait nommé à un nouveau
poste de magistrat. Ce faisant, nous n’aurions plus besoin
d’interprète, et le tribunal serait tout a fait bilingue.

A l’avenir, partout à Terre-Neuve ou au Labrador, même
si la minorité française n’atteint pas l’ordre de 10 p. 100
établi comme norme par la Commission “B et B”, nous ferons
exactement la même chose. Nous avons pris cette décision.

En plus, nous avons décidé d’adopter d’autres disposi-
tions. L’Assemblée législative commencera à siéger le 21 cou-
rant, et nous allons lui demander d’adopter une loi à l’effet
que, dans notre province, tous les Canadiens dont la langue
maternelle est le français auront exactement les mêmes droits
que les Canadiens d’expression anglaise qui habitent la pro-
vince de Québec. Quel que soit le critère appliqué dans la
province de Québec, nous l’appliquerons aussi. Ce que la pro-
vince de Québec a fait dans le passé et fera à l’avenir, pour
les Canadiens dont la langue maternelle est l’anglais, Terre-
Neuve est prête à le faire pour les Canadiens dont la langue
maternelle est le français.

En outre, au cours de la prochaine session de l’Assem-
blée législative, nous allons lui demander d’adopter une loi
qui mettra la langue française sur un pied d’égalité avec la
langue anglaise à l’Assemblée législative. Il est vrai que

183

An Honourable Delegate: No!

Honourable J.R. Smallwood: I’d rather hear that,
Prime Minister, from someone else.

Honourable Daniel Johnson: I want to make sure that
it was a serious question.

Honourable J.R. Smallwood: It is very serious!

Is the Legislature of Quebec to have the right ta tax
Canadians whose mother tongue is French but who live all
across Canada? What rights is the Legislature of Quebec to
have that they have not got now, and that other provinces
would not have? What rights?

Honourable Daniel Johnson: That remark about the
imperialism of Quebec, you should not have taken seriously.

Honourable J.R. Smallwood: Well, I said I have tried
sincerely to understand not only What Quebec asks but the im-
plications of what she asks or suggests or proposes; for
example, in the Globe and Mail of Toronto this morning, and
I believe also in the Gazette of Montreal – I read both – it
is said there, and indeed I heard the Premier of Quebec say
it here himself today, that certain powers might be ceded to
the Legislature of Quebec and ceded to all provinces, but
some of the provinces might care to pass them back to Ottawa.
Now this sounds like a very profound, or subtle, or smart way
to blindfold the Devil in the dark! “No, we don’t ask Canada
to give us in Quebec special status; all we ask is that you
give all ten provinces the same status and some of them pass
it back, but we won’t pass it back; we will be left with the
special status and such other provinces as might wish to keep
it may hold on to it.”

184

(L’hon. M. Smallwood)

nous n’avons que six ou sept députés bilingues à Terre-Neuve
et je crois qu’ils parlent mieux l’anglais que le français;
cependant, certains d’entre eux se débrouillent assez bien en
français. Qu’ils s’adressent fréquemment en français, cela
dépendra peut—être de la mesure oü ils voudront être compris
ou non par les autres députés.

çais et en anglais. Une difficulté pratique se présente ici:
Nous n’avons pas, à Terre-Neuve, d’imprimerie qui ait un per-
sonnel francophone. Il faudra sans doute envoyer ces projets
de loi à Québec, pour les faire imprimer. Si le gouvernement
du Québec a une imprimerie provinciale, nous pourrons peut-
être signer un contrat avec le gouvernement québécois pour
faire imprimer nos projets de loi. J’espère que nous pourrons
obtenir la collaboration des autorités du Québec à ce propos.
Bien entendu, nous paierons la note.

Finalement, mon collègue, le ministre de la Justice,
va faire un effort authentique et sincère pour faire en sorte
que tous les citoyens terreneuviens dont la langue maternelle
est le français – même s’ils parlent une demi—douzaine de lan-
gues, y compris l’anglais —’et qui, pour quelque raison que ce
soit, désirent s’adresser à un tribunal en employant leur lan-
gue maternelle, puissent le faire. Nous ignorons exactement
quelle formule nous allons employer, mais nous ferons de notre
mieux.

Bref, monsieur le premier ministre, nous avons décidé,
à Terre-Neuve, tardivement peut-être, mais rappelez—vous que
nous n’avons que 18 ans, d’après vos critères de Canadiens,
que nous devons assurer la protection des droits des Canadiens
de notre province dont la langue maternelle est le français;
l’Assemblée législative élue par la population de Terre-Neuve
se fera protectrice de ces droits, de concours avec le Parle-
ment fédéral.

J’estime que le concours des pouvoirs et des facilités
de deux niveaux de gouvernement, le Parlement fédéral agissant
dans son propre champ de compétence, et l’Assemblée législative
de Terre-Neuve faisant de même, pourrait assurer aux Canadiens
habitant Terre-Neuve et le Labrador une protection complète de
leurs droits.

Monsieur le premier ministre, j’ai essayé très sincè-
rement, très honnêtement, dans des entretiens privés et dans des
conversations que nous avons eus à Toronto tout dernièrement,
de comprendre les propositions et les prises de position du

185

(Hon. J.R. Smallwood)

I say, as one who comes from a small province – a
mere half million souls, but we are a province, so says the
law, so says the Constitution of Canada, so say the terms

that I myself signed 18 years ago – we are a province of
Canada co-equal with Ontario. You know – one rabbit and one
horse. Nevertheless, there are ten of us – there are ten co-

equal provinces, to use the term of Mr. Robarts in Toronto,
the thing that deserves to be framed and enshrined and hung

in every legislature and in every cabinet room – ten co-equal
provinces … none more equal than the others, none less
equal – co-equal provinces. If Quebec has 80 something per

cent Canadian people whose mother tongue is French, that is

the only difference. For the 17 per cent Canadians in Quebec
whose mother tongue is other than French, there is a language
difference. They are all Canadians. Whether they are in
Quebec or in Newfoundland or anywhere else, they are Canadians.
And Quebec is a Canadian province, one of the ten.

If every province across Canada, we have heard from
the Premier of Nova Scotia who says what they are going to
ask their legislature to do – assuming they do that, assuming
the New Brunswick legislature does it, and Newfoundland’s
legislature and so on, and Ontario and so on – they will all
follow – assuming all the provinces give to all Canadians out-
side of Quebec, and inside Quebec the legislature of Quebec
does it, so that all ten provinces give all Canadians whose
mother tongue is French the right of language and culture, then
what kind of special status does Quebec want legally and con-
stitutionally? She has a special status in nature because 83
per cent of them are French and 83 per cent of seven million
French-speaking Canadians in Canada – that is a lot of people.
They are the sentimental motherland in Canada in North America
of all these French-speaking Canadians. But apart from that
which is a sentimental thing, an emotional thing, none the less
precious for that, admittedly, but apart from that, what is
this about’constitutional privilege, constitutional special
privilege, legal, statutory, constitutional special status for
Quebec, that no other province has?

If that were in fact the only way to give equality of
opportunity in language and culture to Canadians all across
Canada whose mother tongue is French, if that were the only
way, how could we deny it? How could we say no? To say, no,
we will not give Quebec that right is to say that we do not
think that one third of our Canadian population should have
the right to speak their own mother tongue. Well, I tell you
this, Prime Minister, my mother tongue is English, and my
children, and my grandchildren, and I could not stand the

186

(L’hon. M. Smallwood)

Québec, et je n’y ai pas réussi. Non pas parce que je n’y ai
pas mis moi-même de la bonne volonté mais peut—être parce que
je suis simplement stupide. De toute façon, je n’y ai pas
réussi. Je ne comprends pas ces prises de position.

Le Québec demande-t-il le droit, pour son Assemblée
législative, d’adopter des mesures englobant ou touchant n’im-
porte quel Canadien d’expression française dans n’importe
quelle région ou province du Canada? Le gouvernement québécois
demande-t-il que les citoyens de langue française de Terre-
Neuve, de la Nouvelle—Ecosse, du Manitoba, du Nouveau-Brunswick
ou de la Colombie-Britannique soient régis par des lois adop-
tées par l’Assemblée législative du Québec? Est—ce bien ce
droit qu’on veut obtenir? Veut—on que les Canadiens, dont la
langue maternelle est le français et qui vivent dans toutes les
régions du Canada, aient le droit d’élire des députés à l’As-
semblée législative du Québec? Est-ce ce droit que l’on veut?

Un honorable délégué: Non!

L’honorable J.R. Smallwood: J’aimerais mieux que quel-
qu’un d’autre que vous le dise, monsieur le premier ministre.

L’honorable Daniel Johnson: Je voulais m’assurer que
vous êtes vraiment sérieux.

L’honorable J.R. Smallwood: Très sérieux. Est-ce que
l’Assemblée législative du Québec aura le droit d’imposer les
Canadiens de langue française d’un océan à l’autre? Quels
droits doit posséder l’Assemblée législative du Québec qu’elle
n’a pas à présent et que les autres provinces n’auraient pas?
Quels sont ces droits?

L’honorable Daniel Johnson: On a fait une observation
au sujet de l’impérialisme du Québec; vous n’auriez pas dû la
prendre au sérieux.

L’honorable J.R. Smallwood: J’ai dit que j’ai essayé
de considérer non seulement la position du Québec, mais aussi
les répercussions de ses demandes, de ses exigences.

On dit dans le Globe and Mail de ce matin, et dans la

187

(Hon. J.R. Smallwood)

thought of their being cheated or deprived in any way of their
right to grow up speaking their own mother tongue, going to
school, and being taught in their own mother tongue, listening
to radio, television, newspapers, books, magazines in their
own mother tongue, and because I feel so keen about that, I
have at least an inkling of the feeling that the one third

of our Canadian people whose mother tongue is French feel
about their language. Would it not be perhaps even more so
because they are a minority and being a minority they are

only one third; they would prize that precious right even

more than would the careless two thirds. And these careless
two thirds of Canada’s twenty million are part of 200 million
people here on this continent. So it is easy to understand

how one third of Canada and a tiny fraction of North America
would dearly love their language and their culture and their
traditions. How can we, how can any decent Canadian who is,
not a bigot deny them, our fellow Canadians, one third, the

right to their own language?

But that being done, once that is done, What is this
special status that Quebec must have? What is it? What is
this talk about another nation, a second nation – the second
nation if you want to stretch the word or use emotional and
sentimental meanings, the second nation is all across Canada –
seven million Canadians are the second nation, the second
emotional, sentimental, cultural, linguistic nation, but who
gave Quebec and who proposes to give Quebec any special rights
or prerogatives or jurisdictions over any of them outside her
own boundaries! Inside her own boundaries give Quebec pre-
cisely what you give all other Canadians and all other pro-
vinces. No more, no less!

Prime Minister, I have had the answer but I want to
pursue one final point of the argument. If the French-speak-
ing Canadians in the other provinces are to have any kind of
organic or constitutional connection with the Legislature and
Government of Quebec, then are the English-speaking Canadians
in Quebec to have the same kind of organic or constitutional
connection with the other nine provinces – the English—speak-
ing provinces? You only have to ask this to see how absurd
the Whole thing becomes. And incidentally, we do have a
Parliament of Canada – two hundred and something – 60-70 mem-
bers of whom 65 or 70, is it, come from Quebec. Is this a
joke? Is this a farce? Is this an empty gesture? These
70-, 60- odd men elected by the people of Quebec to go to
Ottawa – what are they? Dummies? What are they? Nonetities?
Are they unimportant? Are they nothings? Do they not repre-
sent the people who elected them? Who elected them? The

188

(L’hon. M. Smallwood)

Gazette de Montréal également, je crois, – deux journaux que
je lis, — et nous avons entendu le premier ministre du Québec

dire, aujourd’hui même, dans cette salle, que certains pou-
voirs peuvent être cédés à l’Assemblée législative de Québec
ainsi qu’aux autres provinces,certaines de celles-ci voulant
peut—être les remettre à Ottawa. Cela semble une formule très
subtile, très intelligente, permettant d’opérer à l’insu de
tous. “Nous ne demandons pas un statut particulier pour le
Québec; nous demandons le même statut pour les dix provinces;
quelques—unes voudront sans doute y renoncer, mais pas nous;
nous conserverons ce statut particulier et les autres provin-
ces pourront, si elles le veulent, en faire autant.”

Pour ma part, je représente Terre-Neuve, qui ne compte
qu’une population d’un demi-million, mais qui constitue néan-
moins une province. Il en est ainsi en vertu de la loi, de la
constitution du Canada et des conditions que j’ai signées mci-
même il y a 18 ans, nous constituons une province du Canada sur
le même pied que l’Ontario. Le lièvre et le cheval.

Néanmoins, nous sommes dix partenaires égaux, dix pro-
vinces égales, pour employer l’expression de M. Robarts, expres-
sion qu’il a employée à Toronto et qui mériterait peut-être
d’être encadrée ; Dix provinces égales, dix partenaires.

Si le Québec comprend une population dont à peu près

80 p. 100 parle français, c’est là la seule chose qui la dif-
férencie des autres provinces. Il n’y a que cette différence
linguistique qui distingue les Canadiens d’expression française
des autres, qu’ils soient dans le Québec ou ailleurs, ils sont
néanmoins des Canadiens. Le Québec est une des provinces cana-
diennes; une de dix.

Nous avons entendu le premier ministre de la Nouvelle-
Ecosse nous dire ce qu’il va demander à l’Assemblée législative
de sa province de faire. A supposer que le mouvement soit dé-
clenché et que le Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve, l’Ontario,
bref toutes les provinces canadiennes accordent à tous les
Canadiens d’expression française en dehors du Québec, le droit
à leur langue et à leur culture, alors quel serait ce statut
spécial, légalement et constitutionnellement, que désire le
Québec? Le Québec a déjà un statut spécial puisque s’y trouvent
83 p. cent des sept millions de citoyens qui parlent le
français. C’est là toute une masse. Le Québec constitue le
foyer culturel de tous ces francophones, au Canada et en Amé-
rique du Nord.

Mais outre les raisons sentimentales, qui sont importan-
tes, qu’en est-il de tous ces privilèges constitutionnels spé-

107

(Hon. J.R. Smallwood)

people of Quebec! Do they not have some standing, some
authority in the nation’s Parliament? And if the Parliament
of Canada and_the Legislature of Quebec, using the powers as
they presently exist, work together, then the people of Que-
bec, French-speaking and English—speaking and any others will
be amply protected.

Now, I want to say this. The smaller provinces,

Prime Minister, the smaller ones, I do not mean geographically
smaller, smaller in population, smaller in economic develop-
ments, the smaller provinces, we used to call them the “have
nots”. There are no “have not” provinces left. There are
some that have rather less than others. These provinces that
have rather less are proud and happy to see the others that
are rich and strong. Because the richer Ontario is, the more
money that is made in Ontario, out of what they manufacture

in Ontario, and sell in Newfoundland, and sell in Nova Scotia
and sell in Prince Edward Island, and New Brunswick, and
Manitoba, and Alberta and Saskatchewan, the more money that is
made in Ontario, the better for Newfoundland. We joy in it!
We take sheer delight! I sit up and chuckle to myself over
all the money that is being made in Ontario because equaliza-
tion means that the Government of Uncle Ottawa collects it
where it is made and passes back to those provinces that have
less.

Therefore, anything that tends in the direction at
all of reducing Ottawa’s importance, reducing Ottawa’s author-
ity, reducing Ottawa’s strength, strikes a blow at us. We
are weaker when Ottawa is weaker. We are Weaker when Ontario
or British Columbia or Alberta or Quebec are stronger consti-
tutionally and politically. We are made weaker! Our protec-
tor in that direction and in that field is Ottawa – the Par-
liament of Canada.

And we are absolutely opposed to anything that would
weaken Ottawa!

Now by this I do not mean that we want Ottawa to do
everything, to do all our thinking for us, tell us what to
think, tell us what to believe, tell us what to do —:no such
nonsense. Within their own jurisdiction, they in theirs and
we in ours, there might have to be some re—alignment of juris-
diction. I do not deny that but such as it is, each within
its own jurisdiction to operate, if Ottawa is made weak we
are in dire danger. That is why it is wrong to accept this
proposal of Mr. Johnson that Quebec be given special rights
and status, but to make it look good, give it to all the

190

(L’hon. M. Smallwood)

ciaux, légaux, et statutaires qui donneraient au Québec un
statut spécial, qui le distingue des autres provinces?

Si c’est là le seul moyen d’assurer l’égalité des pers-
pectives linguistiques et culturelles aux Canadiens dont la
langue maternelle est le français, comment pourrions-nous
dire: non, nous n’accorderons pas ce droit au Québec. Ce
serait alors prétendre que nous ne pensons pas qu’un tiers de
la population canadienne devrait avoir le droit de parler sa
propre langue.

Monsieur le premier ministre, ma langue maternelle est
l’anglais. Mes enfants et mes petits-enfants parlent l’anglais,
et je ne voudrais pour rien au monde qu’on les prive de ce droit
de parler leur propre langue, de faire leurs études dans leur
langue maternelle, d’écouter la radio et la télévision, de lire
des revues, des journaux, des ouvrages dans leur langue mater-
nelle. Parce que j’ai des convictions tellement fermes là-
dessus, je comprends ce que le tiers de la population canadi-
enne, dont la langue maternelle est le français, peut ressentir.
Leur sentiment est peut-être encore plus ferme parce qu’ils
constituent une minorité, et que ce droit leur semble encore
plus précieux qu’il peut le paraître aux yeux des deux autres
tiers de notre population.

Cette majorité des deux tiers de vingt millions de Ca-
nadiens fait partie d’une population continentale de 200 mil-
lions. On peut donc comprendre comment le tiers de la popula-
tion canadienne, infime fraction de l’Amérique du Nord, chérit
et affectionne sa langue, sa culture et ses traditions. Comment
n’importe quel Canadien, qui n’est pas un fanatique, peut—il
priver le tiers de ses concitoyens, dont la langue maternelle
est le français, du droit à sa propre langue? Mais ceci fait,
quel est maintenant ce statut spécial que doit avoir le Québec?
En quoi consiste-t-il? Qu’entend-on par une deuxième nation?
Est-ce qu’on donne à ce mot une signification sentimentale et
émotive? Si c’est cela le phénomène est répandu à travers tout
le Canada! Il y a sept millions de Canadiens français, qui ont
entre eux des liens culturels et linguistiques. Mais qui pro-
pose de donner au Québec des droits, des prérogatives ou des
compétences spéciales en dehors du territoire québécois? A
l’intérieur de son propre territoire, qu’on donne précisément
au Québec ce qu’on donne à tous les autres Canadiens, à toutes
les autres provinces, ni plus ni moins.

Monsieur le premier ministre, j’ai peut-être déjà la
réponse, mais je tiens à insister sur un dernier point de mon
argumentation. Si les Canadiens d’expression française des

191

(Hon. J.R. Smallwood)

provinces and let the others hand it back. All that can do
is to widen the gulf between the provinces, only make them
more different than ever, more unequal than ever, and hasten
the inequality. In short the rich would get richer and the
poor poorer, and it would end in a few wealthy and powerful
provinces and a number of poor cousins, of slum provinces,
or near slum provinces, or perhaps even more likely end in
the disunity of Canada and perhaps the weakening and the im-
poverishing of Canada. We cannot accept that.

Now I want to say this. Again on page 16 of your
statement, Prime Minister, you have two or three striking
sentences here that ought to be brought to the attention of
every living Canadian, young and old. On page 16:

“Only men who fail to perceive the compelling
pressure upon our country of these external
forces would advocate Canada’s dissolution

in favour of smaller and more exposed
entities”.

When you say a loose association of political units
in which the effectiveness of the national government is
dependent upon the will of provincial governments, this is
equally incompatible with Canada’s goals. It would jeopar-
dize the ability of the federal government to contribute to
rising living standards for the people of Canada. That means
the people of the ten provinces. That means the people of
Newfoundland, so far as I am concerned. It would weaken the
willingness of individual Canadians to contribute toward the
well being and progress of their fellow citizens in other
provinces and it would threaten the very existence of our
country – the very existence of our country in a world where
size as well as excellence çounts in the struggle for economic,
technological and cultural achievement.

How any patriotic Canadian, how any Canadian who loves
Canada can advocate anything that would make the Parliament of
Canada impotent and the Government of Canada powerless; how
any patriotic Canadian could want that for the sake of making
his own or any other province strong at the expense of Ottawa,
is something that baffles me! I do not understand itî And I
do not believe the people of Canada want it — in any province!

I do not believe that even in the most extreme case,
provided always fair play, British fair play, which is be-
coming an unpopular word – I shall use that in a moment – I
do not believe provided fair play, if you like Canadian fair

192

(L’hon. M. Smallwood)

autres provinces doivent avoir des liens organiques ou consti-
tutionnels avec l’Assemblée législative du Québec, les anglo-
phones du Québec auront-ils le même genre de lien organique

ou constitutionnel avec leurs concitoyens anglophones des neuf
autres provinces? Je vous pose la question. Il n’est d’ail-
leurs que de la poser, pour voir à quel point cela devient ab-
surde.

Et soit dit en passant, le Parlement canadien compte
265 députés dont 70 ou 75 viennent du Québec. Est-ce une
simple plaisanterie, un geste futile et vide? Que sont ces
70 hommes élus à Ottawa par la population du Québec? Sont-
ils des fantoches, des marionnettes, des nullités, des repré-
sentants n’ayant aucune autorité? Ne représentent—ils pas les
gens qui les ont élus? Qui les élit, sinon la population du
Québec? N’ont-ils pas une certaine autorité? Si le Parlement
du Canada et l’Assemblée législative du Québec utilisent leurs
pouvoirs, tels qu’ils existent présentement; s’ils collaborent,
la population anglophone et francophone du Québec ou toute
autre population, sera amplement protégée.

Un autre commentaire, monsieur le premier ministre.

Les plus petites provinces, non au point de vue géographique,
mais aux points de vue progrès économique, démographique, cel-
les qui sont désavantagées, – pardon, il n’y a plus de‘provin-
ces désavantagées, il y en a seulement qui sont moins avantagées
que d’autres – celles qui ont peut—être moins que les autres,
sont très fières et contentes de voir leurs partenaires plus
prospères et plus fortes, car plus l’Ontario sera riche, plus
l’argent circulera en Ontario, plus les produits de l’Ontario
seront vendus en Nouvelle—Ecosse, à Terre-Neuve, dans l’Ile

du Prince-Edouard, au Nouveau—Brunswick, au Manitoba, en Alber-
ta, en Saskatchewan, mieux ce sera pour Terre-Neuve.

Nous nous en réjouissons et nous en sommes extrêmement
contents.

Moi-même, je ris dans ma barbe lorsque je vois tous
les capitaux qui sont investis en Ontario, car la péréquation
signifie que le gouvernement d’Ottawa le perçoit et en remet
aux provinces qui ont moins que les autres. Par conséquent,
tout ce qui s’oriente vers une diminution des pouvoirs d’Otta-
wa, de son autorité, de l’amoindrissement de sa force, nous
est dirigé par contre-coup. Nous sommes plus faibles quand
Ottawa s’affaiblit. Nous sommes plus faibles à mesure que
l’Ontario, la Colombie-Britannique, l’Alberta ou le Québec
deviennent plus forts constitutionnellement et politiquement.

Notre protecteur, en ce sens, est le Parlement du Canada,

193

(Hon. J.R. Smallwood)

play, is done for Canadians all across Canada wherever they
live, provided that is done, I do not think that even in
Quebec you would get 10 per cent of the population to go for
a weakened Ottawa, a weakened government of our whole nation
at the centre of power. I do not believe they would go for
taking that power away and shifting it and lodging it here
and there scattered across Canada in ten different provinces.
I do not believe itî I do not believe it.

And if that were ever put fairly to the test I believe
that the people of Canada overwhelmingly would say, no, we
want a big Canada, and a good Canada, we want a strong Canada,
we want a united Canada, we want a prosperous Canada, we want
a Canada that is growing and going to be greater, we want a
Canada that will command the respect of the world. We do not
want ten Balkan states. That would be, I think, the judgment
of all the people of Canada once this great issue is settled,
this matter of common fair play, common justice to our seven
million Canadian citizens, magnificent people, that we cannot
do without in Canada. If fair play is done then and they can
feel that wherever they are in Canada they are home they are
in their homeland.

I was charmed with one thing in particular that Mr.
Manning said – not everything – on page 17 of his talk here
today:

“Other demands, publicly voiced, include the
abolition of all ties with the Crown and the
transformation of Canada into a republic,
with a president assuming the duties of the
Queen and the Governor General. Such pro-
posals, even if representing the viewpoint
of only a small minority, are repugnant to

a large majority of the Canadian people and”
– and this is a big point –

“therefore prejudicial to national unity”.

Do you think, does anyone here today think that the
half million Newfoundlanders are going to be endeared to any
party, or any man, or any group that attacks the Queen and
the Royal family and the Throne? Let me tell you this is a pretty
vital mistakeî If we had to choose in Newfoundland between the

Throne and our membership in this great Canadian family it would
be a sore choice for us! I would hate to have to make it.

There must be millions in Canada like that, there must be
millions – if I can believe the letters I get and the corres-
pondence that I have in every one of the other nine provinces.

194

(L’hon. M. Smallwood)

et nous nous opposons catégoriquement à quoi que ce soit qui
puisse affaiblir la position d’Ottawa. Je ne veux pas dire
par là que nous voulons qu’Ottawa fasse tous les raisonnements
pour nous, nous dicte ses pensées, nous dicte ses lignes de
conduite; rien de ce genre.

Mais dans son propre champ de compétence, et nous dans
le nôtre, nous pouvons peut-être modifier les champs de com-
pétence, je ne dis pas le contraire, nous devons oeuvrer en-
semble. Si Ottawa est affaibli, nous serons en danger, et
voilà pourquoi il serait, à mon sens, mauvais d’accepter la
position de M. Johnson, à savoir que le Québec devrait recevoir
un statut spécial et des droits spéciaux. Mais pour que les
choses paraissent bien, on suggère d’accorder cela à toutes les
provinces et que les autres cèdent ce statut et ces privilèges
à Ottawa. Cela ne fera qu’agrandir le fossé entre les provin-
ces; cela accentuera les disparités, cela précipitera l’inéga-
lité généralisée, bref, les riches s’enrichiront et les pauvres
s’appauvriront. Au fait, il y aurait des cousins riches et des
cousins pauvres. Il y aurait des provinces taudis, ou quasi-
taudis, ou, ce qui est encore plus vraisemblable, il y aurait
un affaiblissement, un appauvrissement, sinon une rupture de
l’unité nationale. Nous ne pouvons pas accepter cela.

Encore un autre commentaire. A la page 16 de votre
déclaration, monsieur le premier ministre, vous formulez deux
ou trois déclarations qui frappent et qui devraient être por-
tées à l’attention de tous les Canadiens jeunes et vieux, et
je cite:

“Seuls les hommes qui ne perçoivent pas les
contraintes qu’exercent sur notre pays ces
forces extérieures préconiseraient la disso-
lution du Canada en faveur d’entités plus
petites et plus vulnérables.“

Vous dites “une association làche d’unités politiques
oû l’efficacité du gouvernement central dépendrait du bon plai-
sir des gouvernements provinciaux.“ Cela aussi est incompa-
tible avec les objectifs du Canada. Cela compromettrait l’ap-
titude du gouvernement fédéral à contribuer à la hausse du ni-
veau de vie de la population. Cela veut dire la population
des dix provinces, et cela veut dire également la population
de Terre-Neuve, du moins en ce qui me concerne. Cela affai-
blirait chez les Canadiens la volonté d’oeuvrer pour le bien-
être et le progrès de leurs concitoyens des autres provinces.

Au fait, cela menacerait l’existence même de notre
pays, dans un monde oü l’étendue autant que l’excellence comp-

195

(Hon. J.R. Smallwood)
Let us hear no more talk, no more childish and foolish talk
like this in Canada.

We have enough to build a great nation and anything
that helps to unify us, and the Throne does that. It may not
unify all of us, but it unifies millions of us – it is a
common denominator for millions of Canadians whatever our
differences are, Liberal, Tory, Socialist, Social Credit,
North, East, South, West, rich, poor, or whatever we are, what-
ever differences, there are millions of us who have one common
denominator and that the Throne of England and the Queen, the
Monarch, and the Crown. We are not going to stand for it! I
shall tell you that now, we will not stand for it. We will
not! We do not have to, and we are not going to!

I want to say that we heartily approve and accept un-
conditionally the Canadian Charter of Human Rights as presented
to us today by Justice Minister Pierre-Elliott Trudeau. We

accept it gladly and unconditionally.

Now finally, may I trespass for just a few minutes on

your time to say this. God knows that this issue that We have
been talking about here today is fundamental. I do not deny
it.

You cannot have one third of your population unhappy.

You cannot have one third of your population suffering under a
sense of frustration – one third of your people feeling that
they are not getting a square deal. You cannot have that and
have a united country.

So I do not deny the great importance of what we have
been talking about but also say this, that the future of
Canada does not consist only of settling this constitutional
and this cultural and this linguistic problem. That is a
great problem but it is not the only problem. If we bring
this legislation before our House sometime after the 21st of
February this winter, and our House passes it and the Queen’s
representative the Governor signs it and it becomes the law
of Newfoundland, the law of our land, we are still left with
problems. That solves that as far as we are concerned and so
far as we are capable of solving it. We pass the necessary
legislation. We set set in motion certain changes and improve-
ments. That will be done, and we will still be left with the
essential problems, the main problems, that face us in New-
foundland! And I would venture to say, I am not authorized
to speak for Mr. Smith and he is so well able to spear for
himself in Nova Scotia, and Mr. Campbell in Prince Edward
Island, and Mr. Robichaud in New Brunswick.

196

(L’hon. M. Smallwood)

tent dans la poursuite des réalisations économiques, techniques
et culturelles. Comment un citoyen à l’esprit patriotique,
comment, un Canadien qui aime le Canada, peut-il préconiser
quoi que ce soit qui rende la pqpulation du Canada ou qui rende
le Parlement du Canada impotent, et sans autorité? Comment un
Canadien peut-il vouloir renforcer sa propre province au détri-
ment d’Ottawa? Je ne peux le comprendre. Je ne crois pas que
la population de quelque province canadienne que ce soit veuille
cela.

Je ne pense pas que même dans les cas les plus extrêmes,
pourvu, bien entendu, que le “fair-play” britannique — une ex-
pression qui n’est peut-être pas très populaire et sur laquelle
je reviendrai dans un instant – soit appliqué à tous les Cana-
diens, d’un bout à l’autre du pays, je ne pense pas que même
dans le Québec, 10 p. 100 de la population préconise l’affai-
blissement d’Ottawa, l’affaiblissement de toute la zation, du
pouvoir central. Je ne pense pas qu’on veuille enlever ce
pouvoir à Ottawa, pour le disperser ici et là, à travers le
Canada. Je ne crois pas cela. Et si jamais on en faisait l’es-
sai, j’estime que la population du Canada dirait catégoriquement
et vigoureusement: Non, nous voulons un Canada uni et fort,
nous voulons un Canada prospère, nous voulons un Canada qui se
tienne debout, nous voulons un Canada qui croît, qui grandit,
nous voulons un Canada qui puisse commander le respect du monde
entier. Nous ne voulons pas d’Etats balkanisés.

Ce serait, je crois, le jugement et l’opinion de toute
la population du Canada, lorsque sera réglée la question du
“fair-play”, de la justice. envers sept millions de Canadiens,
dont nous ne saurions nous passer; les citoyens d’expression
française doivent être chez eux n’importe oü au Canada.

Je reviens sur un commentaire de M. Manning, auquel
j’aimerais m’associer; à la page 17 de son exposé il disait:

“D’autres exigences rendues publiques comprennent l’a-
bolition de tous les liens avec la Couronne et la transforma-
tion du Canada en une république dont le président remplirait
les fonctions actuellement dévolues à la Reine et au Gouverneur
général. De telles propositions, même si elles ne représentent
que l’opinion d’une faible minorité, répugnent à la grande ma-
jorité des Canadiens, et sont donc nuisibles à l’unité nationa-
le.”

Si quelques-uns des délégués ici présents estiment que
les 500,000 citoyens de Terre-Neuve vont appuyer un parti, un
homme, un groupe, qui peut attaquer la Reine, le Trône, la fa-

197

(Hon. J.R. Smallwood)

I cannot speak for those provinces, but I would be
the most surprised of men if I were to learn that they did
not share precisely the point of view that I am expressing
at this moment which is that when you have solved this prob-
lem you are still left with the problem of this baby that I
talked about in Toronto – this baby who was born in a little
fishing harbour on the north-east coast of Newfoundland or
on the coast of Labrador. That Canadian baby that will be
born tomorrow or the next day – that is a Canadian baby,
just as Canadian as if it were born in Mount Royal – is that
the fashionable place in Montreal? And what is the other
one in Toronto – some wealthy suburb of Toronto, or anywhere
in Canada; that is a Canadian baby. (I will not go so far
as to say what the former Newfoundland Minister in the
Canadian cabinet once said about Canadian babies. I will not
repeat that.)

That baby surely just by being born and by being a
Canadian ought of right to be entitled to an equal break in
life, an equal chance to get good health, to get good.food,
to get adequate clothing, to get decent housing, and to get
decent schooling. How can that baby grow up and at 18 or 20
years of age, at an age when he might be conscripted in the
Canadian Army to go and fight, how can that Canadian citizen
born in that little cove be as good to Canada, as useful to
Canada, as good a Canadian if he has been cheated out of a
chance that other Canadian babies have had to get a decent
life, decent education, decent home and so on, and a break in
life.

Now, how can you have that in our Province of New-
foundland? How can you have it? You can have it for the
most part almost anywhere in Ontario. Not perhaps anywhere,
but pretty well anywhere in Ontario, pretty well anywhere in
British Columbia, pretty well anywhere in Alberta, pretty
well anywhere in Saskatchewan, and pretty well anywhere in
Manitoba. Right? But you come to the Ottawa River, and go
east of the Ottawa River and you come to Quebec which is a
“have not” province and New Brunswick and Nova Scotia and

Prince Edward Island and Newfoundland – five out of the ten –

five provinces out of ten whose chief worry is not the Con-
stitution, believe me, it is not – not even in Quebec it is
not, not with the masses of the people. That is not their
chief worry – the chief worry is jobs and wages and a chance
to rear their families decently.

198

(L’hon. M. Smallwood)

mille royale, ils sont dans l’erreur. Si nous devons faire un
choix, à Terre-Neuve, entre le Trône et notre adhésion à cette
grande famille canadienne, ce sera sûrement_un_qhoix_t;ès amer
que nous aurons à faire. Nous n’aimerions pas le faire, et il
doit y avoir des millions de citoyens, au Canada, qui partagent
ce sentiment. Toutes les lettres que je reçois, je crois, de

chacune des neuf autres provinces, sont à cet effet. N’écou-

tons plus ces enfantillages, ces choses ridicules.

Nous avons toute l’etoffe voulue pour édifier une gran-
de nation, nous avons l’élément, le levier qui unit, peut-être
pas tous les éléments, mais qui unit des millions d’entre nous,
qui est un dénominateur commun pour des millions de Canadiens,
que nous soyons tories, libéraux, créditistes, que nous soyons
du Nord, du Sud, de l’Est ou de 1’Ouest, quelles que soient les
divergences et les différences, c’est la Couronne. Il y a des
millions de Canadiens qui n’ont qu’un dénominateur commun, et
c’est le Trône d’Angleterre et la Reine, celle qui porte la
couronne d’Angleterre. Nous n’allons sûrement pas nous accom-
moder d’autre chose, et je puis vous assurer que nous n’accep-
terons rien d’autre. Nous n’avons pas à le faire; nous ne le
ferons pas.

Nous approuvons de tout coeur et nous acceptons sans
conditions la Charte canadienne des droits de l’homme que nous
a présentée aujourd’hui M. P.-E. Trudeau, ministre de la Jus-
tice. Nous l’acceptons de façon tout à fait inconditionnelle
et, enfin, puis-je prendre quelques minutes de votre temps et
formuler l’observation suivante: Cette question dont nous a-
vons parlé aujourd’hui est tout à fait fondamentale, tout à
fait essentielle. Un tiers de la population ne saurait être
insatisfait; un tiers de la population ne saurait souffrir et
avoir des sentiments de frustation. Un tiers de la population
ne peut pas se sentir victime d’injustice; cela est impossible,
si l’on veut avoir un pays uni.

Je ne nie donc pas l’importance de la question qui a
occupé nos délibérations, mais j’ajouterai que l’avenir du
Canada ne réside pas seulement dans le règlement de ce pro-
blème culturel, linguistique et constitutionnel. C’est un
grand problème, mais ce n’est pas le seul qui se pose. Si nous
présentons ces mesures législatives à notre Assemblée, après le
21 février, si elle est adoptée et si le représentant de la Rei-
ne la signe, lui donnant force de loi, il y aura encore des pro-
blèmes. Cela va régler un problème en ce qui nous concerne.
Dans la mesure oû nous pouvons régler ce problème, nous allons
adopter la mesure législative pertinente. Nous allons incor-
porer à cette motion certaines améliorations, cela va de soi,

199

(Hon. J.R. Smallwood)

That is their main preoccupation. This is what we
must be concerned with if we are going to have a great Canada
and a united Canada.

I do not begrudge one moment, or one hour, or one day,
or a year, or any time given to this other great problem of
the constitutional future of our country. But I say we will
fail Canada, we will fail, we five: Mr. Johnson and Mr.
Robichaud and Mr. Smith and Mr. Campbell and I — five of us
east of the Ottawa River will fail miserably in performing
our responsibility to the people of these five provinces if
we do not contend manfully for a better system in Canada to
enable the people in those five provinces to get a better
break in life. And one way to do that — one good way — is
equalization, and more equalization, and better equalization
on the part of Ottawa, which is the only one that can do itl
Only Ottawa, only the Parliament of Canada can bring about
equalization to upgrade and uplift these five provinces east
of the Ottawa River.

We will have medicare in Newfoundland, of course we
will — we will have better hospitals and we will have better
schools and better roads, and more water and sewer systems
and other good things; we will have them in Newfoundland when

we have the money to pay for them. And a lot of that money
has got to come from Ontario and even more from British
Columbia than we have been getting. Equalization scoops it

off British Columbia and passes it over to Newfoundland, which
is as it should be. This is what Confederation means. This
is what it means! Does anyone seriously doubt that that is
what it means? Of course, that is What it means.

And so,Prime Minister, Newfoundland proudly and un-
hesitantingly will go along with every single individual thing
that you have proposed in this, and Mr. Trudeau has proposed
in that. We will go along 100 per cent. But we ask you in
return for more equalization, more transfer of payments to
these five provinces including Quebec, which incidentally is
receiving more equalization help from Ottawa than I imagine
they would boast about. They receive so much, so many scores
of millions of dollars a year collected from Ontario and from
Alberta and from British Columbia and if the Premier of
British Columbia were really smart he would not be pulling my
leg about the money that Newfoundland gets from British Colum-
bia via Ottawa; he would have a sharp eye on what Quebec gets
from British Columbia via the same city. And we want more of
it. Thank you.

200

(L’hon. M. Smallwood)

mais, néanmoins, nous aurons encore sur les bras le problème
essentiel qui se pose à Terre-Neuve.

Je ne puis pas me faire le porte-parole de M. Smith,
qui peut fort bien parler au nom de la Nouvelle—Ecosse, ni de
M. Campbell, de l’Ile—du—Prince—Edouard, ni de M. Robichaud,
du Nouveau—Brunswick. Je ne puis me faire le porte-parole de
ces provinces, mais je serais l’homme le plus surpris si j’ap-
prenais qu’ils ne partagent pas exactement le point de vue que
j’exprime en ce moment, et qui est le suivant: Lorsqu’on aura
réglé ce problème, il nous restera encore le problème de ce
bébé dont j’ai parlé à Toronto, de ce bébé né dans un petit
village de pêche le long de la côte septentrionale de Terre-
Neuve ou le long de la côte du Labrador. (Je ne répèterai pas
ce qu’a dit au sujet des bébés canadiens un ancien représentant
de Terre-Neuve au sein du cabinet.)

Ce petit bébé sera tout aussi Canadien que s’il était
né à Mont—Royal – c’est l’endroit “fashionable” à Montréal —
et quel est l’autre endroit, à Toronto, qui est tout aussi
“fashionable”, ou dans une banlieue chic. Ce sera un bébé tout
aussi Canadien. Il devrait pouvoir légitimement avoir droit à
des possibilités égales dans la vie, à la possibilité d’avoir
une bonne santé, d’être bien nourri, bien vêtu, d’avoir un
logis convenable, de fréquenter l’école. Comment ce bébé peut-
il grandir et, à dix—huit ou vingt ans, lorsqu’il pourrait être
conscrit dans l’Armée canadienne, pour aller combattre pour
son pays, comment, dis-je, ce citoyen canadien, né dans un coin
perdu de Terre-Neuve, pourrait—il être aussi bon, aussi utile
pour le Canada, si on lui a enlevé toutes les possibilités
qu’ont eues tous les autres bébés canadiens d’avoir une bonne
vie, une bonne éducation, de bons vêtements, un bon abri, et
des possibilités égales dans la vie? Comment pourrait—il jouir
de ces possibilités, dans notre province de Terre-Neuve?

Il peut jouir de ces occasions dans à peu près toutes
les régions de l’Ontario, de la Colombie-Britannique, de l’Al-
berta, de la Saskatchewan, du Manitoba. Mais lorsqu’on arrive
à Ottawa, lorsqu’on va à l’est de la rivière Outaouais, au Qué-
bec, qui est une province mi-avantagée, et plus loin, au Nou-
veau—Brunswick, à l’lle—du—Prince—Edouard, en Nouvelle—Ecosse
et à Terre-Neuve, soit cinq provinces sur dix, la principale
inquiétude n’est pas la constitution, croyez-moi, — même pas
dans le Québec, pas du moins pour la masse du peuple, — mais
l’emploi, le salaire, la chance de pouvoir élever ses enfants
convenablement. Voilà la principale préoccupation de ces gens,
et voilà justement ce qui doit nous préoccuper, si nous voulons
avoir un Canada grand et uni.

201

The Right Honourable L.B. Pearson:

Mr. Smallwood, there is one thing better than equal-
ization from Ottawa and that is to be able to produce your
own equalization in Newfoundland. Thank you very much. We
have had a very interesting day and heard some very interesting
and important statements, the importance of which goes far ben
yond this room and beyond this day; and I think we would like
to have a chance to study them before we resume our sessions
tomorrow morning. So, unless there is any further business
this afternoon, I suggest we adjourn until tomorrow morning
at 10 o’clock. Thank you.

202

(L’hon. M. Smallwood)

Je ne prétends nullement que cet autre problème de
l’avenir constitutionnel n’existe pas, loin de là. Je dis
simplement que MM. Johnson, Robichaud, Smith, Campbell et moi-
même, nous cinq à l’Est de la rivière Outaouais, nous allons
manquer à nos obligations canadiennes, nous allons contourner
misérablement nos responsabilités envers nos populations res-
pectives si nous ne nous comportons pas en hommes, si nous ne
demandons pas d’avoir un nouveau régime pour permettre aux po-
pulations de ces cinq provinces de jouir de meilleures possi-
bilités de vie. Et une façon de réaliser cet objectif est la
péréquation, une meilleure égalisation de la part d’Ottawa, qui
est le seul, parmi les gouvernements, à avoir la possibilité de
le faire. Seul le Parlement du Canada peut réaliser l’égalité,
peut relever et rehausser le niveau économique de ces cinq pro-
vinces à l’Est de la rivière Outaouais.

Nous aurons, à Terre-Neuve, un programme d’assurance
frais médicaux, nous aurons de meilleurs hôpitaux, de meilleu-
res écoles, de meilleures routes, plus d’égouts et d’autres exm
cellentes choses, lorsque nous aurons l’argent pour financer
toutes ces entreprises; une partie de ces capitaux devra venir
de l’Ontario et encore plus, peut—être, de la Colombie-Britan-
nique que ce que nous avons reçu d’elle jusqu’ici.

La péréquation prend a la Colombie-Britannique pour

donner à Terre-Neuve. Voilà exactement le sens de la Confé-
dération, voilà laquintessencemême de notre pacte confédéra-
tif. Est-ce que quelqu’un doute sérieusement que ce soit là

toute la signification de la Confédération? Bien entendu,

c’en est le sens, et, ainsi, monsieur le premier ministre,
Terre-Neuve va adopter, fièrement et sans hésitation, toutes

les mesures que vous proposez dans ce document et que M. Trudeau
a proposées dans l’autre document. Nous appuyons cela de tout
coeur mais, en retour, nous vous demandons plus de péréquation,
plus de transferts de paiements à ces cinq provinces, y compris
le Québec, qui, soit dit en passant, reçoit plus de paiements
qu’il ne veut bien l’admettre ouvertement. Il reçoit annuel-
lement des millions de dollars perçus de l’Ontario, de l’Alberta
et de la Colombie-Britannique et, si le premier ministre de

la Colombie-Britannique était vraiment astucieux, il n’aurait
pas besoin de me taquiner à propos de l’argent que Terre-Neuve
obtient de la Colombie-Britannique, par le truchement d’Ottawa.
Il aurait plutôt l’oeil sur ce qu’obtient le Québec de la
Colombie-Britannique, par l’entremise de la même ville, Nous

en voulons davantage.

Merci.

204

(Traduction)

Le très honorable L.B. Pearson: Il y a quelque chose
de mieux que la péréquation d’Ottawa: c’est de pouvoir réa-
liser votre propre péréquation vous—mêmes, à Terre-Neuve.
Merci beaucoup.

Messieurs, nous avons eu une réunion très fructueuse,
une journée très intéressante. Nous avons écouté et entendu
des déclarations dont l’importance dépasse cette enceinte, et
je crois que nous devrions avoir l’occasion d’étudier toutes
ces déclarations, avant de reprendre la séance demain matin,
à moins qu’il n’y ait d’autres commentaires à faire cet
après—midi.

Je propose que la séance soit levée jusqu’à dix heures
demain matin. Merci.

[Page 205]

THIRD SESSION: TUESDAY MORNING, FEBRUARY 6

DISCUSSION OF OPENING STATEMENTS

The Right Honourable L.B. Pearson: Yesterday we heard general statements from all the heads of governments, and before we proceed to anything else, I think I should find out whether there is any member of the Conference who would like to make any comment on any of these statements. As a matter of fact, I believe Mr. Johnson would like to have a word. So I will give him the word now.

(TRANSLATION)

Honourable Daniel Johnson: Mr. Chairman, as I listened to the Premier of Newfoundland asking a set of questions yesterday, I wondered whether he was speaking seriously or in jest. For instance, he asked me whether We intended seeking the right to govern French—speaking Canadians living outside Quebec, to tax them even though they are non—residents. It occurred to me that this was just another of the shows we have come to expect from him. However, in his bantering, amusing and occasionally provocative way, he did raise a number of points which trouble many citizens throughout Canada whenever we speak of equality.

A great many English—speaking Canadians have taken our option for equal status within Confederation to mean We want Quebec to have powers extending beyond her provincial boundaries. And we did not make our viewpoint any easier for the uninitiated to grasp when we began talking of a “two—partner Canada”. Alarmists have had a field day with this concept, as with “nation”, and I think it behooves me this morning to put the problems back in proper perspective.

First, let me say without the slightest reservation that here yesterday, in public session, we made the greatest breakthrough in bilingualism which Canada has ever known, a remarkable achievement when you consider that the recriminations, bickering and contention engendered by the problem of

[Page 206]

TROISIEME SEANCE: MARDI MATIN, 6 FEVRIER

DEBAT SUR LES DISCOURS D’OUVERTURE

(Traduction)

Le très honorable L.B. Pearson: A l’ordre, s’il vous plaît! Hier, nous avons entendu les exposés généraux de tous les chefs de gouvernement. Avant que nous passions à autre chose, il faudrait se demander s’il y a d’autres délégués qui auraient des commentaires à faire au sujet de ces déclarations.

Je crois que M. Johnson voudrait faire quelques observations. Je vais donc lui céder la parole.

(Français)

L’honorable Daniel Johnson: Monsieur le président, je me suis demandé si le premier ministre de Terre—Neuve était réellement sérieux hier lorsqu’il posait une série de questions.

Il me demandait par exemple si nous avions l’intention de réclamer le droit de gouverner les Canadiens de langue française qui demeurent à l’extérieur du Québec, si nous ambitionnions d’avoir le droit de les taxer. Je me suis demandé si ce n’était pas là une autre des manifestations auxquelles il nous a habitués. Sous une forme légère et agréable, quelquefois agressive, il explicite quand même certaines questions qui viennent à l’esprit de bien des Canadiens, à travers le Canada, lorsque nous parlons d’égalité. Il se trouve un très grand nombre de Canadiens de langue anglaise qui ont interprété notre option pour l’égalité à l’intérieur de la confédération comme voulant dire que nous tenons à ce que le Québec ait des pouvoirs qui débordent la province de Québec, et nous n’avons pas facilité la compréhension pour les non initiés en mentionnant un Canada à deux. On a pu facilement, avec cette expression de “nation”, de “Canada à deux“, monter des épouvantails, et je crois qu’il est de mon devoir, ce matin, de replacer les problèmes dans leurs perspectives exactes.

[Page 207]

(Hon. Daniel Johnson)

French—language minorities outside Quebec have disrupted our country for a hundred years. Every French Canadian, indeed every citizen of Canada, must be delighted that almost all provinces have at last progressed beyond the stage of expressing good intentions and understanding, or symbolic gestures such as singing “Alouette” and other folk songs. Not only have they described concrete steps taken during the past few years — in Manitoba, Ontario and elsewhere —— but through their most authoritative spokesman, the prime minister or premier, the provinces have given an undertaking to Quebec, the federal government and the Canadian people to make their state a place where French—speaking Canadians will receive varying measures of recognition and eventually, I would hope, full recognition of their language rights.

I think it is my place this morning to tell the Canadian people what a major accomplishment this is, then to express my thanks to the prime ministers and premiers who have not only shown goodwill and understanding, but have made firm commitments; it would take too long to deal separately with each province’s proposals, but I have noted the intentions of New Brunswick, Ontario, Nova Scotia and Prince Edward Island, Manitoba which took action a year ago, as well as Saskatchewan which yesterday outlined another positive step it is planning.

As for Alberta and British Columbia, we realize that the flower of biculturalism does not grow Wild on the slopes of the Rocky Mountains and that it will take some time to develop a strain capable of thriving in these special conditions.

So I thank the premiers as well as the federal government. And although I have no personal interest in the forthcoming leadership convention nor any particular preference as to which party retains or gains power in Ottawa, I would like to state publicly that the present Prime Minister of Canada will be sorely missed. While I will place full confidence in his successor, whoever he may be, I have no hesitation in saying we would be much happier if we knew the present incumbent would remain in office long enough to implement the proposals set forth in the federal government’s brief. His presence would be reassuring and there would be less public anxiety generally. I hope the news report we had this morning is accurate and that he will be able to chair at least one more conference and direct the work of committees set up by this conference, because no one questions his sincere intention to extend bilingualism throughout Canada, with particular emphasis on the federal administration.

[Page 208]

(L’hon. M. Johnson)

D’abord, il faut le proclamer sans aucune restriction mentale. Hier, ici, publiquement, il s’est opéré, dans le domaine du bilinguisme, le déblocage le plus considérable jamais effectué au Canada, surtout quand on songe que, depuis cent ans, ce problème des minorités de langue française hors du Québec a été l’objet de récriminations, de congrès et de luttes qui ont déchiré notre pays. Tout Canadien français et tout Canadien, sans aucune restriction, devraient se réjouir que nous en soyons enfin arrivés à ce point oü presque toutes les provinces ont non seulement manifesté de bonnes intentions, comme autrefois, ont tenu des propos de bonne entente, ont chanté ensemble “Alouette” ou d’autres chansons, mais, en plus de nous faire part de ce qui avait été réalisé chez elles depuis quelques années, — c’est le cas, entre autres, du Manitoba et de l’Ontario — les provinces, par la voix la plus autorisée, soit celle de leur premier ministre, se sont engagées envers nous, envers le gouvernement fédéral, envers tout le public, à faire de leur province un Etat oû les Canadiens de langue française, à des degrés divers, auraient – et ce n’est qu’une première étape, je l’espère — la reconnaissance pleine et entière de leurs droits comme francophones.

Je crois que ce matin, il est d’abord de mon devoir de dire à toute la population canadienne que c’est là un événement majeur et, ensuite, de dire merci à tous les premiers ministres qui ont manifesté non seulement de la bonne volonté, de bonnes intentions, mais qui ont pris des engagements.

Je ne commenterai pas les attitudes prises par toutes et chacune des provinces, car cela serait beaucoup trop long. Cependant, je prends acte de ce qu’ont l’intention de faire le Nouveau-Brunswick, l’Ontario, la Nouvelle—Ecosse, l’Ile—du—Prince—Edouard, le Manitoba, – qui a déjà fait un pas il y a un an, — la Saskatchewan qui, hier, a dévoilé ses intentions de faire un autre pas très constructif dans ce domaine.

Quant à l’Alberta et a la Colombie—Britannique, nous nous rendons facilement compte que le biculturalisme n’est pas une fleur qui pousse à l’état sauvage sur les pentes des Rocheuses, et que cela va prendre un peu de temps pour acclimater le genre de semence qui pourra résister aux températures et le climat un peu spécial des Rocheuses.

Je remercie donc les premiers ministres, et je remercie le gouvernement fédéral. N’ayant aucun intérêt dans le congrès qui s’annonce, n’ayant aucun intérêt politique à ce qu’un parti ou l’autre détienne les rênes du pouvoir à Ottawa, je dois dire, ici, publiquement, que la population regrettera le départ du premier ministre actuel. Faisant confiance à ce-

[Page 209]

(Hon. Daniel Johnson)

Therefore, Mr. Chairman, let me again reassure my friand, the Premier of Newfoundland: there is no question of Quebec’s legislating for or taxing French—Canadian residents of other provinces and I shall not allow him to tax English-speaking Quebecers.

Everyone was a bit surprised to find him prepared to open up this question of bilingualism. Some put it down to enlightened self-interest. If that is the explanation, it is perfectly natural. He is so anxious to hang on to Labrador and the Quebec people now working there, so bent on turning them into Newfoundlanders, that he threw the doors to bilingualism wide open. Of course I knew he wanted Churchill Falls, but I wasn’t aware he Was that desperate.

Before I move on to a number of other points, let me begin by admitting that we Quebecers cannot expect the provinces in Western Canada to be as sensitive to constitutional problems as we are. After all, the constitution has been an issue with us for 200 years. During all that time, French and English—speaking Quebecers have been arguing, bickering andquarrellingabout rights. Our French-Canadian citizens have lived in this climate since 1867 and not a single election has been held in Which our rights were not made a campaign issue by one or other major party. This is part of our makeup as French-Canadians and it is only natural that, as members of a minority in the country and descendants of a people defeated in battle, We should instinctively speak up for our rights. Because of our interest in studying these problems in depth, We have probed more deeply than any other province into the concept of constitutional rights; still, we understand that people in some parts of Canada have only lately become aware that there is a constitutional problem.

Personally, I have been discussing it for thirty-odd years. When I was president of the student body at the University of Montréal, I used to give talks at English-language universities and, even then, people would ask me “What does Quebec want?” That was twenty-five or thirty years ago, but there are still Canadians asking the same question.

Seeking to end the uncertainty and looking ahead to the present conference, we tabled a preliminary statement in Toronto, setting forth the philosophy underlying Quebec’s requests. We did so deliberately to avoid being accused of trying to win one point, then, that done, starting to Work for further concessions just when the other party thought all problems had been solved.

[Page 210]

(L’hon. M. Johnson)

lui qui lui succédera, qu’il reste longtemps en fonction ou non, je dois cependant ajouter en toute candeur que nous serions tellement plus rassurés si nous savions que c’est le très honorable premier ministre actuel qui va demeurer assez longtemps en fonction pour mettre à exécution les propositions qui nous ont été dévoilées dans le mémoire du gouvernement fédéral. Nous aurions là une assurance, il y aurait moins de nervosité dans l’opinion publique. J’espère que la nouvelle parue ce matin est exacte, à l’effet que le premier ministre actuel pourra présider au moins une autre conférence et diriger les comités qui sortiront de la présente conférence, car personne ne met en doute sa sincérité quand il s’agit d’étendre le bilinguisme à tout le Canada et certainement quand il s’agit de l’étendre à l’administration fédérale.

Monsieur le président, comme je le disais tantôt pour rassurer le premier ministre de Terre—Neuve, il n’est donc pas question pour le Québec de légiférer, de taxer les Canadiens-français des autres provinces, et je lui défends bien de venir taxer les anglophones du Québec.

Tout le monde a été quelque peu surpris de constater qu’il était disposé à aborder ouvertement cette question du bilinguisme. Il y en a qui y voient un intérêt, et c’est tout à fait normal; il tient tellement à garder le Labrador et les Québécois qui y travaillent, il veut tellement en faire des gens de Terre-Neuve qu’il a sans délai ouvert toutes grandes les portes dans ce domaine du bilinguisme. Je savais qu’il tenait aux chutes Churchill, mais pas à ce point.

Avant de passer à quelques autres points, le plus rapidement possible, je voudrais aussi admettre que nous ne pouvons pas nous attendre, nous du Québec, à ce que les provinces à l’extrémité ouest du pays soient aussi sensibilisées à ces problèmes constitutionnels que nous le sommes.

Il y a deux cents ans que les Québécois entendent parler de la question constitutionnelle! Il y a deux cents ans que francophones et anglophones du Québec se disputent, se chicanent, se querellent sur ces questions de droits; quant aux Canadiens—français du Québec, il est évident que nous avons été élevés dans ce climat depuis 1867, et il n’y a pas eu une seule élection oü l’un ou l’autre des partis majeurs n’ait utilisé la question de nos droits. Cela fait partie de la fibre même de tous les Canadiens-français, et c’est normal: étant une minorité au pays, étant les descendants d’un peuple qui a été vaincu, il est normal que nous ayons, à ce moment-là, comme un réflexe naturel de parler de nos droits.

[Page 211]

(Hon. Daniel Johnson)

We have decided to deal squarely With this issue. As I said when the conference opened, I would like everyone here to know that the Quebec delegation is prepared to examine all problems, skirting none. Of course there are some, such as the monarchy, which are not really problems at all.

(ENGLISH)

The Premier of Newfoundland, when pointing his finger directly towards me and talking about the monarchy, wasn’t really pointing at me, but at somebody sitting With my party. I think he should have directed his finger towards Mr. Trudeau or Mr. Marchand — thinking of one of those weekend meetings that they had in Montreal, as I read in the papers.

The Right Honourable L.B. Pearson: Mr. Johnson, you are out of order!

A Delegate: Do you mean the meeting in Montreal was out of order?

Honourable Daniel Johnson: May I, With respect, appeal to the house from your decision?

(TRANSLATION)

We have enough real issues to face as Canadians. That being the case, We should not allow ourselves to be side-tracked by matters which will settle themselves as generations go by. For our part, we have no wish to destroy either the federal government or Canada.

(ENGLISH)

If We did not believe that it is possible to live in Canada within a renovated federation, we would not be here. We would have walked out, because many opportunities have been given to us to Walk out – even in Toronto, and much more here yesterday. But we believe that our mandate is to try and

[Page 212]

(L’hon. M. Johnson)

Nous avons donc, plus que toute autre province, creusé cette notion de droits constitutionnels: nous avons intérêt à étudier en profondeur ces problèmes, mais nous comprenons, d’autre part, que ce n’est que tout récemment que, dans certaines parties du Canada, on s’est éveillé à ce problème de la constitution.

Pour ma part, il y a 30 ans que j’en parle. Lorsque j’étais président des étudiants de l’Université de Montréal, je donnais des causeries dans les universités de langue anglaise, et, à ce moment—là, on me demandait: “What does Québec want?” “Qu’est-ce que le Québec veut?“ Et 25 ans, 30 ans plus tard, il en reste au Canada qui se demandent: “What does Québec want?” Pour qu’il n’y ait pas de surprise, en vue de la présente conférence, nous avons exposé, à Toronto, dans un document intitulé précisément “Exposé préliminaire“, toute la doctrine sous—jacente aux demandes du Québec, justement afin qu’on ne puisse pas nous accuser de vouloir arracher une bribe, et qu’ayant réussi à le faire, nous nous mettions immédiatement à l’oeuvre pour arracher une autre bribe, au moment même oû celui qui avait cédé à notre demande s’imaginait que le problème était complètement réglé.

Nous avons décidé d’aborder ce problème franchement, et je voudrais bien, ici, que l’on se rende compte que la délégation du Québec – comme je l’ai déclaré lors de l’ouverture — est prête à envisager tous les problèmes, au lieu de les con- tourner.

Il y a de faux problèmes, comme celui de la monarchie.

(Traduction)

J’ai l’impression que le premier ministre de Terre-Neuve, lorsqu’il pointait le doigt vers moi en parlant de la monarchie, ne me visait pas, mais visait plutôt quelqu’un qui ne fait pas partie de mon groupe. Je crois qu’il aurait dû pointer le doigt vers M. Trudeau ou vers M. Marchand, en pensant à l’une de ces réunions de fin de semaine qu’ils ont eues à Montréal, comme je l’ai lu dans les journaux.

Le très honorable L.B. Pearson: Vous enfreignez le Règlement, M. Johnson.

Une voix: Vous voulez dire que la réunion de Montréal était irrégulière?

[Page 213]

(Hon. Daniel Johnson)

renovate federalism and establish equality – not equality of territory, but equality culturally speaking. And it is our intention to study all these problems.

(TRANSLATION)

If you will just think back a moment to the remarks with which we concluded yesterday’s address, you will realize that we are prepared to look into any problem; in fact, we proposed setting up five commissions whose terms of reference — as suggested or With amendments which we are ready to discuss — would cover all points at issue. Clearly, if the aim is to renovate a federal system, there must be a federal government. We admit that. As for its powers, while this list is neither exhaustive nor binding, it seems obvious to the great majority of Quebecers that the federal government should have responsibility for defence, banking, currency, foreign trade, customs tariffs, postal services, citizenship, criminal law, railways, shipping, air transport and equalization. However -— We might as well say this at once — these powers should be exercised in consultation, not only with Québec, but With all provinces.

Mr. Chairman, I do not want to appear ungracious, I am merely stating facts as I did in my brief, but we recently reached the ridiculous point where the federal government enacted legislation in a provincial field, introducing a programme of which the provinces were either unwilling or unable to avail themselves.

Plainly, we need co-operation, consultation and rational planning. If ordinary citizens only knew how much duplication and waste are caused by this lack of co—ordination and planning, they would descend in a body on Ottawa and every provincial capital, Québec City included, and shoot every politician in sight for squandering the taxpayer’s money. It is high time we got together to ensure that his money is well spent and that he receives a dollar’s worth of service for each tax dollar.

In other fields such as agriculture, the census, insurance, unemployment and immigration, joint action would be required by federal and provincial governments.

Then there is equalization, which I mentioned a moment ago. I apologize for speaking at such length, Mr. Chairman, but I have to set certain facts straight.

[Page 214]

(L’hon. M. Johnson)

L’honorable Daniel Johnson: En toute déférence, est-ce que je peux en appeler de votre décision?

(Français)

Il y a assez de vrais problèmes qui nous assaillent actuellement, comme Canadiens, que nous ne devrions pas nous perdre dans des discussions sur des problèmes qui se régleront d’eux-mêmes un de ces jours, par les générations. Quant à nous, nous ne voulons pas détruire le gouvernement fédéral ni le Canada.

(Traduction)

Si nous ne croyions pas possible d’habiter au Canada dans une fédération rénovée, nous ne serions pas ici; nous serions déjà partis, à cause d’un grand nombre d’occasions qui nous ont été données de nous retirer, voire à Toronto et encore plus ici, hier.

Nous croyons cependant que nous avons un mandat. Notre mandat, c’est d’essayer de rénover le fédéralisme et d’instaurer l’égalité, non pas l’égalité territoriale, mais l’égalité culturelle. Nous avons donc l’intention d’examiner tous ces problèmes.

(Français)

Si on veut se rappeler un instant ce que nous avons proposé à la fin de notre allocution d’hier, on se rendra compte que nous sommes prêts à étudier tous les problèmes, puisque nous avons proposé la formation de cinq commissions dont le mandat, tel que nous l’avons suggéré, ou avec des amendements que nous serions disposés à accepter, couvre tout le problème. Il est bien évident que lorsqu’on tente de rénover un fédéralisme, il faut un gouvernement fédéral, et nous admettons qu’il faut un gouvernement fédéral; et, sans que ce soit une liste exhaustive, sans que ce soit une liste qui nous lie, mentionnons, par exemple, qu’il est évident pour la grande majorité des Québécois que le gouvernement fédéral devrait avoir la responsabilité de la défense, des banques, de la monnaie, du commerce extérieur, des tarifs douaniers, des postes, de la citoyenneté, du droit criminel, des chemins de fer, de la navigation, du transport aérien, de la péréquation. Disons tout de suite que ces pouvoirs-là devraient cependant être exercés, non seulement en consultation avec le Québec, mais avec toutes les provinces.

[Page 215]

(Hon. Daniel Johnson)

(ENGLISH)

The Premier of Newfoundland, in good faith I am sure, threw in some figures yesterday which might mislead the public concerning equalization payments. I think I should straighten out those figures so that people will start from sound information to judge the situation.

(TRANSLATION)

It is incorrect to say that equalization funds come only from Ontario and British Columbia. In fact, payments are made by the federal government which collects its revenue from all Canadian taxpayers. Quebecers contribute about 25 per cent, Ontario residents 40 per cent and Newfoundlanders pay their share. In absolute terms, it is true that Quebec receives higher equalization payments than the other provinces; however, it is a different story on a per capita basis, according to the Canadian Tax Foundation. In “The National Finances”, 1967-1968, page 138, per capita equalization payments relating to that period are estimated at $135.70 for Newfoundland. $114.92 for Prince Edward Island, $102.07 for Nova Scotia, $107.12 for New Brunswick and $42.63 for Quebec. Close attention to Quebec’s brief will reveal that we suggest an amendment to the equalization formula in favour of provinces whose tax yield falls 20 per cent below the national average. As explained on page 20 this would result in special payments only for the four Atlantic provinces. Because we endorse the principle of equal opportunity, we are prepared to recommend more generous treatment of these provinces — and our brief bears this out. True, we have problems of our own, particularly in eastern Quebec, but that is another aspect of the situation which we can discuss on another occasion.

The danger of Ottawa being forced to reduce equalization if social security is ever turned over to the provinces is sheer fantasy. Although the federal government would give up some of its fiscal powers, it would be relieved of the corresponding spending obligations and thus would break even financially. In what respect would it be less able to make equalization payments?

It is common knowledge that Quebec opted out of certain shared-cost programmes under the previous government, but this did not result in any financial gain, since the yield from the additional tax points is earmarked for Quebec’s programmes for which the federal government no longer has to pay. This has not had the slightest effect on federal ability to

[Page 216]

(L’hon. M. Johnson)

Monsieur le président, je ne voudrais pas manquer de délicatesse, mais je constate seulement, comme je l’ai fait dans mon mémoire, que nous avons abouti récemment à une situation ridicule oû le gouvernement fédéral propose une loi dans un domaine provincial pour les provinces qui n’en veulent pas ou qui n’ont pas les moyens de s’en servir. Donc: coopération, consultation, planification ordonnée.

Le citoyen ordinaire qui se rendrait compte de la duplication, du gaspillage qui résulte du manque de coordination, organiserait une marche, non seulement sur Ottawa mais sur chacune des capitales provinciales, y compris Québec, et fusillerait tout le monde, tous les politiciens pour avoir manqué de planification, de coordination, et pour avoir gaspillé ainsi l’argent du contribuable. Il est grand temps que nous nous réunissions autour d’une table afin qu’on voie à ce que l’argent du contribuable soit dépensé à bon escient, et que pour un dollar de taxes, il retire un plein dollar de services.

Dans d’autres domaines, il faudrait l’action conjuguée des deux ordres de gouvernement, les provinces et le fédéral: l’agriculture, par exemple, le recensement, l’assurance, le chômage, l’immigration.

Nous avons, et je l’ai dit tantôt, la péréquation.

Je m’excuse d’être aussi long, monsieur le président, mais il faut bien que je rétablisse certains faits.

(Traduction)

Le premier ministre de Terre-Neuve, de bonne foi sans doute, a cité hier des chiffres qui pourraient induire la population en erreur en ce qui concerne les paiements de péréquation; j’ai l’impression que je devrais rétablir les chiffres de façon que l’on sache exactement à quoi s’en tenir, de façon qu’on parte de données solides qui permettent de bien comprendre la situation.

(Français)

Il n’est pas exact de dire que les fonds de péréquation proviennent uniquement de l’Ontario et de la Colombie-Britannique. En fait, ils sont payés par le gouvernement fédéral, lequel perçoit ses revenus de tous les contribuables canadiens: environ 25 p. 100 des contribuables du Québec, 40 p. 100 des contribuables de l’Ontario, etc., et même des contribuables de Terre-Neuve.

[Page 217]

(Hon. Daniel Johnson)

make equalization payments; on the contrary, the formula has been improved and amounts increased. To illustrate, for 1967-1968, Newfoundland will receive 567.8 million, almost double the $37.2 million paid for the previous fiscal period.

Mr. Chairman, we hope these few figures will set the record straight and put this matter in better perspective for our audience.

We have asked —- and this is what is apparently causing some provincial premiers the most concern — we have asked for increased powers for all provinces, particularly as regards social security, viewed in our brief as an instrument for the furtherance of education and culture.

Mr. Chairman, I would like my friend the Premier of Newfoundland, who is a man of culture and by no means lacking in imagination, to look at this situation as though it was reversed.

(ENGLISH)

At the risk of repeating all or past of what I said in Toronto, let us just imagine for one moment that the situation is reversed. Imagine that Quebec is the only predominantly English speaking province in Canada and that all the rest of Canada is French-Speaking. This is only a hypothesis. But if it were true, as Prime Minister of Quebec I would be asking for special powers for Quebec. Why? Because, according to that assumption, with Quebec the only predominantly English-speaking province in an otherwise totally French-speaking continent — 200 million French in the United States and 12 or 13 million in the rest of Canada– I would not as Prime Minister of Quebec ask less for the English-speaking than I am asking for the French-speaking. I would not have the right to leave any of the essential means of development of that English community, lost as it were in a French continent, in the sole hands of a predominantly French federal government.

I don’t know whether people are sufficiently aware that there is a possibility, even under our present system– and this could happen in a period of crisis — of a situation arising where the federal government, the federal House, would be made up of all English—speaking Canadians on one side, with only a handful — or certainly a minority, say 75 at most — of French-speaking members in the opposition. If all powers were left to the federal government, this would mean that when it comes to those things that we require to develop our special

[Page 218]

(L’hon. M. Johnson)

Il est vrai que le Québec reçoit un montant plus élevé de péréquation que les autres provinces, en chiffres absolus. Mais per capita, selon la publication de la “Canadian Tax Foundation”, “The National Finances“, 1967-1968, page 138, voici ce qu’on dit:

per capita, la péréquation pour 1967-1968 est estimée dans le cas de Terre-Neuve, à $135.70, à $114.92 pour l’Ile-du-Prince-Edouard, $102.07 pour la Nouvelle—Ecosse, $107.12 pour le Nouveau-Brunswick, et $42.63 pour le Québec.

Or, si on lit attentivement le mémoire de la province de Québec, on se rendra compte que nous suggérons un amendement à la formule de péréquation en faveur des provinces dont les impôts provinciaux seraient inférieurs de 20 p. 100 à la moyenne nationale et, en fait, cette formule – on le verra à la page 22 de notre mémoire — donnerait une péréquation particulière à quatre provinces seulement – les quatre provinces Maritimes — parce que nous croyons au principe de l’égalité des chances. Nous sommes prêts, comme nous l’avons dit dans notre mémoire, à recommander qu’il y ait une formule plus généreuse pour les provinces Maritimes.

Oh! nous avons nos problèmes au Québec, surtout dans l’Est du Québec, mais c’est la un autre aspect de la situation que nous pourrons discuter dans d’autres circonstances.

Le danger qu’Ottawa soit forcé de diminuer ses paiements de péréquation, si la sécurité sociale était transférée aux provinces, n’est que de la pure fantaisie. Il est vrai que le gouvernement fédéral céderait une partie de ses pouvoirs fiscaux, mais il n’aurait plus ces dépenses à encourir. Financièrement, il ne gagnerait ni ne perdrait quoi que ce soit. Comment cela peut-il le rendre moins apte à payer la péréquation?

On sait que le Québec s’est retiré de certains programmes à frais partagés, sous l’administration qui nous a précédés. Le Québec n’a rien gagné financièrement, puisque ce qu’il a obtenu en points d’impôt, il le consacre à ses programmes, et le gouvernement fédéral n’a pas à payer ces programmes dans le Québec. Cela n’a amoindri en rien l’aptitude du gouvernement fédéral à faire des paiements de péréquation; au contraire, la formule a été améliorée et les montants augmentés. Par exemple, Terre—Neuve recevra en 1967-1968 67 millions 800 mille dollars, comparativement à 37 millions 200 mille dollars en

[Page 219]

(Hon. Daniel Johnson)

culture, make it active and keep it dynamic, the educational and cultural content of CBC programming, for instance, would be determined by a federal organization which, according to the new Bill C-163, would receive its instructions from the Governor in Council; but, based on this assumption, the Governor in Council could be made up of members from the other provinces only, or solely English-speaking Canadians.

In a federal system where there are two predominant cultures, we must find some means by which to ensure that there would be no danger of that sort, not even in a period of crisis. If such a situation ever arose, with all the French Canadians in opposition and all the rest in power, with no French Canadian in the government, that would split up the country. But under federalism with a proper balance of powers between the federal government and the provinces, With more power or more say given to Quebec in matters of education, in the content of CBC programming for instance, we would avoid that kind of crisis. This is what we have in mind and I think that everybody ought to know what the situation is.

(TRANSLATION)

I do not want to be an alarmist, but we have several political parties in Quebec. There is the RIN, the RN and Mr. Lévesque’s movement, which is not yet a political party but will probably become one under the name of Mouvement Souveraineté-Association. Then there are the two main parties, the Liberals and the National Union. As was indicated last Sunday by the former prime minister and leader of the Liberal Party, there is agreement on this matter of the powers which Quebec needs. It can be said that there is unanimity in Quebec as regards these minimum requirements. However, the two major parties differ in that they are looking for a way of establishing a federal system in which both cultural groups would be able to develop.

Mr. Chairman, I know I am taking a good deal of time, but I think the rest of Canada should realize that it is not the English-language culture which is now imperilled in North America, but the French culture. Not only do we want French culture to survive — the other provincial government leaders have proved that they do too — but we want it to be dynamic. If it is to be dynamic and to develop as it should, if we are to avert death by asphyxiation, the rest of Canada must realize that we have no imperialistic designs but that we do need to be consulted, we have to be present in certain areas, including those related to education – even in international

[Page 220]

(L’hon. M. Johnson)

1966-1967, soit presque le double.

Voilà, monsieur le président, quelques chiffres qui, je l’espère, rétabliront la situation et permettront à nos auditeurs de mieux juger du problème.

Nous avons demandé, et c’est là ce qui semble inquiéter le plus certains premiers ministres, des pouvoirs accrus pour toutes les provinces, particulièrement – nous l’avons mentionné dans notre mémoire – quant à la sécurité sociale, et aux moyens d’éducation et de culture.

Monsieur le président, je voudrais que mon ami le premier ministre de Terre-Neuve, lui qui a des lettres et ne manque pas d’imagination, envisage la situation à l’inverse; je pense que je vais continuer en anglais.

(Traduction)

Ceci constituera peut—être une simple répétition, en tout ou en partie, de ce que je racontais à Toronto, mais imaginons un instant que la situation se présente en sens inverse.

Imaginons que Québec se trouve à être la seule et unique province à majorité anglophone au Canada; supposons que le reste du Canada tout entier soit de langue française. C’est une pure hypothèse, bien entendu. Cela étant, moi-même, en ma qualité de premier ministre du Québec, je demanderais des pouvoirs spéciaux pour Québec. Pourquoi? Parce que Québec, dans cette hypothèse, se trouvant être la seule province à majorité anglophone dans un pays, dans un continent de 200 millions de francophones – supposons qu’il y ait 200 millions de francophones aux Etats—Unis et 12 ou 13 millions dans le reste du Canada – en ma qualité de premier ministre du Québec, je ne demanderais pas moins pour les gens de langue anglaise que je demande actuellement pour ceux de langue française. Je n’aurais pas le droit d’abandonner certains des droits essentiels, certains des moyens essentiels de développement de cette collectivité de langue anglaise qui se trouverait, en quelque sorte, perdue dans un continent français. Je n’aurais pas le droit, dis-je, d’abandonner ces moyens entre les mains d’un gouvernement fédéral à prédominance française. Je ne sais pas si nous nous rendons suffisamment compte qu’il y a possibilité, même dans le régime actuel, et cela est possible en période de crise, que le gouvernement fédéral, les Chambres fédérales, soient constituées entièrement de Canadiens de langue anglaise d’un côté, alors que, de l’autre côté, il n’y aurait qu’une poignée, une toute petite minorité d’au plus 75

[Page 221]

(Hon. Daniel Johnson)

relations, following a procedure to be negotiated and which will not break up the country, for this is not our intention at all.

Mr. Chairman, I appeal to my colleagues from the other provinces so that those who still believe that federalism will work may have an opportunity, not of winning every point they put forward, but of negotiating within the commission whose creation we have proposed. We ask our colleagues not to prejudge the issues; above all, we urge certain colleagues to avoid giving people in Quebec the impression that their delegation has made this trip to undergo cross-examination by the other ten. The Quebec delegation came here to engage in discussions as an equal with the other provinces’ delegations, in committees set up to carry on the work so well begun and which, I hope, will one day Qulminate in the draft of a new made-in-Canada constitution.

Why let the task intimidate us? I am convinced that the views I have expressed would be endorsed by a great many English-speaking Canadian youth.

(ENGLISH)

When I look to the eventual promulgation of a constitution made in Canada I am convinced I am speaking not only for French-speaking Canadians but for a great proportion of young English-speaking Canadians, who are determined to have the stamp “Made in Canada” on the most important instrument, that is the constitution.

The Right Honourable L.B. Pearson: Mr. Johnson, we have all listened with the greatest possible interest, and I think some emotion, to what you have just said to us. You have told us what you cherish and what you want for your fellow Canadians who speak French.

What I want for Canada is the right for Canada through all of its legislatures and through the Parliament of Canada where all Canadian people are represented – I want the right for Canada to share in the development of equality for French language and culture throughout this country, and to share in the strengthening of what we have sometimes called the dual basis of our society. I don’t want to be excluded from that privilege and that responsibility. I want for Canada, when

[Page 222]

(L’hon. M. Johnson)

députés de langue française dans l’opposition. Qu’est—ce que cela voudrait dire?

Cela voudrait dire que si tous les pouvoirs restaient entre les mains du gouvernement fédéral, lorsque nous en viendrions aux moyens qu’il faut pour développer une culture spéciale, pour la rendre très active, très dynamique, tout le contenu des programmes de Radio—Canada, du point de vue culturel ou du point de vue éducatif, seraient par exemple dirigés par une administration fédérale qui, aux termes du nouveau bill C—163, recevrait ses instructions du gouverneur en conseil, et le gouverneur en conseil, dans cette hypothèse, pourrait être constitué seulement de Canadiens de langue anglaise.

Nous devons, dans un système fédéral oü il existe deux cultures prédominantes, trouver un moyen quelconque en vertu duquel, même en période de crise, il n’y aurait pas de danger de ce genre. Si cette situation allait se présenter, si, d’aventure, tous les Canadiens-français se trouvaient dans l’opposition, et tous les autres de l’autre côté, bref s’il n’y avait pas au sein du gouvernement des Canadiens de langue française, c’est ce qui déchirerait le pays. Toutefois, dans le régime fédéraliste, gràce à un équilibre convenable entre les gouvernements provinciaux et fédéral, si l’on augmentait les pouvoirs du Québec en matière d’éducation, notamment en ce qui concerne le contenu des émissions de Radio—Canada, cela nous permettrait d’éviter les dangers de cette crise. Voilà ce à quoi nous songeons, et j’espère que cet exemple fera comprendre jusqu’à quel point nous sommes sérieux. Je pense que tout le monde doit se rendre compte de la situation telle qu’elle est.

(Français)

Je ne veux pas être alarmiste, mais il y a, dans le Québec, plusieurs partis politiques. Il y a le R.I.N., le R.N.; il y a un mouvement qui n’est pas encore un parti politique, mais qui le deviendra probablement: le Mouvement Souveraineté-Association, de M. Lévesque. De plus, il y a deux partis majeurs: le parti libéral et le parti de l’Union nationale. Or, sur cette question des pouvoirs dont le Québec a besoin, il y a entente. On a pu s’en rendre compte par la déclaration, dimanche dernier, de l’ancien premier ministre et chef du parti libéral. On peut dire que sur ce minimum, il y a unanimité, dans le Québec, mais les deux partis majeurs cherchent une façon, malgré ces pouvoirs dont nous avons besoin, d’établir un fédéralisme à l’intérieur duquel les deux groupes culturels pourraient se développer.

[Page 223]

(Hon. L.B. Pearson)

the powers and jurisdiction which are being divided, redivided, as will be necessary in our new made—in—Canada constitution, to bring it into line with 1968. When in that division the provinces are given more authority, with special sympathy and understanding for Quebec in this division, I want that to be done without destroying the old essential powers for the federal government which will be necessary to hold the new Canada together.

I am sure Mr. Smallwood would agree over semantics. We can have linguistic problems inside one language as well as between two languages. When you talk about the two partners I think I understand what you mean, and I think all of us understand what you mean, because you talked about “nation” in the sociological sense, and you talked about two partners, or two nations if you like, in the sociological, cultural and linguistic sense, and that does exist in our country, not as a regrettable necessity but as a positive advantage to our country. But then you talk about the ten partners in the constitutional sense, and I would merely like to suggest that it is ten plus one, and, unlike the laws of mathematics normally, ten plus one equals two!

A Delegate: The new mathematics.

The Right Honourable L.B. Pearson: The new mathematics.

Now I am not going to straighten out some of your figures that have straightened out some of our ideas. I have got a lot of papers here with figures on equalization and all the rest of it. I would like to mention only one figure, because you mentioned the desirability of consultation and you related that to medicare. I have a whole paper here with all the federal—provincia1 meetings that have been held to discuss medicare – it occupies a page and a half, so there was some consultation. We will be doing all these things and discussing all these things when we get down to that kind of examination which we must put in train very shortly through the kind of machinery which will ensure that we keep it going until we have concluded.

[Page 224]

(L’hon. M. Johnson)

Monsieur le président, je suis en train d’abuser du temps que vous m’avez accordé, mais je pense que le reste du Canada devrait se rendre compte que ce n’est pas la culture anglaise ou anglophone qui est menacée actuellement en Amérique du Nord, mais bien la culture française. Cette culture française, nous voulons non seulement qu’elle survive, — les premiers ministres des autres provinces ont prouvé qu’ils le voulaient aussi — mais nous voulons aussi qu’elle soit dynamique, et pour qu’elle soit dynamique, pour qu’elle soit réellement en marche vers son épanouissement, pour que nous ne mourrions pas d’asphyxie, il faut que le reste du Canada se rende compte que nous n’avons aucune visée impérialiste, mais que nous avons besoin d’être consultés, d’être présents dans certains domaines, entre autres, les moyens d’éducation et même les relations internationales, selon une formule à être négociée qui ne fera pas sauter le Canada, car ce n’est pas là notre intention.

Monsieur le président, je fais appel à mes collègues des autres provinces, pour que ceux qui croient encore que le fédéralisme est possible aient une chance, non pas de gagner sur tous les points exposés par eux, mais aient une chance de négocier au sein des commissions dont nous avons proposé la formation. Nous demandons à nos collègues de ne pas préjuger, et nous demandons surtout à certains de nos collègues de ne pas donner au Québec l’impression que la délégation québécoise est venue ici pour être contre—interrogée par dix autres délégations. Elle est venue ici pour discuter, d’égale à égale, avec les délégations des autres provinces, dans des commissions qui, je l’espère, par des travaux bien faits et déjà bien engagés, d’ailleurs, nous amèneront un jour vers la rédaction d’une constitution nouvelle “Made in Canada”-

Pourquoi avoir eur de travailler? Je suis convaincu en parlant ainsi, de refléter meme ce que pensent beaucoup de jeunes Anglo—Canadiens.

(Traduction)

Je suis persuadé, monsieur le président, de travailler en vue de la promulgation future d’une constitution faite au Canada. J’exprime ici, je pense, non seulement le point de vue des Canadiens de langue française, mais celui d’un très grand nombre de jeunes Anglo-Canadiens qui sont résolus à apposer sur le document le plus important que nous possédions l’estampille “Fabriqué au Canada”.

[Page 225]

(Hon. L.B. Pearson)

On the general question I am going to ask my friend the Minister of Justice, who as Minister of Justice had so much to do on the federal side with the preparation for this conference, just to say a word to the meeting. I have been told, however, that I should qualify my remarks —- I don’t really see why I should but I have been told I should — concerning when the provinces are given more authority by adding that in this examination for discovery which we will be having we may find that the federal government has to have more authority too. I am glad to make that addition.

Mr. Trudeau, would you like to say a word?

Honourable P.—E. Trudeau: Thank you, Mr. Chairman. I understand it is permissible for bystanders when two Irishmen are slugging it out like Mr. Johnson and Mr. Smallwood – slugging it out with kid gloves —

Honourable Daniel Johnson: On the race, I would like to make a correction if the Minister does not mind.

Honourable P.-E. Trudeau: I am sorry. Mr. Johnson is not Irish. He is probably English!

A Delegate: Irish, I am sorry to say.

The Right Honourable L.B. Pearson: Let’s not bring ethnic matters into this discussion

A Delegate: In light of this English and French discussion I am glad now that we have got the Other races on

[Page 226]

(Traduction)

Le très honorable L.B. Pearson: M. Johnson, je crois que nous avons tous écouté avec un vif intérêt, de même qu’avec une certaine émotion, les observations que vous avez faites.

Vous nous avez dit ce que vous affectionnez; vous nous avez dit ce que vous voulez, ce que vous désirez, pour vos concitoyens Canadiens de langue française. Ce que je veux pour le Canada, c’est le droit, par le truchement de toutes ses Assemblées législatives et du Parlement du Canada, oû toute la population canadienne est représentée, de participer à la réalisation de l’égalité de la langue et de la culture françaises, d’un océan à l’autre, et de participer aussi à la consolidation de ce qu’on a appelé “le double socle de notre société”.

Je ne veux pas du tout être exclu de ce privilège et de cette responsabilité. Lorsque les pouvoirs et les compétences seront répartis de nouveau, ce qui sera nécessaire dans notre nouvelle constitution, faite au Canada, pour qu’on la rende conforme aux circonstances de 1968, les provinces recevront plus d’autorité, avec plus de sympathie et plus de compréhension pour le Québec. Je veux que cela soit fait sans détruire, sans effriter les pouvoirs essentiels que devra avoir le pouvoir central, pour cimenter le nouveau Canada.

Certaines des difficultés – et je suis certain que M. Smallwood sera d’accord avec moi – sont d’ordre sémantique. Nous pouvons avoir des difficultés à l’intérieur d’une même langue, comme nous pouvons en avoir dans le cadre de deux langues. Lorsque vous parlez de deux partenaires, de deux nations, je crois comprendre ce que vous voulez dire. Nous comprenons tous, je pense, qu’il s’agit du sens sociologique du mot, du sens culturel et linguistique. C’est un fait, dans notre pays; ce n’est pas une nécessité déplorable mais plutôt un avantage. Mais vous parlez de dix associés, dans le sens constitutionnel du mot. Or, je pourrais signaler ici que dix plus un, contrairement à la loi ordinaire des mathématiques, égalent deux!

Une voix: Les nouvelles mathématiques!

Le très honorable L.B. Pearson: Justement. Je ne vais pas refaire vos calculs, qui ont pu refaire ou remodeler certaines de nos idées. J’ai beaucoup de chiffres, ici, sur la péréquation. J’aimerais simplement mentionner un chiffre, car

[Page 227]

a broader basis.

Honourable P.—E. Trudeau: That is a good argument, Mr. Chairman, for our bill of rights. We will protect these ethnic problems with a constitutional approach.

What I want to say is that I am very grateful for the way in which Mr. Johnson has spelled out this morning his notion of equality. It is something which I found in the first part of his paper yesterday.

(TRANSLATION)

Reading his opening address for the Province of Quebec, Mr. Johnson said “we see no reason why … the same constitution should not give both de facto and de jure recognition to the equality of our two cultural communities”. If all the statements which were made yesterday tending to give increased rights to the French language throughout the country constitute one means of achieving this juridical equality of the two cultural communities, I agree with Mr. Johnson that we have made considerable progress this morning. What does concern me, however, is that he_has drawn from it the sixth conclusion, found on page ll: “the equality to be established between our two cultural communities depends not only on extending bilingualism territorially but even more on extending the jurisdictions of Québec, homeland of the French-Canadian nation”. This is where there would be an advantage in getting some clarification and explanation. I don’t think the Prime Minister of Quebec would be justified in saying there is unanimity in Quebec on this point. I think that the whole federal delegation, due to the very fact that it has come from the federal government level and is seated in Parliament, must take the stand that this extension of Quebec’s jurisdiction must have some limits, and it is these limits that we should attempt to define this morning.

The Honourable Premier of the Province of Quebec has given an example which he recognized as hypothetical, that of the C.B.C. What would happen, he asked, if a great majority of English-speaking Canadians in Parliament wanted to use the C.B.C. to limit the expression of French Canadian culture?

This example led him to state that the Province of Quebec should in the field of broadcasting and television have very considerably increased powers, which would not be the powers other provinces would need. But if we take this type of example we must certainly apply this example, or this hypothesis, to banking, to questions of taxation, tariffs, and international law, and it is certain that an English-speaking majority that would want to limit the Quebec group could do so in every

[Page 228]

(Le très hon. M. Pearson)

vous avez signalé qu’il fallait beaucoup plus de consultation, notamment en matière d’assurance médicale. En ce qui concerne le nombre de rencontres fédérales-provinciales pour discuter l’assurance frais médicaux, il faut une page et demie pour contenir toute la liste des rencontres. On doit avouer qu’il y a eu consultation.

Nous allons discuter de toutes ces choses lorsque nous ferons l’examen, que nous devons faire bientôt, du genre de rouage qu’il nous faudra établir jusqu’à ce que nous ayons mené ce projet à terme.

Sur la question générale, je vais demander à mon ami, le ministre de la Justice, qui a participé de façon si intense, du côté fédéral, à la préparation de la conférence, de faire quelques commentaires.

Je dois toutefois apporter certaines réserves; du moins c’est ce qu’on m’a dit. Les provinces recevront peut-être plus d’autorité, au terme des recherches que nous allons faire, mais il se_peut aussi que nous trouvions que le gouvernement fédéral doive avoir plus d’autorité également. Je ne vois pas d’inconvénient à ajouter cela.

Monsieur Trudeau, quelques mots?

L’honorable P.-E. Trudeau: Merci, monsieur le président. Pendant que M. Johnson et M. Smallwood, deux Irlandais, sont en train de se chamailler, fort courtoisement d’ailleurs, au sujet des règlements et des nouvelles répartitions, serat-il permis, je me demande, à un simple spectateur…

L’honorable Daniel Johnson: Au sujet de la race, j’aimerais faire un commentaire si le ministre le veut bien…

L’honorable P.-E. Trudeau: Oh! pardon. M. Johnson n’est pas Irlandais, il est Anglais. Vraisemblablement.

Une voix: Je regrette de le dire, il est Irlandais.

Le très honorable L.B. Pearson: Laissons tomber les questions de races et d’ethnie.

[Page 229]

(Hon. P.-E. Trudeau)

sector that comes under Section 91 of the Constitution.

As the Honourable Prime Minister of the Province of Quebec comes to the conclusion that he does draw in regard to the C.B.C., tomorrow he might draw the same conclusion as he does here in respect to international relations. In other words, the concept of federalism which the federal delegation supports States that the Quebec community in regard to all subjects that come under federal jurisdiction is protected in Ottawa by the Quebec members; its protection is not afforded by the Quebec government but by the representation of Quebec here in Ottawa. Mr. Smallwood was right yesterday in putting the question: Are the Quebec Members of Parliament nonentities?

(ENGLISH)

If I may deal with special powers, it is certain, Mr. Chairman, that no politician worth his salt would want to be a member of a ministry if in that ministry he came from a province which had such a degree of powers that he represented very little. We are all politicians here and we know the importance of a power base when a politician is pleading for a cause or seeking a form of justice. If a federal minister from Quebec is not allowed to represent the Quebec feeling when it comes to external affairs, or radio and television, or all social security matters, or income tax (since at other times Mr. Johnson has asked for 100% of direct taxation), or banking matters, or economic institutions, if a French Canadian minister, or indeed a Quebec minister in a federal cabinet, has to stand back when these matters are discussed in the federal cabinet and has to say, “Well, on these matters it is the Province of Quebec which has jurisdiction.” Every other minister here from every other province can speak about international affairs or banking, or indeed direct taxation, but we Quebec ministers cannot say anything because on these matters you must ask the Province of Quebec which has, as Mr. Johnson puts it, “extended jurisdiction on these matters”, in such a case the consequence would be obvious. No politician worth his salt would want to come to Ottawa; he would want to get to Quebec where the decisions on these matters are taken. That is also true of every civil servant. Why would a civil servant want to enter the Department of External Affairs if he were a French Canadian from Quebec if in these matters half the decisions were taken in Quebec? He would go there.

This is the kind of problem we have, Mr. Chairman, when we try to spell out the meaning of this equality. I

[Page 230]

(L’hon. M. Trudeau)

Une voix: A la lumière de toutes ces considérations anglo-françaises, je suis heureux que toutes les autres races aient au moins été mentionnées.

L’honorable P.-E. Trudeau: Voilà un excellent argument, monsieur le président, qui plaide en faveur de la Charte des droits. Nous allons protéger aussi les droits ethniques.

Je tiens à signaler que je suis très reconnaissant de la façon dont M. Johnson a énoncé sa notion de l’égalité.

(Français)

En lisant le discours inaugural de la province de Québec, l’honorable M. Johnson disait: “…nous ne voyons pas pourquoi la même constitution ne consacrerait pas aussi dans les faits comme dans les textes l’égalité juridique de nos deux communautés culturelles,…” Si toutes les déclarations qui ont été faites hier, tendant à donner des droits accrus à la langue française à travers le pays, sont une façon d’atteindre cette égalité juridique des deux communautés culturelles, je suis d’accord avec l’honorable M. Johnson que nous avons accompli un progrès considérable ce matin. Ce qui m’inquiète, cependant, c’est que, dans ses conclusions, à la page 20, on peut tirer comme sixième conclusion: “L’égalité à établir entre nos deux communautés culturelles ne dépend pas seulement d’une extension territoriale du bilinguisme, mais plus encore d’une extension des compétences du Québec, principal foyer de la nation canadienne-française”. C’est là-dessus, je pense, que nous pourrions avoir avantage à obtenir quelques éclaircissements.

Je ne pense pas que l’honorable premier ministre de la province de Québec soit justifié de dire que, sur ce point, il y a unanimité au Québec.

Je pense que toute la députation fédérale, du fait même qu’elle soit venue au niveau du gouvernement fédéral, qu’elle soit appelée à siéger dans un Parlement, doit prendre, et prend en fait, comme position, que cette extension des compétences du Québec doit avoir des limites, et ce sont précisément ces limites qu’il serait intéressant d’essayer de tracer ce matin.

L’honorable premier ministre de la province de Québec a donné un exemple, qu’il a reconnu comme étant hypothétique,

[Page 231]

(Hon.P.-E. Trudeau)

am concerned here, because if equality means, as we see in the earlier part of the memorandum, that the French Canadians can give themselves in Quebec power with institutions and a milieu which are accorded to the French Canadian culture and aspirations, if this means doing it in the jurisdiction of Section 92 of the B.N.A. Act dealing with the provinces, this is fine.

(TRANSLATION)

But if this means that Quebec must have special powers which are not allowed to the other Pkovinces, if when Quebec speaks of equality she means an extension of the jurisdiction of Quebec and this extended jurisdiction, if obtained, is obs tained directly here, obtained by a sort of delegation of power which was mentioned by some Prime Ministers yesterday, the result would be the same. We should be destroying the very reason for there being a French—Canadian government presence in Ottawa, and if we destroy the basis for French-speaking representation in Ottawa, even if We begin with special status positions, special powers, the inevitable and logical conclusion is that people with any ambition will not be interested any longer in federal politics, and as they will no longer be involved in federal politics they will abandon federal politics, and the next step Will be to say, “Well, nothing is happening in Ottawa that involves Quebec or French Canadians, so let’s separate, let’s form associated states.” It is this sort of problem, Mr. Chairman, that I think we should attempt to clarify here this morning.

For the past several years the governments of the Province of Quebec have been making claims in the constitutional field, and I am the first to state that I have made those claims myself. The theory and practice of the Canadian Constitution have not been satisfactory.

In the field of external relations, for instance, it is amazing that, even after the statements of courts on the Bennett “new deal” and the labour codes, it has taken 30 years for the federal government to begin to formulate a policy which is applicable to our federalism in the field of external relations.

I am not shocked at all that the governments of Quebec —— this government and the one that preceded it —— should exercise in this field powers which frequently have been rather neglected by the federal authority.

[Page 232]

(L’hon. M. Trudeau)

à propos de Radio-Canada, relativement à ce qui arriverait si une très forte majorité anglophone, au Parlement fédéral, voulait se servir de Radio-Canada pour brimer la culture canadienne—française.

Cet exemple l’amenait à dire que la province de Québec devait avoir, par exemple, dans le domaine de la radiodiffusion, des pouvoirs considérables, des pouvoirs accrus qui ne seraient pas ceux dont les autres provinces auraient besoin.

Mais si l’on prend cette sorte d’exemple, on doit aussi appliquer cet exemple ou cette hypothèse aux questions bancaires, aux questions de fiscalité, aux questions de tarifs–et aux questions de droit international.

Il est certain qu’une majorité anglophone qui voudrait brimer la collectivité québécoise pourrait le faire dans tous les secteurs qui relèvent de l’article 91 de la constitution.

Si l’honorable premier ministre de la province de Québec tire la conclusion qu’il tire à propos de Radio—Canada, il pourrait être appelé, demain, à la tirer, comme il la tire ici, au sujet des relations internationales.

Autrement dit, la conception du fédéralisme de la députation fédérale consiste à dire que la communauté québécoise, pour ce qui est de tous les sujets qui relèvent de la juridiction fédérale, est protégée, ici à Ottawa, par la députation québécoise, que sa protection n’est pas au niveau du gouvernement du Québec, mais au niveau de la représentation québécoise.

M. Smallwood a eu raison de demander, hier: Est-ce que les députés québécois a Ottawa deviendraient des entités non existantes, si le Québec avait des pouvoirs spéciaux?

(Traduction)

Aucun homme politique qui a de l’étoffe, s’il venait d’une province qui détienne un tel degré de pouvoir, ne voudrait être membre d’une administration qui, finalement, aurait très peu d’autorité. Nous sommes tous des hommes politiques. Nous savons quelle est l’importance d’une base solide, lorsqu’un homme politique plaide une cause ou demande la rectification d’une injustice.

Si un ministre fédéral venant du Québec ne peut représenter le sentiment collectif du Québec, dans le domaine des

[Page 233]

(Hon. P.-E. Trudeau)

I can only add, in passing — and you are more aware of it than I am, Mr. Prime Minister — that the federal government now has a policy, and the Honourable Paul Martin has prepared a very considerable and meaningful documentation on that subject. I think the federal government would be quite ready to discuss these problems. It will perhaps be Mr. Martin who could tell us when he wants to speak on these matters. Certainly, it is that with regard to federalism, the way to meet the problems that have plagued.us is to trust the French Canadian members at Ottawa to do their work. It is not to destroy the very basis for their presence here. It is possible, of course, that they did fulfil their tasks as they should have in the past.

The solution is not to ask more powers for Quebec but to change those representativeg from Quebec in Ottawa and put better ones there.

If we have faith in federalism – and that is the dilemma, Mr. Chairman, in which we have been put by the brief submitted by the Province of Quebec – we should realize that, for the past several years the Province of Quebec — and rightly so, I state and repeat, and when I speak of “the Province of Quebec”, I include myself — we have discussed the constitutional matters a great deal, but the clear stands, the reforms that are requested are never indicated. I think Mr. Manning was right, to some extent, when he asked, “Up to what point shall we have to make concessions? Up to what point shall we have to consider that the jurisdiction of the provinces is to be extended?”

If it is in some limited fields, there is no harm in that. All provinces have a sort of special status —- whether it be Newfoundland or the Prairie provinces — on natural resources up until the years of 1930, for instance – whether it be Quebec under section 94 on civil rights — all provinces have a certain special status. The Prime Minister of Canada has frequently stated that all these questions should be studied in the light of common sense and with an open mind.

When we claim that one province is speaking of the French Canadian nation, from the moment when that province claims that it has special rights to protect that French Canadian nation, I state that the consequence will inevitably be that the members of that nation who will attempt to take part in the work of the central government will lose their reason for being in Ottawa. That is what we want to avoid.

[Page 234]

(L’hon. M. Trudeau)

affaires étrangères, dans celui de la radiodiffusion, dans toutes les questions de sécurité sociale ou d’impôts sur le revenu – M. Johnson a souvent demandé 100 p. 100 des taxes directes, – dans celui des banques et des institutions financières. Si un ministre canadien-français, ou un ministre fédéral venu du Québec doit se mettre au rancart lorsque ces questions sont discutées au sein du cabinet et déclarer:

“Eh bien! c’est la province de Québec qui a la compétence dans la matière, je me tais. Les ministres des autres provinces peuvent présenter leurs opinions sur les banques, sur les institutions financières, sur les impôts directs, mais nous, ministres venant du Québec, nous ne pouvons rien faire ou dire là-dessus. Il faut consulter, il faut nous adresser aux autorités provinciales du Québec qui, comme M. Johnson nous l’a dit, ont compétence exclusive sur ces questions”, les conséquences seraient alors manifestes.

Aucun homme politique digne de ce nom ne voudrait venir à Ottawa. Il voudrait alors être élu au Québec, oû les décisions sur ces questions sont arrêtées, et il en va de même pour tous les fonctionnaires. Pourquoi, diantreî les fonctionnaires voudraient-ils entrer au service du ministère des Affaires extérieures? Je parle en ce moment des Canadiens français du Québec. Si la moitié des décisions étaient prises à Québec, ils voudraient se rendre à Québec, travailler à Québec. Voilà le genre de problème qui se pose, monsieur le président, lorsque nous essayons d’expliciter la signification de cette égalité.

Si l’égalité, comme le signale la première partie du mémoire, signifie que les Canadiens français peuvent se donner au Québec des cadres, des institutions et un milieu qui soient conformes à la culture et aux aspirations canadiennes-françaises, le tout selon les dispositions de l’article 92, je ne trouverais rien à redire.

(Français)

Mais si cela veut dire que le Québec doit avoir des pouvoirs spéciaux que les autres provinces n’ont pas, c’est autre chose.

Si la province de Québec, lorsqu’elle parle d’égalité, veut une extension des compétences du Québec – que cette extension soit atteinte directement, comme on l’obtient ici, ou qu’elle soit atteinte par cette sorte de délégation de pouvoirs dont quelques provinces ont fait mention hier – le résultat serait le même. On détruirait la raison d’être d’une

[Page 235]

(Hon. P.—E. Trudeau)

We are very happy about the progress madeyœsterday in the field of linguistic equality, because basically I think, that is what the French Canadians want. Mr. Johnson repeated it this morning; that is the field in which great progress has been achieved. I think French Canadians are amazed at this very considérable progress made yesterday in the field of the guarantee of language rights, not only at the federal government level —— and we will speak of that in a moment ourselves -— but at the level of practically all the provinces where there is a significant percentage of French Canadians. That is what “equality” means — equality of the two nations the sociological field, if indeed we are going to use word “nation.”

That is what “equality” means for us, in the sense of the linguistic communities that exist in this country, the two communities that speak the official languages. That is what “equality” means to us, and when that equality has become a fact, when it is guaranteed in a constitutional document, as we propose here, from that moment forward I feel that the question of special powers for the Province of Quebec is a question that becomes, in a sense, a challenge for French Canadians, because once they have language rights that are equal throughout the country, from the time when they will enjoy those rights within a system of constitutional guarantees, i.e. with a constitution that will prevent the hypothesis put by Mr. Johnson from becoming a fact in the field of the C.B.C. I think the French Canadians will not need special powers.

French Canadians do not want to be equals to all the other provinces at the federal level, and superior at the level of the Province of Quebec. They do not want to be equal in all provinces, and superior to the rest in the Province of Quebec.

I think the theory of the two nations, if interpreted along these lines as he mentioned is not a theory that the French Canadians support. It is not a theory that is either constitutionally or politically applicable, because if we have two nations in Canada, and if we draw the conclusions there–from that certain extremists in the Province of Quebec do, we must say there are two nations in Quebec in the sociological sense.

Twenty per cent of the population of Quebec is English-speaking. You yourself stated on several occasions that you were the protector of this minority, but do you draw the conclusions that flow from that? What does “two nations” in Quebec mean? Must they also have certain political institutions? Must they equally have certain guarantees? I think that to

[Page 236]

(L’hon. M. Trudeau)

présence canadienne—française à Ottawa. Si l’on détruit cette raison d’être, même si l’on ne commence que par une situation de statut particulier ou de pouvoirs un peu spéciaux, la logique inévitable, c’est que les gens cesseront – les gens intéressés à tout le moins – d’être intéressés par la politique fédérale, et cessant d’y être intéressés, ils abandonneront la politique fédérale et, ensuite, le pas suivant serait de dire: “Rien ne se passe à Ottawa qui concerne le Québec ou les Canadiens français, alors, séparons-nous ou, à tout le moins, formons des Etats associés, chacun chez soi.” C’est cette sorte de problème, monsieur le président, que je pense qu’on aurait intérêt à éclaircir ici.

Depuis plusieurs années, les gouvernements de la province de Québec font des réclamations constitutionnelles. Je suis le premier à le dire parce que je l’ai fait moi-même, Je suis le premier à dire que, dans beaucoup de domaines, la théorie et la pratique de la constitution canadienne n’ont pas été satisfaisantes.

Dans le domaine des relations extérieures, par exemple, il est certainement étonnant que même après la déclaration des tribunaux judiciaires, sur le “Bennett New Deal“, et sur les lois du travail, il est étonnant, dis-je, que cela ait pris cent ans au gouvernement central de commencer à formuler une politique applicable à notre fédéralisme, dans le domaine des relations extérieures.

Je ne me scandalise pas du tout que les gouvernements du Québec, celui—ci et son prédécesseur, exercent, dans le domaine, des pouvoirs qui ont souvent été un peu négligés par le gouvernement central.

Sur ce point, je ne puis qu’ajouter, entre parenthèses, et vous le savez mieux que moi, monsieur le premier ministre, que le gouvernement fédéral a maintenant une politique, et l’honorable Paul Martin a préparé une documentation considérable et importante là-dessus. Je pense que le gouvernement fédéral s’apprête à discuter ces problèmes, et ce sera peut être M. Martin qui nous dira à quel moment il voudra en parler. Mais il est certain que si l’on croit au fédéralisme, la façon de remédier aux maux du passé n’est pas de détruire la raison d’être des délégués canadiens—français à Ottawa, mais, au contraire, de se fier à eux pour faire le travail qui, peut-être, dans le passé, n’a pas été fait avec assez de zèle.

La solution, s’ils ne font pas ce travail, ce n’est pas de demander plus de pouvoirs, mais de changer ces représentants

[Page 237]

(Hon. P.—E. Trudeau)

put the problem is to answer it. And that is equally why we must congratulate ourselves upon the progress made towards the equality of the linguistic communities in Canada.

Mr. Chairman, that is what I wanted to state this morning in regard to this notion of equality. However, I think we should not part without bringing the greatest clarification to the examination of this question, because the constitutional confusion that has existed throughout the country for the past few years must not be perpetuated into the future.

We are here to attempt to build on the basis of an understanding of the positions of all groups facing each other. I do not mean by that that we should be in agreement at the outset, but that we should attempt to find out what is understood when we speak of “federalism”, what the various parties mean when they use the term “regionalism,” when they speak of “language equality.”

That is why I thank you, Mr. Chairman, for having allowed me to speak for a few minutes.

(TRANSLATION)

Honourable Daniel Johnson: Mr. Chairman, I do not want to take undue advantage of your good nature, but I have just discovered that I might have more difficulty with the federal government’s spokesman than with several of those representing provincial governments. And even though it is distasteful to be forced to do so publicly, I owe it to myself to make clear certain views that have been attributed to me and to draw attention to arguments which smack of sophistry.

The member for Mount Royal asks: “What would we members of parliament from Quebec do in Ottawa if we did not have the people’s confidence, for instance in matters pertaining to radio and television?” Let me begin by making it clear to everyone that we are not seeking control of the CBC English network.

If we accept the Justice Minister’s argument that we must rely on federal members and ministers from Quebec to look after radio and television programme contents which are closely allied — on this we all agree -— with education and culture, why not extend them our confidence with respect to

[Page 238]

(L’hon. M. Trudeau)

et d’en mettre des meilleurs.

Si l’on croit au fédéralisme — et c’est là le dilemme, monsieur le président, qui nous est présenté par le mémoire de la province de Québec — c’est que, encore une fois, depuis plusieurs années, la province de Québec, à juste titre, je le répète — quand je parle de la province de Québec, je m’inclus – nous avons beaucoup discuté de questions constitutionnelles, mais les positions claires et précises, les réformes exactes qui sont demandées ne sont jamais données, et je crois que M. Manning avait un peu raison de dire, hier: “Jusqu’où faudrat—il que nous fassions des concessions, ou jusqu’où faudra—t-il considérer que les compétences de la province doivent être étendues?”

Si c’est en quelques domaines limités, il n’y a certainement pas de mal à cela. Toutes les provinces ont une sorte de statut particulier, qu’il s’agisse de Terre-Neuve, ou qu’il s’agisse des provinces des Prairies — portant sur les ressources naturelles, jusque vers les années ’30 – qu’il s’agisse de la province de Québec, en ce qui regarde l’article 94 et les droits civils, toutes les provinces ont une certaine position particulière, et le premier ministre du Canada a souvent dit que toutes ces questions devaient être envisagées avec bon sens et ouverture d’esprit.

Mais à partir du moment oü l’on prétend qu’une province parle au nom de la nation canadienne-française, et à partir du moment oû cette province prétend avoir des droits particuliers pour protéger cette nation, je vous dis que la conséquence devra être inévitablement que les membres de cette nation, qui essaieront de participer au gouvernement central, perdront leur raison d’être, et c’est ce que nous voulons éviter. Nous sommes très heureux du progrès qui a été réalisé hier, dans le domaine de l’égalité linguistique, parce que, au fond, je pense que c’est ce que les Canadiens français veulent. Je pense que c’est cela, et M. Johnson l’a répété ce matin, c’est ce qui est le grand progrès. Je pense que les Canadiens français sont étonnés de cette avance considérable qui a été faite hier, dans le domaine de la garantie des droits linguistiques, non seulement au niveau du gouvernement fédéral – et nous en parlerons tout à l’heure nous-mêmes – mais au niveau d’à peu près toutes les provinces oû il y a un pourcentage significatif de Canadiens français.

C’est cela, pour nous, “l’égalité” des deux nations, au sens sociologique, si l’on veut employer le mot “nation”. Et c’est certainement cela, pour nous, “l’égalité” au sens des

[Page 239]

(Hon. Daniel Johnson)

all matters set forth in section 92? Why not count on them to handle the field of éducation? Why not health? Why shouldn’t each province trust its federal representatives to exercise its full range of powers, particularly those listed in section 92?

If each province has adequate representation in Ottawa, why shouldn’t we close our provincial législatures, let Ottawa handle everything, stop talking about federalism and accept life in a unitary state?

There were people who advocatéd such a course at the time of Confederation and there are still some who favour it as we try to evolve a new form of federalism. I respect their opinion, but obviously I do not share it.

There is no formal provision in the conference agenda for discussing these issues, except under the heading “other constitutional matters”. We decided not to put any of the problems dealt with in our brief on the agenda because we knew the federal government’s programme was quite heavy even before the Premier of Nova Scotia requested consideration of an extra question. Besides, as we pointed out in Toronto, the whole federal system needs to be re-examined and renegotiated in working sessions.

Here as in Toronto, so as to prevent possible surprise or misunderstanding, we have indicated our initial position and put forward basic proposals as a starting point for negotiations, just as the federal government has taken basic stands from which to open negotiations. The next step in ironing out the problems of federalism is to set up one or more commissions, along the lines we suggested.

At this point, I would like to call the attention of my colleagues from the other provinces to a document with which they are all familiar. I refer to the Laurendeau-Dunton Commission Report, on which we based that section on our brief which goes to the root of our problems. In fact we quoted in full the relevant paragraphe from the introductory part which was unanimously endorsed by the Commissioners. If you will bear with me, I would like to read the end of paragraph 89: “The problem can be succinctly formulated. How can we integrate the new Quebec into present-day Canada, without curbing Quebec’s forward drive and, at the same time, without risking the breaking up of the country?”

[Page 240]

(L’hon. M. Trudeau)

communautés linguistiques qui existent dans ce pays, les deux communautés qui parlent les langues officielles. C’est cela l’égalité pour nous. Et quand cette égalité sera atteinte et quand elle sera enregistrée, quand elle sera garantie dans un document constitutionnel comme nous le proposons ici, à partir de ce moment-là, je pense que la question des pouvoirs spéciaux pour la province de Québec est une question qui constitue, en quelque sorte, un “affront” pour les Canadiens français. Parce que, à partir du moment oü ils auront des droits linguistiques égaux dans l’ensemble du pays, à partir du moment oü ils joueront à l’intérieur d’une constitution qui garantit leurs droits et, par conséquent, une constitution qui empêcherait l’hypothèse posée par M. Johnson, tout à l’heure, à propos de Radio-Canada, de se réaliser, à partir de ce moment—là, je crois que les Canadiens français n’ont pas besoin de pouvoirs spéciaux. Ils ne veulent pas être des égaux à toutes les autres provinces, au niveau fédéral, et des supérieurs, au niveau de la province de Québec. Ils né veulent pas être égaux dans toutes les provinces, et supérieurs dans la province de Québec. Et je pensé que la théorie des deux nations, si elle s’interprète dans ce sens—là, n’est pas une théorie que les Canadiens français appuient; elle n’est pas, non plus, une théorie qui soit constitutionnellement ou même politiquement applicable. Parce que s’il y a deux nations au Canada, et qu’on en tire les mêmes conclusions que certains extrémistes de la province de Québec, il faut dire aussi qu’il y a deux nations dans la province de Québec au sens sociologique du mot puisque vingt pour cent de la population est anglophone. Vous avez déclaré vous-même, à plusieurs reprises, que vous vous en faisiez le protecteur. Mais en tirez—vous aussi les conséquences?

Deux nations dans le Québec, cela veut dire quoi? Est-ce qu’elles doivent aussi avoir certaines institutions politiques? Est-ce qu’elles doivent aussi avoir certaines garanties? Je pense que poser le problème, c’est y répondre, et je pense que c’est aussi pourquoi il faut se féliciter du progrès qui a été fait hier, dans le sens de l’égalité des communautés linguistiques au Canada.

Voilà, monsieur le président, ce que je voulais dire sur cette notion d’égalité, et je pense que nous aurions intérêt à ne pas nous séparer sans y apporter le maximum de précision, parce que le genre de confusion constitutionnelle qui règne à travers le pays depuis quelques années ne doit pas se perpétuer. Nous sommes ici, précisément, pour essayer de bàtir sur la compréhension des positions de l’autre. Je ne dis pas que nous devons être d’accord au départ, mais je crois

[Page 241]

(Hon. Daniel Johnson)

This is the crux of the problem on which we are now bringing open minds to bear in search of a solution. Need I add that in the General Introduction to Book I of their Report, the Commissioners refer to the political dimension of equality between the two linguistic and cultural communities, a factor which must be taken into account if we mean to face the issue squarely.

The admission that the federal government has made an effort during the last few years implies that the situation before that was deplorable. We must be consulted, we must come to an understanding, we must receive assurances to prevent the recurrence of the sorry state of affairs to which the Minister of Justice also referred.

I did not say this morning that the breakthrough respecting language rights was the major improvement, although I did say it was significant. But it would be a serious error to believe that Quebec will be content once people elsewhere are able to speak French.

I am sorry, but I must repeat what I said in Toronto: this problem cannot be solved with an aspirin tablet; it goes much deeper than that. The danger to Canada is greater if we ignore it than if we face up to it squarely, without réservations and in complete good faith, bearing in mind that our people prefer federalism. This is my personal opinion; it is the view of the party I represent and it is also subscribed to by the main opposition party in Quebec – the Lib- erals.

The two major parties in Quebec are also in agreement on certain prerequisites, certain basic conditions without which, as they see it, there can be no federal system. Eventually, it will come to this: If the French Canadian nation does not feel at home in Confederation, there will be no more talk of a “French Canadian nation”, but rather of a “Quebec nation”.

We made clear to everyone our view that the mandate which we received in 1966 required us to seek equality above all else. We have also said publicly -— and put in writing — that there was a part for Ottawa to play in bringing about equality for the French Canadian nation., There are roles for the other provinces as well, and most have indicated their intention of playing it if they have not in fact already begun. However, like it or not, the leading role will always be taken by the Province of Quebec. The main responsibility

[Page 242]

(L’hon. M. Trudeau)

que nous devons, au départ, savoir ce que l’autre entend lorsqu’il parlé de fédéralisme, ce que l’autre entend lorsqu’il parlé de régionalisme, ou ce que l’autre entend lorsqu’il parle d’égalité linguistique.

Voilà pourquoi, monsieur le président, je vous remercie de m’avoir laissé quelques moments la parole.

L’honorable Daniél Johnson: Monsieur le président, je ne voudrais pas abuser de votre gentillesse, mais je viens de découvrir que j’aurais peut-être plus dé misère avec l’interlocuteur du gouvernement fédéral qu’avec ceux de plusieurs provinces, et même si c’est extrêmement désagréable d’avoir à le faire en public, je me dois d’éclaircir certaines positions que l’on m’attribue et d’attirer l’attention sur ce qui me paraît être un sophisme.

Evidemmént, le député de Mont-Royal dit: “Mais, qu’estce que nous ferions à Ottawa, nous, les députés du Québec, si l’on n’a pas confiance en nous, en ce qui concerné la radio et la télévision, par exemple?”

D’abord, il faudrait qu’il soit très clair dans l’ésprit de tout le monde que nous ne demandons pas de contrôler la section anglaise de la radio d’Etat.

Si nous devons, selon la thèse du ministre fédéral de la Justice, faire confiance aux députés et ministres du Québec dans le domaine du contenu des émissions de radio et de télévision, contenu qui touché – personne ne le niéra – à un domaine qui est lié à ceux de l’éducation et de la culture, pourquoi ne pas faire confiance aux députés fédéraux dans toutes les matières de l’article 92?

Pourquoi ne pas leur faire confiance dans le domaine de l’éducation? Pourquoi ne pas leur faire confiance dans le domaine de la santé, et pourquoi toutes les provinces ne feraient- elles pas confiance à leurs députés fédéraux en ce qui concerné tous leurs pouvoirs, notamment ceux de l’article 92?

Si la représentation de chacune des provinces à Ottawa est suffisante, pourquoi ne pas fermer nos législatures provinciales, tout laisser entré les mains d’Ottawa et ne jamais plus parler de fédéralisme, mais vivre dans un Etat unitaire?

Il s’en est trouvé, au moment de la Confédération, qui parlaient ainsi, et, au moment oü nous tentons d’arriver à une

[Page 243]

(Hon. Daniel Johnson)

for French Canadians in the new Canadian federal system which We expect to fashion will be Quebec’s. This is so much in the nature of things that if I were to disappear from the scene tomorrow morning and my successor at this table were Prime Minister of Quebec, he would adopt the same stance. This is not an attempt to minimize the role of federal Members of Parliament. Indeed, it seems to me that they still have a great deal of work to do within their own jurisdictions, as set forth in section 91. More specifically, they might deal a bit more effectively than they have to date with the Vietnam question and concern themselves With a host of problems in areas of clearly federal competence.

If we hope to make progress, I feel that this conference should set up the proposed commissions where each of these problems might be discussed in a more serene and perhaps more favourable climate.

I am not passing judgment, merely acknowledging certain occurrences on the federal political scene. Once the new government leader has been chosen and knows he has a mandate, I expect it will be a little easier to negotiate within the different commissions and to arrive at firm conclusions and solutions.

However, I would like it clearly understood that Quebec —— the oldest or at least the second oldest province in Canada —— did not come hat in hand to beg Ottawa for rights, but rather to negotiate means of developing, within a federal system, a strong and dynamic Quebec which will continue to respect her minorities as she has historically done, and even provide them guarantees in her internal constitution.

(ENGLISH)

The Right Honourable L.B. Pearson: Gentlemen, we have been discussing a very important matter, one which is, of course, basic to the success of this conference, and basic far beyond that. We have been discussing this matter, basing our discussion on, as Mr. Johnson put it, initial positions which have been taken —- which is the way you should begin the negotiation of an important matter; and we have been discussing it at an open conference, which is something new in our federal-provincial relations, which I think is all to the good too.

[Page 244]

(L’hon. M. Johnson)

nouvelle forme de fédéralisme, il s’en trouve encore qui parlent ainsi. Je respecte leur opinion, mais sans la partager. C’est évident.

Nous n’avons pas été convoqués ici, selon l’ordre du jour officiel, pour discuter de ces questions, sauf sous l’entête “Autres questions constitutionnelles”.

Nous n’avons voulu faire inscrire à l’ordre du jour aucun des problèmes mentionnés dans notre mémoire, pour une raison très simple: c’est que nous savons que l’ordre du jour est déjà assez chargé avec les sujets qui ont été inscrits par le gouvernement fédéral et à la demande du premier ministre de la Nouvelle—Ecosse et, deuxièmement, nous l’avions dit à Toronto, c’est tout le régime fédéral qu’il faut réétudier, renégocier autour d’une table. Mais nous avons, pùur éviter toute surprise, toute méprise, et à Toronto et ici, dévoilé notre position de départ, nos propositions de base, quitte ensuite à négocier, comme le gouvernement fédéral a dévoilé ses posiw tions de base, quitte ensuite à négocier; et la façon de chercher à solutionner le problème du fédéralisme, c’est d’établir une ou plusieurs commissions, comme nous l’avons suggéré.

Je voudrais ici attirer l’attention de mes collègues des autres provinces sur un document qu’ils connaissent bien, et sur lequel nous avons basé tout notre mémoire, toute cette partie du mémoire qui crée le plus de problèmes, c’est le rapport de la Commission Laurendeau—Dunton. On aura remarqué que nous avons cité les principaux paragraphes, les paragraphes pertinents, de cette partie unanimement acceptée par tous les commissaires. J’aimerais citer la fin du paragraphe 89 oû il est dit: “Le problème peut donc se formuler ainsi: comment intégrer le Québec nouveau dans le Canada d’aujourd’hui, sans contraindre l’élan québécois, mais aussi sans risquer l’éclatement du pays.”

C’est là tout le problème, et c’est le problème que nous tentons, en toute ouverture d’esprit, de régler. Est-il nécessaire d’ajouter que c’est dans ce rapport, que c’est dans cette Introduction générale du rapport que l’on mentionne la dimension politique que pose l’égalité entre les deux communautés linguistiques et culturelles.

Cette dimension politique, il faut en tenir compte; autrement, nous passons tout à fait à côté de la question.

Evidemment, si l’on admet que, depuis quelques années, Ottawa fait un effort, on admet donc que la situation était

[Page 245]

(Hon. L.B. Pearson)

If we have got on to this very important matter before we have completed the other items of our agenda, I do not think we should complain about that. We have put linguistic and cultural rights matters on our agenda first —— as you know, Items 2A and 2B —— partly because that was the way this conference developed, though events overtook us during the course of the development, and partly because we thought that when we talked about constitutional change it was not unreasonable to begin with basic fundamental rights that should go into a constitution; and partly because we felt there would be very considerable agreement on these matters —— as, indeed, there was yesterday, and that was most encouraging.

If we put these matters on first, it was not because we felt this was the only or, indeed, if you like, the major problem that will face us in constitutional change. There is, as Mr. Johnson has said, a constitutional problem affecting the future of this country which is deeper than the ones we put on Item 2 —— deeper because it will be more difficult, for one reason, and because the division of powers and jurisdictions in a federal system is always, perhaps, a most difficult aspect of the building up of a federation, of a new con- federation. And we realize, I am sure all of us, Mr. Johnson, that when we discuss this we will appreciate the political dimension of this constitutional discussion, because they certainly do exist.

I think it will be a very important step forward to have outlined our initial positions, if we can agree, as I hope We can before this conference ends, on the kinds of procedure and machinery which will ensure that these basic discussions go forward until we reach agreement —— as I know we can reach agreement.

Does anyone else wish to say anything about Item 1, which we are still on?

Honourable P.—E. Trudeau: Well, one word, Mr. Chairman.

(TRANSLATION)

The member for Bagot said that he had a great deal more trouble with his federal vis-è—vis. I do not think that we should part by saying everything would have gone very well

[Page 246]

(L’hon. M. Johnson)

déplorable, et avant que cela ne se reproduise, il faudrait bien que nous soyons consultés, que nous nous entendions et que nous recevions des assurances pour que ne se répète pas cet état déplorable que l’honorable ministre de la Justice admet, lui aussi.

Je n’ai pas dit, ce matin, que ce déblocage au point de vue linguistique était le plus grand progrès, mais j’ai dit que c’était là un grand progrès, et l’on se fait des illusions si l’on s’imagine que le Québec va être satisfait parce qu’on peut parler français ailleurs. Je regrette d’être obligé de le dire, de répéter les propos tenus à Toronto: ce n’est pas une aspirine qui va régler le problème.

Le problème est plus profond et, à l’ignorer, on fait courir au Canada un plus grand risque que si on l’envisage clairement, sans aucune réticence, mais en toute bonne foi, en tenant compte que nos gens voudraient de préférence le fédéralisme.

C’est mon opinion, c’est celle du parti que je représente, et aussi l’opinion du principal parti d’opposition, du parti libéral dans le Québec. Mais nous nous rejoignons, les deux grands partis, sur certains impératifs, sur certains postulats, sur certaines conditions de base sans lesquelles, d’après nous, les deux principaux partis, il n’y a pas de fédéralisme possible. Et le problème va se poser un jour: si la nation canadienne—frangaise ne se sent pas à l’aise à l’intérieur de la Confédération, on ne parlera plus de nation canadienne—française, mais on parlera de nation québécoise.

Nous avons clairement exprimé à tout le public que nous considérions notre mandat reçu en l966 comme celui de la recherche, d’abord, de “l’égalité”. Nous l’avons clairement exprimé, publiquement — nous l’avons écrit — que pour en arriver à cette égalité de la nation canadienne—française, Ottawa avait un rôle à jouer.

Les autres provinces ont un rôle à jouer et elles ont, pour la plupart, manifesté clairement leur bonne volonté, elles sont même passées aux actes. Mais le principal rôle sera toujours joué par la province de Québec, qu’on le veuille ou non. La principale responsabilité, dans un fédéralisme canadien, que nous pouvons établir, je l’espère, la principale responsabilité sera quand même celle du Québec. C’est une chose qui est inscrite dans les faits, et même si je disparaissais demain matin, mon successeur è cette table, s’il était le premier ministre de la province, parlerait ainsi. Ce n’est pas pour mi-

[Page 247]

(Hon. P.—E. Trudeau)

as far as the provinces are concerned, but because of the personality of the federal spokesman that things did not turn out as well as they should have.

(ENGLISH)

The Premier of Quebec seems to have the intention of saying, in a way, that his only difficulty was with the federal government. Mind you, if all the provinces, other than Quebec, wish to grant a very special status to Quebec, and wish to grant a great deal more powers to the province of Quebec, and still in no way diminish the rights of French Canadians in their provinces, indeed, to recognize the rights of the French Canadians in their provinces, as they said yesterday they would do; and if we are prepared to put into the constitution that members of parliament, ministers and civil servants from Quebec will have as much right to work and operate in their language, and as much right to sit on any decision which parliament is taking or which Cabinet is taking, this is fine.

I am a French Canadian and I am from Quebec, and the difficulty I see is not with the federal government; it is with federalism. But if Canada wishes to give a very special status to Quebec and still grant everything that the French Canadians ask for, in terms of language and in terms of representation in Ottawa, this is fine; and I do not think Mr. Johnson, or any other premier of Quebec, would have difficulty with the French Canadians in Ottawa. If we can have our cake and eat it too, I am very happy.

A Delegate: And the frosting!

Honourable P.—E. Trudeau: And the frosting and the candles on the cake too.

So, I want to make that clear, that Mr. Johnson’s difficulty is not with the federal government; it is with federalism, as such. And if we can find in our commissions -— and perhaps he is right in being very optimistic about it —— if we can find a way of hammering this out and of granting special powers to Quebec, or increased jurisdictions to Quebec, and guarantee in the same constitutional document vastly increased powers for

[Page 248]

(L’hon. M. Johnson)

nimiser le rôle des députés fédéraux, car il me semble qu’à l’intérieur de leur juridiction, a l’intérieur de l’article 91, ils ont encore du boulot à faire.

On pourrait s’occuper du Vietnam un peu mieux qu’on s’en est occupé jusqu’à maintenant, si l’on veut que j’en parle ouvertement. On peut s’occuper d’une foule de problèmes qui concernent le gouvernement fédéral, problèmes qui sont clairement de sa juridiction; et je crois que cette conférence devrait, si l’on veut progresser, établir ces commissions oû chacun de ces problèmes serait discuté, en dehors, dans un climat peut-être plus favorable que celui qui prévaut.

Je ne juge pas, je ne fais que constater certains événements politiques fédéraux. Quand nous connaîtrons le nouvel interlocuteur définitif et qu’il se sentira en sécurité, ce sera un peu plus facile, je pense, dans des commissions, d’en arriver à des conclusions et à des solutions, à la suite de négociations.

Mais je voudrais qu’il soit clairement établi que le Québec, comme province, la plus vieille ou la deuxième au Canada, que la province de Québec, dis-je, n’est pas venue que, mander des droits à Ottawa. Elle est venue négocier pour que, à l’intérieur du fédéralisme, on puisse développer un Québec fort, dynamique qui respecte ses minorités, qui voudrait continuer à les respecter et leur donner des garanties dans sa constitution, même dans sa constitution intérieure.

(Traduction)

Le très honorable L.B. Pearson: Messieurs, nous avons discuté, jusqu’à maintenant, de certaines questions de la plus haute importance, questions, d’ailleurs, dont dépend non seulement le succès de la conférence, mais bien des choses encore.

Nous avons fondé nos entretiens, comme le disait M. Johnson, sur des premières positions. C’est du reste ainsi qu’on doit commencer la négociation, dans des matières aussi importantes. Nous les avons discutées en conférence ouverte, ce qui est nouveau dans les rapports entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux, et je crois que c’est bien ainsi.

Je ne crois pas que nous devions nous plaindre d’avoir abordé ces questions très importantes avant d’avoir épuisé les autres articles de l’ordre du jour.

[Page 249]

(Hon. P.-E. Trudeau)

the French Canadians across Canada, then, once again, I am all for it, and I will be happy to work in that direction.

The Right Honourable L.B. Pearson: It is my impression that we are learning what we have to hammer out.

Honourable Daniel Johnson: May I just make a correction also -— and I will make it in English because it is directed to my fellow premiers of provinces.

When I talked about difficulty with the interlocutor, I did not mean the federal government specifically; it was with the Minister of Justice.

The Right Honourable L.B. Pearson: The Minister of Justice is a member of the federal cabinet, and in this government, of course, we adopt the principle, without qualification, of cabinet solidarity!

Honourable Daniel Johnson: Sir, you took the words right out of my mouth.

The Right Honourable L.B. Pearson: I am glad I did.

It is my feeling -— I do not know whether it is yours —— that we should have a coffee break, and that after a coffee break we should meet for half an hour or so before lunch, in executive session, to decide how we will organize the rest of our agenda. Would that be a good idea? Mr. Robarts?

Honourable Mr. Robarts: Yes, Mr. Chairman.

(RECESS)

[Page 250]

(Le très hon. M. Pearson)

Nous avions nous-mêmes fait passer le problème culturel et linguistique è la tête de notre ordre du jour, aux articles 2 (a) et 2 (b), en partie parce que c’est ainsi que les événements l’ont commandé, et aussi parce que nous avons pensé qu’en parlant de changements constitutionnels, il n’était pas déraisonnable de commencer avec des droits fondamentaux qui pourraient être inscrits éventuellement dans une constitution.

Nous avions pensé en outre qu’il nous serait vraisemblablement possible de nous mettre plus ou moins d’accord sur ces questions. C’est du reste ce qui s’est produit hier, ce qui était fort encourageant.

Si nous avons fait passer ces questions avant les autres, ce n’est pas que nous pensions que ce fût le grand obstacle è surmonter dans la voie de la modification de la constitution, encore moins le seul. M. Johnson avait raison de dire qu’il existe en effet un problème constitutionnel, engageant l’avenir même de notre pays, et allant bien au-delà de ce que nous avons inscrit à l’article 2. Bien au-delà, dis-je, parce que, d’abord, ces problèmes sont plus difficiles à régler, et ensuite parce que la répartition des attributions ou compétences, en régime fédératif, est assurément l’un des aspects les plus difficiles de la constitution d’une nouvelle confédération.

Nous convenons tous, sans doute, M. Johnson, que lorsque nous parlons de ces choses, nous ne devons pas être insensibles à la dimension politique de cette discussion constitutionnelle, car cette dimension politique existe incontestablement. Ce sera un grand pas en avant que d’avoir ainsi précisé, au départ, nos points de vue essentiels. Si nous pouvons nous mettre d’accord – et j’espère que nous pourrons le faire avant la fin de la conférence – sur les modalités à adopter pour que ces discussions puissent se poursuivre de façon que nous en arrivions à un accord, – et je sais que cet accord est possible.

Quelqu’un a-t-il quelque chose à ajouter là—dessus, à ajouter au sujet de l’article l de l’ordre du jour, sur lequel nous sommes toujours?

(Français)

L’honorable P.-E. Trudeau: Le député de Bagot disait qu’il avait plus de misère avec l’interlocuteur du gouvernement fédéral. Je ne voudrais pas qu’on se sépare en disant: tout allait bien avec les provinces, mais c’est l’interlocuteur du gouvernement fédéral quizaempêché les choses de fonctionner.

[Page 251]

FOURTH SESSION: TUESDAY AFTERNOON

RIGHTS OF CANADIANS

— Recommendations of Royal Commission
on Bilingualism and Biculturalism

The Right Honourable L.B. Pearson: Perhaps before we resume our discussions I should recapitulate the decision we made during the half hour or so we were in executive session. We discussed the procedure in dealing with the agenda this afternoon. After we complete Item 2, we would go on to Item 4 — Questions of Regional Disparity; then on to 3, and then to 5. Also in that half hour this morning we decided to set up a committee of officials Which will be meeting this afternoon on the problem of continuing machinery to carry on the Work of this conference — how it can best be done,

I think this will be a very important part of our proceedings, and I would hope that by tomorrow morning we will have from that committee an agreed report Which we can deal with tomorrow morning.

While we have already covered in our general discussion a good deal of the subject matter under “Rights of Canadians”, I would like, if I could, to say a few words under 2(a), taking into consideration the very encouraging discussion we had yesterday and see where we go from here.

I think we are all very pleased —— I know I am —« that the consensus which seems to be emerging With regard to language rights. We have heard at this conference from most premiers and also from the Government of Canada a firm expression of intention that French—speaking Canadians outside Quebec should have the same rights as Englishwspeaking Canadians in Quebec. That, of course, is the burden of the Royal Commission’s recommendation in its report on this subject. The principal difference among us concerns whether there should first be a declaration of principle in laws or in the constitution, and then a planned program of implementation, or whether the plan for implementation should precede any legislative or constitutional action, where that is required.

A declaration of specific principles are, in our view, extremely important if for no other reason than because French speaking Canadians have for a long time now been asked to accept generalities — if you Want to put it this Way: amiable ambiguities. I Would hope that this conference accepts the

[Page 252]

(L’hon. M. Trudeau)
(Traduction)

Il semble que ce soit l’intention du premier ministre du Québec de dire que les seules difficultés qu’il a eues, il les a eues avec le gouvernement fédéral. Si toutes les provinces, autres que la province de Québec, veulent accorder un statut spécial à celle—ci, si elles veulent lui accorder des compétences plus considérables, sans préjudice des droits des Canadiens français dans leur propre province, si elles dési rent reconnaître les droits des Canadiens français dans leur province, comme on l’a dit hier, et si nous sommes disposés à inscrire dans notre constitution le fait que les fonctionnaires, les parlementaires, les ministres venant de la province de Québec ont le droit de participer à des travaux dans leur langue et de participer aux décisions que pourrait prendre le Parlement, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes pour les Canadiens français et les Québécois.

Je suis Canadien français et je suis de la province de Québec: pour moi, la difficulté ne vient pas du gouvernement fédéral; elle vient du fédéralisme. Si le Canada veut accorder un statut spécial au Québec, tout en accordant aux Canadiens français tout ce qu’ils demandent, du point de vue de la langue, du point de vue de la représentation à Ottawa, alors, il n’y aura plus rien à redire. Je n’y vois pas d’inconvénient. Dans ces conditions ni M. Johnson ni aucun autre premier ministre de la province de Québec ne pourra avoir d’ennuis avec les Canadiens français à Ottawa. S’il veut jouer gagnant sur les deux tableaux, si les Canadiens français peuvent jouer gagnants sur les deux tableaux, pourquoi m’y opposerais—je?

Je voudrais quand même dire clairement que la difficulté de M. Johnson n’est pas au niveau du gouvernement fédéral, mais bien au niveau du fédéralisme lui—même. Si nous pouvons trouver, au sein de nos commissions, — il a peut—être raison d’être optimiste, – une solution à ce problème, trouver une façon de modifier la compétence du Québec, d’augmenter les pouvoirs du Québec, tout en garantissant dans un document constitutionnel un accroissement considérable des pouvoirs des Canadiens français par tout le pays, j’y serai favorable. Je me ferai un plaisir d’y travailler.

Le très honorable L.B. Pearson: Je pense que nous voyons un peu le problème que nous avons à résoudre.

L’honorable Daniel Johnson: Monsieur le président,

[Page 253]

(Hon. L.B. Pearson)

consensus, as I have expressed it, that we around this table are resolved to assure the French Canadians outside Quebec the same rights as those enjoyed by English—speaking Canadians inside Quebec.

If that is the consensus, then I think our next job — and this is the kind of thing that a continuing committee will be working on — would be to determine how best we can realize this goal as quickly as possible. As I have just said, I think that can best be done by establishing a special com mittee of officials to report back on this subject. I think such a committee would be of assistance to the conference, and it could act as a forum in Which individual governments could exchange views as to how they might accelerate the achievement of linguistic and cultural equality.

For its part, the federal government would look to this committee as a forum in Which the nature of the federal assistance to the provinces could be considered, if that assistance was desired. Of course there would have to be a working relationship between this committee and any more general machinery that this conference will establish for further constitutional review; and When we get our report tomorrow morning, no doubt that relationship can be established.

I know that none of usunderestimatesthe importance of developing a plan of action for achieving this goal. The federal government, and almost all of the provinces, I think, are prepared to proceed by governmental action to achieve this goal. The Royal Commission has recommended that this should be done constitutionally as Well, by amending sections 93 and 133 of the British North America Act. But what probably concerns some of the premiers —- and I am sure this is true, after listening to the discussion yesterday —— about constitutional action, is the wisdom of establishing constitutional guarantees before they know they are able to fulfil them. So, I can understand the reluctance to provide the guarantee first in the full knowledge that it may take quite a long time to implement it. That is why I think it is im portant to work out through a committee plans for implementation Which would be acceptable to the provinces.

I hope we can all subscribe to this procedure, but I also hope that there would be no objection if we went a little further and agreed on or set in process agreement on guarantees to be accepted by those governments Which are prepared to agree to a constitutional formula now. The Government of

[Page 254]

(L’hon. M. Johnson)

est—ce que je puis faire une rectification? Je vais la faire en anglais, parce que je m’adresse a mes collègues les premiers ministres des autres provinces.

Lorsque j’ai parlé de difficultés, en ce qui concernait mon interlocuteur, je ne voulais pas dire spécifiquement le gouvernement fédéral, je parlais du ministre de la Justice.

Le très honorable L.B. Pearson: Le ministre de la Justice est un membre du gouvernement fédéral et, dans ce gouvernement, nous souscrivons sans réserve au principe de la solidarité ministérielle.

L’honorable Daniel Johnson: Ce sont justement les mots que j’avais sur le bout de la langue, monsieur.

Le très honorable L.B. Pearson: Je suis heureux de les avoir exprimés.

J’ai l’impression — je ne sais pas si c’est la vôtre — que nous devrions avoir une pause—café. Après nous devrions nous rencontrer pendant une demi-heure, en commission de direction, pour Voir comment nous pouvons organiser le reste de notre programme.

Est-ce que ce serait une bonne idée?

M. Robarts, vous n’y voyez pas d’inconvénient?

L’honorable J.P. Robarts: Cela me va, monsieur le président.

[Page 255]

(Hon. L.B. Pearson)

Canada is one of these, and I believe from yesterday’s discussions there will be some provincial governments who Would be prepared to discuss this now.

Therefore, I would like to suggest that this conference consider amendments to the constitution —— I mentioned the two articles in question -— along the lines proposed by the Royal Commission on Bilingualism and Biculturalism, but with provision for their progressive application across Canada as provincial governments felt able to accept them. Such a procedure, if it were acceptable, Would mean that the language guarantee Would apply across Canada in so far as the federal jurisdiction is concerned, because we would accept that amendment; and it Would apply, so far as we are concerned, I Would hope within a matter of months — just as soon as we could get agreement on the wording and parliamentary approval for it.

I would hope also that this would apply in so far as provincial jurisdiction is concerned in those provinces Which are prepared to join the federal government in this approach.

Now, I recognize that this is a somewhat novel method of constitutional amendment, if you want to call it that. It is a kind of “opting in” procedure, and I Would not like to suggest that this process Would serve as a precedent to other amendments to the constitution. But I think this is a very exceptional question we are dealing with, a question of exceptional urgency on Which in my view We have achieved the broad consensus during the meeting yesterday, Which justified this approach.

I wonder if I may say a word generally about the relationship between any such amendment to the constitution and the suggested Charter of Human Rights. We will be talking about that shortly.

The Government of Canada has not said that linguistic guarantees should from the beginning be made a part of that charter. On pages 6 and 7 of our statement, “The Federalism for the Future”, we said:

1. Priority should be given to the recommandation of the Royal Commission on Bilingualism and Biculturalism. On pages 20 and 21 We said Part IV of the Charter on Human Rights, Which we outline in this document —— that is the part having to do with linguistic rights —

[Page 256]

QUATRIEME SEANCE: MARDI APRES—MIDI

LES DROITS DES CANADIENS

– Recommandations de la Commission royale d’enquête
sur le bilinguisme et le biculturalisme

(Traduction)

Le très honorable L.B. Pearson: Avant de reprendre nos délibérations, je pourrais peut—être donner un résumé des décisions que nous avons prises au cours de la séance d’une demi—heure oû nous avons débattu la question de l’ordre du jour pour cet après—midi, savoir qu’après avoir terminé la rubrique n° 2, nous passerions au n° 4: “Questions d’inégalités régionales”, ensuite au n° 3, puis ensuite au n° 5.

Nous avons aussi décidé, ce matin, au cours de cette demi—heure, d’établir un comité de hauts fonctionnaires qui se réunira cet après—midi pour étudier l’établissement de rouages permanents comme prolongement de la conférence. Je crois que c’est une partie importante de notre travail, et j’espère que ce comité pourra nous présenter un rapport que nous pourrons étudier demain matin.

Au cours de la discussion générale, nous avons traité assez longuement des droits des Canadiens. Je voudrais cepen dant dire quelques mots de la rubrique 2 a), compte tenu de la discussion très encourageante que nous avons eue hier, et qui peut servir de point de départ.

Nous sommes tous très heureux — je le suis — de l’opinion générale qui semble se dégager de la conférence au sujet des droits linguistiques. A cette conférence même, nous avons entendu la plupart des premiers ministres, et le représentant du gouvernement canadien, exprimer fermement leur intention d’assurer aux Canadiens français hors du Québec les mêmes droits que ceux dont jouissent les Canadiens de langue anglaise dans le Québec. C’est là le fond même de la recommandation de la Commission royale. La principale divergence, parmi nous, con siste à savoir s’il faut commencer par une déclaration de prin cipes, insérée dans nos lois, dans la constitution, et ensuite procéder à un programme planifié de mise en oeuvre de ces

[Page 257]

(Hon. L.B. Pearson)

should be related to the recommendation of that commission.

What we are suggesting then is that when constitutional language guarantees apply — I hope across Canada before too long — and when a Charter of Human Rights has been agreed upon, or if a Charter of Human Rights has been agreed upon, the guarantee of language rights then could be placed in Part IV of that charter. If at that time it was considered desirable to do so.

In short, I visualize and put before the conference five steps, and I Would hope that We could agree on these five steps so that the continuing committee, if we agree to set it up, will have these steps as a guide line for its consideration of this matter.

1. Recognition by this conference that as a matter of equity French-speaking Canadians outside Quebec should have the same rights as English-speaking Canadians in Quebec.

2. Recognition of the desirability of proceeding by governmental action as speedily as possible in Ways most appropriate in each province.

3. Constitutional guarantees Which Would guarantee these rights along the lines recommended by the Royal Commission, Which Would enable progressive application of the guarantees across Canada as the provinces agree.

4. The establishment of a special committee to consult, a special federal-provincial committee, to consult on the method of implementation Which might include the nature of the federal assistance to be made available if required, and to consider the form of any constitutional amendment.

5. Agreement to consider the consolidation of any constitutional guarantees in a charter of human rights if and when that charter had been agreed upon.

These are the proposals Which I thought under this item and after the discussions We had yesterday I should put before the conference for consideration.

[Page 258]

(Le très hon. M. Pearson)

principes, ou si le plan d’action doit passer en premier lieu, c’est-à-dire avant les mesures législatives ou avant la modification de la constitution, si c’est nécessaire.

Les déclarations de principes, à notre avis, sont d’une extrême importance, car les Canadiens de langue française ont dû, depuis beaucoup trop longtemps, se contenter de généralités, d’ambiguÏtés aimables – si l’on peut dire. J’espère que la conférence se ralliera à l’opinion générale que j’ai exprimée, à savoir: que, autour de cette table, nous sommes déterminés à assurer aux Canadiens de langue française hors du Québec les mêmes droits que ceux dont jouissent les Canadiens de langue anglaise dans le Québec. Si telle est l’opinion générale, je crois que l’étape suivante, – et c’est de cela que le comité permanent s’occupera, – sera de déterminer la meilleure façon d’atteindre ce but le plus tôt possible.

A mon avis, comme je viens de le dire, la meilleure méthode serait l’établissement d’un comité spécial de fonctionnaires, qui fera rapport sur cette question. Ce comité pourrait aider la conférence et fournir à chacun des gouvernements un moyen d’exprimer ses vues sur une accélération possible de la mise en oeuvre de l’égalité linguistique.

De son côté, le gouvernement fédéral voit dans ce comité un moyen d’étudier la nature de l’assistance fédérale aux provinces, si cette assistance est requise. Evidemment, il faudra qu’il s’établisse un lien entre ce comité et les autres rouages qui seront établis par la conférence en vue de pousser plus loin l’étude de la constitution. Lorsque nous aurons notre rapport, demain matin, ce lien, sans aucun doute, pourra être établi. Je sais que personne ici ne minimisera l’importance de mettre sur pied un plan d’action pour réaliser cet objectif.

Le gouvernement fédéral et à peu près toutes les provinces, je pense, sont prêts à intervenir pour atteindre ce but. La Commission royale a recommandé que cela devrait se faire constitutionnellement, par la modification des articles 93 et 133 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. Ce qui inquiète peut-être – c’est ce que j’ai constaté hier – certains des premiers ministres, pour ce qui est de ces mesures constitutionnelles, c’est la sagesse d’établir des garanties constitutionnelles avant que ces provinces sachent si elles pourront s’acquitter de ces nouvelles obligations. Je comprends pourquoi on hésite à fournir d’abord une garantie, alors qu’on sait qu’il faudra peut—être beaucoup de temps avant

[Page 259]

Honourable John Robarts: One matter comes to my mind With respect to your third point: that we should follow the recommendations along the lines of those contained in the report of the Royal Commission. Am I to take from that that you contemplate amending Sections 93 and 133 of the B.N.A. Act under our present arrangement for amending that Act?

Are we not back to the spot where we have to know in the beginning how we are going to amend our constitution before we decide what amendment we are in fact going to make? The report of the B. & B. Commission, as it is called, advocates the amendment of the British North America Act as it now stands, but we have never been able to agree on how that Act should be amended. How can we consider this course of action if we haven’t got a means by Which the course of action can be carried out?

The Right Honourable L.B. Pearson: Ihere is a means by Which the course of action can be carried out; it is a means WhîCh we are hopeful will soon be changed. The only way an amendment could be made now Would be by the traditional method of amendment, and While we are all not satisfied with that, it is a mechanism Which provides for constitutional amendment if we want to make an amendment, and there is no other method. If we hold back any change or agreement to discuss any change until we agree on a formula for amendment Which will be more satisfactory, we may have to wait quite a time.

We took two or three years over the last provision for a change in the amending formula and then did not succeed. I hope we will succeed next time. But I Would hope it Would be possible to consider this kind of procedure and this kind of result if these proposals in substance are agreeable, on the understanding that if by the time agreement is reached, we have changed our method of amendment. It will be one of the things we will be discussing in the continuing committee, that we accept the new procedure. If we have not agreed, but we want an amendment made, we will have to use the old procedure.

Honourable W.A.C. Bennett: Mr. Prime Minister, you might enlighten us as to Why you did not succeed last time so that we can avoid the pitfalls the next time. After all,

[Page 260]

(Le très hon. M. Pearson)

qu’elle se concrétise. C’est pourquoi j’estime qu’il est important de procéder à cette mise en oeuvre par l’entremise d’un comité, afin que la solution définitive soit acceptable aux provinces. Je crois que, là-dessus, nous sommes tous d’accord.

J’espère que personne ne s’opposera à aller un peu plus loin et à s’entendre surles garanties qui pourraient être acceptées par les gouvernements qui sont prêts à accepter une formule constitutionnelle dès maintenant. Le gouvernement du Canada en est un, et, d’après les délibérations d’hier, certains gouvernements provinciaux sont également prêts à partir de là.

Je voudrais donc proposer que la conférence étudie les amendements possibles à la constitution, c’est-à-dire aux articles 93 a) et 133, dans le sens proposé par la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, mais en prévoyant leur application graduelle, partout au Canada, au fur et à mesure que les gouvernements provinciaux pourront le faire. Cette procédure, si elle était acceptée, signifierait que les garanties linguistiques s’appliqueraient partout au Canada, dans la mesure oû la compétence fédérale est en cause. Nous accepterions donc cet amendement, et au niveau du gouvernement fédéral, cela serait une question de mois simplement, soit aussitôt que nous pourrions nous entendre sur le texte même de cette nouvelle disposition. J’espère que cela pourra s’appliquer aussi aux provinces qui sont prêtes à s’unir au gouvernement fédéral dans ce domaine.

Je reconnais qu’il s’agit là d’une nouvelle méthode de modifier la constitution. C’est une sorte de procédure d’adhésion plutôt que de désistement et je ne voudrais pas qu’on en fasse un précédent pour les autres amendements à la constitution ; cependant je crois qu’il s’agit ici d’un problème exceptionnellement urgent et, à mon avis, je crois que nous en sommes venus à une opinion générale qui motive cette procédure.

Je voudrais maintenant dire un mot au sujet du rapport entre ces amendements à la constitution et la charte des droits de l’homme que nous proposons (nous y reviendrons tout è l’heure).

Le gouvernement du Canada n’a pas dit que les garanties linguistiques doivent, dès le début, faire partie de cette charte. Aux pages 6 et 7 de notre déclaration de principes, “Le fédéralisme et l’avenir”, nous avons dit que nous accorderions la priorité aux recommandations de la Commission royale

[Page 261]

(Hon. W.A.C. Bennett)

the provinces all agreed to it. Could you enlighten us on it, so that we can avoid this thing in the future.

What British Columbia views with alarm is the long discussions and so forth. We don’t mind discussions and coming to conferences, if there is some action, but if after these long talks, first to the prime ministers and premiers, and later our attorneys general, and they work everything out and gradually every province agrees to it, and the premiers and prime ministers all agree to it, but then nothing happens. You have said, Mr. Prime Minister, two or three years … That is the reason Why We should go back first and correct that situation, and then go on from there.

The Right Honourable L.B. Pearson: Mr. Bennett, I can understand your interest in this. It is a real dilemma, of course. We did agree on a formula before, as far as all the governments were concerned, but the government agreement date had a referendum. While all the provinces accepted the formula, one province changed its mind before the action was taken.

Honourable W.A.C. Bennett: One of the legislatures.

The Right Honourable L.B. Pearson: One of the governments.

Honourable W.A.C. Bennett: Well, you see —

The Right Honourable L.B. Pearson: Now Mr. Bennett, if we agree, pending an agreement or a change of amendment — if we all agree that something should be changed in our constitution, we can follow the old procedure, and if we all agree, it won’t be much trouble getting it adopted.

[Page 262]

(Le très hon. M. Pearson)
sur le bilinguisme et le biculturalisme.

A la page 20, nous disons que la partie IV de la charte des droits, qui porte sur les droits linguistiques, doit être rattachée aux recommandations de cette commission royale. Ce que nous proposons, par conséquent, c’est que lorsque les garanties linguistiques constitutionnelles seront applicables partout au Canada – j’espère que ce sera bientôt – et lorsqu’une charte des droits de l’homme aura été acceptée, la garantie des droits linguistiques pourra alors être insérée à la partie IV de cette charte si, à ce moment-là, on juge opportun de le faire.

Bref, j’entrevois cinq étapes possibles. J’espère que nous pourrons nous entendre là-dessus, afin que le comité permanent, s’il est établi, puisse prendre ces étapes comme point de départ pour l’étude.

Premièrement, reconnaissance par la conférence que les Canadiens de langue française hors du Québec doivent avoir les mêmes droits que les Canadiens de langue anglaise ont au Québec.

Deuxièmement, reconnaissance de l’opportunité de procéder par des mesures gouvernementales, aussi rapidement que possible, de la façon la plus adaptée à chaque province.

Troisièmement, modifications constitutionnelles qui pourraient garantir ces droits dans le sens des recommandations de la Commission royale et qui permettraient l’application graduelle de ces garanties partout au Canada, au fur et à mesure que les provinces donneront leur consentement.

Quatrièmement, l’établissement d’un comité spécial fédéral-provincial, en vue de consultations sur les moyens d’exécution, y compris peut-être la nature de l’assistance fédérale qui pourra être fournie au besoin, et pour étudier aussi la forme des modifications constitutionnelles.

Enfin, l’examen de la consolidation des garanties constitutionnelles dans une charte des droits de l’homme, lorsqu’on se sera entendu sur cette charte.

Ce sont, je pense, des propositions qui relèvent de la rubrique à l’étude, et, après les discussions que nous avons eues hier, j’ai cru bon de les mettre sur le tapis aujourd’hui.

[Page 263]

Honourable W.A.C. Bennett: There will be the same old problem.

The Right Honourable L.B. Pearson: No, Mr. Bennett.

Honourable W.A.C. Bennett: Unless We proceed with this, after we all agree, then one province says “No” and the whole thing goes out the window.

The Right Honourable L.B. Pearson: No. If We agree on the substance of an amendment, We get that amendment made in the way we have been having them made for a hundred years – we go to Westminster.

Honourable W.A.C. Bennett: But we were to go to Westminster With this one, and it failed after two or three years. There was no change there. The change was that one province, even after everyone agreed, had the right of veto – after they had previously agreed.

The Right Honourable L.B. Pearson: Mr. Bennett, the fact that we didn’t succeed in getting a new formula, a new procedure for amendment, did not destroy the old procedure for amendment, Which had Worked for a hundred years; and I hope that the inability to agree at an early date on a new procedure of amendment would not prevent us from making any amendment if we want to do it.

Perhaps you Would like to have this document circulated – it is only one page. If there are no further comments on it at this moment, we could go on with 2(b), and have a preliminary statement on a Bill of Rights and come back to this when the document has been examined.

[Page 264]

L’honorable J.P. Robarts: Quelque chose me vient à l’esprit, et c’est le troisième point, c’est—à—dire que nous devrions agir dans le sens des recommandations de la commission royale. Si nous devons envisager la modification des articles 93 et 133 dans les conditions actuelles de modification, est—ce que nous ne revenons pas à notre point de départ? Est- ce que, dès l’abord, nous ne devrions pas nous décider sur les modalités des amendements éventuels de la constitution, avant de décider de la nature même de ces modifications?

En effet, le rapport de la commission “B et B” propose la modification de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique sous sa forme actuelle. Mais nous n’avons jamais pu nous mettre d’accord sur la façon de procéder à ces éventuels amendements. Comment pouvons-nous envisager de prendre une initiative de ce genre, si nous n’avons pas les moyens d’appliquer notre politique?

Le très honorable L.B. Pearson: Il y a un moyen de procéder. C’est un moyen qui, nous l’espérons, sera bientôt changé. La seule façon dont on puisse modifier la constitution actuelle, c’est de procéder de la façon classique; bien que nous ne soyons pas contents de cela, nous ne pouvons pas nous y prendre autrement.

Si nous différons ces changements, si nous refusons même de les discuter avant de nous mettre d’accord sur une formule de modification plus satisfaisante pour tout le monde, nous risquons d’attendre fort longtemps.

Nous avons mis deux ou trois ans à étudier la dernière formule de modification, et nous n’avons pas eu de succès. Souhaitons que nous réussirons mieux, la prochaine fois. J’espère, en tout cas, qu’il nous sera possible d’étudier la question. Si, dans leur substance, les propositions sont acceptées, nous pourrons utiliser la nouvelle procédure, si nous pouvons nous mettre d’accord sur celle—ci. Cette question d’une nouvelle procédure devrait être discutée par le comité permanent. Mais si nous ne pouvons pas nous mettre d’accord sur ces modalités, il faudra bien nous servir de l’ancienne méthode.

L’honorable W.A.C. Bennett: Monsieur le premier ministre, vous pourriez peut-être nous dire pourquoi vous n’avez pas réussi la dernière fois afin que nous puissions éviter ces embûches les prochaines fois. Après tout, les provinces avaient toutes donné leur accord. Pourriez—vous nous éclairer à ce sujet afin que nous puissions éviter cette situation la prochaine fois? La Colombie-Britannique voit avec inquiétude ces

[Page 265]

Honourable L.J. Robichaud: Mr. Prime Minister, the suggestion I made this morning to form a committee to study the follow-up of this conference, unless this committee is appointed and is put to Work at once, probably we will not be able to get our report tomorrow morning.

The Right Honourable L.B. Pearson: The committee has already met, Mr. Robichaud, and will be meeting again later in the afternoon.

Honourable L.J. Robichaud: I see.

The Right Honourable L.B. Pearson: While awaiting this paper, Which will be a few minutes, I think we will go on and have a look at a constitutional Bill of Rights. I Would ask Mr. Trudeau to introduce the discussion of that.

A Constitutional Bill of Rights

(ENGLISH)

Honourable P.-E. Trudeau: Mr. Prime Minister, this is the first opportunity I have had since my brief visit to the provincial capitals to thank each of the premiers and prime ministers for the courtesies each extended to me. On each of these visits I was delighted at the candor and the understanding of the provincial leaders. Later, as a result, we were able to discuss in some detail the Whole question of linguistic rights in Canada, including the recommandations of the Royal Commission on Bilingualism and Biculturalism.

The meaningful steps Which the great majority of the provinces are prepared to undertake, as revealed by their premiers yesterday, is evidence of the progress we have made in the area of linguistic rights in Canada during the last few months. During those visits We also discussed, with equal success, the proposed Charter of Human Rights.

[Page 266]

(L’hon. M. Bennett)

projets de longues discussions auxquelles on ne donne pas suite. Après les longs discours que l’on fait, les réunions de premiers ministres, celles des procureurs généraux, peu à peu, toutes les provinces s’entendent pour faire quelque chose; il faudrait alors y donner suite. Vous avez parlé de deux ou trois années, monsieur le premier ministre. Est-ce qu’il ne faudrait pas d’abord avoir un point de départ?

Le très honorable L.B. Pearson: Je comprends, monsieur Bennett, l’intérêt que vous portez à cette question. C’est évidemment un dilemme. Nous nous étions mis d’accord sur une formule. On avait parlé d’un référendum, etc., tout le monde s’était mis d’accord, mais une province changea d’avis… Si nous nous entendons avant qu’un accord n’intervienne là-dessus, et si nous nous mettons tous d’accord sur la nécessité de chan- ger notre constitution sous tel ou tel aspect, nous pourrons procéder de la façon que nous avons suivie jusqu’ici.

L’honorable W.A.C. Bennett: Oui, et le même problème se posera encore.

Le très honorable L.B. Pearson: Non, non, monsieur Bennett…

L’honorable W.A.C. Bennett: Mettons qu’après que tout le monde sera tombé d’accord, une province puisse se récuser. Tout sera à recommencer.

Le très honorable L.B. Pearson: Non, non. Si nous nous mettons d’accord sur le fond de l’amendement, cet amendement sera apporté à la constitution de la façon dont nous procédons depuis 100 ans. Nous irons à Westminster.

L’honorable W.A.C. Bennett: Mais c’est ce qui devait se passer dans ce cas-ci. Au bout de deux ou trois ans, tout a échoué. Rien n’a changé, à ceci près qu’une province, même après la conclusion d’un accord général, a pu exercer son droit de veto.

Le très honorable L.B. Pearson: Mais le fait que nous n’avons pas réussi à faire adopter une nouvelle formule de

[Page 267]

(Hon. P.-E. Trudeau)

I am happy to report that While I was in the provincial capitals, subject to the jurisdiction and powers of the provinces, not once were my fundamental rights placed in jeopardy by any prérogative acts by the provincial governments. As a matter of fact, I hope I will once again have a chance of having as nice a dinner as I had with the Premier of the Province of Quebec just two Weeks ago. I should add perhaps for his benefit as well as the other members here, the explosion of a radiator yesterday should be interpreted in no way as an infringement of their fundamental rights.

Ordinarily, one of the most embarrassing things that can happen to a speaker is for him to find that those who have spoken before him have anticipated his text and scooped his material. On this occasion I know you will understand me when I say that I was very pleased yesterday to hear some of the speakers choose words Which I Would have been proud to use in describing the importance of a Canadian Charter of Human Rights. Premier Robichaud expressed my own view most eloquently when he said, “the rights of the citizen, conjoined with those rights of language and culture that are the important theme of this conference, reach to the core of our national purpose.” And if I may, I wish to borrow as well from the speech of Premier Campbell, when he outlined the need for a Bill of Rights, and said that “democracy cannot mean the tyranny of the majority any more than it can mean the dictatorship of a few.”

These Words reflect the reasons Which motivated the federal government to propose the adoption of a constitutional Charter of Human Rights. I should like to add to them a few Words Which are intended to put these reasons into perspective, by explaining the basic legal criteria Which support the charter.

Perhaps a good place to begin is to ask what role we think the law should play in Canada. Is it to be, as is so often it now seems to be, little more than a set of rules Which regulate our activities – a body of statutes and judicial decisions Which act as precedents for our conduct? Do we give the impression of persons constantly looking back over their shoulders, attempting to see What was done in the past? The law, by this definition, is static. Rather than serving us, We find that it controls us. It is a rigid framework within Which we must remain, an inflexible harness which would bind us to the status quo, and intimidates our attempt to change. Surely this is not the proper role of the law.

[Page 268]

(Le très hon. M. Pearson)

modification de la constitution n’a pas détruit l’ancienne procédure qui existe depuis 100 ans. J’espère que l’incapacité de nous mettre d’accord, dans des délais raisonnables, sur une nouvelle procédure d’amendement, ne nous empêcherait pas de faire une modification, si nous voulions tous la faire.

Peut-être aimeriez-vous voir diffuser ce document? Il n’a qu’une page. S’il n’y a pas d’autres observations à faire là-dessus, pour l’instant, nous pourrions passer à l’article 2 b) de l’ordre du jour et entendre une déclaration préliminaire en ce qui concerne la déclaration des droits, après quoi il nous serait possible de revenir là-dessus, lorsque nous aurons examiné le document.

L’honorable L.-J. Robichaud: Monsieur le premier ministre, la proposition que j’ai faite ce matin, quant à la mise sur pied d’un comité qui étudierait la façon de donner suite à cette conférence, tient toujours, et à moins que ce comité ne soit constitué et ne travaille immédiatement, nous ne serons sans doute pas capables d’avoir un rapport demain matin.

Le très honorable L.B. Pearson: Le comité s’est déjà réuni et se réunira vers la fin de l’après-midi, également.

Pendant que nous attendons que vous ayez tous pris connaissance de ce document, ce qui peut prendre quelques instants, nous allons étudier la question d’une déclaration constitutionnelle des droits, et je vais demander à M. Trudeau de commencer l’examen de la question.

– Une déclaration constitutionnelle des droits

(Traduction)

L’honorable P.-E. Trudeau: Monsieur le premier ministre, c’est la première occasion qui m’est donnée, depuis mes courtes visites dans les capitales provinciales, de remercier les premiers ministres de l’hospitalité dont ils m’ont fait bénéficier. Chaque fois, j’ai été enthousiasmé de l’attitude des premiers ministres provinciaux. Elle m’a permis par la suite de discuter des droits linguistiques à travers le Canada, y compris les recommandations de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme.

Les mesures importantes que la plupart des provinces vont entreprendre, comme l’ont révélé hier les premiers mi-

[Page 269]

(Hon. P.-E. Trudeau)

Properly employed, the law is the instrument Which will permit the preservation of our traditions and the pursuit of ideals Which our society cherishes. These ideals or values are many, but the most basic of them, I suggest, are the freedom and dignity of the individual. If We as individuals do not have the opportunity to stand erect, to retain our self respect, to move freely throughout our country unhindered by any artificial impediment, then we have not created in this land the political climate that We are capable of creating. We will not have made use of the law as we should.

We will have failed to understand that, in the words of one scholar, “History … is a tension between heritage and heresy, Which law in its groping way seeks to mediate.” Law, properly employed, permits change without the loss of stability.

(TRANSLATION)

These were the thoughts, then, that guided us as we approached the question of constitutional change. That there is desire in Canada for change is evident by our presence here this week. But, as we all know, recognizing the demand and adequately satisfying it, are quite different matters. How then should this task be approached? We are of the opinion, as the Prime Minister stated yesterday, that any changes found necessary should be related to the basic ideals of Canadian life. What better place to start on constitutional reform, then, than by asserting the human freedoms to Which we believe people in this country are entitled as a right?

The Charter of Human Rights attempts to do that. It reflects the government’s proposal that we take steps to recog nize and protect the most fundamental of our social values. It also reflects the government’s view that this recognition and protection will be effective only if they apply to every Canadian in a permanent — and that means constitutional – fashion. To achieve this goal will require co-operation among the several governments.

In short, it is our belief that this charter is not only a good thing in itself, but that it forms the path for an orderly reform of our constitution.

What we are proposing is scarcely revolutionary. Men have sought to protect their individual human rights for cen turies. They have sought to protect them from kings, princes and governments. Philosophers in ancient times argued that

[Page 270]

(L’hon. M. Trudeau)

nistres provinciaux, indiquent les progrès que nous avons faits au Canada depuis les derniers mois en ce qui concerne les droits linguistiques.

Pendant ces visites, nous avons aussi discuté, avec autant de succès, le projet d’une charte des droits de l’homme. Je suis heureux de vous faire savoir que lorsque j’ai visité les capitales provinciales, à la merci des propres pouvoirs des provinces, les gouvernements provinciaux n’ont en aucune occasion porté atteinte à mes droits fondamentaux.

J’espère que j’aurai à nouveau l’occasion d’avoir un dîner aussi excellent que celui que j’ai eu avec le premier ministre du Québec, il y a deux semaines, et peut-être pourrais- je ajouter, non seulement pour sa gouverne mais pour celle des autres, que l’explosion d’un calorifère, qui s’est produite hier avant la réunion, ne devrait pas être considérée comme un empiètement de leurs droits fondamentaux.

L’une des choses les plus embarrassantes qui puissent arriver à un orateur, c’est de constater que ceux qui ont par lé avant lui ont anticipé son texte et lui ont volé ses pensées. A cette occasion, je sais que vous me comprendrez lorsque je dis que j’ai été très content d’entendre hier certains orateurs employer des mots que j’aurais pu moi-même employer pour dé crire l’importance de la charte canadienne des droits de l’hom me.

Le premier ministre Robichaud a exprimé mes vues avec beaucoup d’éloquence lorsqu’il a dit que “les droits du citoyen, de concert avec les droits culturels et linguistiques qui sont à la tête de notre ordre du jour, sont au coeur même de notre objectif en tant que nation”.

Je tiens aussi à citer un extrait du discours du premier ministre Campbell qui, en indiquant la nécessité d’un bill des droits, déclarait que “la démocratie ne peut pas vouloir dire la tyrannie de la majorité, non plus que la tyrannie d’une oligarchie”.

Cela montre pourquoi le gouvernement fédéral propose l’adoption d’une charte canadienne des droits de l’homme. J’aimerais ajouter quelques mots qui doivent mettre ces motifs en perspective, en expliquant le fondement légal de la charte.

Peut-être devrais—je commencer par définir le rôle que la loi devrait jouer au Canada. Est-ce qu’elle ne doit pas être un peu plus qu’un ensemble de règles qui régissent notre

[Page 271]

man was possessed naturally of certain rights which distinguished him from animals, and that any denial of these rights was an affront to “natural” law. More modern philosophers have argued that governments are the instruments of the people and cannot possess, or exercise, powers Which are a denial of the individual’s liberty and dignity unless the people expressly agree.

In England, in France, in the United States – and since World War II in virtually dozens of countries – the representatives- of the people have chosen to speak out in favour of the individual person and guaranteeto him the essential ingredients Which will give him the opportunity to live in freedom and dignity. In this country, in 1960, at the suggestion of Prime Minister Diefenbaker, Parliament gave unanimous approval to a Canadian Bill of Rights, Which has paved the way for what we now propose: A Charter of Human Rights for Canadians Which will act as a fetter on the unlimited exercise of power not only of parliament, but of the provincial legislature as well, and which by its place in the constitutiuon will possess a measure of permanence not now attaching to the 1960 bill which is in the form of an ordinary statute, subject to repeal at will.

In this Charter of Human Rights we propose that rights of four different categories be constitutionally protected: political rights – such as freedom of assembbly and association; legal rights- such as security of life, liberty and property, self-incriminated against in employment, use of public services or accomodation and the like on the ground of race, national origin, colour, religion, or sex; and finally linguistic rights – guaranteeing to Canadians the right to communicate with governmental institutions, and to be educated in, either the English or the French Languace, as they choose.

I wish to make it clear that in proposing this measure there is no suggestion that the federal government is seeking any power at the expense of the provinces. We are stating that we are willing to surrender some of our power to the people in the respective provinces. It is because we are a federal state, with competence to legislate divided between provincial governments and the federal government, that we must all act in order effectively to protect all of the rights of all of the people.

[Page 272]

(L’hon. M. Trudeau)

activité, un ensemble de statutset de décisions juridiques qui servent de précédents pour régir notre conduite? Est-ce que nous ne donnons pas toujours l’impression de regarder par- dessus l’épaule vers le passé? Cette définition de la loi est statique; au lieu de nous servir, elle nous impose une camisole de force. Elle est trop rigide, elle nous attache au statu quo, elle entrave notre esprit d’innovation et d’initiative. Ce n’est certainement pas le rôle pertinent de la loi. Celle-ci doit être l’instrument qui permet le maintien de nos traditions et la poursuite des idéaux qu’affectionne notre société.

Ces valeurs sont multiples, mais les plus fondamentales sont la dignité et l’intégrité de l’individu. Nous devons pouvoir évoluer librement à travers le pays, avoir un sentiment de dignité, ne pas être entravés par des obstacles artificiels, car, autrement, nous n’aurons pas créé, dans notre pays, le genre de climat qui devrait exister. Nous n’aurons pas utilisé la loi comme il le faudrait. Nous n’aurons pas compris, d’après un académicien, que “l’histoire… est écartelée entre le patrimoine et l’hérésie; le droit, avec plus ou moins de bonheur, cherche à les concilier”. La loi, convenablement utilisée, permet le changement sans préjudice à la stabilité.

(Français)

Voilà donc les pensées qui nous ont guidés dans notre façon d’aborder la question des modifications constitutionnelles. Que l’on désire au Canada de tels changements, la chose est évidente et notre présence ici cette semaine le prouve. Nous savons tous, cependant, qu’entre reconnaître l’existence de ce désir et y satisfaire pleinement, il y a un monde. Comment donc attaquerons-nous le problème? Nous sommes d’avis, ainsi que le disait hier le premier ministre, que tout changement doit prendre comme point de départ les idéaux fondamentaux de la vie canadienne. Est-il meilleure façon d’initier une réforme constitutionnelle que par l’affirmation des libertés humaines auxquelles nous croyons que le peuple de ce pays a un droit absolu?

C’est ce que la charte canadienne des droits de l’homme entend faire. Elle reflète la proposition du gouvernement fédéral, qui consiste à reconnaître et à protéger avant tout les plus fondamentales de nos valeurs sociales. Elle reflète aussi la conviction du gouvernement que cette reconnaissance et cette protection ne seront efficaces qu’en autant qu’elles vaudront pour tous les Canadiens d’une manière permanente, c’est-è-dire constitutionnelle. La réalisation de cette fin commande la coopération des divers gouvernements.

[Page 273]

(Hon. P.-E. Trudeau)

Admittedly, some aspects of these rights fall within the exclusive legislative competence of parliament, some aspects fall Within the exclusive competence of the provinces, and some are subject to shared competence. There is no intention on the part of the federal government to use its powers in matters of criminal law powers as a means of invading provincial jurisdiction. Indeed quite the contrary. An examination of the categories of all fundamental rights however described, for Which we propose protection reveals that the bulk of them fall now under federal jurisdiction. This means that in this process of surrender of powers that we are proposing, parliament will be giving up far more than will the provinces. There is no transfer, no delegation, no encroachment from one level of government to another. The items in the chater which are properly within provincial jurisdiction remain there and remain subject to provincial and not federal sanctions. Some items, particularly those involving linguistic rights, will require co-operation. It is evidence that a single, constitutional Canadian Charter of Human Rights is required in order to deal adequately in this federal state, Canada, with the protection of human rights.

I have been asked what need there is in Canada for a’ bill of rights. My answer is that our need may not be so great as is that of persons in some other countries. But my answer as well is that we should not over-emphasize our righteousness. We are not in this country innocent of book-burning or banning legislation, of deprivation by law of previously guaranteed minority language rights, of legal expropriation Which at times appears to be more akin to confiscation, of persons arrested in the night and held incommunicado for days. We have no reason to be complacent. How many Canadians know that Canadian law permits evidence to be introduced by the police into criminal trials no matter how illegally that evidence may have been obtained? Apart from confessions, for Which there are elaborate rules to ensure that they are voluntary, incriminating evidence is admissible in our courts no matter how obtained. It may have been gained by fraud; the law enforcement agencies may have stolen it; they may have obtained it without a search warrant, or by means of breaking and entering private premises. To the great credit of the police forces of this country, these tactics are seldom employed. But do we Wish to live in a country where they may be employed? And where on occasion they are employed? Where one standard of conduct is expected of citizens and another permitted of government agencies?

[Page 274]

(L’hon. M. Trudeau)

Bref, nous croyons que cette charte est non seulement une excellente chose en elle-même, mais aussi qu’elle est le chemin qu’il faut suivre pour atteindre, dans l’ordre, à une réforme de notre constitution.

On aurait mauvaise gràce à qualifier nos propositions de révolutionnaires. Les hommes ont cherché pendant des siè ales à protéger leurs droits individuels. Ils ont cherché à les protéger contre les rois, les princes et les gouvernements. Les philosophes de l’antiquité soutenaient que l’homme possé dait, de par sa nature même, certains droits qui le distinguaient des animaux et que tout déni de ces droits était un affront à la loi naturelle. A une époque plus rapprochée de nous, des philosophes ont soutenu que les gouvernements sont Les instruments de la volonté populaire et ne peuvent ni pos séder, ni exercer des attributions qui se trouveraient être la négation de la liberté ou de la dignité de l’individu en l’absence de tout consentement exprès du peuple.

En Angleterre, en France, aux Etats-Unis — et, depuis la seconde guerre mondiale, dans des douzaines de pays —- les représentants du peuple ont décidé de prendre parti pour l’in dividu et de lui garantir les éléments essentiels d’une vie libre et digne. Chez nous, en 1960, sur la proposition du premier ministre Diefenbaker, – je suis fier, à ce sujet, de lui rendre hommage — le Parlement a approuvé à l’unanimité la Déclaration canadienne des droits, qui a préparé la voie à notre proposition d’aujourd’hui: une charte des droits de l’homme pour les Canadiens, qui empêchera l’exercice de pou voirs illimités non seulement par le Parlement, mais encore par les législatures provinciales, et qui, par la place qu’elle occupera dans la constitution, aura un caractère permanent, ce que n’a pas la Déclaration statutaire de 1960, qui peut être abrogée à volonté par le Parlement.

Nous proposons donc que soient constitutionnellement protégées par cette charte des droits de l’homme quatre catégories de droits: les droits politiques, les droits juridi ques, les droits à l’égalité et, enfin, les droits linguistiques.

Je tiens à préciser que cette mesure ne sous-entend nullement que le gouvernement fédéral cherche à obtenir des pouvoirs aux dépens des provinces. Nous affirmons que nous consentons à céder une partie de nos pouvoirs à la population canadienne, et nous proposons aux gouvernements provinciaux de céder une partie de leurs pouvoirs à la population de leurs provinces respectives. C’est parce que nous sommes un Etat

[Page 275]

(Hon. P.-E. Trudeau)

I do not, and it is my guess that the great number of Canadians do not.

It is for this reason that I ask you to consider the inclusion in the Charter of Human Rights of some protection Which the law does not now offer. And I ask you as well to consider that this is a Canadian Charter, for Canadian circum stances. I am aware of the criticism from some quarters in the United States of some of the results of American civil rights legislation, and I am aware that some of the initial opposition in this country to a bill of rights was based upon the evidence of American experience. It Would be unfortunate if our criticism of some aspects of American society caused us to forget that there has been created in the United States one of the great legal systems of the world. In our natural desire to borrow some of What is good from that system, We should not be inhibited by those who warn us of What is bad. We are aware of some of its shortcomings; I simply say that the American precedent With respect to those shortcomings is not valid in Canada.

In short, We should not underestimate the strengths of our society and assume that the public interest will auto matically suffer if the interest of the individual is further protected.

(ENGLISH)

To this question: how do we change the constitution in order to preserve the past and to ensure the need for change?

Do we first argue about the rights of governments and carefully compartmentalize Canada into parts, building tough exteriors about the governments to ensure that each is guarded effectively from outside interférence? Would this achieve our purpose? Would the people of Canada accept the proposition that omnipotent governments are best for them?

Or do we attempt to construct a Canada in Which the prime strength is not in the governments, but in the people? A country Which is knit together from coast to coast by per sons confident of their individual rights wherever they may live. A Canada with Which the people may identify, and in Which they will then be given a voice to decide the competence Which their governments should possess.

[Page 276]

(L’hon. M. Trudeau)

fédératif, dont le pouvoir de légiférer est partagé entre des gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral, que nous devons tous coordonner nos efforts pour protéger effectivement tous les droits de tout le peuple.

Nul doute que, d’un certain point de vue, ces droits sont de la compétence législative exclusive du Parlement, tandis que d’un autre, ils relèvent de la compétence exclusive des provinces. Et d’un autre point de vue, enfin, ils relè vent des deux ordres de gouvernement. Il n’est pas dans les intentions du gouvernement fédéral de se servir de sa compé tence en matière pénale, par exemple, pour envahir les champs de législation provinciale. Bien au contraire. A l’examen, la plupart des catégories de droits que nous voulons protéger relèvent déjà de la compétence fédérale. Ce qui veut dire que, par suite de l’abandon de pouvoirs que nous proposons, le Parlement aura beaucoup plus à perdre que les provinces, si l’on veut parler de perdre lorsqu’on cède quelque chose au peuple, quelque chose qui lui appartient. Il n’y a ici ni cession, ni délégation, ni empiètement d’un niveau de gou vernement à l’autre. Les sujets affectés par la charte, qui sont proprement de compétence provinciale, le demeurent; ils seront soumis à une mise en oeuvre provinciale et non pas fé dérale. Certains articles, en particulier ceux qui concernent les droits linguistiques, notamment, demanderont une action commune. Ceci n’est pas le fait d’un empiètement fédéral. C’est simplement la preuve du besoin qu’il y a d’une seule et unique charte canadienne des droits de l’homme, incluse dans la constitution, comme seul moyen de protéger de façon adé quate les droits de l’homme dans un Canada à forme fédérative.

J’ajoute qu’il ne convient pas de monter en épingle notre pureté de coeur et notre rectitude de vie. Parfois, en effet, on nous demande: pourquoi protéger les droits d’une façon constitutionnelle, dans notre pays? Nous ne pourrions protester de notre innocence, dans ce pays, à l’accusation d’avoir eu des lois qui ordonnaient de brûler des livres ou en proscrivaient la lecture, qui enlevaient à des minorités linguistiques des droits qui leur avaient été garantis, qui autorisaient des expropriations qui ressemblaient fort à des confiscations; et nous avons connu le cas de personnes arrêtées de nuit, qu’on détenait au secret pendant des jours. Nous n’avons aucune raison de nous endormir dans la complaisance. Combien de Canadiens savent, par exemple, que le droit canadien permet, au cours de procès criminels, que des policiers produisent des preuves, sans égard à la légalité des moyens employés pour les obtenir? Les aveux mis à part, — des règles élaborées assurent qu’ils seront volontaires — nos cours ac

[Page 277]

(Hon. P.-E. Trudeau)

The first technique has been tried again and again for decades by those who argue that stronger federal, or stronger provincial governments will guarantee utopia. How often have we Witnessed governments arguing about distribution of power? And yet we sit here today cognizant of discontent in Canada. I ask you to consider a new approach. An approach Which deals first and foremost With the people of Canada.

If we look to nature, we may find examples of the two forms of structure. These creatures Which are of the crustacian species have armoured themselves against the outside; all sensitivity and life is confined to the interior of the shell Where it is free from harm and immune from most danger. The opposite structure is found in vertebrates Where a strong skeletal framework is inside, not outside. In this species the flesh is constantly exposed to danger – but it is at the same time not immune from its environment. It is capable of adaptation, of change, of more advanced forms of life.

I suggest that the vertebrate provides us With a better example. That we here today have the opportunity of starting to build a new constitutional structure for Canada; one Which is strong because its backbone is composed of human beings secure in their individual liberty and confident of the protection of their fundamental values.

Knowing, whether they be Manitobans, Quebeckers or Prince Edward Islanders, that they have common values; that they are united in these respects as Canadians – not divided provincially by différences. This is the strength of Canada. And if this structure exposes our cultures to some danger, should we not accept the challenge? Great cultures have always flourished when they have been forced to, but many have suffocated when over—protected.

Having done that we may move to the institutions and functions of government, knowing that when we do we will have a Canada Which never again will find itself in 3 position Where the parts have so shut themselves off one from the other that is is moribund. Where some parts have become so insensitive to the needs of other parts that change, rather than a peaceful and normal function, must take on a note of precipitate revolution.

The federal government has made its decision. Five of the provinces, if I understand correctly their statements yes terday, agree with that decision. I urge the remaining provinces, with the greatest respect, to consider theirs.

[Page 278]

(L’hon. M. Trudeau)

ceptent une preuve accablante sans se soucier de la façon dont elle a été obtenue. On a pu se la procurer par la fraude ou même par le vol. Heureusement, les corps policiers, en notre pays, ont rarement recours à ces tactiques, et c’est tout à leur honneur. Mais voulons-nous vivre dans un pays oü elles peuvent être employées? Ou encore dans un pays où, parfois, elles sont employées? Oü l’on exige une certaine norme de conduite des citoyens, et une autre des organes publics?

Pour ma part, je ne le veux pas, et je suis convaincu que la plupart des Canadiens ne le veulent pas non plus.

Pour cette raison, je vous demande de songer à mettre dans la charte des droits de l’homme des protections que la loi ne donne pas. Je vous demande aussi d’y voir une charte canadienne adaptée aux besoins des Canadiens. Je sais les cri tiques que dans certains milieux, aux Etats-Unis, on formule à l’égard de certains effets des lois américaines sur les li bertés publiques. Je sais aussi que l’opposition qu’on a ma nifestée, au départ, dans notre pays, à une charte des droits. s’inspirait en partie de l’expérience américaine. Il serait regrettable que ces critiques nous fassent oublier que les Etats-Unis ont élaboré l’un des plus grands systèmes juridi ques du monde. Il est naturel, pour nous, de vouloir emprun ter à ce système ce qu’il a de bon: nous ne devons pas nous laisser détourner par ceux qui ne voient que ce qu’il a d’in suffisant. Nous connaissons ces lacunes; je prétends que l’expérience américaine, à cet égard, n’est pas valable au Canada.

En somme, il ne faut pas sous-estimer les forces vives de notre société, et présumer que l’intérêt public souffrira nécessairement d’une protection accrue de la personne humaine.

(Traduction)

La question se pose donc: comment devons-nous aborder la rédaction d’une constitution qui serait la charpente solide d’un pays fédératif et qui aurait en même temps la souplesse qu’il faut pour accueillir le changement? Allons-nous commen cer d’abord par étudier les droits des gouvernements et com partimenter le Canada en éléments divers, construire des murs autour des gouvernements, pour nous assurer que chacun soit protégé des interventions extérieures? Est-ce que cela réaliserait notre objectif? Est-ce que le peuple canadien recon naîtrait que des gouvernements omnipotents sont les meilleurs, ou accepterons—nous d’édifier un Canada oû la force ne résul terait pas surtout des gouvernements mais de la population, un

[Page 279]

(ENGLISH)

Honourgble John Robarts: Mr. Prime Minister, may I ask the Attorney General for Ontario, Mr. Wishart, to make a few points in this respect, as far as Ontario is concerned.

The Right Honourable L.B. Pearson: Mr. Wishart.

Honourable A.A. Wishart: I am sure that all of us appreciate the significance of the document that has been placed before us by the Minister of Justice of Canada. The proposed Canadian Charter of Human Rights reflects not only the insight and knowledge of a man dedicated to his fellow Canadians, but it reveals the understanding of a lawyer who has tempered his subject with knowledge gained in a wide ex perience. We will be indebted to him for this assistance and guidance as we all consider the definition of our fundamental rights, for his principles are worthy of our greatest consider ation.

The problems inherent in the consideration of a bill of rights for a federal system are not, however, adapted to ease of solution. The definition and enforcement of the rights of man has been a responsibility of democratic government in every organized society known to history, and the manners of definition and enforcement are as varied as the forms of government Which developed them. There are principles, how ever, Which must be considered in an analysis of any proposal for a bill of rights.

In 1960 a Bill of Rights was enacted Which many people considered unsatisfactory, but Which was a valiant attempt to provide a partial solution within an area of competing legis lative systems. The resolution of these inconsistent systems within our federation has resulted in a bill Which is declara tory only. The common law in the jurisdictions Where it applies had earlier established the same rights. The bill of 1960 applied only to one jurisdictional field, as the federation has distributed its powers. Unfortunately, it is of no greater force than any other statute since we have no method of amend ing our constitution to include it within that framework.

In this context we may now consider the principles in herent in a bill of rights.

[Page 280]

(L’hon. M. Trudeau)

pays qui s’étend d’un océan à l’autre, composé de personnes qui ont confiance en leurs droits individuels. Un pays auquel les gens peuvent s’identifier, où ils décideront des compétences que leurs gouvernements doivent posséder.

La première technique a déjà été essayée, depuis des décennies, par ceux qui estiment qu’un gouvernement fédéral et des gouvernements provinciaux plus forts seraient une garantie d’utopie. Combien de fois ne voyons-nous pas les gouvernements se disputer au sujet de partage des pouvoirs? Et pourtant, nous voici, aujourd’hui, prenant conscience du mécontentement qui existe au Canada. Je vous demande de considérer une nouvelle formule, une formule qui, avant tout, touche la population canadienne.

Il n’est que de considérer la nature pour trouver des exemples de ces deux formes de structures. Les crustacés ont une armure contre l’extérieur, contre les ennemis de l’extérieur; toute la sensibilité et toute la vie sont confinées à l’intérieur de la coquille. La structure opposée, ce sont les vertébrés, dont la charpente squelettique à l’intérieur est forte; mais, néanmoins, la chair est exposée au danger et n’est pas tout à fait immunisée contre l’influence du milieu. Ces espèces sont capables d’adaptation, de changement, d’une forme plus avancée de vie.

Je suis d’avis que les vertébrés nous fournissent un meilleur exemple. Aujourd’hui, nous avons l’occasion de commencer à édifier une nouvelle structure constitutionnelle pour le Canada, une structure forte, parce que son armature sera composée d’êtres humains qui possèdent la liberté individuelle et qui ont confiance en la protection de leurs valeurs fondamentales.

Ces Canadiens, qu’il s’agisse de Manitobains, de Québécois ou de citoyens de 1’Ile-du-Prince-Edouard, ont des valeurs communes; ils sont unis à cet égard comme Canadiens, et non divisés provincialement par leurs disparités. Voilà la force du Canada, et si cette structure expose nos cultures à certains dangers, ne devrions-nous pas relever le défi? Les grandes cultures se sont toujours épanouies sous l’effet d’une attaction extérieure tandis que lorsqu’on les a trop protégées, bon nombre d’entre elles se sont étiolées.

Quand nous aurons fait cela, nous pourrons ensuite passer aux institutions et aux fonctions du gouvernement, sachant que nous aurons un Canada qui ne se trouvera plus dans une position où les éléments se seront tellement

[Page 281]

(Hon. A.A. Wishart)

Canada is founded upon a constitution that is both Written and unwritten. As a federation, it was necessary to define a distribution of powers and a method of government Which gave us a written constitution for our parliamentary and legislative systems. As a creature of the parliamentary system we have an unwritten constitution based upon the common law With a civil code in the Province of Quebec. The substance of our civil rights was left in an unwritten form for good reason, as reflected in the history of the 19th Century.

The Debates on Confederation indicated that we took our education on the matter of a constitution in part from the United States, then a relatively new form of federated state. The Constitution of the United States of America vested the criminal law power in the states Which was a necessity arising from their history as sovereign states. It is in this area that we find the great bulk of fundamental individual rights — freedom from arbitrary arrest and detention, freedom of speech, right to trial by jury, right to appear and be heard, and many others.

In such a situation — that is the situation Which exists in the United States — it was obviously necessary to protect the rights of the individual on a uniform basis throughout the nation, and this could only be done by a bill of rights Which had to establish uniform rights amongst fifty different criminal law jurisdictions. The draftsmen of the Canadian constitution recognized this problem, and Sir John A. Macdonald in his statements of the day made it clear that Canada must be blessed with a uniform criminal law throughout the land. That we have.

In retrospect, if we look back comparing our situation with the United States, We find an interesting commentary on the effect of a bill of rights. We are speaking of an entrenched bill of rights in the constitution. In the United States today, notwithstanding an entrenched bill of rights expressed in the clearest terms, we find a continuing and bitter battle that still results in a disparity between the rights of the individual from state to state Which is unknown to the countries without an entrenched bill of rights.

The principle Which may have contributed to this result and Which I think also explains the course followed by the framers of our constitution, is found in the judicial expression of the common law. The flexibility in the unwritten constitution such as we have, permits the courts to maintain a balance between the public rights, i.e. government, and the

[Page 282]

(L’hon. M. Trudeau)

compartimentés que l’ensemble deviendra moribond, que certaines parties seront devenues tellement insensibilisées aux besoins des autres que le changement, plutôt que d’être une fonction normale, précipitera plutôt une révolution.

Le gouvernement fédéral a fait son choix. Cinq ou six provinces, si j’ai bien compris les déclarations qui ont été énoncées hier, l’ont appuyé. J’exhorte les autres provinces, en toute déférence, à considérer leur position.

(Traduction)

L’honorable J.P. Robarts: Monsieur le premier ministre, puis—je demander au Procureur général de l’Ontario, M. Wishart, de faire quelques commentaires à cet égard, pour expliciter la position de l’Ontario?

Le très honorable L.B. Pearson: M. Wishart.

L’honorable A.A. Wishart: Je suis sûr que nous comprenons tous la portée du document que vient de nous présenter le ministre fédéral de la Justice. Le projet de créer une charte canadienne des droits de l’homme, réflète non seulement les connaissances et la compréhension profonde d’un homme dévoué à ses compatriotes, mais il révèle aussi les connaissances légales d’un avocat qui a une longue expérience. Nous lui sommes reconnaissants de ses conseils, alors que nous allons étudier la définition de nos droits fondamentaux, car ses principes méritent sûrement d’être étudiés à fond. Cependant, les problèmes inhérents à l’étude d’un bill éventuel des droits, dans tout système fédéral, ne se prêtent pas facilement à une solution. La définition et le respect des droits de l’homme ont toujours été la responsabilité des gouvernements démocratiques dans toutes les sociétés organisées, et les modes de définition et d’application de ces droits varient autant que la structure des gouvernements.

Cependant, il y a des principes qui doivent entrer en ligne de compte dans toute analyse d’un projet de charte des droits.

En 1960, on a adopté un bill des droits que bien des gens ne considéraient pas satisfaisant. C’était néanmoins une tentative courageuse de trouver une solution partielle dans un secteur oû des systèmes législatifs étaient en conflit. On a

[Page 283]

(Hon. A.A. Wishart)

rights of the individual, all in the context of the times — and in the context of the times as they change. By relying upon it — the unwritten constitution — we avoid rigidity but enjoy in the most comprehensive way the whole fie1d of human rights, and are enabled to broaden the scope and bounds of our freedoms in a continuous development from time to time as occasion may require. The entrenched expression of rights must on the other hand be construed as a code Which is exhaustive of the subject.

This leads to a consideration of the relationship between the civil code and the common law and their respective relationships with civil rights.

The common law extends to the individual virtually every right, unless it has been abridged by the law. Under the civil code system there are no inherent rights in the individual unless they are prescribed by law. The systems thus approach rights and duties on diametrically opposed paths. Different approaches: on one side all the rights are there unless abridged; on the other side the rights you enjoy are hereby protected. The systems are approached from different directions, but they may very well achieve the same results. The difficulty we face is in developing one system that will adequately serve both the civil code and the common law in their separate provinces. The resolution of this problem does indicate the advantages in permitting the provinces to deal with property and civil rights under their own special systems of jurisprudence.

It is to be borne in mind that The British North America Act gave to the provinces exclusive jurisdiction over property and civil rights in the province (Section 92-13). Any entrenchment of a bill of rights in the Canadian constitution would inevitably trespass on and I submit derogate from this area of heretofore exclusive provincial jurisdiction.

The position of Ontario has been most positive in the development of laws respecting individual and civil rights. We have not only retained the traditional laws Which have formed the foundation of our system but we have introduced new laws in the areas not anticipated by the common law. Ontario thus repeats in the revised statutes the language of Magna Carta as ultimately enacted in the reign of Edward I in the year 1272 wherein we find preserved our right to due process of law and trial by jury, but the same volumes of statutes prescribe the Ontario Human Rights Code Which has been recognized as one of the most effective and enforceable expressions

[Page 284]

(L’hon. M. Wishart)

eu comme résultat un bill qui n’est qu’une déclaration. La Common Law, dans les compétences oü elle s’applique, avait auparavant établi les mêmes droits. Le bill de 1960 ne s’appliquait donc qu’à un champ de compétence, selon la répartition des pouvoirs fédératifs. Malheureusement, il n’a pas plus de valeur que n’importe quel autre statut, puisque nous n’avons aucun moyen de modifier la constitution pour l’y intégrer.

Dans ce contexte, nous pouvons maintenant examiner les principes inhérents à une déclaration des droits.

Le Canada s’appuie sur une constitution qui n’est écrite qu’en partie. Dans le cadre de la fédération, il a fallu définir une répartition des pouvoirs et établir une formule de gouvernement. Par conséquent notre système parlementaire et législatif est muni d’une constitution écrite. Le système parlementaire nous a dotés d’une constitution non écrite fondée sur la Common Law, avec le Code civil dans la province de Québec. La quintessence de nos droits civils a été laissée à la tradition orale pour de bonnes raisons, comme le démontre d’ailleurs l’histoire du XIXe siècle.

Les débats sur la Confédération indiquent que nous avons fondé notre constitution en partie sur celle des Etats-Unis, qui avaient une forme d’Etat fédéré relativement nouvelle. La constitution des Etats-Unis d’Amérique a accordé aux Etats, la juridiction sur le droit criminel, ce qui était nécessaire à cause de leur histoire d’Etats souverains. C’est dans ce domaine que nous trouvons la plus grande partie des droits des individus: protection contre l’arrestation arbitraire, liberté de parole, le droit d’avoir un procès devant un juge et un jury, le droit de se faire entendre, et beaucoup d’autres.

Telle était la situation qui existait aux Etats-Unis. Il était manifestement nécessaire, pour protéger les droits des individus à travers tout le pays, d’établir ces droits de façon uniforme et on ne pouvait le faire que par une déclaration des droits qui instituait des droits uniformes pour 50 compétences criminelles différentes. Les auteurs de la constitution canadienne ont reconnu ce même problème, et sir John A. Macdonald a bien déclaré, à l’époque, que le Canada se devait d’avoir un droit criminel uniforme à travers tout le pays. C’est ce que nous avons d’ailleurs.

A cet égard, si nous revenons en arrière et regardons quelle est la situation aux Etats-Unis, nous trouvons un commentaire très intéressant sur les répercussions d’une déclara-

[Page 285]

(Hon. A.A. Wishart)

of the law of freedom from discrimination. The positive approach is further demonstrated in the appointment of the Honourable J.C. McRuer to enquire into and report upon not only a bill of rights for Ontario but also the desirability of an ombudsman and many other matters related to civil rights in the Province of Ontario.

The effective approach taken by the Government of Ontario in the protection of civil rights under the existing system is demonstrated further in the review which is now made of all legislation to ensure detailed study and revision of any provisions that affect the rights of the individual.

A proposed bill of rights must be considered in the light of our systems of jurisprudence and the principles that have been demonstrated. If an entrenched bill then seems necessary and desirable there are specific effects upon all the provinces — and I speak for Ontario — Which must be considered.

An entrenched bill of rights should not be considered unless this is done as an integral part of a complete constitutional review. If a bill of rights is entrenched at the federal level, than any ultimate redistribution of power will have to be made in the context created by the bill of rights. The expression of these rights could therefore have a material and perhaps an unintentional effect upon the constitutional reforms that might ultimately be desirable. Since the entrenchment of individual rights above the authority of parliament has a material effect upon possible distribution of power in constitutional.reform,the two steps should be considered together.

We must always remember that our nation is founded upon the parliamentary system of government and not the republican system of government. In the former system the supremacy of parliament has always been an essential ingredient, for it has vested in the people of the nation, through their elected representatives, their ultimate power over rights and freedoms. This is a fundamental concept of democracy with Which we should not interfere except in the revealing light of full and complete discussion.

We have all recognized the absolute necessity of developing a mechanism Which will provide an equal opportunity to all for the frank and constructive dialogue that will lead to the constitutional reform necessary for Canada’s continuing maturity in its second hundred years. The soul—searching

[Page 286]

(L’hon. M. Wishart)

tion des droits. Je parle d’une déclaration inaliénable et intégrée à la constitution. Aux Etats-Unis aujourd’hui, en dépit du fait que la déclaration est insérée dans la constitution et qu’elle est énoncée très clairement, nous constatons qu’il y a des luttes amères qui ont encore comme résultat des disparités entre les droits des individus d’un Etat à l’autre. Dans les pays qui n’ont pas une déclaration des droits inséré dans leur constitution, une telle situation n’existe pas.

Le principe qui peut avoir contribué à ce résultat et qui, à mon avis, explique l’attitude des architectes de notre constitution, se retrouve dans l’application judiciaire de la Common Law. Par sa souplesse, une constitution non écrite comme la nôtre, permet aux tribunaux de réaliser un juste équilibre entre les droits du secteur public d’une part, et les droits des individus, d’autre part, et ceci dans le contexte général de l’époque et des circonstances. En se fondant sur cette constitution orale, nous évitons la rigidité, mais nous bénéficions de toute la gamme des droits de l’homme et nous pouvons encore accroître l’envergure et l’ampleur de notre liberté de façon continue, à l’occasion, et selon que les circonstances l’exigent. L’expression écrite des droits, d’autre part, doit être considérée comme un code exhaustif. Ceci nous amène à l’examen des rapports entre le Code civil et la Common Law et entre ces deux droits et les droits civils.

La Common Law accorde aux individus à peu près tous les droits, à moins qu’une loi n’ait limité tel ou tel droit. En vertu du Code civil, il n’y a pas de droit individuel inhérent, à moins que la loi ne le prescrive. Ainsi, ces régi- mes considèrent les droits et les devoirs de façon diamétralement opposée, utilisent des optiques qui sont tout à fait aux antipodes. Dans le cadre de la Common Law, tous les droits y sont, mais ils ne sont pas écrits; dans l’autre régime, tous les droits sont prescrits, sont écrits. Les deux systèmes empruntent des approches toutes différentes mais ils peuvent fort bien aboutir au même résultat. La difficulté qui se pose, c’est la mise au point d’un régime qui puisse être adapté et au Code civil et à la Common Law. Le règlement de ce problème indique les avantages qu’il y aurait à permettre aux provinces de s’occuper de la propriété et des droits civils, en vertu de leur propre système de jurisprudence. Il convient de ne pas oublier que l’Acte de l’Amérique du Nord britannique a accordé aux provinces la compétence exclusive sur la propriété et les droits civils, en vertu du paragraphe 13 de l’article 92. Toute réserve d’une déclaration des droits à la constitution empiéterait inévitablement, à mon sens, sur ce secteur de droits exclusifs aux provinces.

[Page 287]

(Hon. A.A. Wishart)

question of an entrenched bill of rights is one of the most fundamental matters Which may be served to the greater advantage of Canada within the perimeters of the dialogue to which I have referred, and we look forward to pursuing a bill of rights by such a process.

If any bill of rights, provincial or federal, is to be effective it must be more than a declaratory statute designed to assist in the interprétation of existing rights. Such a bill Would then have to be specific and detailed with complete definitions of the rights protected. Once so defined, the rights would necessarily derogate from powers, and the latter Would ultimately be interpreted by the courts in the light of the former. The courts Would then in effect be distributing the powers conferred by the constitution just as some people allege has been done by the Judicial Committee of the Privy Council in the past.

To sum up, sir, in considering a bill of rights four principles should be kept in mind:

(a) Such a bill should be considered in the light of constitutional reform generally.

(b) Such a bill should be dealt with in the light of provincial situations with consideration for their existing powers.

(c) The declaratory or other nature of such a bill should be reviewed in the context of the existing constitution and the important relationship between a bill of rights and a constitution, and

(d) In the case of Ontario, the government might await the McRuer Report Which should reflect the very many submissions received from people and organizations throughout Ontario.

The Right Honourable L.B. Pearson: Thank you, Mr. Wishart.

Is there any other comment on this matter at this time?

[Page 288]

(L’hon. M. Wishart)

La position de l’Ontario a été très progressive en ce qui concerne les droits des individus et les droits civils. Non seulement avons-nous retenu les lois traditionnelles qui constituent le socle de notre régime, mais nous en avons préaenté de nouvelles dans des secteurs que ne prévoyait pas la Common Law. L’Ontario reprend donc, dans ses Statuts revisés, les principes de la Grande Charte adoptée en l’année 1272 sous lu règne d’Edouard ler, où nous retrouvons la protection des droits par le procès devant jury, mais le même ensemble de Statuts prévoit aussi un code ontarien des droits de l’homme qu’on reconnaît comme une des déclarations légales les plus puissantes et les plus fermes contre la discrimination. Un autre exemple de mesure concrète réside dans la nomination de l’honorable J.C. McRuer, qui a été chargé de faire enquête et de faire rapport non seulement sur la question d’une déclaration des droits pour l’Ontario, mais aussi sur celle de cons-tituer un poste d’ “ombudsman” et bien d’autres questions ayant rapport aux droits civils, dans la province de l’Ontario.

L’attitude du gouvernement de l’Ontario, en ce qui concerne la protection de tous les droits civils dans le cadre du régime existant, se reflète aussi dans la révision qui se fait actuellement de toutes les mesures législatives provinciales. Cette révision a pour but d’examiner toutes les dispositions intéressant les droits des individus.

Un projet de déclaration des droits de l’homme doit être considéré à la lumière de nos systèmes de jurisprudence et des principes qui y sont incorporés. Si un bill inaliénable semble alors opportun, il aura des répercussions bien déterminées, en ce qui concerne la compétence provinciale; je parle en ce moment de l’Ontario, mais il se produira aussi des effets dans toutes les provinces.

Un bill des droits réservé dans la constitution ne devrait pas être considéré à moins qu’on n’étudie d’abord ses répercussions dans un contexte de revision constitutionnelle totale. Si un bill des droits est réservé dans la constitution de la fédération, la répartition définitive des pouvoirs devra alors être faite dans le contexte créé par la déclaration des droits. L’expression de ces droits pourrait donc avoir un effet considérable sur toute réforme constitutionnelle qu’on voudrait à l’avenir.

Réserver les droits des individus dans la constitution, ce serait les mettre au-dessus de l’autorité du Parlement. Une telle mesure aurait des répercussions considérables sur tout partage éventuel des pouvoirs dans le cadre d’une réforme cons-

[Page 289]

Honourable Daniel Johnson:

(TRANSLATION)

Mr. Chairman, in concluding yesterday’s address, we proposed setting up five commissions, one of Which Would be entrusted with the examination and definition of fundamental rights, including the study of a charter of human rights, inasmuch as such a charter Would appear necessary in a new Canadian constitution.

I do not know What form of committee will be charged with continuing the work of this conference after we adjourn, but whether it be called a committee or a subcommittee, it seems to me that this particular question requires immediate, serious and thorough study by some federal or provincial body.

We have made public our views on human rights and devoted one section of our brief to the matter. If you will refer to that document, beginning on page 24, you will find that our attitude is clear and that we are fully prepared to cooperate with the federal government and the other provinces in studying this problem, Which I consider most important. If I may say so, the situation confronting us is an agonizing one. Nobody believes more firmly than I do in individual liberties and I know that I am not alone in attaching such great importance to personal freedoms and fundamental rights. Since I first entered politics — and especially since I assumed responsibilities as a minister or leader of a party in opposition or in power — I have had many occasions to state my views on the necessity of entrenching all fundamental rights in a constitution. I know this proposal runs counter to the tradition of parliamentary authority, to the doctrine of the supremacy of parliament, as vested in the people through their elected representatives, over the constitution. Rut the fact remains that, Where Quebec is concerned, there is near-unanimous, if not unanimous, agreement among political parties that individual rights are primarily matters of provincial jurisdiction.

On the other hand, We recognize that it would not be possible to protect all rights in an internal constitution, Quebec’s own. There is broad agreement too — although perhaps less of a consensus — with regard to collective rights. The two major parties Which, for the time being at least, appear to represent almost all Quebecers have declared that collective rights could be guaranteed not only in a provincial constitution, but also in a federal charter enshrined in the Canadian constitution.

[Page 290]

(L’hon. M. Wishart)

titutionnelle. Il faudrait donc étudier ces deux aspects de la question ensemble.

Il convient de ne pas oublier que notre pays est fondé sur un système parlementaire de gouvernement et non pas sur le régime républicain. Dans le système parlementaire, la suprématie de l’institution parlementaire a toujours été un élément essentiel. Donc, la population possède, par ses représentants élus, le pouvoir définitif en ce qui concerne la liberté. Ceci est un concept fondamental de la démocratie et il ne faut pas le toucher, sauf à la lumière d’un débat complet et intégral.

Nous reconnaissons tous la nécessité absolue d’établir un mécanisme qui permettra à tous également de participer dans un dialogue franc et honnête, qui donnera lieu à la réforme constitutionnelle nécessaire pour assurer la maturité canadienne au cours de ce deuxième siècle. Cette question exige de nous tous une attitude de réflexion profonde. La réserve de la déclaration des droits dans la constitution est sûrement une question dont l’étude pourrait favoriser le bien-être du Canada, dans le cadre du dialogue que j’ai mentionné, et nous en anticipons l’étude.

Pour être vraiment efficace, une déclaration des droits, qu’elle soit fédérale ou provinciale, devra être plus qu’une déclaration pure et simple destinée à l’interprétation des droits existants. Une telle déclaration devrait être précise et détaillée, comportant des définitions claires des droits qui sont protégés. Une fois cette définition assurée, les droits diminueraient les pouvoirs, en ce sens que les tribunaux pourraient les interpréter à la lumière des droits. Les tribunaux distribueraient alors effectivement des pouvoirs conférés par la constitution tout comme (d’après certains) le Comité judiciaire du Conseil privé l’a fait dans le passé.

Je résume, monsieur le premier ministre.

Je suis d’avis que dans l’examen d’une déclaration des droits ou d’un projet de déclaration des droits, quatre principes doivent entrer en ligne de compte.

A) D’abord, cette déclaration doit être étudiée à la lumière de la réforme constitutionnelle en général.

B) Ensuite, un tel bill doit être étudié à la lumière des circonstances provinciales

[Page 291]

(Hon. Daniel Johnson)

Although it may not be necessary, Mr. Chairman, with your permission I shall quickly read these few pages in order to put our position on record in the transcript of conference proceedings Which will surely be published in due course. This text is on page 24 in the English-language brief.

The Government of Quebec is conscious of the fact that, among achievements of the United Nations in the last twenty years, the Universal Declaration of Human Rights and the two covenants on human rights rank very high on the organization’s list of outstanding contributions to international progress.

It is significant that, in terms of human rights, no distinction can be made between developed and underdeveloped countries. In this respect, all governments are more or less breaking new ground every day.

In Quebec, as most of you know, legislation on freedom of religion was enacted over a hundred years ago, back in the days of union government. Our public school system acknowledges the rights of parents to have their children educated in either of Canada’s two official languages and in accordance with their religious beliefs. Our civil code has long maintained a tradition for protecting the individuals rights. This tradition was built on the principles of civil liability and action for damages; it is even realized today that the civil code may have been underestimated as an extensive and efficient means of protection. Not long ago, the legislature dealt with specific problems raised by distinctions on the basis of race or other factors. Two major pieces of legislation were adopted unanimously, forbidding hotels, restaurants and employers to discriminate against anyone because of race, religion or ethnic origin.

More recently, our Commission for Revision of the Civil Code drafted an amendment concerning civil rights, worded as a declaration of the individual’s rights and intended as a preliminary chapter to our revised civil code. Moreover, our government intends to submit this draft declaration to the legislature before going on with the over-all revision of the code.

The points on Which, in the past, Quebec and the rest of Canada seem to have differed in the field of human rights were related much more to the way of Wording juridical principles and guaranteeing protection than to acknowledgement of

[Page 292]

(L’hon. M. Wishart)

particulières et en égard aux pouvoirs existants des provinces.

C) La nature – déclaratoire ou autre – d’une telle charte doit être analysée à la lumière de la constitution actuelle et de la relation importante entre une charte des droits et une constitution.

D) Enfin, le gouvernement de l’Ontario préférerait attendre le rapport McRuer dont j’ai parlé et qui devrait, lorsque nous le recevrons, incorporer toutes les propositions que la commission aura reçues des individus et des organisations à travers l’Ontario.

Le très honorable L.B. Pearson: Merci, monsieur Wishart.

Quelqu’un a-t-il d’autres commentaires à faire sur ce même sujet?

(Français)

L’honorable Daniel Johnson: Monsieur le président, hier, à la fin de notre allocution, nous avons proposé la formation de cinq commissions dont l’une aurait pour mission d’étudier, de circonscrire les droits fondamentaux, dont l’étude d’une charte des droits de l’homme, d’autant qu’il serait nécessaire d’avoir une telle charte dans la constitution canadienne, dans une nouvelle constitution.

Je ne sais pas quelle forme prendra le comité qui doit poursuivre les travaux, lorsque nous ajournerons, mais qu’on l’appelle comité ou sous-comité, il me semble que cette question devrait faire l’objet d’une étude immédiate, sérieuse et complète par un organisme quelconque, fédéral ou provincial.

Nous avons fait connaître publiquement notre attitude au sujet des droits de l’homme. Nous avons inclus dans notre mémoire un chapitre, et si on veut bien se référer à la page 27, on verra que notre attitude est claire et on découvrira que nous sommes prêts à collaborer avec le fédéral et les autres provinces à l’étude de ce problème qui, à mon sens, est extrêmement important. Voici une situation un petit peu déchirante, si je puis ainsi m’exprimer. D’une part, nul plus que celui qui vous parle ne croit aux libertés individuelles.

[Page 293]

(Hon. Daniel Johnson)

the rights themselves.

The government of Quebec has committed itself to seeking early legislative adoption of a Quebec charter of human rights and to the appointment of an ombudsman (or protector of the people). We have examined these two questions very closely during the past few months and hope soon to be able to introduce specific and relevant legislation before the assembly.

The interest in-human rights shown by the population of our province is considerable not only on the part of the public bodies responsible for law enforcement, but also among the citizens themselves, who have set up a league of human rights. I should add that a McGill University institute is giving very serious attention to this question and that very useful work has been done in the same field at the University of Montreal’s Institute for Research in Public Law, a body well known to the Justice Minister. As far as I know, this work is still going on; of course a different school of thought may prevàil now that the Minister is not there, but that’s another matter. In any event, Quebecers are deeply concerned With this question.

As regards the proposal for a constitutional declaration of human rights, we thought it advisable to reserve our position for a number of reasons, as follows.

Owing to their philosophical and juridical nature, bills of rights are difficult to put into words whenever attempt is made to incorporate effective sanctions. Just as it was relatively easy at the United Nations in 1948 to reach agreement by an impressive number of countries on a Universal Declaration of Human Rights of a general nature, so were these countries extremely careful in wording their own constitution to this effect.

The Universal Declaration of Human Rights contains no provisions for sanctions applicable either within a given state or on an international scale. As regards the 1966 international covenants on human rights and the related optional protocol, implementation on an international basis is guaranteed only by rather meek provisions. Conversely, a constitutional text duly passed by a state’s legitimate authority Would likely be enforced very quickly by the courts, regardless of whether public opinion is sufficiently sensitive to the problem and even before signs of favourable tradition become apparent.

[Page 294]

(L’hon. M. Johnson)

Je sais bien que je ne suis pas le seul à attacher une telle importance à la liberté individuelle, aux droits fondamentaux. Depuis que je suis en politique et surtout depuis que j’ai des responsabilités, soit comme ministre, soit comme chef de parti dans l’opposition ou au pouvoir, il m’a été donné de me prononcer très souvent sur la nécessité de garantir dans une constitution tous les droits fondamentaux. Je sais que cette pro- position vient à l’encontre de la tradition du droit parlementaire et de la doctrine de la suprématie du Parlement ou des élus sur la constitution. Mais il reste que, pour le Québec, il y a un accord unanime, ou presque, entre tous les partis politiques: les droits des individus ressortissent d’abord à la compétence provinciale.

Par ailleurs, nous reconnaissons que nous ne pouvons pas protéger tous les droits dans une constitution interne, la constitution interne du Québec. Il y a un accord aussi, un peu moins étendu celui—là, sur les droits collectifs, et les deux partis, pour le moment en tout cas, semblent représenter la presque totalité de la population. Les deux partis sont d’accord pour proclamer que les droits collectifs pourraient faire l’objet non seulement de garanties constitutionnelles provinciales mais aussi de garanties constitutionnelles au niveau fédéral dans une charte canadienne incorporée à la constitution canadienne.

Est-il nécessaire, monsieur le président, de lire ces quelques pages? Si on me le permet, je les lirai rapidement afin que ces propos soient consignés au bon endroit dans le rapport qui sera certainement publié sur la présente conférence.

Dans la version anglaise, c’est à la page 24. “Le gouvernement du Québec est conscient du fait que parmi les travaux accomplis par les Nations Unies au cours des vingt dernières années, la déclaration universelle et les deux pactes internationaux des droits de l’homme comptent parmi les contributions majeures de cet organisme au progrès international.

“Il est significatif que dans le domaine des droits de l’homme on ne puisse établir de distinctions entre pays développés et pays sous-développés. Il s’agit là de questions oü tous les gouvernements sont en quelque sorte en voie de développement.

“Au Québec, nous possédons (comme on le sait) une législation sur la liberté des cultes qui remonte au milieu du siècle

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(Hon. Daniel Johnson)

In a unitary country with a homogeneous society, it is possible to think of bills of rights as summarizing the ethical philosophy endorsed by the whole population and to allow all the other rights of the citizens to proceed from them. The result is the acceptance in the constitution of a trend towards homogeneity of ethical concepts whose recognition becomes the responsibility of the courts. We feel that in a federal system, and especially in the case of Canada, it Would be a serious political error to proceed in this way. By tradition, civil law in Quebec, and the manner in Which it acknowledges and upholds fundamental rights, differ greatly from common law procedures. Should a bill of rights be considered so essential as to be entrusted in its interpretation to a constitutional court, obviously we must insist on the institution of that tribunal being examined first.

A third difficulty stems from Canada’s federal character and the present distribution of powers. Property and civil rights in this country are the exclusive responsibility of the provinces. We are not prepared to waive this responsibility. As we have pointed out, we intend to incorporate into Quebec’s constitution a charter of human rights. Preliminary work has been carried out to this effect and commented on not only in newspapers of our province but also in certain legal reviews. We were able to observe how very carefully these matters have to be handled.

Within a federative context, it is essential to specify clearly Which authority will be responsible for ensuring that fundamental rights are respected. We mentioned earlier two possibilities which we rejected: first, that the federal government and federal courts be given exclusive powers in this field; second, at least as far as Quebec is concerned, that there be indirect encroachment on provincial jurisdiction as it relates to property and civil rights. Consequently, it seems wise for us for the moment to refrain from saying anything that might be construed as a preconceived attitude.

Moreover, generally speaking we are inclined to believe that a bill of rights should be the last part to be added to the constitution. We are not suggesting that this part is of little importance or that it cannot be discussed from the outset; rather, we feel that it Would more appropriately fall within the purview of an ad hoc commission appointed by this conference and whose recommandations would bear not only on the contents but also on the form and relative sequence of the bill or bills of rights in question. Myriad examples can be

[Page 296]

(L’hon. M. Johnson)

dernier” (du temps du gouvernement du Canada-Uni). “Notre système d’instruction publique respecte le droit des parents de faire instruire leurs enfants dans l’une ou l’autre des deux langues officielles du Canada et suivant leurs convictions religieuses. Notre Code civil possède une longue tra- dition de protection des droits de l’individu. Cette tradition s’est développée par le truchement des principes de la responsabilité civile et de l’action en dommages-intérêts, en sorte que l’on constate aujourd’hui que le Code civil offre un instrument de protection dont on ne mesurait peut-être pas toute l’importance et l’efficacité. Dernièrement, la Législature s’est penchée sur les problèmes plus particuliers sou- levés par les distinctions raciales ou autres. Deux lois importantes ont été adoptées (à l’unanimité) qui interdisent la discrimination dans les hôtels et les restaurants, ainsi que dans l’emploi, pour des motifs tirés de la race, de la religion, et de l’origine ethnique.

“Plus récemment, notre Office de revision du Code civil soumettait un projet de modification du Code relatif aux droits civils, sous la forme d’une déclaration des droits civils de la personne, destinée à servir de chapitre préliminaire à notre Code civil revisé. Le gouvernement d’ailleurs a l’intention de soumettre ce projet de déclaration à la Législature avant d’envisager la refonte de l’ensemble du Code.

“Les points sur lesquels, dans le passé, il semble y avoir eu divergence entre le Québec et le reste du Canada dans le domaine des droits de l’homme tenaient beaucoup plus à une différence de formulation dans les principes juridiques et dans la méthode de protection qu’à la reconnaissance des droits eux-mêmes.

“Le gouvernement du Québec s’est engagé à faire adopter prochainement par la Législature une charte québécoise des droits de l’homme et à établir un protecteur du peuple (ou “ombudsman“). Nous nous sommes penchés très sérieusement sur ces deux questions au cours des derniers mois et nous espérons pouvoir dé- poser sous peu des projets précis en ce sens devant nos parlementaires.

“L’intérêt manifesté par notre population envers les droits de l’homme est considérable, non seulement au sein des corps publics chargés du respect de la loi, mais aussi parmi les citoyens eux-mêmes, qui ont mis sur pied une Ligue des droits de l’homme. (Je dois ajouter qu’à l’université McGill, il y a un institut qui étudie très sérieusement cette question, et qu’à l’intérieur d’un organisme que le ministre de la Justice

[Page 297]

(Hon. Daniel Johnson)

drawn from other countries which have recently adopted constitutions.

We went rapidly through the federal proposal in the short time at our disposal While preparing our own brief. In these circumstances, we were unable to give the Justice Minister’s submission the careful attention it deserves; however, I can say we found it clearly presented, clearly written and properly supported by the documents needed for full understanding of the problems. We are now in a position to make a few comments which will put the complexity of the subject into better focus.

The federal draft proposal indicates very well that if a charter of rights became part of the constitution it Would gain a character of permanence such that an amendment to that charter would require not just an ordinary legislative decision but the more rigorous procedure of an amendment to the constitution itself. This is the very argument that we invoke in support of our request for a new constitution with a rigorous and entirely Canadian amending formula.

As constituent states of the federation, the provinces are affected by all constitutional matters. No constitutional amendment should therefore be effected without the provinces having been consulted directly and as a matter of priority. In other words, we do not accept that the federal government or any provincial government be able to go directly to the population, as has been done either on its own or by way of a referendum, a royal commission or a white paper, without having beforehand consulted or sought the advice of the provinces, which have jurisdiction over a large part of the subject matter involved. Such prior consultation, which we could carry out within the more relaxed atmosphere of one of the committees we shall set up, must deal not only with the principle but, as stated by the Attorney General of Ontario, with the details of every proposal. We therefore consider this white paper —- valuable as it is —— to be simply a working paper, whose advanced publication I hope will not be taken as a precedent.

Two of the documents appended, that is, the International Covenant on Economic, Social and Cultural Rights and the International Covenant on Civil and Political Rights, as well as the protocol relating to this latter Covenant, contain a clause to the effect that their provisions shall apply without limitation or exception whatsoever to all constitutive units of federated states. This clause is in direct opposition to

[Page 298]

(L’hon. M. Johnson)

et Procureur général connaît bien, l’Institut de recherche en droit public à l’Université de Montréal, on a fait un travail extrêmement valable, et je crois bien qu’on continue de faire du travail dans cet Institut. Il y a peut—être une autre école de pensée qui y domine, maintenant que le ministre n’y est plus, mais c’est une autre question. On manifeste donc un très grand intérêt chez nous.)

“Quant à un projet de déclaration constitutionnel des droits de l’homme, nous avons cru préférable de réserver nos positions, pour un ensemble de raisons que voici.

“Les déclarations des droits ont un caractère philosophico—juridique qui en rend la formulation difficile chaque fois qu’on prétend les assortir de sanctions efficaces. Autant on a pu relativement facilement faire un accord aux Nations-Unies en 1948 sur une déclaration universelle des droits de l’homme de caractère général, acceptée par un nombre impressionnant de pays, autant ces pays eux-mêmes ont-ils été extrê» mement prudents à cet égard dans le texte de leur constitution respective.

“La déclaration universelle des droits de l’homme ne comporte en effet aucune sanction intérieure à chaque Etat, ni aucune sanction internationale. Quant aux pactes internationaux des droits de l’homme et au protocole facultatif de 1966, leur mise en oeuvre n’est assurée, sur le plan international, que par des dispositions plutôt timides. Au contraire, un texte constitutionnel voté par l’autorité légitime d’un Etat est susceptible d’être sanctionné très rapidement par les tribunaux, alors que l’opinion publique peut ne pas être encore suffisamment sensibilisée (si l’on veut) aux problèmes et qu’un commencement de tradition favorable peut ne pas s’être encore manifesté.

“Dans un pays unitaire dont la société est homogène, il est possible de concevoir les déclarations de droits comme résumant la philosophie morale acceptée par toute la population, et d’en faire découler tous les droits des citoyens. Ceci a alors pour résultats de consacrer dans le constitution une tendance à l’homogénéité des conceptions éthiques dont l’application relève des tribunaux. Nous estimons qu’en régime fédéral, et principalement dans le cas du Canada, ce serait commettre une erreur politique grave que de procéder de cette façon. La tradition de droit civil du Québec et la manière dont les droits fondamentaux y sont reconnus et protégés, diffèrent en effet considérablement de la manière de procéder des tribunaux de common law. Si donc on envisage une déclaration des droits à

[Page 299]

(Hon. Daniel Johnson)

our constitutional law and in no way can we accept it, for it would result in permitting the federal government to legislate in provincial matters under the cover of international agreements.

It is high time a study in depth be made on this question of international agreements, and of the international relations of the provinces. We are ready to examine these problems, starting from the present federal and provincial positions, in an effort to work out a formula which will respect federal jurisdiction over foreign policy While at the same time permitting flexibility in the area of international relations.

We have already indicated on several occasions that because of the way in which the Supreme Court is constituted -I won’t go into that now — it is difficult to accept this court as a constitutional tribunal of last resort. Since coming to Ottawa and studying certain conference papers, I have the impression that, with or without cabinet solidarity, the federal government is prepared to look into this matter of a constitutional court. I am content with the good intentions expressed so far, although I cannot tell whether they represent a unanimous view or a compromise. I wouldn’t want to pry into the federal cabinet’s secrets — I have problems enough of my own.

We have noted on page 18, in relation to religions freedom, a reference to the Lord’s Day Act. We feel this does not come under criminal law, despite the opinion of the Supreme Court, but rather under the maintenance of public order, which falls Within provincial jurisdiction. This example shows clearly that constitutional changes have become necessary before the adoption of a bill of rights. Mr. Chairman, I am sure we shall get agreement that the Lord’s Day Act is not a criminal matter; at any rate, I Would be interested in the Justice Minister’s opinion on this point.

The white paper does not mention minority rights or the rights of groups. One Would have expected greater precision on the subject of rights to equality. But I see now that this can be explained by reluctance to anticipate the course of our deliberations and it may have been wise to leave this subject more open to discussion.

Because bills of rights embrace very large categories, they give rise to either legislation of detail or interpretation by the courts. It therefore becomes extremely important

[Page 300]

(L’hon. M. Johnson)

ce point fondamentale que le plus haut tribunal constitutionnel canadien doive expliciter ces droits, nous sommes forcés de demander (évidemment) que l’on examine au préalable l’établissement d’un tel tribunal constitutionnel.

“Une troisième difficulté provient encore du caractère fédéral du Canada et de la répartition actuelle des compétences. La propriété et les droits civils y sont de la compétences exclusive des provinces. Nous ne sommes pas prêts à abandonner cette compétence. Notre intention, comme nous l’avons souligné, c’est d’insérer dans la constitution interne du Québec une charte des droits de l’homme. Des travaux préliminaires ont été accomplis en ce sens auxquels ont fait écho non seulement des journaux de notre province, mais aussi certaines revues juridiques. Nous avons pu y constater combien le maniement de cette matière était délicate.

“Dans un contexte fédératif, il est essentiel que l’autorité chargée de faire respecter les droits fondamentaux soit clairement précisée. Nous avons énoncé plus haut deux possiblités que nous avons rejetées: la première, que ce soit le gouvernement fédéral et des tribunaux fédéraux qui se voient chargés de cette mission de façon exclusive; la seconde, qu’on empiète indirectement sur la juridiction provinciale relative à la propriété et aux droits civils, du moins en ce qui regarde le Québec. Il nous semble par conséquent sage de nous abstenir pour le moment de tout ce qui pourrait sembler être une attitude préconçue.

“De façon générale, d’ailleurs, nous inclinons à croire que les déclarations des droits forment la portion de la loi constitutionnelle qui doit y être insérée en dernier lieu. Non pas que cette partie manque d’importance, ni qu’elle ne puisse être discutée dès le début, mais cela nous paraît davantage le soin d’une commission ad hoc de la conférence, dont les recommandations porteront non seulement sur le fond, mais aussi sur la forme et sur la place de la ou des déclarations en question. Les autres pays qui se sont donné récemment des constitutions offrent à ce sujet des variantes infinies.”

Nous avons pris rapidement connaissance du projet fédéral; nous l’avons étudié dans le peu de temps que nous laissait la préparation du reste du mémoire, et nous n’avons pas pu, bien sûr, donner à ce texte toute l’attention qu’il mérite. Mais je dois dire tout de suite qu’il a été extrêmement bien présenté, avec clarté, appuyé par tous les documents dont on a besoin pour une claire compréhension du problème. Nous sommes en mesure de fournir quelques commentaires qui feront mieux

[Page 301]

(Hon. Daniel Johnson)

that the residual categories of powers be clearly defined. We Would be much less preoccupied With this if residual powers were attributed to the provinces.

These few remarks will suffice to show Why certain specialists hold that these matters are the last provisions that should be inserted in a constitution, and after having been the object of a report by an ad hoc committee.

Mr. Chairman, I, for one, regret that no arrangements were made for simultaneous consideration of economic rights. It is in this area — I am speaking for Quebec but I suspect the situation is much the same in the other provinces — that we are subject to the heaviest pressures. This is Where the greatest urgency seems to lie.

In any event, being of the opinion that fundamental freedoms are of prime importance for the future of Canada and having shown in the past our deep concern for the rights of minorities, we shall bring a high degree of attention to this question. Not being able for the moment to go beyond a statement of principle, we nevertheless want to express our agreement with the motives which have inspired the various appended statements in the White paper and We Wish to assure the other Canadian provinces of our co-operation with them and with the federal government to protect freedoms and fundamental rights in the framework of a new constitution.

That is Quebec’s official position, Mr. Chairman, and it can be summed up very briefly: let us not move too quickly because of all the implications for provincial autonomy; but let us get our heads together at once to see Whether we can find a way of eventually entrenching a bill of rights in a new constitution.

The Right Honourable L.B. Pearson: I Would like to ease your mind on two points immediately. The first concerning the relationship of two international covenants, treaties, which you mentioned, and to assure you that the two you mentioned, the rights of the provinces, were recognized and reserved, in these two matters. So far as the document itself is concerned you said you consider it a working paper of the conference. It is not even a working paper of the conference. It has exactly the same significance, our red and white and black documents, for the conference, as this document which

[Page 302]

(L’hon. M. Johnson)

ressortir la complexité du sujet.

“Le projet du ministre fédéral de la Justice (et Procureur général) indique fort bien que si une charte des droits faisait partie de la constitution, elle posséderait ainsi “un “caractère de permanence tel qu’il faudrait, pour la modifier, “non pas seulement une décision législative ordinaire, mais “la procédure plus rigoureuse d’une modification de la constitution elle-même”. C’est l’argument même que nous invoquons à l’appui de notre demande d’une constitution nouvelle avec procédure d’amendement rigoureuse et purement canadienne.

“A titre d’Etats constituants de l’Etat fédéral, toute matière constitutionnelle intéresse les provinces. Aucune modification constitutionnelle ne saurait donc être effectuée sans qu’elles en soient saisies directement et prioritairement. En d’autres termes, nous n’acceptons pas que le gouvernement fédéral ou celui d’une province puisse s’adresser directement à la population, (comme on l’a fait, soit directement,) soit par voie de référendum, soit par l’intermédiaire d’une commission royale, soit par le moyen d’un Livre blanc, sans avoir saisi ou pressenti les provinces, (sans avoir saisi ou pressenti ceux qui ont juridiction sur une bonne partie de la matière, du “subject matter“. Et ces consultations préalables, que nous pourrions faire à l’aise, autour d’une table de l’un ou l’autre des comités à former, doivent porter non seulement sur le principe, mais, comme l’a dit le procureur général de l’Ontario, sur le détail de toutes les propositions. Nous considérons donc que le Livre blanc est un simple document, un document extrêmement valable, mais un document de travail dont la publication anticipée, je l’espère, ne servira pas de précédent).

“Deux des documents reproduits en appendice, à savoir le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (comme d’ailleurs le protocole relatif à ce dernier pacte) contiennent une clause à l’effet que “les “dispositions du présent pacte s’appliquent sans limitation ni “exception aucune à toutes les unités constitutives des Etats “fédératifs“. Cette clause va directement à l’encontre de notre droit constitutionnel, et nous ne saurions l’accepter en aucune manière, car elle aurait pour résultat de permettre au gouvernement fédéral de légiférer en matière provinciale sous le couvert de traités internationaux. Il est plus que temps que cette matière des traités et des relations internationales des provinces soit étudiée à fond,” (et nous sommes prêts à étudier ces problèmes en partant de nos positions respectives actuelles, le gouvernement fédéral et celui des provinces, pour en

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(Hon. L.B. Pearson)

I read with such pleasure and profit, called, “A Brief on the Constitution by the Delegation of Quebec”. I hope our documents will be as useful for the conference as yours has been for us. But it is, of course, not a conference document in any way, shape or form.

I want to express my own appreciation of the statements that have been made by both Mr. Wishart and Mr. Johnson on this very important matter, statements which have helped to put the whole question in very wise perspective. Does anyone else wish to speak on this matter?

(ENGLISH)

Honourable L.J. Robichaud: Mr. Prime Minister, I just want to make a few brief remarks on this. On the matter of a bill of rights, Mr. Johnson, the Prime Minister of Quebec, has rightfully said that the rights of the human individuals primarily are under the jurisdiction of the provinces. I agree completely with that. He also stated in his remarks that the United Nations had passed an international charter on human rights. Now, this charter affected all human beings, including those living in the Province of Quebec.

The proposed bill of rights that the federal government intends to pass also will affect citizens of the Province of Quebec. I am pleased to note that the Province of Quebec intends to pass its own bill of rights. In that sense they follow the good example set by the Province of New Brunswick last year when we ourselves passed our own bill of rights, and it is working out extremely well in our province.

This does not mean, however, that the federal government should not have a bill of rights entrenched in the constitution, and I submit respectfully that this should be the job of the continuing committee that will be appointed following this conference to study all the items that we have discussed, to study these items in detail, and then submit their findings to us at a future conference.

What I said about the bill of rights in my initial statement was this. In principle, the Government of New Brunswick is fully in accord with the general proposal of a bill of rights that Would be incorporated in the B.N.A. Act or any successor document. I stated also that this useful document, referring to the bill of rights, requires careful

[Page 304]

(L’hon. M. Johnson)

arriver à une formule qui respectera la juridiction fédérale en matière de politique étrangère, mais qui donnera de la flexibilité, pour employer un mot à la mode, dans le domaine des relations internationales).

Nous avons déjà indiqué à plusieurs reprises que la composition de la Cour suprême (et je n’insiste pas) la rendait difficilement acceptable comme cour constitutionnelle de dernier ressort. (J’ai l’impression que depuis que nous sommes ici à Ottawa, depuis que nous avons eu certains documents, le gouvernement fédéral, avec ou sans solidarité ministérielle — je ne le sais pas — est quand même prêt à étudier cette question d’une cour constitutionnelle; je ne voudrais pas insister, mais je prends note des bonnes intentions, telles qu’exprimées, représentant ou non l’expression unanime ou l’expression de compromis auxquelles on‘a pu en venir. Je ne veux pas entrer davantage dans le secret du cabinet fédéral; j’ai assez de mes problèmes sans épouser ceux des autres cabinets.)

“Nous avons noté en page 20, relativement à la liberté de religion, une référence à la loi du dimanche. Nous estimons qu’il s’agit là non de droit criminel, malgré l’opinion de la Cour suprême, mais de réglementation d’ordre public qui doit être classée de compétence provinciale. Cet exemple montre que bien des changements constitutionnels sont devenus nécessaires avant l’adoption d’une déclaration des droits (de l’homme. Je crois bien, monsieur le président, qu’on sera d’accord sur le fait que la loi du dimanche n’est pas une matière criminelle; du moins, j’aimerais avoir une expression d’opinion du ministre de la Justice et Procureur général).

“Le Livre blanc ne parle ni des droits des minorités ni de ceux des groupes. On se serait attendu à plus de précision, au chapitre des droits à l’égalité. (Mais encore là, on n’a pas voulu anticiper – je le comprends maintenant – sur certaines délibérations ici, et on a peut-être eu raison de laisser ce sujet un peu plus ouvert.)

“Parce que les déclarations des droits englobent des catégories très larges, elles donnent souvent naissance, soit à une législation de précision, soit à l’interprétation des tribunaux. Il devient donc extrêmement important que les catégories résiduelles soient clairement établies. Nous aurions beaucoup moins de préoccupation à ce propos si les droits résiduaires étaient attribués aux provinces.

“Ces quelques remarques suffiront à montrer pourquoi certains spécialistes estiment que ces matières sont les derni-

[Page 305]

(Hon. L.J. Robichaud)

study by future committee and plenary meetings devoted to constitutional reform. I think we can repeat that statement because it applies today as it did yesterday and the day before and also the day before the day before.

Reference was made to an ombudsman to guarantee the rights of individuals against, let us say, bureaucracy — I say bureaucracy first and politicians second. We followed in this respect the example set by other countries, and in this country by the Province of Alberta. They have appointed their own ombudsman. So did we last year. We have a very competent man, and from all reports that I have received he is extremely busy fighting for the rights of individuals against, first, the technocrats, and, secondly, the politicians.

Mr. Chairman, I just wished to say these few words for the enlightenment of this conference.

The Right Honourable L.B. Pearson: Mr. Manning.

Honourable E.C. Mannigg: Mr. Chairman, before we leave this item on the agenda I Would like to make a few brief observations. I do this with some reservation because I have no desire to spread any dark clouds over this conference. I assure you of that. But I am disturbed that any viewpoint which runs contrary to the popular consensus is so easily misinterpreted or regarded as bigotry or obstructionism or something of this kind.

I need hardly assure you that I am not commenting on these points with any prejudice whatever. No one will go further or more Willingly try to correct any wrongs or provide redress for any grievances to help create greater solidarity and unity in this country.

The Government of Alberta is in no sense an advocate of the status quo as far as the constitution is concerned. We are completely in accord with constructive efforts to bring about necessary and progressive constitutional amendments. I want to make that point very clear because in What I say I am not arguing for the preservation of the B.N.A. Act as some sacred document, or in any sense voicing opposition

[Page 306]

(L’hon. M. Johnson)

ères dispositions à insérer dans une constitution après avoir fait l’objet d’un rapport d’un comité ad hoc.”

Monsieur le président, je suis de ceux qui regrettent qu’on n’aborde pas en même temps l’étude des droits économiques. C’est là que nous avons, du moins, quant au Québec, et je soupçonne que la situation est la même dans toutes les autres provinces, c’est là que nous avons actuellement, dis-je, des pressions. Le domaine qui semble le plus urgent, c’est celui des droits économiques.

(A tout événement,) “attachant aux libertés fondamentales une importance capitale pour l’avenir du Canada, et ayant démontré dans le passé notre profond souci des droits des minorités, (nous donnerons) à cette question une attention toute particulière. Ne pouvant, pour le moment, dépasser une déclaration de principe, nous tenons néanmoins à marquer notre accord avec les motifs qui ont inspiré les diverses déclarations relevées en appendice dans le Livre blanc, et (nous) désirons assurer les autres provinces canadiennes, ainsi que le gouvernement fédéral, de notre collaboration, en vue de protéger les libertés et les droits fondamentaux, dans le cadre d’une nouvelle constitution.”

Voilà, monsieur le président, la position officielle du Québec, laquelle se résume à ceci: n’allons pas trop vite, à cause de toutes les implications dans le domaine de l’autonomie provinciale, mais allons-y tout de suite, étudions, mettons-nous à table, et voyons s’il n’y a pas moyen d’en arriver éventuellement à une déclaration des droits, à une garantie des droits dans une constitution nouvelle.

Le très honorable L.B. Pearson: Monsieur Johnson, je voudrais vous rassurer de suite sur deux points. D’abord, sur celui qui porte sur les rapports entre les deux traités internationaux que vous mentionnez; nous estimons que les droits des provinces sont reconnus et réservés à l’égard de ces deux questions. En ce qui concerne le document lui-même, vous dites que c’est un document de travail de la conférence. Ce n’est même pas cela. Ce document a exactement le même sens que notre document bleu, blanc, rouge, et cet autre document que j’ai lu avec tant de plaisir et de profit, préparé par la délégation du Québec. Notre document sera utile, nous le croyons, pour vous, comme le vôtre l’a été pour nous, mais ce n’est pas un document de la conférence proprement dite.

Je remercie M. Wishart et M. Johnson de leur déclara-

[Page 307]

(Hon. E.C. Manning)

to necessary constitutional reform.

There are three points I would like to draw to the attention of the conference.

First, we have spoken of the wisdom of establishing some continuing committee to review many aspects of the subjects we have discussed.

I would like to see some time given to a critical and objective assessment of at least some of the premises on which it is suggested we should base our decisions with respect to a constitutional bill of rights, and with respect to some of the proposals for constitutional amendments.

I am disturbed by the apparent readiness, to accept certain premises as unassailable which I submit are at least open to rather serious challenge.

If I may illustrate a couple of the points which gave me concern. The premise that fundamental individual rights can best be preserved and made meaningful by their entrenchment in the Constitution or in a constitutional bill of rights is open to challenge. I am not suggesting for a moment that there are not strong and valid arguments for entrenching these fundamental rights, but I Would like to see the committee consider the other side of the question which to my mind bring this premise into rather serious challenge.

I think it was the late Sir Winston Churchill who said — not in these words but this is the substance -— that the individual rights and freedoms which citizens enjoy under the British parliamentary system and under our system of jurisprudence are far too extensive, far too comprehensive, ever to be condensed into a few brief clauses in a constitution or in a bill of rights.

As I recall the point he made it was that when you segregate certain specific rights, for entrenchment in a constitution, by implication you suggest that those things not so stipulated are not in the same category as far as their fundamental importance is concerned.

Secondly, if we adopt the procedure of the entrenchment of these matters in a bill of rights or in a constitutional amendment, it is important we recognize that to that extent we are circumscribing the sovereignty of parliament and of legislatures.) I know the argument that it is better

[Page 308]

(Le très hon. M. Pearson)

tion sur cette question d’une extrême importance. Cela place la question dans sa juste perspective.

Est-ce qu’il en a d’autres qui auraient des commentaires à faire?

(Traduction)

L’honorable Louis-J. Robichaud: Je voudrais faire quelques observations là-dessus, monsieur le président. Sur la question de la déclaration des droits, M. Johnson, le premier ministre de la province de Québec, vient de dire, – et il a eu raison de parler comme il l’a fait, – que les droits de l’individu sont de la compétence des provinces. C’est un point de vue que je ne saurais certainement que partager.

Il a dit que si les Nations Unies avaient adopté une charte internationale des droits de l’homme, cette charte touchait évidemment tous les hommes, y compris les habitants de la province de Québec. La déclaration des droits envisagée par le gouvernement fédéral touche aussi les citoyens de la province de Québec. Je suis heureux de noter que la province de Québec entend adopter sa propre déclaration des droits. En ce sens, la province de Québec s’est conformée au bon exemple donné par la province du Nouveau-Brunswick, l’an dernier.

En effet, nous avons nous—mêmes, à ce moment-là, adopté notre déclaration des droits, qui a donné, du reste, d’excellents résultats. Cela ne veut pas dire, cependant, que le gouvernement fédéral ne doit pas réserver dans la constitution une déclaration des droits. Qu’il me soit permis de dire, en toute déférence, que ceci doit être l’affaire du comité permanent qui sera créé à l’issue de cette conférence et qui sera chargé d’examiner toutes les questions qui ont été invoquées ici, qui sera chargé d’examiner toutes ces questions en détail et, plus tard, qui nous soumettra ses recommandations.

Ce que j’ai dit de la déclaration des droits, dans mon premier exposé, a été ceci: en principe, le gouvernement du Nouveau—Brunswick est entièrement favorable à l’incorporation d’une déclaration des droits dans l’Acte de l’Amérique du Nord britannique ou dans un document qui pourra le remplacer. Ce document utile – je parle ici d’une déclaration des droits – exige une étude attentive par des comités futurs et par des réunions plénières qui se consacreront à la réforme constitutionnelle.

[Page 309]

(Hon. E.C. Manning)

to put this sovereignty back into the hands of the people rather than to leave it in the hands of parliament and legislatures. But, Mr. Chairman, this is a superficial argument because it loses sight of the fact that both parliaments and legislatures owe their existence and their continuance to the same people about which we are speaking, and if they are not satisfied With the way in which the legislatures or parliaments assume their responsibility for the protection of the fundamental rights of the people they represent, then of course the people have a very effective recourse in their own hands.

Thirdly, I would like also to see the committee give some consideration to the actual experience of those countries which have endeavoured to spell these matters out as constitutional rights. Reference has been made by several to some of the experiences in the United States, which of course is the closest to us here. I am merely stating that it is a well-known fact that some of the developments there certainly are giving grave concern not only to governments, but to law enforcement people and to a very large segment of the public as a whole, because it does seem that this policy within the United States has in too many cases prejudiced the rights of law-abiding citizens in favour of the criminal element. Some articles recently published have pointed out the extreme difficulty they now face in recruiting sufficient men for law enforcement, because the decisions of the courts in the interpretation of entrenched rights have gone so far in favour of the criminal element. Some discussions have been so prejudicial to law-abiding citizens as to create social and law-enforcement problems Which are very serious.

I emphasize Mr. Chairman, that I am not advancing these points as conclusive argument that the entrenchment of these matters is something We should not consider. I am saying that the premise that the entrenchment of such fundamental rights is the best way of preserving and making such rights meaningful, can only be intelligently assessed if we also consider the practical problems it can create both from the standpoint of undermining the sovereignty of parliament and these other difficulties to which I have referred.

Speaking of this matter of premises. I am disturbed by the first of the five points that you spelled out in the statement that you read a short time ago, which is really a suggested form of procedure.

[Page 310]

(L’hon. M. Robichaud)

Nous pouvons, je pense, répéter cette déclaration, aussi valable aujourd’hui qu’hier ou avant—hier et, même, qu’il y a trois jours.

On a parlé d’un “ombudsman” qui serait chargé de garantir les droits individuels contre la bureaucratie. Je parle d’abord de la bureaucratie, évidemment, mais je parle aussi des politiciens. Nous avons suivi, à cet égard, l’exemple donné par d’autres pays. Mais chez nous, la province de l’Alberta a battu la marche; on sait que cette province a nommé son “ombudsman”. Nous avons fait exactement la même chose, l’an dernier. Notre “ombudsman“ est une personne fort compétente, et si certains rapports sont exacts, il est extrêmement occupé, car il est en train de défendre les droits des individus, d’abord contre les technocrates et, ensuite, contre les politiciens.

Voilà tout ce que j’avais à dire pour l’édification des membres de la conférence.

Le très honorable L.B. Pearson: Monsieur Manning.

L’honorable E.C. Manning: Monsieur le président, avant de quitter cet article de l’ordre du jour, j’aimerais faire quelques brèves observations. Je les fais avec certaines réserves, car je ne veux pas troubler la présente réunion. Cependant je suis inquiet qu’il semble que n’importe quel point de vue qui soit contraire à l’accord général soit mal interprété, déformé ou considéré être du chauvinisme, de l’obstruction, etc.

Point n’est besoin de vous assurer que je ne fais pas ces commentaires en me fondant sur des préjugés. Personne ne fera plus d’efforts que moi pour essayer de rectifier des torts et de réparer des injustices, afin de consolider l’unité nationale. Le gouvernement de l’Alberta n’est pas du tout le champion du statu quo constitutionnel. Nous souscrivons de tout coeur à tout effort constructif visant à réaliser les modifications constitutionnelles nécessaires. Je tiens à ce qu’il n’y ait pas de malentendu là-dessus, car je ne pense pas que l’Acte de l’Amérique du Nord britannique soit un document sacré. Je ne veux pas m’opposer à des réformes constitutionnelles nécessaires.

Il est trois points que j’aimerais signaler à l’attention des délégués, et qui touchent le fond de la question.

[Page 311]

(Hon. E.C. Manning)

The first point was a recognition by this conference that as a matter of equity French-speaking Canadians outside of Quebec should have the same rights as English-speaking Canadians in Quebec. This sounds very commendable and an observation in which we should all concur. But I submit that this again is the kind of premise that has a double meaning, because When you speak of constitutional rights you must speak of something which is applicable to all Canadians Whether they live in Quebec, in British Columbia, in Newfùundland or Wherever they are. You cannot correctly place that type of constitutional right on a par with something Which may be done within an individual province by means of statutory enactment and treat these two as being parallel. This to me raises a grave question as to the validity of this argument.

If we are talking about other provinces taking steps comparable to those that the Government of Quebec is taking with respect to the English—speaking minority in that province, this is one thing. But that to compare that with a constitutional provision which by its essence must be nationwide in scope is comparing two things which are not comparable.

The second point to which I Would like to make reference is the proposal for procedure Which Was on page 7 of your statement, and was No. 3 of the five steps you outlined. It reads:

“Constitutional amendments which Would guarantee these rights along the lines recommended by the Royal Commission on Bilingualism and Biculturalism, –“

and this is the pertinent part,

“which Would enable progressive application of the guarantees across Canada as the provinces agree.”

I do not know whether I understand exactly What is intended by this but that if we are talking about things which we want to entrench in the Constitution or in a constitutional bill of rights, then there can be no question of some step-by-step adoption of this across Canada. If such provisions are going to be part of the Constitution of Canada then surely they must apply to Canadians everywhere in Canada.

[Page 312]

(L’hon. M. Manning)

Nous avons dit qu’il était à propos d’instituer un comité permanent, chargé d’étudier bon nombre des aspects des sujets que nous avons discutés.

J’aimerais que l’on étudie, pendant quelque temps, ou du moins que l’on fasse une évaluation critique et objective de certaines des prémisses sur lesquelles, dit—on, on devrait fonder notre examen de la déclaration constitutionnelle des droits de l’homme, ainsi que de certaines propositions de modification constitutionnelle. J’avoue que je suis quelque peu inquiet quand je vois qu’on est prêt à accepter d’emblée certaines prémisses comme si elles étaient tout a fait fermes alors que je suis d’avis qu’elles peuvent être sérieusement mises en doute. Si l’on me permet de donner quelques exemples, est loin d’être prouvée. Je ne dis nullement qu’il n’y a pas d’argument valide et ferme en faveur de la réserve constitutionnelle de ces droits fondamentaux à la constitution, mais j’aimerais que le comité étudie aussi le revers de la médaille car à mon avis, cette prémisse peut sûrement être réfutée.

Je crois que c’est feu sir Winston Churchill qui a dit, et je cite évidemment de mémoire: “Les droits individuels et les libertés individuelles dont bénéficient les citoyens, en vertu du régime parlementaire britannique et du système de jurisprudence britannique, sont beaucoup trop extensifs pour tenir dans quelque déclaration constitutionnelle ou bill des droits.”

Si je me rappelle bien, l’argumentation qu’il a alors avancée était la suivante: lorsqu’on sépare certains droits et qu’on les réserve dans la constitution, on laisse entendre que les choses qui ne le sont pas ne tombent pas dans la même catégorie et n’existent pas à titre de droits fondamentaux.

Ce qu’on demande, c’est que si nous adoptons la réserve d’un bill des droits à la constitution, il est important de reconnaître que, dans cette mesure, nous limitons la souveraineté du Parlement et des Assemblées législatives. Je connais fort bien les arguments avancés, à savoir que cette Souveraineté devrait être cédée au peuple, plutôt que d’être laissée entre les mains des législateurs, mais, monsieur le président, il s’agit là d’une argumentation assez superficielle, car on oublie alors que le Parlement et les Assemblées législatives doivent leur existence et leur maintien aux gens mêmes dont nous parlons, soit la population. Or, si cette population

[Page 313]

(Hon. E.C. Manning)

I cannot conceive of a form of constitutional amendment Which declares Qertain things to be part of the Constitution of the nation but which leaves to the discretion of the provinces as to the time and the manner by which they become accepted and recognized by those provinces. Perhaps I have misunderstood the intent but this is a point on which I Would like to see further clarification.

If the proposed procedure is followed, then I am puzzled as to Why over the last 25 years when we have on so many occasions come to an impasse on certain things which were desired by the great majority of provinces in Canada — and I think of one of the most recent which has been debated around these tables, the domicilling of the Constitution in this country and the Fulton—Favreau formula for its amendment — if the procedure now proposed is feasible Why didn’t we adopt the Fulton—Favreau formula since there was only one province opposed to it. We could have said they can adopt it as and When they like, but for the rest of us this action will domicile the Constitution in Canada as far as we are concerned, and we will be able to make the amendments we want to make in the interval?

There is one further point, and I do not want to labour this or I will only be repeating What I said yesterday. Our committee, if we establish one, should give very early attention to the question of priority of procedures. It is reasonable to assume that the reason Why linguistic rights are included in the suggested charter of human rights is really another method, perhaps a more flexible method, of implementing the recommendations of the Royal Commission on Bilingualism and Biculturalism.

I have very definite doubts as to Whether we Would be discussing this kind of bill of rights at all Were it not for the Commission’s recommendations concerning so-called linguistic rights.

In the light of What has been said to us at this conference, linguistic rights in themselves are rather meaningless if the Province of Quebec in its concern for the French Canadian citizens of Canada, requires other substantial constitutional amendments to bring about the kind of accommodation which it feels are necessary. If I understand Quebec’s motion — if those accommodations cannot be made, then we are talking about something pretty trivial in discussing linguistic rights and whether they are put into a constitutional amendment or into a bill of rights. The Prime Minister of Quebec

[Page 314]

(L’hon. M. Manning)

n’aime pas la façon dont le Parlement ou les assemblées législatives assument leurs responsabilités, en ce qui concerne la protection de ses droits fondamentaux, elle sait très bien ce qui lui reste à faire.

J’aimerais aussi que le comité puisse songer à l’expérience de ces pays qui ont essayé d’énoncer ces questions sous forme de droits constitutionnels. Plusieurs ont parlé de certaines des expériences aux Etats-Unis, nos voisins les plus proches. Je ne fais que répéter un fait fort bien connu savoir que la situation aux Etats-Unis inquiète beaucoup non seulement le gouvernement, mais aussi ceux qui sont chargés de l’application de la loi, de même qu’un large secteur de la population américaine, car cette ligne de conduite dans le contexte américain est, dans trop de cas, un préjugé à l’égard des droits des citoyens respectueux des lois, en faveur de l’élément criminel. Certains articles qui ont été publiés récemment indiquent les difficultés extrêmes qui se posent pour le recrutement d’agents de police, car on estime que les décisions des tribunaux portant sur l’interprétation des droits inaliénables favorisent l’élément criminel et causent un préjudice aux citoyens respectueux du droit. Il en résulte donc des problèmes, relativement à l’application de la loi.

Je ne dis pas que ce soient là des arguments concluants à l’encontre de la réserve des droits dans la constitution. Je dis que les prémisses à l’effet que la réserve des droits fondamentaux constituerait la meilleure façon de préserver, de garantir les droits de la population, ne sauraient être évaluées que si nous voyons tous les problèmes pratiques que cela peut susciter. Cela mine—t-il la souveraineté du Parlement? Cela suscite-t-il les autres difficultés que j’ai mentionnées?

Toujours au sujet des prémisses qui ont été acceptées, je m’inquiète un peu du premier des cinq points qui ont été énoncés il y a quelques instants, qui sont au fond une façon de procéder.

Le premier point était la reconnaissance, par la conférence, que les Canadiens français en dehors du Québec devraient avoir les mêmes droits que les Canadiens anglais au Québec. Il semble que ce soit là le genre d’observation qui puisse rallier notre assentiment, mais je suis d’avis qu’encore une fois, c’est là le genre de prémisse qui peut prêter à une double interprétation, car losqu’on parle de droits constitutionnels, ces droits doivent s’appliquer à tous les Canadiens, qu’ils habitent le Québec, la Colombie-Britannique ou Terre—Neuve. On ne peut placer ce genre de droits constitutionnels sur le même pied

[Page 315]

(Hon. E.C. Manning)

himself has said several times that linguistic rights in themselves are not an end to his problem and are rather an incidental part unless these other, far more serious constitutional amendments, are considered.

So, if this accommodation depends on constitutional issues far more significant and far-reaching than linguistic rights, -— I do not feel we are being realistic as a conference unless we ascertain precisely What these other accommodations must be, and Whether they can be met. Linguistic rights, and whether they are entrenched in the Constitution or in a bill of rights, will not be a major problem as compared with these other matters.

Honourable G.I. Smith: Mr. Chairman, may I add just a word or two so that our position is clear. I think our views are very similar to those expressed by Ontario, and I think, like Mr. Manning, we have some reservations about the validity of the assumptions which seems to be the basis on which the proposal is made.

I do not suggest for a moment that we intend to oppose the idea, but we do feel that it will require the most careful g examination to make sure, first, that the assumptions them- çè selves are justified and, secondly, that it Would improve the situation to put these rights into an entrenched place in the Constitution.

We think it is a debatable point and We are quite prepared to work hard and see if we can find a solution, but we do not want to be assumed to have the feeling that we think it is easy.

The Right Honourable L.B. Pearson: I am quite sure that any committee set up Would have to examine the basic assumption that We have been making, and others might challenge that the best Way to protect fundamental human rights and present conditions is by constitutional protection as opposed to the traditional common law Anglo-Saxon method of parliamentary protection.

[Page 316]

(L’hon. M. Manning)

que ce qui peut être fait dans une province sous forme légis lative. La comparaison, à mon sens, soulève de graves questions quant à la validité de la thèse.

Si l’on dit que les provinces devraient prendre des mesures comparables à celles que prend le gouvernement de Québec quant à sa minorité de langue anglaise, nous parlons d’une situation précise, mais qu’on compare cela aux disposi tions constitutionnelles qui, essentiellement, doivent s’appliquer de par tout le pays, c’est comparer deux incomparables.

Le deuxième point que j’aimerais avancer est le suivant: la méthode énoncée à la page 7 de votre déclaration, et plus particulièrement à la 3e des 5 mesures que vous avez énoncées, a trait aux “modifications constitutionnelles qui garantiraient ces droits, selon les recommandations faites par la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le bicul turalisme, et (voici la partie importante) qui permettraient l’application progressive des garanties à travers le Canada, à mesure que l’on obtiendrait le consentement des provinces.”

J’ignore si j’ai bien compris ce que vous voulez dire, mais je suis d’avis que si nous parlons de choses que nous voulons réserver dans la constitution, ou d’une déclaration constitutionnelle des droits de l’homme, il ne peut être ques tion de procéder progressivement, car si ces droits doivent faire partie intégrante de la constitution, ils s’appliqueront sûrement à tous les Canadiens, oü qu’ils habitent, à travers le pays.

Franchement, je ne puis concevoir une forme de modification constitutionnelle qui déclare que certaines choses font partie de la constitution d’un pays, mais qu’elles sont laissées è la discrétion des gouvernements provinciaux, quant à leur mise en oeuvre.

Peut-être vous ai—je mal compris, mais voilà une question où il me faudrait une explication.

Si cette méthode est valide, si elle est possible, je me demande pourquoi, au cours du dernier quart de siècle, en un si grand nombre d’occasions, nous avons abouti à une impasse sur certaines choses qui ralliaient l’opinion majoritaire de presque toutes les provinces. Une de ces questions nous a dernièrement rassemblés autour de la table de conférence, c’est la question du rapatriement de la constitution, la question de la formule Fulton—Favreau. Pourquoi ne l’avons—nous pas adoptée, puisqu’une seule province s’y est opposée? Nous aurions

[Page 317]

(Hon. L.B. Pearson)

This is a basic assumption. Any committee Would have to look into that, and I am quite sure it will wish to, and I am quite sure that the point of view Mr. Manning has put forward will be represented on that committee. He will probably have to appoint somebody himself to the committee.

I understand there are seven deans of law in the room, or ex-deans of law, and you will probably be able to get one who will put a strong case for parliamentary protection as against constitutional protection.

On the language rights, Mr. Manning, which was related but not exactly the same subject, the first paragraph refers to rights but not necessarily constitutional rights for the protection of language rights, and we had in mind, as I tried to explain, inadequately, that there are some members of this conference who think that could best be done by constitutional amendment. Others think it could be done perhaps by legislative action provincially, and when we put forward again for consideration a procedure by which a constitutional amendment Would be progressively applied — I know that is unusual, and I mentioned that, but if I am right, and my lawyer friends will tell me if I am not right, that when we worked on the Fulton—Favreau formula for amendment of the Constitution and we were dealing with the problem in that amendment of delegation back and forward between the federal government and the provincial governments, there was provision in that formula which at one time was acceptable to everybody by which action of that kind could be taken, I think, without unanimous approval of all the provinces. That was a kind of precedent, if you like.

Does anyone else wish to speak to this?

Honourable A.B. Campbell: Mr. Chairman, my province is very much interested in seeing the bill of rights entrenched in our Constitution. I might call upon one of the deans to whom you have referred to add a few remarks to those very constructive opinions which have been voiced here this after- noon on this general subject. I Would like to introduce Dean MacGuigan for this purpose.

[Page 318]

(L’hon. M. Manning)

pu alors rapatrier la constitution et laisser la dixième pro- vince agir plus tard à sa convenance.

Un autre point, — je ne veux pas trop insister là-dessus, et je ne veux pas, non plus, me répéter. Je crois que notre comité, si tant est que nous instituions un comité, devrait examiner sous peu la question des priorités de méthodes.

On peut supposer raisonnablement, je crois, que si on songe à inscrire les droits linguistiques dans le projet de charte des droits de l’homme, c’est qu’on y voit une méthode visant à appliquer les recommandations de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme.

J’ai l’impression que nous ne serions même pas en train d’examiner cette question d’une déclaration des droits, si ce n’était des recommandations de la Commission quant à ces supposés droits linguistiques.

A la lumière des opinions qui ont été énoncées au cours de la présente conférence, les droits linguistiques en eux- mêmes ne veulent pas dire grand—chose, sont dépourvus de signification, si la province de Québec, qui a des inquiétudes en ce qui concerne les Canadiens d’expression française du Canada, exige d’autres modifications constitutionnelles profondes pour réaliser le genre d’accommodements qui lui semblent nécessaires. Si je comprends bien le point de vue du Québec, si ces accommodements ne peuvent pas être pratiqués, il est assez futile de parler de droits linguistiques ou de chercher à savoir s’ils seront incorporés à une modification constitution- nelle ou à une déclaration des droits. L’honorable premier ministre du Québec a dit lui-même que les droits linguistiques ne sont pas un fait en soi, mais seulement un à—côté, et que cela va donner lieu à des modifications constitutionnelles beaucoup plus sérieuses. Si cet accommodement est au niveau constitutionnel et a une portée beaucoup plus sérieuse que les droits linguistiques, nous ne faisons pas preuve du sens des réalités, faute d’exposer clairement quels devraient être les autres accommodements et si oui ou non nous pouvons les envisager.

Je ne pense pas que les droits linguistiques — que ces droits soient intégrés à la constitution ou à la déclaration des droits, – constituent un problème important et sérieux, comparativement à ces autres accommodements.

[Page 319]

Dean M. MacGuigan: Mr. Chairman, the Honourable Attorney General of Ontario has, I think, made a very fruitful contribution to a constitutional dialogue and has shown admirable sensitivity to the Canadian system, both in its federal aspect and in the as- pect of the relationship of the common law and civil law.

I might add with respect, sir, if I may, that I think perhaps you have not stated the U.S. system quite as accurately, but in a constitutional conference in Canada perhaps that is not so serious a matter. But the United States Bill of Rights, as I recall, says that Congress shall make no law. It was not passed in answer to problems in exercise of federal powers.

But coming to our constitutional situation here, Mr. Wishart has rightly stated the problems which arise, especially with respect to parliamentary sovereignty in the institution of a bill of rights. Now, of course, parliamentary sovereignty is just another name for the temporary will of the majority, and I think we would all agree that democracy is concerned not only with the will of the majority but also with the protection of the rights of minorities. This, surely, is the other half of democracy.

If I may quote our statement of yesterday in the Prince Edward Island opening statement, “Democracy cannot mean the tyranuy of the majority any more than it can mean the dictatorship of the few.”

I think that there are few here, politicians, all other than myself, who Would not recognize that they may some day be a minority. Even in the United Kingdom, the cradle and centre of parliamentary sovereignty, it should not pass our observation that in the years since World War II, the United Kingdom has not turned loose any former colony without writing into the Constitution of that colony a bill of rights. I think this is the trend in British constitutionalism, and really the same thing is being suggested here.

[Page 320]

L’honorable G.I. Smith: Puis—je exposer notre position là—dessus? Nos vues se rapprochent de celles exprimées par le représentant de l’Ontario. Comme M. Manning, nous avons certaines réserves sur la validité des prémisses sur lesquelles la proposition semble avoir été fondée.

Je ne dis nullement que nous allons nous opposer à cette idée, mais nous estimons que cela exigera un examen attentif; il faudra nous assurer que les prémisses sont justifiées, et que cela améliorera la situation que de réserver ces droits dans la constitution.

Nous sommes tout à fait prêts à ne rien négliger pour trouver une solution; nous ne voulons pas donner l’impression que cela foit facile.

Le très honorable L.B. Pearson: Je suis sûr que tout comité qui pourrait être institué devrait examiner nos prémisses. D’aucuns peuvent penser que ce n’est pas la meilleure façon de préserver les droits fondamentaux que d’en assurer la protection constitutionnelle, comparativement à la méthode anglo-saxonne de Common law, soit la protection parlementaire. c’est là une prémisse fondamentale. Tout comité éventuel devra évidemment examiner ces prémisses, – il voudra sans doute le faire, — et je suis sûr que le point de vue que le premier ministre de l’Alberta, M. Manning vient d’énoncer, y sera représenté. Il voudra sans doute désigner quelqu’un lui—même pour y siéger. Il y a parmi nous, me dit-on, sept doyens ou ex-doyens de facultés de droit. Je ne doute pas qu’il puisse s’en trouver pour plaider la cause de la protection des droits par le Parlement plutôt que par un dispositif constitutionnel.

Quant aux droits linguistiques, monsieur Manning, — question connexe, mais qui n’est pas nécessairement la même, — rappelons que le premier alinéa traite de droits, mais non pas nécessairement de droits constitutionnels pour la protection des droits linguistiques. J’ai voulu expliquer —- mal, sans doute -— que certains d’entre nous estiment que cela doit se faire par le moyen de modifications à la constitution. D’autres, au contraire, seraient plutôt favorables à une action legislative provinciale. On se souviendra que nous avions déjà soumis une formule d’application progressive de modification constitutionnelle. Nous avions avions alors agi de façon inusitée. Je l’ai reconnu d’ailleurs et mes amis juristes me diront si je me trompe. En examinant la formule Fulton- Favreau de modification à la constitution et, plus particulièrement, en étudiant ces délégations de compétences du gouvernement fédéral aux provinces ou inversement, nous avions inscrit dans cette formule une disposition qui a pu être acceptée à ce

[Page 321]

(Dean M. MacGuigan)

I just want to make a few further remarks about the conflict, or alleged conflict, between federal and provincial powers in this area. It seems to me that here we are dealing with a substratum of law, one which is below the level of traditional legal concepts. I do not believe that there is any conflict between what is proposed as traditional concepts of civil law and traditional concepts of common law.

It might be well to point out that the property and civil rights, Which is stated in the Constitution to be a provincial power, is quite other than the protection of civil liberties. The courts have very clearly distinguished between civil rights and civil liberties. Civil liberties, as Mr. Wishart rightly stated, have been held to be under the federal criminal power, by and large. And so the effect Which would be had by such a constitutional bill of rights would be rather tangential on the provinces. It would be pretty hard to put this in percentages, but if we were to analyze this in terms of the three kinds of rights — political, legal, and equalitarian —- I think we might say that in the political area the greater part of those rights now are under federal jurisdiction; in the legal area, probably more than half, end only in the equalitarian area is the provincial jurisdiction greater than the federal jurisdiction.

Therefore, this is an affair in Which both sides, both orders of Government, make certain concessions in favour of the people, not in favour of each other, and the effect which would be had on provincial power would be primarily tangential. Nor as far as I can see in the federal intention is there any suggestion that the Canadian Parliament in Ottawa would gain greater power as a result of this, as some seem to have felt.

Implementing power would remain exactly Where it now is. If it is now in the federal power it would remain there, and if it is now provincial it would remain provincial. Each side has limited itself somewhat as regards the people but neither side has given any jurisdiction to the other.

I would just like to make one further comment with regard to the view that has been expressed that a constitutional bill of rights alone is not enough. Of course, this is true. If all Canada were determined to be bigots with respect to some minority, obviously they would be. But I do not think we should ignore, Mr. Chairman, the educational value which a bill of rights of this kind can have. Law itself is an educational instrument, and just by passing a bill

[Page 322]

(Le très hon. M. Pearson)

moment—là par toutes les provinces et qui voulait que l’on puisse intervenir de cette façon, justement, sans leur consentement unanime. Cela fait en quelque sorte jurisprudence.

Quelqu’un d’autre aimerait—il faire des commentaires là—dessus?

L’honorable A.B. Campbell: Notre province aimerait que la déclaration des droits soit réservée dans la constitution; je puis demander à un des doyens, parmi ceux que vous avez mentionnés, d’ajouter quelques commentaires aux opinions très positives qui ont été exprimées cet après-midi.

J’aimerais donc présenter le doyen McGuigan.

M. McGuigan: Le procureur général de l’Ontario, monsieur le président, a fourni un apport très précieux au dialogue constitutionnel; il a montré qu’il était très au courant du régime canadien, non seulement en ce qui concerne l’aspect fédéral, mais aussi en ce qui a trait à la Common law et au droit civil.

Je puis ajouter, si vous me le permettez, que vous n’avez peut-être pas décrit le régime américain exactement tel qu’il existe. Cette question n’est peut-être pas très importante. Cette déclaration des droits n’a pas été adoptée dans l’optique de l’exercice des pouvoirs des Etats, mais plutôt dans l’optique de l’exercice du pouvoir fédéral.

Revenons à notre situation constitutionnelle au Canada.

M. Wishart a bien exposé les problèmes qui se posent, notamment, au niveau de la souveraineté parlementaire, dans l’intégration d’une charte des droits à la constitution. Cette souveraineté parlementaire n’est qu’une autre expression pour décrire la volonté d’une majorité, et nous reconnaîtrons tous que la démocratie s’occupe non seulement de la volonté de la majorité, mais aussi de la protection des droits des minorités. C’est sûrement le revers de la médaille de la démocratie, et notre déclaration d’hier, vient montrer que la démocratie ne peut pas être la tyrannie de la majorité pas plus que la tyrannie d’une oligarchie. Il y a des hommes politiques qui, sûrement, reconnaissent qu’un bon jour on risque de se retrouver en minorité. N’oublions pas que depuis la deuxième guerre mondiale, le Royaume-Uni – berceau de la souveraineté parlementaire — n’a jamais accordé l’indépendance à une ex-colonie

[Page 323]

(Dean M. MacGuigan)

of rights of this kind we do something to exalt the state of human rights in Canada. It is the same kind of thing, I might add, which is being done across the whole world.

I think that I can speak for my Premier and say that we are very pleased that there has been such a general disposition to refer this subject to the continuing committee, and we hope that it will be given a position of some priority in the considerations of that committee.

The Right Honourable L.B. Pearson: Ihank you. I wonder if I might ask Mr. Trudeau to perhaps wind up this very useful discussion we have had.

Honourable. P.-E. Trudeau: Well, sir, some of the pointsl was going to make were made already by Dean MacGuigan, but I perhaps can look at some others from another point of view.

The first point would be that the bill of rights does not affect the distribution of powers. This is a misapprehension which I have heard today and Which I have read about in the press, and repeating in another Way that which Dean MacGuigan said, we should continue repeating to ourselves that the bill of rights will not affect the distribution of powers any more than the 1960 federal Bill of Rights affected the power of the federal government over provincial subjects.

The courts always would say that the Bill of Rights adopted by the federal government, or the provinces, can only affect, of course, matters within their jurisdictions. If you put the two together, if you put together the federal Bill of Rights and the many bills of rights which have been adopted by the provinces or which will be adopted by the provinces — Mr. Johnson says he will have one next year — if you put these things together they do not affect each other’s powers. They affect the powers which these respec- tive governments had. They limit those powers, admittedly, but they limit them in favour of neither government but in favour of the people of those provinces or of the citizens as they come under federal jurisdiction.

[Page 324]

(M. McGuigan) sans exiger une déclaration des droits dans sa constitution.

Quelques autres observations au sujet du conflit ou du présumé conflit qui existerait entre les pouvoirs fédéral et provinciaux, dans ce domaine: il me semble qu’il s’agit ici de substrat légal, sous-jacent au système juridique. Il n’y a pas d’opposition entre la Common law et le droit civil au niveau de nos préoccupations.

Il convient de constater que la propriété et les droits civils, qui ressortissent des provinces, sont tout autre chose que la protection des libertés civiles. Les tribunaux établissent une distinction entre les droits civils et la liberté civile. Celle—ci, comme l’a dit M. Wishart, semble relever du pouvoir criminel fédéral et, ainsi, les répercussions qui résulteraient d’une déclaration constitutionnelle des droits de l’homme n’affecteraient pas directement les provinces. Il semble difficile de parler ici en termes mathématiques mais si nous analysions cela selon les droits qui existent: droits juridiques, droits politiques, droits égalitaires, nous pourrions dire que, dans le domaine politique, la majorité de ces droits relèvent maintenant de la compétence fédérale, dans le domaine juridique, sans doute plus que la moitié et, ce n’est que dans le domaine égalitaire que les instances provinciales ont plus de pouvoirs que le fédéral.

Les deux paliers de gouvernement, par conséquent, feraient certaines concessions en faveur de la population et non pas en faveur de l’un ou de l’autre, et les effets que cela aurait sur les pouvoirs provinciaux seraient indirects.

Pour autant que je puisse bien comprendre le projet fédéral, le Parlement canadien ne va pas acquérir plus de pouvoirs, plus d’autorité. Les pouvoirs resteraient exactement ce qu’ils sont maintenant; ceux qui appartiennent au gouvernement fédéral resteraient de son ressort; ceux qui incombent au gouvernement provincial continueraient à lui incomber. Les deux côtés concèdent à la population, mais ne concèdent pas à l’autre.

Un autre commentaire sur les vues qui ont été exprimées, savoir qu’une déclaration constitutionnelle des droits ne suffit pas à elle seule. Bien entendu, si tous les Canadiens étaient résolus à se montrer chauvins, par rapport à telle ou telle minorité, ils le feraient. Je ne pense pas, cependant, que nous devrions oublier la valeur éducative d’une déclaration des droits de ce genre. Un des buts d’une déclaration de ce genre, du droit en soi, est d’être un instrument éducatif. Il suffi-

[Page 325]

(Hon. P.-E. Trudeau)

This was true of the Saskatchewan Bill of Rights too, of course, which covered very broad subjects, liberties, many aspects of which were under federal jurisdiction, but no court would say that that shifted federal jurisdiction, for instance, over the criminal power into Saskatchewan.

So I think we must be very clear on that. There is no shift of jurisdiction intended here. There is a return of powers by all governments to the sovereign people.

(TRANSLATION)

In that sense I believe that Premier Johnson was right in saying that we should put the question: What kind of questions will be put before a possible constitutional court in respect of this charter? It is obvious that the interpretation of a charter of human rights could be unfair if only one of the parties were involved. That is Why we have stated in our brief that the matter of a supreme constitutional court would indeed have to be raised When we are discussing these constitutional matters.

It is easy for us to understand that before a charter could be said to bind all governments in a definitive way it would have to be clearly set out what tribunal, what court, will be called upon to interpret that charter. That is why we have said that this is only one way of dealing with the whole area of constitutional reform.

(ENGLISH)

A second point that I want to make is one that was expressed in this way: It would be difficult to have a bill of rights that would serve both common law and civil law provinces. Here, of course, you must again refer to the earlier answer, that a bill of rights limits all governments, no matter what system of law. The European declaration of human rights binds l7 or perhaps l8 countries of Europe, from the United Kingdom, to Italy, through Luxembourg and France; it binds many countries to a declaration which covers them all; and indeed, the two covenants which the United Nations hammered out, which was the fruit of many years of negotiations by governments, all of which had vastly different systems of law – common law, civil law, and all other forms of hereditary law. By giving up certain rights, all these governments can reach agreement.

[Page 326]

(M. McGuigan)

rait d’adopter une déclaration des droits de ce genre pour en favoriser l’épanouissement à travers le pays. C’est d’ailleurs un mouvement mondial qui se dessine, à l’heure actuelle.

Je puis me faire le porte-parole, je crois, de mon premier ministre, et déclarer que nous sommes enchantés des dispositions d’esprit qui nous ont permis de référer cette question à un comité permanent, et j’espère qu’on lui accordera un ordre prioritaire à l’ordre du jour.

Le très honorable L.B. Pearson: Je me demande si je pourrais demander à M. Trudeau de résumer ce débat très utile.

L’honorable P.-E. Trudeau: Monsieur le président, certains des points que j’allais énoncer l’ont déjà été par le doyen McGuigan et je devrai donc me placer dans une autre optique.

Le premier point, c’est que la déclaration des droits ne touche pas le partage des pouvoirs. C’est là, je crois, une mauvaise interprétation que j’ai lue dans les journaux aujourd’hui et que j’ai aussi entendue. Je veux appuyer la déclaration du doyen McGuigan et constater que la déclaration des droits ne touchera pas plus au partage des pouvoirs que le bill des droits d’octobre 1960 n’a modifié le partage des pouvoirs entre les gouvernements fédéral et provinciaux.

Les tribunaux, bien entendu, jugeront toujours que la déclaration des droits adoptée par le gouvernement fédéral ou par les provinces ne pourrait toucher que les questions intéressant leur champ de compétence. Si on considère à la fois la déclaration fédérale des droits et les déclarations des droits adoptées ou qui seront éventuellement adoptées par les autorités provinciales. M. Johnson a dit qu’il allait présenter une déclaration des droits l’an prochain, il n’y a pas empiètement réciproque; il y a plutôt modification des pouvoirs que détiennent les paliers respectifs de gouvernement. Ces deux déclarations limitent les pouvoirs, non pas en faveur de l’autre gouvernement, mais en faveur de la population d’une province, ou en faveur des citoyens relevant de la compétence fédérale.

C’était le cas, bien entendu, pour la déclaration des droits de la Saskatchewan qui touchait à de vastes aspects des libertés dont bon nombre relevant de la compé-

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(Hon. P.-E. Trudeau)

Therefore, it is not a real objection to say that there are different systems which will have to come under the same bill of rights. The purpose of the bill of rights, of the charter of human rights, is to protect the individuals regardless of the system of law by which they are governed.

(TRANSLATION)

For that reason I fail to understand how we can attach too much importance to the distinction between individual and collective rights.

It was said that individual rights belong to the provinces, but if we consider that the Criminal Code, which is a matter for federal jurisdiction, is law par excellence as it affects individuals, it is clear that if the federal government and the provincial governments were to agree on a statement of rights, on a bill of rights, it is quite obvious, as was stated by Dean McGuigan, that the federal government is giving up much more in respect of individual protection than are the provincial governments.

(ENGLISH)

If we have a written charter of individual rights, we are introducing certain rigidities into the constitution, and this is Where the argument about the supremacy of Parliament falls.

I think we should remind ourselves here too that we are not living in a system where Parliament is absolutely supreme, as was the case until recently in the United Kingdom. We are living in a federal form of government, Where Parliament is bound by the constitution to act only within certain limits, roughly those of section 9l and so on, and where the provincial legislatures are bound by the constitution, to act within certain limits. We are not changing this document fundamentally. We are only asking that it be extended not only to limit the powers of the federal and provincial government so that they shall not invade each other’s rights, but to limit their powers so that they will not invade the sacred rights of the individual. Of course, if we are going to put this into the constitution, it will be an introduction of a further element of rigidity, but I think that is what this conference is all about.

[Page 328]

(L’hon. M. Trudeau)

tence fédérale, mais aucun tribunal n’a déclaré que cela a déplacé le partage des pouvoirs et en a remis davantage à la Saskatchewan. Je crois qu’il ne doit pas y avoir de malenten-du là-dessus; il n’y a pas de déplacement dans le partage des pouvoirs. Il y a peut-être retour des pouvoirs par tous les gouvernements au peuple souverain.

(Français)

M. Johnson a raison de dire que la question se pose de savoir quelle sorte de tribunal constitutionnel aura à juger cette déclaration des droits, parce qu’il est certain qu’une interprétation d’une déclaration des droits, d’une charte des libertés publiques pourrait être injuste si elle était confiée uniquement à une des parties. C’est pourquoi nous avons dit, dans notre mémoire même, que la question d’une Cour suprême, d’un tribunal suprême devrait être soulevée lorsque nous discuterons de questions constitutionnelles, si avant qu’une déclaration des droits, une charte des droits, lie tous les gouvernements d’une façon finale, les gouvernements canadiens veulent savoir quel tribunal aura à se prononcer sur cette charte. C’est pourquoi nous avons également dit que cette question-ci n’est qu’une façon d’aborder tout le problème de la réforme constitutionnelle.

(Traduction)

Un deuxième point est exprimé de cette façon: il serait difficile d’avoir une déclaration des droits qui puisse répondre, à la fois, aux besoins de la common law et du droit civil. Ici encore, il faut retourner à la réponse antérieure: une déclaration des droits limite tous les gouvernements, quel que soit leur régime légal.

La déclaration européenne des droits lie l7 ou l8 pays européens du Royaume-Uni à l’Italie, en passant par le Luxembourg, par la France, etc. Les deux conventions des Nations Unies sont le fruit de plusieurs années de négociations entre des gouvernements qui avaient tous des régimes de droits nettement différents, de la common law, au droit civil, etc. En renonçant à certains droits, ces gouvernements peuvent en venir à tomber d’accord. Ce n’est donc pas une objection valable que de dire qu’il y a des régimes différents qui devront être soumis à une même déclaration des droits. Une charte des droits a pour but de protéger l’individu, quel que soit le régime de droit de son pays.

[Page 329]

(Hon. P.-E. Trudeau)

We are gathered to discuss the constitution and how it should be changed, and no matter where we start, we will be introducing elements of rigidity, whether it be with distribution of powers which will take powers from one government and give it to another; we will be changing in some way the powers of Parliament or of legislatures, or both, if we reach an agreement or an amending formula. I can only remind myself that we are here because we are trying to find a way to make controlled progress in constitutional development, and the way we suggested the bill of rights, including linguistic rights, is one which we felt basic because it sought to reach agreement among the people of Canada. Surely, if we cannot find agreement on certain basic values and protect them with a certain amount of rigidity in the constitution, we cannot be too hopeful about reaching an agreement on the mechanism or institutions When we don’t know what these mechanism or institutions will have to operate on.

This, again, is one cf the reasons why we took this approach – not because it is sacrosanct but because we felt it was the best way to approach the problem of constitutional change, and to ensure, not a chaotic development but an orderly development.

Therefore, Mr. Chairman, I think that in conclusion I would express the hope that since there are a certain number of provinces and the federal government who are agreed on introducing a constitutional change, whether in a linguistic area or in the bill of rights, I would hope that in these continuing committees, which I think are a very good idea, we should start from here; and I think if possible before parting we should agree amongst ourselves to state what progress we have reached. It is important that whatever progress we have made here be not left on the side in order to begin anew. I think it is important that we state the progress that we have made and entrench whatever we can now.

Just a final point. When it was mentioned, I believe by the Premier of Alberta, that this introduced a certain disuniformity in the application of the constitution, – this is true of course. But, every time a province adopts a bill of rights it is binding itself, not as well as to the constitution, but it is binding itself in a way that perhaps the other provinces would not. Certainly, it is not contrary to the spirit of our constitution. But the federal government and several provinces should decide not to give some of their powers to other governments in Canada, which would be working towards special statuses and that kind of thing, but give up

[Page 330]

(L’hon. M. Trudeau)

(Français)

Je ne comprends pas tellement qu’on puisse faire une grande part à la distinction entre les droits collectifs et les droits individuels. On a dit que les droits individuels relevaient essentiellement des provinces, mais si l’on considôre que le Code criminel, qui relève de la juridiction fédérale, est le droit par excellence qui affecte les individus, il est clair que si les gouvernements provinciaux et fédéral me mettent d’accord pour avoir une déclaration des droits, il est certain, comme le dit encore le doyen McGuigan que le gouvernement fédéral renonce à beaucoup plus, en vue de la protection des individus, que les gouvernements provinciaux.

(Traduction)

Si nous avons une charte écrite, nous introduisons une certaine rigidité dans notre constitution, et c’est ici que l’argument de la suprématie du Parlement s’applique. Il faut nous rappeler que nous ne vivons pas sous un régime où le Parlement est absolument suprême, comme c’était le cas jusqu’à tout récemment au Royaume-Uni. Nous avons un régime fédératif de gouvernement, où le Parlement est lié par la constitution, oû ses pouvoirs sont limités, par exemple, par les articles 91 et autres, et où les Assemblées législatives sont également liées par la constitution. Nous ne modifions pas fondamentalement cet état de choses; nous le prolongeons, non seulement pour limiter les pouvoirs des gouvernements fédéral et provinciaux afin qu’ils n’usurpent pas mutuellement leurs droits, mais afin qu’ils n’usurpent pas les droits sacrés et inaliénables de l’individu.

Si cela était inséré dans la constitution, ce serait l’introduction d’un nouvel élément de rigidité. Mais c’est de cela que nous discutons ici précisément. Nous sommes ici pour traiter de la constitution, pour déterminer par quels moyens nous pourrons la modifier. Quel que soit notre point de départ, il nous faudra introduire une certaine rigidité, soit à l’égard du partage des pouvoirs, soit quant aux pouvoirs du Parlement ou des Assemblées législatives, ou les deux, qui seront modifiés si nous nous entendons sur une formule quelconque de modification de la constitution.

Nous sommes ici pour chercher à trouver un moyen de progresser dans l’évolution de notre constitution, et c’est pourquoi nous proposons une déclaration des droits qui comprend les droits linguistiques, parce que nous croyons que cela peut servir de base à un accord. S’il n’est pas possible de nous

[Page 331]

(Hon. P.-E. Trudeau)

some of the powers and just declare that they will not exercise these powers. It is an abdication of power to the people of Canada, very much as the United States Bill of Rights — and again here I refer to Dean McGuigan — a bill of rights in which the Congress said it would make no laws. This did not mean that any other state which wanted to do the same thing would be in a disfavoured position under the whole constitution.

[Page 332]

(L’hon. M. Trudeau)

entendre sur certaines valeurs fondamentales et de les protéger, même si cela comporte une certaine rigidité constitutionnelle, nous n’aurons guère de chance de nous entendre sur les rouages ou sur les institutions, puisque nous ne savons pas comment ils fonctionneront. C’est pour cette raison notamment que nous avons adopté cette méthode. Elle n’est pas immuable, mais nous avons cru que c’était la meilleure façon d’aborder le problème de la modification de la constitution, afin de procéder systématiquement.

En conséquence, monsieur le président, en terminant j’exprime l’espoir que, puisque certaines provinces et le gouvernement fédéral sont d’accord sur l’introduction d’un changement à la constitution, soit sur le plan linguistique, soit sur le plan d’une charte des droits, ces comités permanents feront un très bon travail. Cela a été une excellente idée, soit dit en passant; et je crois que nous devons partir de là et, avant de nous séparer, nous devons nous entendre pour faire le point, en quelque sorte. Il est important que ce que nous aurons réalisé ici ne soit pas à recommencer plus tard. Il importe de définir ce qu’ont été nos progrès afin de les fixer.

Un dernier point. Il a été mentionné par le premier ministre de l’Alberta, je crois, que cela introduirait un certain manque d’uniformité, pour ce qui est de l’application de la constitution. C’est vrai. Mais chaque fois qu’une province adopte une déclaration des droits, elle se lie elle-même, peut-être pas aussi fortement que par une constitution que le gouvernement fédéral et plusieurs provinces décident, mais elle se lie. Mais le gouvernement fédéral et un certain nombre de provinces devraient maintenant décider non pas de céder certains pouvoirs à d’autres gouvernements au Canada, ce qui aboutirait à un statut spécial ou particulier, mais de déclarer simplement qu’elles n’exerceront pas ces pouvoirs. C’est une renonciation à certains pouvoirs, tout comme la déclaration des droits des Etats-Unis, comme l’a dit le doyen McGuigan, est une déclaration où le Congrès déclare qu’il ne peut légiférer dans certains domaines. Mais si d’autres Etats voulaient faire la même chose, ils ne se trouveraient pas dans une situation désavantageuse, par rapport aux autres.

[Page 333]

FOURTH SESSION: TUESDAY AFTERNOON (in progress)

Questions of Regional Disparity

The Right Honourable L.B. Pearson: Thank You. I wonder whether for the rest of the afternoon we could deal with Item 4 on the agenda, “Questions of Regional Disparity”, as we indicated We Would do before lunch. If that is the case, perhaps the Premier of Nova Scotia would introduce his subject, because he was good enough to put it on the agenda.

Honourable G.I. Smith: Mr. Chairman, I shall be very glad to do so. It is kind of you to attribute to me any generosity in putting it on the agenda. That is, sir, an honour which belongs to you, and for which I thank you very much indeed.

I have a submission of some length but I do not propose to read it all. I propose to see that it is distributed, and to read sufficient of it to point up the case which we feel should be made. At the Confederation of Tomorrow Conference in Toronto, es we understand it, the représentatives of all the provincial governments acknowledged that regional economic disparity is a critical problem for millions of Canadians, and we believe that this group of provincial representatives accepted the principle that steps should be taken to correct this regrettable condition.

The condition I think falls into two classes. First, the supply of public services, an adequate standard of public services to the people of all regions of the country. Substantial effort has been made to deal with this through equalization and other methods — and I do not propose to labour this point at all today. It has been the subject of many discussions in the past and will I am sure before the end of the year be discussed at very considerable length again.

The second class is the economic development of the region as a whole in the private sector. It is this point which I invite the conference to look at now.

[Page 334]

QUATRIEME SEANCE: MARDI APRES-MIDI (en cours)
LES DISPARITES REGIONALES

Le très honorable L.B. Pearson: Merci. Je me demande si, pour le reste de l’après-midi, il ne nous serait pas possible d’aborder l’article 4 à l’ordre du jour, la question des disparités régionales. C’est d’ailleurs ce que nous avions décidé de faire avant le déjeuner. Si c’est le cas, le premier ministre de la Nouvelle—Ecosse voudrait peut—être ouvrir la discussion, car c’est à sa demande que la question a été inscrite à l’ordre du jour.

L’honorable G.I. Smith: Monsieur le président, je vous remercie de m’avoir permis d’inscrire cet article à l’ordre du jour. Je vous en suis très reconnaissant.

J’ai ici un mémoire assez long — je ne me propose pas de le lire dans sa totalité, je verrai à ce qu’il soit distribué. Je vais en lire une partie suffisante pour exposer ma thèse: à la conférence sur la Confédération de demain, à Toronto, si je comprends bien, les représentants de tous les gouvernements provinciaux ont reconnu que les disparités régionales sont un problème décisif pour beaucoup de Canadiens. Nous croyons que ce groupe de représentants provinciaux a accepté le principe que des mesures doivent être prises pour redresser cet état de choses.

On peut ranger cela dans deux catégories: d’abord, les services publics, les normes suffisantes des services publics pour la population de toutes les régions du pays. On a abordé ce problème sérieusement par la péréquation et par d’autres méthodes, et je ne me propose pas de m’étendre là-dessus aujourd’hui. Cela a fait l’objet de longues discussions dans le passé, et je suis sûr que nous y reviendrons avant la fin de l’année.

La deuxième catégorie, c’est le développement économique d’une région prise dans sa totalité, et c’est sur ce point

[Page 335]

(Hon. G.I. Smith)

The conference so far has been dealing principally, indeed entirely, with constitutional questions. It seems to me that one of the most important considerations that we ought to have in mind is, what we want a constitution really to do. As I think I may have said on another occasion, surely what we wanted to do is to provide the best environment we can in which Canadians can live and develop to their full potential. This, it seems to us, requires that in so far as the constitution can, it should provide the best possible means for fostering balanced regional economic growth. This is a question that has long been considered by many to be one of the most pressing problems with which Canadians must deal.

We agree that cultural and linguistic problems in the constitution must be the concern of all provinces. It must be a very serious concern. We also submit that the existence of adverse economic conditions in any region of Canada requires that we place great importance on the subject of regional economic development.

The Economic Council of Canada has stated that there are two main inter—related considerations in developing federal regional balance. To quote that Council:

The first is:

“the importance of reducing the relative disparity in average levels of income as they presently exist among the regions.”

The second is:

“the need to assure that each region contributes to the total national output and to the sustained long run growth of that output on the basis of fullest and most efficient use of the human and material resources available to the region.”

The Council goes on to say, and again I quote:

“These considerations focus attention upon the fundamental importance of improving the utilization of human and material resources in all regions. This involves their fullest possible use, combining them in the most efficient ways possible, and continually upgrading their productive capabilities. Moreover, the narrowing of inter-regional income differences depends upon a particularly rapid advance in productivity and income for employed persons in the relatively lagging areas.

[Page 336]

(L’hon. M. Smith)

que je voudrais attirer l’attention de la conférence.

Jusqu’ici on a parlé surtout de questions constitutionnelles, et il me semble qu’une des considérations les plus importantes, ce que nous devons avoir à l’esprit, c’est ce que nous voulons obtenir de la constitution, en réalité. Je crois l’avoir déjà dit en une autre occasion: ce que nous voulons, ce que nous attendons de la constitution, c’est qu’elle crée le milieu qui permettra aux Canadiens de donner leur pleine mesure. Il nous semble que cela exige, sur le plan de la constitution, qu’elle assure les meilleurs moyens d’équilibrer la croissance économique au Canada. C’est une question que beaucoup considèrent comme un des problèmes les plus pressants au Canada.

Nous convenons que les problèmes culturels et linguistiques intéressent toutesles provinces. Nous reconnaissons également que l’existence de conditions économiques défavorables dans l’une ou l’autre des régions du pays exige qu’on donne une grande importance à la question du développement économique. Le Conseil économique du Canada a déclaré qu’il y a deux choses à considérer à ce sujet. La première, c’est “la nécessité de réduire la disparité relative des niveaux moyens de revenu qui existe présentement entre les régions”; et la deuxième, “la nécessité d’assurer que chaque région contribue au rendement national global et à l’accroissement soutenu et à long terme de ce rendement aussi pleinement et aussi efficacement que le lui permettent ses ressources humaines et matérielles“.

Le Conseil ajoute “ces considérations font ressortir l’importance fondamentale d’améliorer l’emploi qui se fait des ressources humaines et matérielles dans toutes les régions. Ce travail implique l’utilisation la plus complète possible de ces ressources, leur combinaison selon les moyens les plus efficaces et le relèvement constant de leur capacité de production. En outre, la réduction des écarts de revenu entre les régions dépend d’une augmentation rapide —- sensiblement plus rapide même que la moyenne pour l’ensemble de l’économie — de la productivité et du revenu par personne employée dans les régions relativement en retard.” En dépit de programmes qui ont été mis en oeuvre, il existe encore de très grandes iné- galités dans le revenu moyen par tête. Aussi, il existe de grandes différences dans l’utilisation des ressources humaines et matériellesde chaque région. Une croissance équilibrée et autres objectifs économiques demeurent l’un des facteurs, l’un des problèmes les plus difficiles pour l’ensemble du pays.

[Page 337]

(Hon. G.I. Smith)

Over the past four decades there has been relatively little progress towards the achievement of a better balance in the ecomomic development of different regions in Canada. Despite various policies in programs, very wide disparities have continued to exist in average per capita income. Also, there have continued to be wide differences in extent to which the human and material resources of “each region have found opportunities for productive use. The achievement of balanced growth and narrowing of income disparities, consistent with our other basic economic and social objectives, remains one of the most difficult factors confronting the country as a whole.”

I don’t propose to quote any figures at the moment to show the economic disparity between Nova Scotia and the Canadian average, but to illustrate the seriousness of this gap, we wish to draw attention to the fact that in 1966 the per capita income in Nova Scotia was just under 75 per cent of the Canadian average. In absolute terms the difference between the per capita income in Nova Scotia and the Canadian average amounts to $551.

May I again refer to the Economic Council of Canada. It cites two principal reasons for this disparity. The first is the relatively low utilization of human resources, arising from the lack of economic opportunities, that is, the people who live in such regions do not have the opportunity to contribute to the total production of Canada, to the same extent that persons who live in other parts of the country do.

Surely, if that is true, and I believe the Council is correct when it says so, – if it is true that the underdevelopment of a region results in the lower productivity of the human resources in that region, then that is a matter of great national concern. After all, the greater the productivity of the country as a whole, the better surely for the country as a whole.

The second principal reason assigned by the Council for this income disparity is the general lower level of earnings in nearly all forms of economic activity, which results directly from our lower level of productivity. One of the factors causing these differences has to do with Nova Scotia’s

[Page 338]

(L’hon. M. Smith)

Je ne me propose pas de vous citer des statistiques, en ce moment, pour illustrer l’inégalité entre la Nouvelle- Ecosse et la moyenne nationale. Mais pour vous donner une idée de la gravité de cet écart, je désire attirer votre attention sur le fait qu’en 1966, le revenu par tête en Nouvelle- Ecosse était d’environ 75 p. 100 de la moyenne nationale, un peu moins de 75 p. 100, mettons; en termes absolus, la différence entre le revenu par tête, en Nouvelle—Ecosse, et la moyenne canadienne, représente $551 par année.

Je reprends l’exposé du Conseil économique du Canada, et j’y trouve deux raisons principales pour expliquer ces inégalités. La première, c’est la faible utilisation des ressources humaines et l’inégalité des occasions économiques, c’est—à-dire que les habitants des régions défavorisées ne peuvent profiter de la prospérité autant que ceux qui habitent d’autres régions du pays. Assurément, je crois que le Conseil a raison, s’il est vrai que les régions sous-développées ont une plus basse productivité. Voilà une question qui doit préoccuper toute la nation, car plus notre productivité sera élevée dans l’ensemble du pays, plus nous serons prospères.

La deuxième grande explication que donne le Conseil, pour expliquer cette inégalité, c’est le bas niveau des revenus dans presque toutes les sphères d’activité économique qui résulte directement du plus bas niveau de productivité. Une des causes de cette inégalité c’est que les investissements de capitaux sont plus bas en Nouvelle—Ecosse. D’après le Conseil, l’habitant de la Nouvelle—Ecosse n’a, en moyenne, que 66 p. 100 des capitaux dont disposent les autres Canadiens, et dans le secteur de l’industrie de transformation, secteur qui pourrait se prêter à une mise en valeur, ce pourcentage tombe à 43 p. 100. Par conséquent, la Nouvelle—Ecosse a moins de capitaux pour activer sa production, les placements y sont moindres qu’ailleurs, et cela dure depuis très longtemps. Ces investissements sont exprimés en dollars, bien entendu.

Cette statistique porte sur la Nouvelle—Ecosse en particulier, mais je suis sûr que la même situation, peut-être une situation plus grave encore, existe dans certaines autres parties du pays.

Cette inégalité historique existe au Canada depuis des décennies. Dans le cas de la Nouvelle—Ecosse, le déplacement du commerce, sur un axe est-ouest au lieu de nord-sud, par suite de la confédération, a semblé perpétuer cet état de choses, tout comme le changement dans l’exploitation des ressources naturelles qui, autrefois, était à la base du commerce de la

[Page 339]

(Hon. G.I. Smith)

lower level of capital input, capital investment and productive capacity.

According to the Council, the average Nova Scotian has only 66 per cent of the amount of capital equipment to work with, as has the average Canadian. In the manufacturing sector alone, which is perhaps the sector in Which there is the greatest hope for development, this percentage drops to 43.

Not only does the average Nova Scotian have less total capital with which to produce, but the annual additions to this capital stock, namely capital investment, has been for a long time lower than the national average. This is in terms of dollars.

These statistics pertain to Nova Scotia particularly, but we are quite sure that similar statistics, and perhaps even more startling ones, are relative to some other parts of the country.

Now, this historic disparity in regional economic development has been a fact of life for many decades. In the case of Nova Scotia, the shift in the channel of trade and communication from north-south axis to an east-west axis, consequent upon the fact of Confederation, had much to do with the creation and perpetuation of this economic disparity, as did the change in the economic importance of our natural resources, which once gave Nova Scotia such a favourable position in world trade.

Geographic barriers to trade and economic development, largely created by this shift in trade patterns, have been the major obstacle to the development in more than one region in Canada. These barriers have added very substantial costs to the problems of moving goods and produce, and for that matter people; and we have not yet been able to overcome this formidable barrier of transportation costs.

We submit, sir, that the political act of creation of Canada – which we are very happy did take place -— resulted in due course in a national policy. I don’t use that in a historic political sense, but rather to indicate that there was a policy which was followed by the federal government for many years – the national policy under which people in all regions of Canada were encouraged to buy and sell for the most part Canadian goods in order to encourage the development in Canada of the ability to manufacture goods, to produce goods – to encourage economic development of Canada.

[Page 340]

(L’hon. M. Smith)

Nouvelle—Ecosse.

Les barrières géographiques créées par ce déplacement ont été un obstacle majeur dans plus d’une région du Canada. Ces obstacles gênent le mouvement des marchandises et des hommes. Nous n’avons pas pu surmonter cette formidable difficulté des frais de transport. La création du Canada par un acte politique – et pour nous, cela a été un événement très heureux — aboutit, avec le temps, à une politique nationale. Je ne parle pas ici en termes politiques ou historiques. J’entends par là indiquer que le gouvernement central a, pendant des années, poursuivi une politique dans le cadre de laquelle les habitants de toutes les régions du Canada étaient invités à vendre ou à acheter des biens fabriqués au Canada, dans toute la mesure du possible. On voulait du même coup notre développement économique. Le Canada s’en est du reste fort bien trouvé et la Nouvelle—Ecosse aussi, cela va de soi.

Il reste que cette politique a plus favorisé certaines régions que d’autres. Le résultat de cette politique, — nous le faisons remarquer sans nous en plaindre —, a été de concentrer le développement dans certaines régions plutôt que dans d’autres. A notre avis, il nous faudrait maintenant un prolongement moderne de cette politique pour aider les régions qui restent encore sous-développées, après cent ans d’une politique axée sur les conditions qui existaient autrefois et qui avaient pour but de favoriser la croissance du Canada dans son ensemble. Les industries du Canada, de certaines régions du Canada, ont prospéré gràce à cette protection. Nous n’y voyons pas d’inconvénient; nous en sommes même heureux. C’est une excellente chose, mais cela ne nous a pas favorisés autant que certaines autres provinces.

Il est donc temps d’adopter une politique qui placera toutes les régions sur un pied d’égalité, et qui aidera à celles qui ont surtout besoin qu’on s’occupe d’elles.

Les Canadiens ont payé le coût du développement et de l’essor économique de leur propre pays, un coût très élevé, un coût qui en valait vraiment la peine.

Qu’il me soit permis de donner un exemple, de choisir une industrie, pour indiquer quel est l’ordre de grandeur de ce prix. Prenons l’industrie de l’automobile, au Canada; c’est un exemple intéressant. D’après les renseignements les plus récents, au cours des années, la différence entre le prix de vente à l’usine, entre les Etats-Unis et le Canada, à l’exclusion des impôts, des frais de transport, etc., était, avant

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(Hon. G.I. Smith)

And Canada has, as a whole, benefitted very greatly; and because Canada has benefitted, so did Nova Scotia.

But, this policy has been better for some regions of Canada than it has for other regions. The result of this policy — it is a natural result, and we don’t complain about it, but we do draw attention to it – was to centre development in some regions while other centres remained underdeveloped.

Our submission now is that we in Canada need a contemporary extension of this policy, or a new one similar to it, to assist those regions which remain underdeveloped, after 100 years of applying a policy related to conditions as they have existed throughout the years, to encourage the growth of Canada generally.

Industries in Canada, in parts of Canada, have flourished under the mantle of protection. We don’t object to this, and I want to emphasize this as vigorously as I can. We don’t object to it. We are glad to see it. It is a good thing and has been a good thing for us, but it has not been as good for us as it has for others. We, therefore, say it is now time to adopt policies which will do the same for the regions of Canada which need that kind of attention.

Now, sir, Canadians have paid a price for the development to the economic growth of Canada, and it is a very high price — a price well worth paying. But let me illustrate just by taking one industry, What is the order of this price. Let me refer to the automobile industry in Canada as an interesting example.

According to the best information we can get, over the years the difference in the factory selling price of an ordinary automobile between the United States and Canada, excluding all taxes, transportation costs and mark—ups, was, prior to the automobile trade agreement, about S150. per unit.

Looking at this figure and at the figures showing the new cars sold in Nova Scotia, and sold in Canada, the extra cost to all Nova Scotians of buying Canadian cars rather than other cars for the l0-year period from 1956 to 1965 was something over $18 million. The comparable figure for Canada during that period — that is the price that all Canadians paid, based on the assumption I mention, is well over $600 million. Now that is a very great amount of money.

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(L’hon. M. Smith)

l’accord, d’environ $150 par unité. Pour les nouvelles voitures vendues en Nouvelle—Ecosse le coût supplémentaire, pour les habitants qui achètent des voitures canadiennes plutôt que d’autres voitures, pour la période de dix ans allant de 1956 à 1965, a représenté 18 millions de dollars. Le chiffre comparable pour l’ensemble du Canada, durant cette même période, c’est—à-dire le prix payé par l’ensemble des Canadiens, est de plus de 600 millions de dollars. C’est beaucoup d’argent, vraiment. Je répète que nous ne nous y opposons pas. Nous constatons que c’est un fait. Il a fallu payer ce prix, et nous continuerons de le payer indéfiniment.

D’autres industries ont eu la même protection. Il y a d’autres exemples; je ne citerai plus de chiffres. Il y a, par exemple, l’industrie de fabrication des instruments aratoires et des appareils électriques.

Nous demandons qu’on reconnaisse que ce prix a été payé par tous les Canadiens, y compris ceux qui habitent les régions sous-développées, et qu’il n’est que juste et raisonnable qu’une même politique nous soit appliquée, même s’il nous faut, encore une fois, en payer le prix, pour que cette politique ait pour but d’aider ces régions et qu’elle soit mise en oeuvre. Nous ne venons pas ici demander quelque chose que nous n’avons pas cherché à faire nous—mêmes. Les habitants de la Nouvelle—Ecosse, depuis de nombreuses années, mais sur-tout depuis quelques années, ont fait beaucoup pour s’aider eux-mêmes. Ils cherchent à combler l’écart qui existe entre la Nouvelle—Ecosse et les régions plus développées du Canada.

Par exemple, à titre de province, afin d’assurer l’essor économique chez nous, ces dernières années, nous avons affecté plus de 200 millions de dollars, sous forme de placements, pour l’établissement de moyens de production. Ces 200 millions de dollars ont été fournis par le gouvernement de la province. Pourtant, en dépit de cet effort énorme, il n’en reste pas moins que l’écart ne s’est pas rétréci entre la Nouvelle—Ecosse et la moyenne canadienne. Nous savons que plusieurs programmes mis en oeuvre au cours des années nous ont certainement été utiles. Il n’y en a qu’un seul qui soit orienté franchement vers une amélioration de nos positions économiques mais, jusqu’ici, il ne nous a pas permis de rétrécir ou de combler l’écart qui existe. Je répète qu’à notre avis, ce il faut pour résoudre le problème des inégalités économiques, c’est une politique nationale franchement régionale et de grande ampleur.

Le premier ministre de l’Ontario a cité un chiffre pour

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(Hon. G.I. Smith)

Let me say, I want to say this over and over again: We don’t object to this. We draw attention, however, to the fact that it exists. The price has been paid and will go on being paid indefinitely.

Other industries have had the same kind of protection. I am not going to give any figures, – but I could mention the farm industry to some extent and the electrical appliance industry.

We now ask, sir, that there be a recognition, that this has come about by a price paid by all Canadians, including those in the underdevelopèd regions; and it is only fair and reasonable to ask that some sort of similar type of policy, even if it involves the same kind of price, be accepted frankly as designed to assist these regions, and nothing else, and be designed and implemented, in se far as the constitution can do it, be fostered by whatever arrangements can be made.

We don’t come here asking for something which we have not tried to do for ourselves. Nova Scotians have in the last few years, for many years, more particularly in the last few, done a great deal to help themselves in this area, and are striving to close the gap in development which exists between Nova Scotia and the more advanced regions of Canada. For instance, as a province, in an effort to promote economic growth and development in last few years, more than $200 million has been invested to provide capital productive facilities or to encourage others to provide them. This $200 million is money which was raised by the government of the province. Despite this very heavy investment, it is still a fact that we are not closing the gap between Nova Scotia and the Canadian average.

We know that there have been a number of policies developed over the years, some of which certainly are helpful, but only one has been frankly accepted as regionally orientated. That one – and while certainly we appreciate the good it has done, certainly it does not seem to have helped us to close that gap.

So, again, I say we submit that what is needed to solve this problem of regional economic disparity is a national policy which is frankly regional in application and which is of a massive size.

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(L’hon. M. Smith)

La mise sur pied d’un fonds pour le développement de l’industrie dans les régions sous-développées.

L’honorable J.P. Robarts: J’ai simplement cité un chiffre que j’ai voulu éloquent. J’ai voulu frapper l’imagination…

L’honorable G.I. Smith: Mais le chiffre n’est pas démesuré.

$1 milliard, c’est un bon départ, car la Nouvelle-Ecosse elle—même a déjà prélevé un cinquième de milliard, à cette fin, soit par placements directs de la province ou en assurant les fonds nécessaires pour que l’industrie privée puisse faire ses placements. Par conséquent, un milliard, comme le dit le premier ministre de Terre—Neuve, ce n’est vraiment pas tellement énorme vu l’ampleur du problème.

Je voudrais rappeler une étude faite il y a déjà quelques années, à propos des perspectives d’avenir pour le Canada. Le titre officiel était “Commission royale sur les perspectives économiques du Canada”. Dans un volume ayant pour titre “Certains aspects régionaux du développement économique au Canada”, on trouve ce qui suit :

“La persistance du problème de l’inégalité régionale indique que ce problème est enraciné et qu’aucun changement ne surviendra sans l’adoption de mesures hardies et audacieuses.”

Sans doute, monsieur le président, sommes-nous heureux de nous joindre aux autres gouvernements représentés ici pour examiner dans quelle mesure il nous sera possible d’améliorer le sort d’un grand nombre de nos concitoyens, du point de vue des droits linguistiques ou culturels, en modifiant s’il le faut la constitution, si tant est qu’ils puissent penser que c’est ainsi qu’il faut procéder. Voilà des objectifs fort louables.

Souvenons—nous pourtant que beaucoup de Canadiens sont malheureux à cause d’un autre problème très grave: celui des disparités régionales. On ne s’est jamais attaqué à ce problème franchement et carrément. Nous reconnaissons tout le mécontentement que causent les problèmes dont nous avons traité hier et aujourd’hui et auquel nous cherchons à remédier;

[Page 345]

(Hon. G.I. Smith)

The Prime Minister of Ontario has made a suggestion — not at this conference but in another place — that a very large fund be made available for the development of industry, as I understood him, in regions which are underdeveloped —

Honourable John Robarts: I used that figure (S1 billion) to be dramatic – just to emphasize my point.

Honourable G.I. Smith: I think, however, it was a figure which indeed is not too large at all. I say, $1 billion is a good start. It is a good start because, as I say, Nova Scotia has provided within the last few years one—fifth of that in capital investment in the province – $200 million, either by direct investment by the province or providing the money so that private industry could make the investment itself. So, $1 billion is, as the Premier of Newfoundland says, nothing to get excited about as a big figure, when you come to deal with a big problem.

I would like to draw attention to a study which was made some years ago in relation to the prospects of Canada’s future. I think the official title was “Royal Commission on Canada’s Economic Prospects.” In a volume entitled “some regional aspects of Canada’s economic development”, there appears the following:

“The persistence of the problem and strength of the pattern of regional economic development suggests that the problem is deep rooted, and that no serious change can be anticipated without the adoption of substantial, imaginative and bold measures.”

Well Mr. Chairman, we gladly join with the other governments represented here in considering how we can improve the linguistic and cultural and other rights of many of our citizens, and how and to what extent changes in our constitution might be made in order to improve the lot of those Canadians who are unhappy, and who feel that this unhappiness can be removed by changes in the constitution. These are worthy objectives.

[Page 346]

(L’hon. M. Smith)

nous devrions maintenant reconnaître le mécontentement causé par les inégalités économiques régionales, et nous devrions nous y attaquer efficacement.

Merci beaucoup de m’avoir fourni cette occasion, mon- sieur le président, d’exprimer mes sentiments.

Le très honorable L.B. Pearson: Est-ce qu’il y en a d’autres qui désirent parler?

L’honorable W.A.C. Bennett: Merci, monsieur le premier ministre. Je n’en ai que pour quelques minutes. Il y a un dîner ce soir, un dîner que je ne voudrais pas rater.

Le très honorable L.B. Pearson: Ce n’est pas avant huit heures.

L’honorable W.A.C. Bennett: Chaque fois qu’on m’offre un dîner gratuit, je ne manque pas l’occasion, surtout si cela vient d’Ottawa.

Monsieur le premier ministre, je puis vous donner l’assurance que notre population n’est pas mécontente. Tout le monde sourit, chez nous. Nous avons des amis et des ennemis, mais nous sourions continuellement. Nous sommes un peuple heureux, et parce que nous sourions, on pense que nous ne sommes pas sérieux. Nous n’avons pas obtenu des résultats très impressionnants quant à certains programmes que nous avons mis en oeuvre avec Ottawa mais nous espérons que nos sourires se répandront même jusqu’à Ottawa.

Le très honorable L.B. Pearson: Monsieur Bennett, je vais continuer à sourire… jusqu’au bout!

L’honorable W.A.C. Bennett: Voilà une des meilleures choses qui soient sorties d’Ottawa depuis des années. Nous avons eu des entretiens fort satisfaisants avec un de vos ministres,et j’espère que certaines formes de fédéralisme coopératif en émaneront. J’espère, monsieur le premier ministre, que vous écouterez ses avis et que vous les étudierez avec attention.

[Page 347]

(Hon. G.I. Smith)

We are pleased indeed at the progress made, and hope we have been able to be helpful in making that progress. But, sir, I ask you to bear in mind, as I know you do, that a great many Canadians are kept continually unhappy by another serious Canadian problem, one which I have just been talking about, the problem of regional economic disparity.

We believe that this problem has never been attacked with the massive resources required in a frankly regional way. Just as we have all recognized the unhappiness that has been caused by the problems we have been talking about yesterday and today, and try to do something about them, so I submit now we should recognize the unhappiness caused by the regional economic disparity, and resolve to deal with it effectively.

I thank you very much for this opportunity, sir.

The Right Honourable L.B. Pearson: Thank you, Mr. Smith. Does anyone else wish to speak?

Honourable W.A.C. Bennett: If I may.

The Right Honourable L.B. Pearson: Yes, Mr. Bennett.

Honourable H.A.C. Bennett: I thank you, Mr. Prime Minister, for giving me this opportunity. It will only take me a few minutes, because I keep in mind the dinner tonight and I wouldn’t want to miss that.

The Right Honourable L.B. Pearson: That’s not till eight o’c1ock.

[Page 348]

(L’hon. M. Bennett)

Le très honorable L.B. Pearson: Qui est-ce, Monsieur Bennett?

L’honorable W.A.C. Bennett: Nous discutons du port de Roberts Banks. Je veux dire à mon bon ami, le premier ministre du Québec, que Vancouver est maintenant le plus grand port du Canada. Bien que nous ayons beaucoup de havres et de ports, en Colombie-Britannique, celui de Vancouver est le plus grand. Il ne fait que commencer à croître, mais il est déjà le plus important du Canada, et sera sous peu, sans doute, le plus important de l’Amérique du Nord. Cela aidera sûrement le port de Montréal. Nous voulons que la province du Nouveau—Brunswick soit prospère; nous voulons que la province de la Nouvelle-Ecosse soit prospère; nous voulons surtout que l’Ontario, l’Alberta, la Saskatchewan, le Manitoba soient prospères; nous voulons que l’Etat de Washington soit prospère.

On ne peut pas, évidemment, faire des affaires dans le vide, en vase clos, lorsque nos voisins ou nos clients sont pauvres. On doit avoir des voisins prospères, si on veut soimême prospérer. C’est là une loi des affaires. Nous gagnons plus per capita que n’importe quelle autre province pour rétablir la balance des paiements, mais nous le faisons avec satisfaction, en qualité de Canadiens.

Qu’il me soit permis de faire quelques commentaires, que je ne ferai pas du tout de façon facétieuse. Je me fais le porte-parole des intentions et de l’esprit de la population de notre province. Je me fais le porte-parole du premier ministre de la Colombie-Britannique.

D’abord, la question de l’exploitation des ressources minières du plateau continental. La Colombie-Britannique se plaint justement de ce que l’on ait choisi d’engager une action en justice contre elle, et contre elle seule, alors que l’on n’a pas songé à en faire autant pour les autres provinces. Maintenant que la chose est réglée -— et on se souviendra que le premier ministre avait déclaré qu’une fois cela fait il prendrait sa décision -— on n’a pas cité les autres provinces devant les tribunaux. Je profite donc aujourd’hui de l’occasion pour le prier, officiellement, en ma qualité de premier ministre de la Colombie-Britannique, de rétrocéder ces droits à notre province. Ce serait un geste magnifique, à l’aube du deuxième siècle; un geste de fédéralisme vrai, une manifestation de cette confiance et de cette foi nouvelles que nous avons envers notre pays.

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Honourable W.A.C. Bennett: Any time I can get something from Ottawa free I will gladly have it, and enjoy it too.

I have a few points to bring up for British Columbia, Mr. Prime Minister, but I assure you that our people are not unhappy. Our people smile. We smile with our friends and at our enemies, but we always smile. We are a happy people. Sometimes because we smile people think, “Well, he’s not pushing hard enough.” Well, we haven’t been too successful with some of the projects we have been trying to straighten out with the federal government, but we believe that with a spirit of goodwill and a smile it will eventually get through, even to federalist Ottawa.

The Right Honourable L.B. Pearson: Mr. Bennett, I’m going to smile back if it kills me!

Honourable W.A.C. Bennett: That’s the best thing that has come out of Ottawa in many years.

I have had a very fine meeting with one of your ministers, Mr. Prime Minister, and very satisfactory talks came out of it. I hope some co-operative federalism will come out of it. I hope so I hope you listen to his advice when he comes to your cabinet, Mr. Prime Minister, and you give it favourable consideration.

The Right Honourable L.B. Pearson: Who was it, Mr. Bennett?

Honourable W.A.C. Bennett: We were discussing a new big port on Roberts Banks. I want to tell my good friend the Prime Minister of the Province of Quebec that Vancouver is now the largest port in Canada. While we have lots of ports in British Columbia, Vancouver is the largest; it’s only starting to grow, but it is already the largest in Canada, and will be the largest in North America. But that won’t hurt Montreal, it will help it. We want every area in

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(L’hon. M. Bennett)

Puis, il y a la petite question du pont des Second Narrows. Je ne parle pas du nouvel ouvrage, mais de ce que nous appelons le pont des Second Narrows, qui fait partie de la route trans-canadienne. C’est nous qui l’avons contruit, et à six voies encore. Nous n’avons même pas demandé à Ottawa d’en payer la moitié, mais seulement la moitié des deux voies, si c’est ainsi qu’il l’entend. Nous ne sommes pas un pays oû les deux voies sont chose normale, mais enfin nous ne serions pas fàchés qu’Ottawa paie la moitié de deux voies.

Nous avons aussi notre Pacific Great Eastern Railway, la troisième en importance des lignes canadiennes. Il est en train de faire faire de petits travaux à une cinquantaine de milles au nord de Prince-George. Un ancien premier ministre —— je n’entends nommer personne — disait qu’on ne pouvait pas aller plus loin parce qu’il n’y a plus de bonnes terres au nord de Prince-George. Il n’avait jamais entendu parler de ce magnifique empire de la rivière de la Paix. Savez-vous d’ailleurs oû finissent ces cinquante milles, monsieur le premier ministre? Dans des marais, du muskeg. Voilà d’ailleurs oû la politique fédérale se trouve depuis lors. Nous vous demandons simplement de revoir la question, celle de la subvention pour la construction de la ligne du Pacific Great Eastern. Nous sommes en train d’y travailler nous-mêmes parce que nous avons de grands projets en tête. La Colombie-Britannique ne fait que commencer à se développer. Si vous ne me croyez pas, monsieur le premier ministre, je vous enverrai vendredi une copie de notre budget. Ce sera d’une lecture très profitable.

Autre chose en ce qui concerne le chemin de fer. Le Canadien—National, le Pacifique—Canadien et d’autres lignes touchent des subventions au titre de leur exploitation. Notre ligne n’obtient rien. Et pourtant il se trouve un chemin de fer américain, le New York Central, qui touche des subventions pour ses lignes au Canada alors que notre grand chemin de fer à nous, le Pacific Great Eastern, ne touche rien. Inutile d’insister. Un gouvernement qui a tant soit peu le sens de la justice devrait tout de suite se laisser convaincre. Nous demandons qu’on revienne sur cette question.

Puis, il y a la question du tarif-marchandises à travers le pays. J’ai les chiffres à la main – je ne veux d’ailleurs pas entrer dans les détails, cet après—midi, je ne veux pas donner toutes les statistiques – mais je tiens à mentionner que dans bien des cas, lorsque des navires transportent quelque chose de Vancouver à Toronto, cela coûte beaucoup plus cher le quintal que pour les mêmes denrées ou les mêmes marchandises expédiées de Toronto à Vancouver. C’est tout à fait

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(Hon. W.A.C. Bennett)

Canada to be prosperous. We want my native province of New Brunswick prosperous, we want Nova Scotia prosperous, we want everywhere to be prosperous. In our area especially we want Alberta, Saskatchewan, Manitoba, Washington State, Oregon State and Ontario to be prosperous. You can’t do business in a vacuum; you can’t do business where your neighbours are poor; you must have prosperous neighbours if you are going to be prosperous yourself. The tourist business is best the more they travel, and we earn more per capita in tourist dollars to help the balance of payments for Canada than any other province, but we do it gladly as Canadians.

I will mention a few things — and I don’t say it in any nasty way but I am going to mention them – that are on the minds of the people of our province, the minds of the government of British Columbia, and especially in the mind of the Premier of British Columbia. I had better be careful what title I give here, but premier will be all right.

First of all there are the off-shore rights. British Columbia’s complaint is that British Columbia alone was selected as the test case in the courts and so far the federal government hasn’t proceeded against any other province. Now that the thing has been cleared -— and the Prime Minister said once he got over the question of a legal opinion he would then make a decision — he has not proceeded with other provinces. I ask him officially now as Premier of British Columbia to turn over your interest in the off-shore rights in British Columbia to British Columbia as a gesture as we start our great second century in Canada, as part of federalism, part of this new confidence and belief we have in our country.

Then we have this little question of the Second Narrows Bridge. Not the new crossing but the Second Narrows Bridge, which is part of the Trans-Canada Highway. We built it, a six-lane bridge. We don’t ask Ottawa, or ever did ask them, to pay half of it; just half of two lanes if that is their thinking, only two lanes, although we are not a twolane country; but if they pay half of the two lanes we will be satisfied.

Then we have the Pacific Great Eastern Railway, Canada’s third largest railway. It has a little bit of construction fifty miles north of Prince George. A former Prime Minister —- I’m not going to mention who it was —— said they would only go that far – and you can see it in Hansard — because that is the end of all the good land, north of Prince George. He didn’t know about that great Peace River empire.

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(L’hon. M. Bennett)

injuste. Cela a commencé lorsque les provinces centrales et l’Ouest commençaient à s’ouvrir à la colonisation, mais maintenant que la Colombie-Britannique est la partie du Canada la plus prospère, qui croît le plus rapidement, il est injuste que nous exploitions toute notre population, toute la population qui vient des provinces centrales et qui se déverse en Colombie-Britannique. Nous devons donc avoir un tarif-marchandises égalitaire pour les mêmes marchandises, pour l’Est et l’Ouest. Cela devrait être une donnée fondamentale. Si la même situation existait au Québec, le premier ministre Johnson serait en train de vociférer sur la question. Il dirait: “Comme c’est injuste, c’est une injustice envers la population canadienne—française!” Traitez-nous justement, monsieur le premier ministre.

L’honorable Daniel Johnson: Cela existe aussi chez nous.

L’honorable W.A.C. Bennett: Mais pas dans une mesure aussi considérable. Et puis il y a la question des tarifs maritimes. Nos représentants participent aux conférences, ici, destinées à taxer ces tarifs, et ainsi de suite. Or, en ce qui concerne les tarifs de Montréal vers d’autres endroits, Montréal a d’énormes avantages, monsieur le premier ministre, par rapport à Vancouver. C’est tout à fait injuste et nous vous prions de bien considérer aussi cette question.

Il y a, en Colombie-Britannique, des Canadiens qui viennent du pays tout entier, depuis Terre—Neuve jusqu’à l’île de Vancouver. Comme je le rappelais hier, je suis moi-même originaire des Maritimes. Si nous voulons avoir des foyers heureux, des familles heureuses, si nous voulons que nos enfants aillent à l’université, il faut que le revenu, par habitant, soit à peu près le même dans toutes les régions de notre pays.

Il ne sert à rien de céder des fonds aux gouvernements provinciaux. Ce n’est pas là l’égalité des perspectives d’avenir. Que feront les provinces avec l’argent? Consacrer ce capital à l’éducation? Si une province verse des salaires plus considérables à ses instituteurs que d’autres, ces provinces n’ont pas besoin d’autant de versements de péréquation per capita. Puis nous devons avoir une péréquation vraie. Les traitements doivent viser à cette égalité d’occasions au Canada. On ne parviendra pas à cette égalité du jour au lendemain mais les traitements à travers le pays devraient être

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(Hon. W.A.C. Bennett)

Do you know where that fifty miles ended, Mr. Prime Minister? Right in muskeg. And that is where the federal policy has been ever since. We are asking that you review that and the construction grant towards the Pacific Great Eastern Railway. We are extending it at the present time, because we have great expansion and great development, and British Columbia has only started to grow. If you don’t believe it, Mr. Prime Minister, I’ll send you a copy of my budget on Friday; it will make good reading.

The other thing about the railway is this. The C.N.R., C.P.R. and other railways get operational subsidies. The P.G. gets none. Yet the American railroad, the New York Central, gets an operational subsidy for their lines in Canada, and our great Pacific Great Eastern Railway receives no subsidy at all. To say it states the case, and no argument is necessary in a fair minded government. We ask for that to be reviewed.

Then there is the question of freight rates across this nation. I have all the figures here, but it is late this afternoon and we have had a long day; I am not going to give all the details, but I will if you ask for them. In many cases, to ship from Vancouver to Ontario costs twice as much per 100 lb. as it does to ship the same commodity from Toronto to Vancouver. That is unfair. It started with the policy when central Canada was opening up and the west was opening up and you got the rates one way. But with British Columbia as the fastest growing part of Canada, it is unfair when we are taking all this population from the rest of Canada pouring into British Columbia. We have got to have employment for these people, and the Minister of Welfare knows we must have employment for them. Therefore we must have equal freight rates east and west for the same commodities; that should be basic in our thinking.

I am going to tell you that if that kind of situation occurred in Quebec, Prime Minister Johnson would be raising the ceiling over the question. He would say, “That shows how unfair you are to the French-speaking people.” Just because they talk all languages in our province, Mr. Prime Minister, treat us fairly, please, too.

Honourable Daniel Johnson: It exists in Quebec too.

[Page 354]

(L’hon. M. Bennett)

semblables. C’est à quoi nous devrions tendre dans notre propre marché commun.

Et là ou le gouvernement peut intervenir, c’est dans le domaine des salaires minimums. Dans un secteur particulier de fabrication, de ventes au détail, de services, nous devrions avoir les mêmes droits, les mêmes salaires, dans cette confédération. Nous devrions avoir le même salaire minimum à travers tout le pays, pour que l’unité canadienne représente vraiment quelque chose de tangible. Cela permettrait aux jeunes de rester plus longtemps à l’école. C’est parce que certaines familles, dans le Québec et dans les Maritimes, ont un revenu inférieur que les jeunes ne restent pas à l’école aussi long- temps qu’ils le font en Colombie-Britannique. Pour avoir une bonne société, il faut que les gens qui la composent soient bien instruits, mais ils ne sauraient l’être s’ils ne reçoivent pas les traitements suffisants. Si nous avions donc un salaire minimum, au moins comme donnée fondamentale, on pourrait alors mener une meilleure vie, on pourrait envoyer ses enfants à l’école, on pourrait les faire bien instruire. Si le revenu individuel était égalisé à travers le pays, par des mesures de stimulation — je ne dis pas que le gouvernement devrait intervenir dans chaque cas, mais simplement rechercher l’adoption de lois sur le salaire minimum, afin de viser à un salaire parallèle à travers tout le Canada – nous n’aurions pas besoin de versements de péréquation aux provinces, car si le revenu per capita était le même dans toutes les provinces, il n’y aurait pas de versements de péréquation nécessaires. Ces versements de péréquation accordés aux provinces constituent simplement un cataplasme provisoire qui ne guérit pas le mal. Les diverses parties du Canada oü l’on emploie cette formule depuis des années n’ont pas prospéré davantage. Les écarts régionaux entre les différentes régions restent à peu près les mêmes qu’ils l’étaient autrefois. Ce n’est pas une solution.

Il y a bien d’autres commentaires que j’aimerais faire, monsieur le premier ministre, mais veillez à faire le partage; voyez à nous accorder ces quelques choses que nous vous demandons, et nous continuerons à contribuer à la caisse commune pour continuer à nourrir la confédération canadienne.

Le très honorable L.B. Pearson: J’ai pris note des points que vous avez soulevés, monsieur Bennett.

L’honorable W.A.C. Bennett: Je vais entendre parler de vous, monsieur?

[Page 355]

Honourable W.A.C. Bennett: But not to the extent that it exists here.

Then there are the ocean rates. Our representatives attend in Canada to set the ocean rates and so forth. In the rates from Montreal to these various places, Montreal has a tremendous advantage, Mr. Prime Minister, over Vancouver. This is most unfair, and we ask you to study that well.

In British Columbia we have Canadians from right across country, from Newfoundland to Vancouver Island. As I said yesterday, I came from the maritimes originally. If we are to have happy homes and a happy life and have our students go to universities and so forth, they must have some similar income per person across this nation. It’s no use just giving money to provincial governments. That’s not equalizing opportunity. That is doing the opposite, for this reason, Mr. Prime Minister. What do the provinces do with their money? Give grants towards education. If a province pays 25% more for teachers’ salaries than another province, they don’t need the same amount of per capita income to handle it, so equaliz- ing that is a false equalization. If we are to have proper equalization in Canada and proper opportunity for our people, the wages in our country must aim towards it. We won’t arrive at it overnight. I know the solution is not easy, but the wages across our nation, if we are in one free market area, should be similar.

Where governments can move though is on minimum wages. In any one classification or type of manufacture, retail in- dustry or services, in this new confederation,we should have the same minimum wage right across this nation if Canada is to amount to anything. That would encourage people to leave their children longer in school, because it is on account of the low income of families in Quebec and in the maritimes that children do not stay at school as long as they do in British Columbia. To have a good society you need an educated, well-trained society, but you cannot have that unless there are proper wages. If we had the same minimum wage at least as a floor measurement, people would be able to have a better life in their homes, send their children to school to be properly trained. If individual incomes were equalized across this nation by encouragement — I don’t mean just by govern- ment action; government action would be needed only for mini- mum wages, setting the floor; the whole thought behind govern- ment policy should be achieving similar wages across this free exchange Canada of ours — then you would not need equaliza- tion payments between provinces, because if the income per capita was the same in all provinces no equalization would be necessary for provincial governments. Giving equalization

[Page 356]

(Le très hon. M. Pearson)

Le très honorable L.B. Pearson: Oui. Je conclus que vous venez de mentionner trois choses: vous avez demandé un chemin de fer, l’océan et une route à six voies, longue de plusieurs milles.

Un délégué: Est-ce que nous pourrions revenir là—des- sus demain? Nous n’avons pas terminé.

Le très honorable L.B. Pearson: Non, nous n’avons pas terminé. Est-ce que nous pourrions poursuivre jusqu’à cinq heures et demie, ou voulez—vous lever la séance maintenant? Nous sommes ici, depuis un petit moment, sous ces projecteurs, et c’est un peu aveuglant. Nous pourrions peut—être lever la séance et poursuivre ces discussions demain matin à dix heures?

[Page 357]

(Hon. W.A.C. Bennett)

payments to provinces only puts a little salve on the sore, it doesn’t correct it. In all the years they have been paid, Mr. Prime Minister, all parts of Canada have increased, but there is comparatively the same differential between the five different regions. It is not a solution.

There are a lot of things I could mention but, Mr. Prime Minister, if as we start our second century you just clean up these few matters for British Columbia we will con- tinue to smile, and we will continue to pour revenues into the national government to keep this Canada afloat.

The Right Honourable L.B. Pearson: Well, I made a note of your points, Mr. Bennett.

Honourable W.A.C. Bennett: I will hear from you, Mr. Prime Minister?

The Right Honourable L.B. Pearson: Oh, indeed yes.

Honourable W.A.C. Bennett: By letter?

The Right Honourable L.B. Pearson: Indeed by letter.

Honourable W.A.C. Bennett: Thank you.

The Right Honourable L.B. Pearson: I gather, to mention just three things, you ask for the ocean, a six-lane two mile highway and a railway.

Honourable W.A.C. Bennett: All this and heaven too!

A Delegate: Will we have another chance tomorrow on this same theme? We haven’t finished it, have we?

The Right Honourable L.B. Pearson: No, we haven’t finished it.

A Delegate: Or dealt with them all.

The Right Honourable L.B. Pearson: Could we carry on till 5:50 or should we adjourn now? We have been here for quite a long time under these lights and it gets a little dazzling. Perhaps we ought to adjourn and carry on this discussion tomorrow morning at ten o’clock. Would that be all right?… Ten o’clock? (Agreed).

[Page 359]

FIFTH SESSION: WEDNESDAY MORNING, FEBRUARY 7

Questions of Regional Disparity (continued)

The Right Honourable L.B. Pearson: We have on our agenda the question of regional disparity. Mr. Robichaud, would you like to say a few words on that?

Honourable L.J. Robichaud: Mr. Prime Minister: In my opening statement, I touched upon the problem of regional disparities. In this Conference and at the Confederation of Tomorrow Conference, a constant theme has been that we cannot achieve a sound federalism as long as widespread disparities exist from one region of Canada co another.

Earlier, I expressed concern chat the stripping of powers from the federal government would erode its ability to deal with such economic problems as regional disparities. I suggested that, apart from any constitutional change, we must seek hetter ways of joint action, particularly in the field of economic development.

This is not a new position for New Brunswick or for the Atlantic area and perhaps Eastern Quebec to take, Mr. Prime Minister. Last November at the Finance Ministers’ Conference we argued for a more selective kind of fiscal policy, one which would recognize that the problems of inflation do not fall equally across the nation. At the same time, we suggested that the cime has come for the federal government to devise, in consultation with the provinces, a rational economic policy for the Atlantic Provinces, and for the areas that need such a policy. In this, we subscribe fully to the Views expressed in the recent First Annual Review of the Atlantic Provinces Economic Council. We believe that the efforts of many federal agencies in the region are contradictory and self—defeating. Federal and provincial efforts often work at cross purposes.

For example, we mentioned the designated area incentive program, pointing out that the effect of the program was much more beneficial in Ontario than it is in the Atlantic Provinces. Indeed, the program retards economic development

[Page 360]

CINQUIEME SEANCE: MERCREDI MATIN, 7 FEVRIER

Les disparités régionales (suite)

Le très honorable L.B. Pearson: Nous avons à l’ordre du jour la question des disparités régionales. Monsieur Robichaud va prendre la parole à ce sujet.

L’honorable L.—J. Robichaud: Lundi après—midi, lors de la déclaration d’ouverture, j’ai un peu parlé des disparités régionales. A cette conférence, ainsi qu’à la Conférence sur la confédération de demain, à Toronto, nous avons constamment répété que nous ne pouvions pas arriver à un fédéralisme solide tant que des disparités très grandes existeraient d’une région du Canada a l’autre.

Plus tôt, j’ai dit mon inquiétude que la perte de pouvoirs du gouvernement fédéral lui enlëverait la possibilité de régler les problèmes économiques, dont ceux des disparités régionales. J’ai dit qu’en dehors des modifications à apporter à la constitution, nous devrions trouver de meilleures méthodes d’action commune, particulièrement dans le domaine du développement économique. Ce n’est pas une position nouvelle du Nouveau—Brunswick, des régions de l’Atlantique, ou de l’Est du Québec, monsieur le premier ministre.

En novembre dernier, à la conférence des ministres des Finances, nous avons proposé une politique fiscale plus sélective, une politique qui reconnaîtrait que les problèmes d’inflation ne sont pas les mêmes dans tout le pays.

De même, nous avons déclaré que le temps était venu, pour le gouvernement fédéral, de concevoir, en consultation avec les provinces, une politique économique rationnelle pour les provinces de l’Atlantique et pour les régions qui en ont besoin. En cela, nous souscrivons complètement au point de vue exprimé dans la première étude annuelle du Conseil économique des provinces de l’Atlantique.

Nous pensons que les efforts des nombreux organismes

[Page 361]

(Hon. L.J. Robichaud)

by encouraging industries to locate away from growth centers or by attracting industries whose only interest is in a temporary relocation in order to benefit from financial incentives.

There are many other examples, Mr. Prime Minister, where federal policies and practices defeat developmental efforts — the whole field of transportation, the cumbersome approval processes in ARDA, ADA and ADB, the imposition through various agreements of a wage pattern which raises our costs to excessive levels. All of these have been mentioned in the past, and I have no intention of going into further detail here.

It is our belief that many of these problems can be solved and that the goal of eliminating regional disparities can be tackled quite aside from the constitutional issues. And we believe that the key to many of our problems lies in a broadening of the concept on which the Atlantic Development Board was created.

We have been very critical in the past, Mr. Prime Minister, not of the Atlantic Development Board, but of the limitations placed upon the Board. We have always supported the concept of a regionally oriented agency, with spécial funds and special powers, to tackle the problems peculiar to the Atlantic Provinces. But we are now convinced that the scope of the Board’s concern, its relationship with the federal government, and its general powers must be reconsidered.

The concerns of the Board should be broadened considerably. It should be providing economic advice that will further joint federal—provincial development efforts. It should be providing objective analysis of federal and provincial programs in much the same way as the Economic Council does for the whole country.

It should review the kinds of projects in which money is invested, perhaps to the extent of becoming involved in key individual enterprises.

It might adopt the external aid approach of providing technical assistance in fields where smaller governments are unable to attract or retain appropriate talents and expertise.

Finally, we tend to the view that such an expanded and strengthened ADB might well act as the sole vehicle for all federal economic development monies as far as the region is concerned.

[Page 362]

(L’hon. M. Robichaud)

fédéraux dans les régions sont contradictoires et s’annulent mutuellement dans de nombreux cas. Les tentatives fédérales et provinciales très souvent se contrarient. Je vous citerai un exemple:

Nous avons parlé du programme d’encouragement aux régions désignées. Nous avons fait remarquer que les répercussions de ce programme étaient bien meilleures en Ontario que dans les provinces de l’Atlantique. Au fait, le programme retarde même le développement économique, en encourageant les industries à s’installer loin des centres de croissance ou en attirant les industries dont les seuls intérêts sont, dans un sens, de se réinstaller temporairement afin de bénéficier des encouragements financiers.

Il y a de nombreux autres exemples, monsieur le président, qui pourraient être cités, oü il est clairement dée montré que certaines politiques ou efforts fédéraux nuisent à tout notre effort économique. Citons brièvement le domaine du transport, le processus gênant d’approbation fédérale dans les programmes de zones désignées de l’ARDA, de l’Office d’expansion des provinces de l’Atlantique, l’imposition par le gouvernement fédéral d’une certaine structure de salaires qui accroît nos coûts, hors de toute raison. Tous ces sujets ont deja été soulevés très souvent, et je n’ai nulle intention de les approfondir ici.

Nous croyons qu’une solution peut être apportée à la majorité de ces problèmes et que l’élimination des disparités régionales peut être entreprise en dehors de la question constitutionnelle.

Nous croyons de plus que l’élargissement de l’assise de l’Office d’expansion serait la solution clé de nombreux problèmes.

Dans le passé, nous avons beaucoup critiqué, monsieur le premier ministre, non pas l’Office d’expansion des provinces de l’Atlantique, mais les limites imposées à l’Office. Nous avons toujours été d’accord avec l’idée d’organismes régionaux dotés de pouvoirs et de fonds particuliers, qui s’attaqueraient aux problèmes de notre région. Maintenant, nous sommes convaincus que l’orientation de l’Office, ses relations avec le gouvernement fédéral et ses pouvoirs généraux doivent étre totalement repensés.

L’orientation de l’Office devrait être considérablement élargie, et il devrait adopter un rôle de conseiller

[Page 363]

(Hon. L.J. Robichaud)

An agency of the kind we envisage would require much wider powers and a quite different relationship to the federal government than is now the case. It would mean abandoning the advisory role of the ADB and replacing it with an active operating role. It would speak as an advocate of the Atlantic provinces, rather than as an arm or agency — and sometimes as and too frequently an apologist — for the federal government. It would mean financial autonomy to the Board in the same manner as for the proposed Cape Breton Development Corporation.

Most important of all, it would mean providing the Board with sufficient loan and investment funds to do the job well and to do it quickly. You will recall that Prime Minister Robarts suggested in Toronto that perhaps a billion dollars should be set aside for the underdeveloped parts of Canada. If the gap is to be closed, these are the magnitudes we must consider.

As far as the Atlantic area is concerned, we must achieve improved instruments or mechanisms that will permit:

(a) very large scale development investment;

(b) close co-ordination of federal—provincial and agency policies;

(c) sound joint planning and joint effort; and

(d) incisive action.

We believe that such an instrument can be devised within the present structure of constitutional roles and responsibilities. We believe that it must be devised and made effectively operative if we are to deal seriously with the problem of regional disparities as it affects our provinces.

We believe that we should make it very clear at this time that the present “scatter—action” of effort, using considerable federal funds, is possibly not really achieving any closing of the socio-economic gap. We simply cannot accept the prospect that many thousands of our people will find themselves, ten or fifteen years from now, in a position of more acute hopelessness, because general Canadian development in that period has so far out—paced them as to leave them in a cul—de—sac from which there is really “no exit”. We just cannot accept that. And yet it may well happen, if we do not make every effort to devise policies and instruments that will make the story different.

[Page 364]

(L’hon. M. Robichaud)

économique dans les entreprises fédérales et provinciales de développement. L’Office devrait aussi faire une analyse obe jective des programmes provinciaux et fédéraux, comme le Conseil économique le fait, à l’échelle du Canada tout entier.

L’Office devrait s’intéresser à tout projet d’immobilisation, peut—être même au point d’assumer une participation financière dans des industries clés. L’Office pourrait adopter les méthodes utilisées dans nos programmes d’assistance à l’étranger et fournir des services de conseils techniques dans tous les domaines où les gouvernements ne peuvent attirer ou conserver les compétences nécessaires.

Enfin, nous croyons qu’ainsi remanié, l’Office d’expansion pourrait être le seul organisme, pour notre région, chargé des fonds destinés à l’expansion économique par le gouvernement fédéral.

Le genre d’organisme que nous proposons devrait disposer de pouvoirs considérablement accrus et avoir des liens tout à fait différents avec le gouvernement central. L’Office abandonnerait son rôle strictement consultatif et le remplacerait par un rôle actif. L’Office deviendrait le porte-parole des provinces de l’Atlantique, et non plus simplement l’agent ou l’organisme ou même quelquefois, trop fréquemment, l’apologiste du gouvernement fédéral. L’Office aurait une autonomie financière semblable à celle que l’on se propose d’accorder à la Société d’expansion du Cap—Breton.

Une telle réorientation implique nécessairement que l’Office se verrait accorder des fonds en quantité suffisante pour accomplir un travail efficace et surtout rapide. Vous vous souviendrez tous que M. Roberts a suggéré à Toronto de consacrer peut—être un milliard de dollars à l’expansion des régions sous—développées du Canada. Si nous voulons vraiment aplanir les inégalités régionales, il nous faudra certainement considérer des sommes de cet ordre.

En ce qui concerne les provinces de l’Atlantique, nous devons élaborer de meilleurs mécanismes qui permettraient a) l’investissement massif pour l’expansion économique; b) une coordination très étroite des politiques gouvernementales, fédérales—provinciales, et de leurs organismes; c) une attaque concertée des problèmes.et une planification conjointe; et, d) un progrès concret.

Nous croyons qu’un tel mécanisme peut être mis sur pied, au sein des structures constitutionnelles existantes. Nous

[Page 365]

(HOn. L.J. Robichaud)

We have offered simply one suggestion for tackling the problem — through a transformation of the roles and resources of the ADB. I would welcome comments and suggestions from the other provinces as well as the federal government on this proposal or any other.

(TRANSLATION)

I must say that I particularly welcome the suggestion made by the Prime Minister of Quebec in his Province’s brief on the constitution — that is, that an “additional equalization payment be made to provinces whose per capita personal income falls short of the national average by 20% or more” (Page 20).

This device could go far in accelerating the closing of the gap.

I trust that the present equalization arrangements will run for another two years at least before re—negotiation. However, Premier Johnson’s suggestion would not disturb these arrangements. It would be supplementary to them. If such a scheme has merit, therefore, we need not wait before implementing a program of “supplementary equalization”. I would now propose that the Quebec proposal in this regard be referred to the Tax Structure Committee, as a priority item, for consideration at the earliest possible moment.

Thank you, Mr. Prime Minister.

[Page 366]

(L’hon. M. Robichaud)

croyons également que ce mécanisme doit être mis sur pied si nous voulons sérieusement nous attaquer aux disparités régionales qui touchent plus particulièrement nos provinces.

Avouons clairement aussi que la politique d’éparpillement actuelle, à des coûts considérables, ne réduit pas sensiblement la marge socio—économique qui nous sépare. Nous ne pouvons simplement pas accepter que, dans 10 ou 15 ans, des milliers de citoyens se trouvent dans une situation encore plus désespérée, parce que le niveau général du progrès accompli par le Canada les aura laissés très loin en arrière, dans un cul—de—sac, dans une véritable impasse. Nous ne pouvons absolument pas accepter cette idée, et pourtant, elle pourrait bien devenir réalité si nous ne faisons pas tous les efforts nécessaires pour élaborer les structures, les mécanismes et les politiques qui apporteront les vraies solutions.

Nous n’avons offert qu’une seule suggestion pour solutionner ce problème: la réorientation et la transformation de l’Office d’expansion. J’apprécierais, bien entendu, tout commentaire ou suggestion des autres provinces ainsi que du gouvernement fédéral à ce sujet, ou à tout autre sujet.

(Français)

La suggestion du premier ministre du Québec, à la page 22 du mémoire sur la question constitutionnelle, est singulièrement opportune. Il a suggéré “… qu’une péréquation additionnelle soit versée aux provinces dont le revenu personnel par tête est de plus de 20 pour cent inférieur à la moyenne nationale.” Cette formule pourrait être l’accélérateur idéal au processus du rattrapage. J’espère que la présente formule de péréquation sera en vigueur durant quelque temps encore, deux ans, je pense.

Je vois la suggestion du premier ministre Johnson comme un complément et non une mise de côté de la formule déjà en cours; une implantation de cette formule est justifiée, et nous pourrions immédiatement mettre en vigueur la péréquation supplétive.

Je propose donc que le comité du régime fiscal soit chargé d’étudier cette suggestion le plus tôt possible, à titre d’article prioritaire, “a priority item,”. Merci, monsieur le premier ministre.

[Page 367]

(ENGLISH)

The Right Honourable L.B. Pearson: Mr. Evans, of Manitoba.

Honourable E.G.V. Evans: Mr. Chairman, Manitoba would like to join the others who wish to call attention to the importance in the national interest of the regional economic development factor, and would like to thank particularly the Province of New Brunswick, whose brief we have just heard, and also Nova Scotia, for what we regard as a very constructive and responsible contribution to the discussion of this subject. On these grounds, we would like to join our voices with theirs, and not to repeat many of the details or suggestions that were made in these two excellent contributions.

I would like however to refer to one statement by the Premier of Nova Scotia which seemed to be important to us which said what is needed is a national policy which is regional in application and of massive size. With that View we join.

I do not think there is any necessity for me to try to give testimony to the importance of this subject in Canada. It has been done so emphatically by others, so much better qualified. I need refer I think only to the Economic Council of Canada and the searching examination they made of this matter and of their definite position as to it.

I would refer to the fact that the Carter Royal Come mission, while evading this topic, did call for urgent attention to it, reflecting their study of the matter and their view of its importance. So, we regard it as a very important topic.

Manitoba wants Canadians to be at home everywhere in Canada too, in perhaps a second sense; that is, to be at home, and to be at home one must have a good job, a good home and a sense of security, as well as a secure life. These matters are important also in the interest of Canadian unity.

If I may, I will quote briefly from the statement that Premier Weir made at the Toronto Conference, when he said:

“For the young person living in a region where jobs are scarce, for new families needing to establish homes, for people in our work force whose skills have been passed

[Page 368]

(Traduction)

Le très honorable L.B. Pearson: La parole est à M. Evans, du Manitoba.

L’honorable M. Evans: Monsieur le premier ministre, le Manitoba voudrait aussi attirer l’attention sur l’aspect national du facteur de développement économique régional, et je voudrais remercier particulièrement les premiers ministres du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle—Ecosse qui viennent de parler, car nous considérons leur contribution comme étant réellement constructive et pertinente à la discussion de cette question. Nous nous joindrons à ces provinces, sans répéter ce qu’elles ont déjà dit et ce qu’elles ont déjà proposé dans ces deux excellentes contributions.

Je voudrais, cependant, revenir à une déclaration du premier ministre de la Nouvelle—Ecosse, qui nous semble très importante. Il disait: “Ce dont nous avons besoin, c’est d’une politique nationale d’envergure, d’application régionale.” Nous sommes absolument d’accord avec ceci.

Je ne crois pas qu’il me soit nécessaire d’essayer de prouver l’importance du sujet au Canada. D’autres ont mis beaucoup d’insistance là—dessus, et ils étaient beaucoup mieux qualifiés que moi pour le faire. Je mentionnerai simplement ce qu’en dit le Conseil économique du Canada, et je parlerai de l’enquête faite par le Conseil sur cette question, et de la position bien précise qu’il a prise.

Je signalerai, entre autres, que la Commission d’enquête royale Carter, tout en évitant ce sujet, ne manquait pas cependant d’insister pour qu’on s’en occupe, étant donné son importance. Ainsi, nous considérons que ce sujet est des plus importants.

Le Manitoba désire que les Canadiens se sentent chez eux partout au Canada. Aussi, pour qu’ils se sentent chez eux, pour être chez soi, il leur faut avoir un bon emploi, un bon foyer, un sentiment de sécurité, une vie se déroulant dans la sécurité; cela est également important pour l’unité du Canada.

Qu’il me soit permis de citer quelques paroles de la déclaration du premier ministre weir, à Toronto: “Les jeunes qui habitent des régions où il n’y a pas beaucoup d’emplois, les jeunes qui veulent fonder une famille, les éléments de la main—d’oeuvre dont le métier est rendu désuet par le progrès technique, les agriculteurs qui doivent toujours manoeuvrer

[Page 369]

(Hon. E.G.V. Evans)

over in our technical advance, for the farmer who must operate always in the squeeze between high costs and uncertain markets, for the small businessman struggling to keep individual initiative alive in a massive industrial age — all these people feel the real impact of the problems of under—development wherever they occur in Canada.”

And so, we see the matter of regional development as being very important in the lives of individual peuple.

There may be marginal areas in Canada, but there should be no marginal people, and it is in the interests of the individual people and their individual rights. From that point of view, we approach the matter of economic development and greater uniformity throughout the country.

I suppose in more technical terms we are interested in a more even balance of our economic strength, and deriving from that a more even distribution of fiscal capacity for the governments who have regional responsibilities in the country. And so, we believe, as the Premier of New Brunswick has just said, that such measures are required to be tailored to the needs of the different economic regions.

Here I pause to say that I think in Manitoba we regard ourselves rather as more average than in the lowest of the group in which economic power is lower. To that extent at least, I think we are not engaged in a special pleading at the moment. I like to think we are approaching this point of view of the nation, and for the requirements for our nation to be united and strong.

We recognize in Manitoba the value of many of the programs that have been operating with us — the ARDA, the FRED program, the ADA program — the special assistance with regard to the Nelson River Development and the power line there, and financial assistance. These are important to us. And, I am sure we wish to acknowledge their value and to express our gratitude for them. So, I like to hope that we are approaching this in an opportunity of co-operation, but to acknowledge that they have been of real Value.

We join, however, with Chose who say that there is a need to be better co—ordinated and better planned, and that indeed some of the side effects which have been experienced

[Page 370]

(L’hon. M. Evans)

entre des frais élevés et des débouchés incertains, les petits hommes d’affaires dont l’entreprise végète dans notre ère d’industrialisation massive, tous ces gens se heurtent au nous—développement partout où il existe au Canada.”

Ainsi, nous considérons que le développement régional est extrêmement important dans la vie des individus. Il se peut qu’il y ait des régions marginales au Canada, mais il ne devrait pas y avoir de gens marginaux, et c’est dans l’intérêt des particuliers et deleursdroits individuels, que nous considérons la question du développement économique et d’une plus grande uniformité à travers tout le pays.

En termes plus spécialisés, nous voulons rétablir un meilleur équilibre de la puissance économique et des capacités fiscales des gouvernements qui ont des responsabilités régionales. Ainsi, nous croyons, comme le premier ministre du Nouveau-Brunswick, que des mesures spéciales sont nécessaires et qu’elles doivent être adaptées aux besoins des différentes régions économiques.

Je m’arrête pour dire qu’au Manitoba nous nous considérons comme faisant partie de la moyenne, par rapport au groupe économique le plus faible. Pour le moment, nous n’avons pas de plaidoyer particulier à faire, et nous envisageons le pays dans son ensemble. En somme, nous voulons que la nation toute entière soit forte.

Parlant de programmes, les programmes FRED, ARDA et ADA, celui de l’assistance à l’aménagement hydro—électrique du Nelson, sont bons. Ce sont des éléments de coopération dont nous reconnaissons toute la valeur.

Nous estimons, toutefois, qu’il faut plus de coordination, plus de planification. Certaines difficultés ont été éprouvées dans l’application de mesures qui, en elles-mêmes, étaient bonnes et même excellentes. Toutefois, elles ont aussi été suivies de répercussions adverses qu’on n’avait pas prévues. Je suis sûr que si l’on repense l’ensemble et crée un nouveau mécanisme, on pourra redresser la situation.

J’ajouterai que j’ai été heureux de voir que dans le mémoire du premier ministre du Québec il mentionne également qu’il faut absolument agir sans délai dans ce domaine économique. Il propose que ces questions soient déférées à des comités qui les étudieraient de nouveau. Je pense que le facteur économique est aussi important que les autres. Mais il n’a pas fait de distinction. Il n’a pas cherché a établir

[Page 371]

(Hon. E.G.V. Evans)

from some of these measures — measures in themselves good — nevertheless certain side effects have been first unforeseen, and second, have been less than favourable. I am sure that a re—thinking of the whole matter and some new machinery would help with the situation.

I was pleased indeed to see reference in the brief by the Prime Minister of Quebec to the fact that he calls for immediate action on this economic sphere as well; and with what suggestions were there for the reference of these matters to committees and for the action and future study, the economic development factors seem to rank equally with the other suggestions. I gather there was no distinction made or attempt to rank with constitutional matters, or even language matters, in the wording of that brief, as to the importance of regional economic development.

With that view I would join, that in the national inw terest and in the interest of national unity it does seem to me that greater uniformity of economic power is a matter which should rank perhaps second in importance to none of the others., In fact, if it were constitutional to do so — and I am sure it is not — if it were in order to propose a motion, I would have suggested that it is the opinion of this Conférence that uniform regional economic development is an urgent necessity, ranking with any other matter in preserving the national unity.

I mention that in that form only to put in a nutshell what I had hoped to express on behalf of the Province of Manitoba.

[Page 372]

(L’hon. M. Evans)

une échelle de valeurs quant à la question constitutionnelle, la question linguistique etc. dans son mémoire.

A ce stade, j’estime que dans l’intérêt de la nation, dans l’intérêt de l’unité nationale, il semble que l’uniformité possible des niveaux économiques devrait être considérée sur le même plan que les autres questions que l’on aborde, et non être reléguée au second plan. Je pense qu’il serait peut-être opportun de proposer une résolution, si c’était constitutionnel, déclarant que la conférence est d’avis que le développement régional uniforme est aussi important que toute autre question pour sauvegarder l’unité nationale.

J’ai voulu résumer brièvement la position du Manitoba.

Le très honorable L.B. Pearson: Je passe la parole à M. Smallwood.

L’honorable J.R.Smallwood: Hier matin, dans sa déclaration, M. Johnson semblait vexé et je regrette infiniment si je l’ai vexé, — car ce n’était certainement pas mon intention, – en disant, la veille, que Québec avait reçu et recevait des sommes énormes, relativement parlant, du gouvernement du Canada, sous forme de paiements de péréquation.

Je ne voulais certainement pas l’insulter; c’est la dernière chose à laquelle j’aurais songé. Je signalais que les cinq provinces à l’est de la rivière Outaouais étaient, à un égard, très similaires, en ce sens qu’elles n’avaient pas partagé, qu’elles n’avaient pas participé à la croissance économique du Canada, à la prospérité du Canada autant que cinq, quatre, ou peut—être trois, des cinq autres provinces, et qu’à l’est de la rivière Outaouais se trouvait un autre Canada: le Québec, le Nouveau—Brunswick, la Nouvelle—Ecosse, l’Ile—du—Prince—Edouard et Terre-Neuve.

Sur le plan mathématique, on peut estimer que c’est la moitié du Canada, parce que cinq c’est la moitié de dix. C’est peut-être plus que la moitié. A certains égards, il s’agit là justement de plus de la moitié. Ce que je voulais signaler, c’était que le Québec avait reçu une part considérable. Peut—être que je me trompe dans mes calculs, mais je pense que le Québec reçoit plus de la moitié du montant de péréquation que le gouvernement du Canada verse chaque année. Je ne puis vous donner de chiffres précis.

[Page 373]

The Right Honourable L.B. Pearson: Mr. Smallwood?

Honourable J.R. Smallwood: Mr. Chairman, Mr. Johnson yesterday morning, with what I thought was a slight touch of perhaps annoyance with me — and I am sorry if he was annoyed with me, because I had not attempted at all to annoy him, when I said the day before that Quebec had received and was receiving stupendous amounts — relatively speaking, stupendous amount of money — from the Government of Canada in equalization payments.

I was not trying to be offensive — it is the last thing I had in my mind. I was pointing out that the five provinces east of the Ottawa River were in one respect very similar, and they had not shared in the economic growth of Canada, in the affluence and prosperity of Canada, as much as had the other five, or maybe four or three of the other five. I said that east of the Ottawa River you had another Canada: Quebec, New Brunswick, Nova Scotia, Prince Edward Island and Newfound land.

Now, mathematically, that is half Canada – at least five is half of ten. It may even be more than half; in some ways it is more than half. And so, I was trying to point out that Quebec shared very greatly. More probably -— I frankly don‘t know; if I am told I am wrong mathematically I will accept it — but I would guess that Quebec gets more than half of the amount paid out by the Government of Canada each year in equalization payments. I don’t remember the actual figures.

Now, Mr. Johnson yesterday in replying to that pointed out that on a per capita basis Newfoundland gets more than Quebec, that is more par head. Our population is half a million. You would divide the amount we get in equalization payments by half a million, and it comes to more par head than it does in Quebec.

That may well be true. I don’t doubt it. I am ashamed of the fact; I am sorry about it. I wish We did not need any equalization payments at all. We in Newfoundland would be very happy if we needed equalization payments no more than Ontario, or British Columbia or Alberta does; and Canada could be a very happy country if no equalization payments had to be made to any one of the ten provinces.

[Page 374]

(L’hon. M. Smallwood)

Hier, en répondant, M. Johnson a signalé que, par habitant, Terre—Neuve recevait plus que Québec. Notre population est d’un demi-million d’habitants. En divisant les paiements de péréquation, on s’aperçoit que ma province reçoit plus par habitant, que le Québec. C’est peut—être vrai. J’en ai honte. Je le regrette. J’aimerais que Terre—Neuve n’ait pas besoin de paiements de péréquation du tout. Nous serions une des provinces les plus heureuses si nous n’avions pas plus besoin de paiements de péréquation que l’Ontario, la Colombie-Britannique, ou l’Alberta. Et le Canada serait un des pays les plus heureux si la péréquation n’était plus nécessaire à aucune des dix provinces.

C’est parce que les paiements de péréquation doivent être faits ou, pour employer d’autres termes, c’est à cause de l’inégalité du développement du Canada qui est mal équilibré sur le plan économique, à cause de l’inégalité des provinces, prises séparément ou en groupe, par rapport à un. autre groupe, c’est justement à cause de l’inégalité que lei gouvernement du Canada existe, et quelle sorte de gouvernement serait—ce, s’il n’y avait pas ces paiements? ‘Quelle serait l’utilité de la confédération? Quel serait le but du gouvernement du Canada, s’il ne faisait pas d’effort réel pour équilibrer la prospérité du Canada, pour faire partager les richesses? Il faut certains mécanismes qui permettent aux provinces prospères de se rendre compte qu’elles le sont parce qu’elles ont des clients dans les autres provinces.

Soyons francs! Il existe une nation, ou l’équivalent d’une nation, au sein du Canada: la province d’Ontario. Combien de pays y a-t—il dans le monde, qui ne sont pas aussi grands que l’Ontario, et dont la population est loin d’être celle de l’Ontario? Voilà une nation, en plein milieu de la carte géographique du Canada, très forte, extrêmement prospère, très progressive, très dynamique et oü se produit une grande partie de la richesse du Canada. On y trouve beaucoup de fabriques, beaucoup de mines, beaucoup d’usines, beaucoup d’entreprises, beaucoup d’emplois et beaucoup de travailleurs qui gagnent bien leur vie, ce qui est excellent. Ce qui est dommage, cependant, c’est qu’il n’y a pas dix provinces comme celle—là. Quel genre de gouvernement aurionsenous, au Canada, si une partie de cette richesse de l’Ontario, qui provient de Terre-Neuve et s’en Va en Ontario, qui va de l’Ile—du—Prince—Edouard en Ontario, qui va du Nouveau—Brunswick en Ontario, qui va du Québec et du Manitoba en Ontario? Je ne sais pas s’il y en a qui vienne de la Colombie—Britannique ou non.

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(Hon. J.R. Smallwood)

It is because equalization payments have to be made e or put it another way — it is because of the unequal development of Canada, the lopsided development economically, the inequality of the provinces one with the Other, or a group compared with the remainder — it is because of this inequality that the Government of Canada — and what kind of Government would it be, if it did not make equalization payments? What would be the use of Confederation? What would be the purpose of Confederation, if the Government of Canada made no very real effort to equalize Canada’s prosperity, to have a share of the wealth? It is necessary to have some kind of system whereby the affluent provinces know they are affluent and richer because they have a lot of customer provinces.

Let us be frank about it: we have a nation here, or the equivalent of a nation, in the heart of Canada: the Province of Ontario. How many countries are there in the world not half as big geographically as Ontario and without anything like its population; she is a nation wïthin Canada geographically. She is very strong, progressive, and very energetic, and a lot of the wealth of Canada is produced in Ontario. They have a lot of factories, of mines, of mills, a lot of business enterprises, a lot of jobs and a lot of workers who make good wages. What a good thing! What a pity there are not ten such provinces? What kind of government would it be in Canada if some of that wealth in Ontario, which comes from Newfoundland to Ontario, which comes to Ontario from Prince Edward Island, comes to Ontario from New Brunswick, and from Quebec and from Manitoba — I don’t know if any of it comes from British Columbia or not.

Honourable W.A.C. Bennett: Nothing comes from Newfoundland to British Columbia.

Honourable J.R. Smallwood: Oh yes something comes to British Columbia from Newfoundland, Mr. Bennett. You must not think that British Columbia is not affected by the half million Canadians who live in Newfoundland, and by the three quarter million Canadians who live in Nova Scotia. You don’t just dismiss a province purely on the ground that that province contributes less cash to the Federal Treasury than Other provinces do. Other provinces may contribute more. Certainly

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(L’hon. M. Smallwood)

L’honorable w.A.C. Bennett: Rien ne va de Terre-Neuve en Colombie-Britannique!

L’honorable J.R. Smallwood: Si, M. Bennett, quelque chose va de Terre—Neuve en Colombie-Britannique. Ne pensez pas que la Colombie—Britannique n’ait rien du demi—million de Canadiens qui vivent à Terre—Neuve et des trois quarts de million de Canadiens qui vivent en Nouvelle—Ecosse.

Ce que je veux dire, c’est qu’on ne peut pas reléguer une province au rancart, simplement parce qu’elle contribue moins en espèces au Trésor fédéral que d’autres provinces. D’autres provinces peuvent apporter une plus grande contribution; l’Ontario peut certainement le faire, par exemple, et sans aucun doute, le Québec, bien que le Québec, comme Terre-Neuve, soit plutôt dépendant de l’ensemble du Canada, le Québec pas autant que Terre—Neuve. Le Québec se situe peut—être sur le même plan économique que l’ensemble du pays. Les provinces contribuent à la croissance économique et à la puissance de celles qui sont fortes sur le plan économique, et les rendent encore plus puissantes.

Supposons que demain, par exemple, pour une raison ou pour une autre, l’Ontario cesse d’avoir la clientèle du Québec. Supposons qu’il cesse d’avoir le Nouveau—Brunswick, la Nouvelle—Ecosse, Terre—Neuve, l’Ile—du—Prince—Edouard et le Manitoba comme clients, que ces provinces n’achëtent plus les produits fabriqués par les millions de travailleurs de l’Ontario, qu’elle reste seule et ne puisse vendre qu’au reste du monde, à l’extérieur de ce qui est le Canada maintenant. Si l’Ontario était réduite à cette situation, où serait sa prospérité? Comment pourrait—elle s’enorgueillir de ses réalisations? C’est simplement dire, en d’autres termes, que nous sommes interdépendants, que les dix provinces sont dépendantes les unes des autres.

Dans ce cas, il devient extrêmement important de bien comprendre que la moitié des dix provinces du Canada se trouve à l’est de la rivière Outaouais. Voici ce que nous avons en commun, toutes les cinq, le fier Québec, Québec avec toutes ses magnifiques traditions, avec son histoire, son peuple magnifique, le grand Québec, — dans la même mesure que Terre-Neuve — a besoin des paiements de péréquation du gouvernement du Canada. Pourquoi? Parce que ni le Québec, ni la Nouvelle-Ecosse, ni Terre-Neuve n’ont participé autant que d’autres provinces au développement national. En s’efforçant d’équilibrer, de partager les richesses, l’égalité et la prospérité

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(Hon. J.R. Smallwood)

Ontario does, and Quebec does; although, the “net” may leave Quebec, like Newfoundland — not quite as “net” as Newfoundland. Quebec may be in a “net” position within Canada economically.

The provinces that contribute to the economic growth and strength of the provinces that are economically strong, these are the provinces to a large extent that make the strong provinces strong.

Put it another way: Suppose tomorrow for some reason Ontario ceased to have Quebec as a customer, and ceased to have New Brunswick and Nova Scotia and Prince Edward Island and Newfoundland as customers to buy the products of their millions of workers in Ontario — and ceased to have Manitoba – and had only herself and what she could sell to the world outside of what is now Canada. Suppose Ontario were reduced to that plight, where then would prosperity be? Where then the pride of her accomplishment and achievement? This is only another way of saying we are mutually dependent, the ten provinces.

That being so, it becomes terribly important to take note of the fact that one half of Canada’s ten provinces are east of the Ottawa River. We have this in common: all five of us — big proud Quebec, with her marvellous traditions, her marvellous history, her great and magnificent people — great Quebec, not quite as much as little Newfoundland — but all like Newfoundland, need equalization payments from the Government of Canada. Why? Because she hasn’t shared just as Nova Scotia has not shared in Canada’s growth as much as have some other provinces. And the Government of Canada, in an effort to equalize, to share the wealth, so tu speak, to equalize Canada’s affluence, has brought in this system of making equalization payments. And it is a good thing, as far as it goes. It does not go far enough.

What equalization payments amount to is this: a sort of unwilling maybe, unhappy perhaps, recognition on the part of Ottawa that there are five provinces in Canada, maybe six, that are losing out in the Canadian race, and they have got to be helped. That is what equalization payments mean: that Ottawa has got to give them what they can‘t get themselves. That is what equalization payments mean, and as far as it goes it is all right, but the trouble is it does not go far enough.

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(L’hon. M. Smallwood)

canadiennes, le gouvernement du Canada a établi ce système qui consiste à faire des paiements de péréquation. C’est excellent, dans une bonne mesure, mais cela ne va pas assez loin.

Voici en quoi se résument les paiements de péréquation: une sorte de reconnaissance, un peu réticente peut—être, un peu triste, du gouvernement du Canada, qu’il existe cinq provinces et peut—être six, qui sont en train de perdre la course canadienne, qu’il faut aider, à qui il faut prêter une main secourable. Voilà ce que signifient les paiements de péréquation, et il faut qu’Ottawa donne à ces provinces ce qu’elles ne peus vent se procurer elles—mêmes. Voilà ce que signifie la péréquation, et dans la mesure oü on le fait, c’est une chose eXcellente. Le seul ennui c’est qu’on ne va pas assez loin.

On pourrait continuer indéfiniment à faire des paiements de péréquation, et le fossé entre les cinq provinces à l’est de l’0utaouais et les cinq provinces à l’ouest pourrait continuer à s’élargir, ce qui pourrait fort bien arriver.

Le premier ministre Smith nous a dit hier que le gouvernement précédent et le sien avaient dépensé des centaines de millions de dollars pour développer la Nouvelle—Ecosse. Après tous les efforts consacrés au développement, les prêts, les garanties du gouvernement à l’industrie privée, est-ce que le fossé a diminué entre la Nouvelle—Ecosse et le reste du Canada? Oui. Par une infime fraction, par un point de pourcentage, et ce après que quelques centaines de millions de dollars aient été dépensées!

A Terre—Neuve, le gouvernement a emprunté et prêté des dizaines de millions de dollars. En plus, nous avons garanti des prêts bancaires, des émissions d’obligations à l’entreprise privée, dans un effort peu orthodoxe et désespéré pour combler cet écart. Le premier ministre de la Nouvelle—Ecosse sera peut—être surpris d’apprendre que nous aussi avons dépensé un montant du même ordre. Nous avons essayé mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. Cet écart s’accroît constamment au lieu de se rétrécir.

Monsieur le premier ministre, c’est toujours trop peu et trop tard. Il y a beaucoup de bonne volonté, mais c’est trop peu et trop tard. C’est au hasard, c’est incohérent; on ne fait que boucher les trous. Preuve en est que l’écart entre ce qu’on a appelé les provinces nanties et les autres ne rétrécit pas.

C’est quelque chose de mauvais pour le Canada, peut-

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(Hon. J.R. Smallwood)

These equalization payments could go on forever, and the gap between the five provinces east of the Ottawa River and to the west could widen all the time. This could well happen.

Premier Smith told us yesterday that after his administration and that of his predecessor had spent a couple of hundred million dollars on economic development in Nova Scotia, after all the effort they put in — the Industrial Estates, loans, guarantees by the Government to private industry — after all that, did they narrow the gap between Nova Scotia and the rest of Canada? Yes, but only fractionally, just a part of a percentage point or something like that — after a couple of hundred million dollars.

We have borrowed money in Newfoundland. The government borrowed money and we lent it out by the tens of millions. In addition to that we have guaranteed bank loans and bond issues for private enterprise in the very strenuous effort, a very unconventional way, to catch up, to narrow that gap. It may surprise the Premier of Nova Scotia to know that the Government of Newfoundland has spent about the same amount as has Nova Scotia in the same effort. It is only a trickle, only a drop in the bucket, for the gap widens instead of narrowing.

Mr. Prime Minister, it is always too little, and always too late. Goodwill is there, but it is too little and too late and too haphazard; it is too uncoordinated and it is too hit and miss.

The proof of the pudding is in the eating. The gap is not narrowing — the gap between what we used to call “have not provinces” and the others, is not narrowîng now.

If there is anything bad for Canada, that is almost as bad as racial, or linguistic or cultural gaps — and God knows they can be bad enough, for they can wreck a nation and a country — if there is anything practically as bad, it is this very thing we call economic disparity. The rich get richer and the poor get poorer relatively; or, the poor may get richer, but they don’t get as much richer as the rich get richer! So, it may not literally be true that the rich provinces get richer while the poor provinces get poorer. Newfoundland is not poorer today than the day on which she entered Confederation 18 years ago; we are better off today than we Were then, but the gap between Ontario l8 years ago and New foundland 18 years ago and Newfoundland 18 years later is a little wider. We have improved enormously, but Ontario has

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(L’hon. M. Smallwood)

être aussi néfaste que les problèmes raciaux, linguistiques ou culturels qui peuvent démolir le Canada. Ce quelque chose de néfaste, c’est la disparité économique. Les riches sont de plus en plus riches, et les pauvres de plus en plus pauvres. Les pauvres deviennent peut—être plus riches, mais pas aussi riches que les riches. Il n’est peut—être que relatif de dire que les provinces riches deviennent plus riches et les provinces pauvres deviennent plus pauvres. Il est certain que Terre-Neuve n’est pas plus pauvre qu’en entrant dans la confédération il y a dix-huit ans. Nous nous en tirons beaucoup mieux qu’il y a dix—huit ans, mais l’écart d’il y a dix—huit ans entre l’Ontario et Terre—Neuve est un peu plus grand maintenant. Notre situation s’est certainement beaucoup améliorée, mais celle de l’Ontario s’est améliorée deux fois plus. Je n’en suis absolument pas jaloux, au contraire. Ce serait stupide de ne pas être heureux de la prospérité, oü qu’elle existe au Canada, car dans une certaine mesure tous les Canadiens en profitent. A notre avis, nous n’en profitons pas suffisamment à Terre—Neuve, voilà tout, et j’y reviendrai plus tard.

Un jour, j’ai en un appel téléphonique d’un journaliste de Toronto, me demandant ce que je pensais des projets de M. Robarts. Je n’en avais pas entendu parler car on m’a appelé au moment oü ils étaient annoncés. J’ai donc demandé quels étaient ces projets et on m’a répondu: “Le premier ministre de l’Ontario propose qu’un fonds d’un milliard de dollars soit créé pour aider les provinces sousedéveloppées.” J’ai dit: “C’est merveilleux! Je suis tout à fait pour; à mon avis, il faut le féliciter, car c’est vraiment le geste d’un grand homme d’Etat canadien.”

Le très honorable L.B. Pearson: Créé par les provinces?

L’honorable J.R. Smallwood: Non, par le gouvernement fédéral, monsieur le premier ministre.

J’espère que vous êtes d’accord que c’est précisément pour cela que nous avons un gouvernement canadien. Les gouvernements des provinces ne peuvent absolument pas le faire. Voilà pourquoi le Canada est là, voilà ce que signifie la confédération. Si ce n’est pas cela, faisons ce que l’économie nous dicterait, descendons vers le sud, et je ne songe pas à la Floride!

Un milliard de dollars, c’est une bonne somme.

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(Hon. J.R. Smallwood)

improved twice as much. And I love it! No jealousy in this at all. What kind of fool would any Canadian be, not to be happy to see prosperity wherever it comes in Canada. He has got tu share in it to some extent. My grumble is that we are not sharing in it enough.

I got a phone call in St. John’s one day from a newspaper in Toronto to ask my comment on Premier Robarts’ plan. I had not heard of it, because as soon as he issued it they rang me up. I don’t know why, but they asked me for my opinion. I said, “Tell me what it is.” He said “The Premier of Ontario proposes that a billion dollar fund be set up to go to the less well developed provinces.” I said “This is magnificent; I am all for it, I think he is to be praised and complimented. This is an act of big hearted Canadian statesmanship.”

The Right Honourable L.B. Pearson: To be set up by the provinces?

Honourable J.R. Smallwood: No, in would be set up by the Government of Canada. Mr. Prime Minister, I hope you agree that that is precisely why we have a Government of Canada. This cannot be done by the governments of the provinces. So, this is why we have a Canada. This is what Confederation means. If it does not mean that, let us do what the economic law suggests — go south! And I am not talking of Florida.

A billion dollars — it is a generous sum.

Honourable John Robarts: Ihe irony of it is the impression that is was not large enough.

Honourable J.R. Smallwood: I will come to that. A billion dollars — a thousand million — that is not hay. But if you divide a billion dollars between five provinces, Quebec

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(L’hon. M. Smallwood)

L’honorable J.P. Robarts: C’est ironique qu’on ait eu l’impression que ce n’était pas assez!

L’honorable J.R. Smallwood: Je reviendrai là—dessus. Un milliard, mille fois un million de dollars, ce n’est pas une bagatelle, c’est de l’argent. Mais si on divise un milliard de dollars entre cinq provinces, dont le Québec, — je suis fier d’avoir ainsi partie liée avec le Québec; le Québec est la seule province du Canada qui ait un mur mitoyen avec Terre—Neuve; nous nous touchons physiquement et notre point de contact a soulevé toutes sortes de controverses, bien sûr, mais nous nous touchons, c’est certain. Sa situation est la même que la nôtre, sauf que la nôtre est encore moins bonne.

Un milliard de dollars divisé entre cinq provinces: les quatre provinces de l’Atlantique et le Québec, pour développer économiquement ces régions et leurs ressources naturelles, pour créer des usines, des ateliers, des scieries, et des emplois, cela ne suffit pas. Cela représenterait 200 millions, en moyenne, par province pour une année, une goutte d’eau dans l’océean.

L’honorable J.P. Robarts: Et le fonds n’existe même pas!

L’honorable J.R. Smallwood: Il n’existe même pas mais chaque goutte d’eau fait l’océan, c’est sûr. Un sou est un sou, mais en fait, nos objectifs sont trop faibles. Lorsqu’on parle d’un milliard pour les cinq provinces, ce n’est pas suffisant, il faudrait un milliard par an, pour les dix prochaines années. Pour faire quoi? Pour aménager les chutes Churchill au Labrador, il faut quelque chose comme un milliard de dollars, au Labrador seulement, et dans l’île de Terre—Neuve.

Dans le Québec, près de 300 millions devront être dépensés seulement pour aménager les lignes de transmission. Cela fait l milliard 300 millions pour un seul projet. Donc, un milliard pour cinq provinces, en cinq ou dix ans, ce n’est pas même une goutte d’eau dans l’océan.

A mon avis, les Canadiens des dix provinces auront le plus grand respect pour le premier ministre de notre pays, pour le ministre de la Justice, pour le grand premier ministre du Québec et pour le premier ministre de l’Ontario, pour ce qu’ils font, pour ce qu’ils essaient de faire, notamment d’é-

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(Hon. J.R. Smallwood)

– and I am very proud to find myself in such an intimate association with Quebec — Quebec is the only province in Canada that is physically contiguous with Newfoundland; we actually touch physically. Now, where we touch has given rise to some debate, but we do touch; and we are in the same position – we more than they. But a billion dollars divided between these four Atlantic provinces and Quebec to bring about economic development, the development of resources, the starting of mines and mills, factories and workshops, the creation of jobs, is hardly enough. If you spend the billion in one year, it would be $200 million of an average per province. In one year, it would only be a drop in the bucket.

Honourable John Robarts: But it is not there now.

Honourable J.R. Smallwood: It is not there now, and every mickle makes a muckle. The two Senators said, it soon mounts up.

Our sights are too low. When we talk about a thousand million for these five provinces, it is not enough. You should talk about a thousand million each year for the next ten years. Well Why not?

To develop Churchill Falls in Labrador requires something of the order of one thousand million in Labrador and the Island of Newfoundland; and in Quebec, what is it $250 million or $300 million? That has to be spent in the Province of Quebec to bring power into Quebec, just for the transmission lines. Now, that is $1300 million on one project, a power project. So, one billion for the five provinces in say five years or ten years is hardly aven a drop in the bucket.

I think the people of Canada in the ten provinces will have enormous respect for the Prime Minister of this country, for the Minister of Justice, for the great Premier of Quebec and for the Premier of Ontario. The people of Canada from coast to coast have enormous admiration and respect for these four men, for what they are trying to do to bring about unity in Canada in this field of language and

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(L’hon. M. Smallwood)

difier un pays uni sur le plan linguistique, culturel, etc. Mais, pourquoi ne reconnaissent—ils courageusement que le Canada, aujourd’hui, est fait de deux “Canada”. Lorsque Disraéli parlait de deux “Angleterre”, de quoi parlait—il? Le Canada est fait de deux “Canada”, deux pays. Pourquoi ne pas regarder la chose en face et adopter comme politique de base que le Canada, en tant que pays, ne peut pas être aussi grand que nous le voulons, qu’il ne pourra jamais l’être tant qu’il y aura deux “Canada”, du point de vue économique. L’écart entre les provinces nanties et les provinces pauvres, les provinces prospères et les provinces qui ne réussissent pas à joindre les deux bouts, qui tirent le diable par la queue, cet écart va—t—il encore s’accroître, va—t—il être encore plus grand qu’au cours des dix dernières années? Ce n’est certainement pas la voie d’un grand Canada.

Abraham Lincoln disait que l’Amérique ne pouvait exister avec la moitié des Américains esclaves et l’autre moitié libres. Soyons réalistes, regardons laréalité en face; est-ce qu’on peut dire que le Canada peut exister à moitié riche et à moitié pauvre? A mon avis, cela est impossible.

Je ne veux absolument pas dire que les cinq provinces à l’est de la rivière Outaouais doivent s’adresser aux autres provinces et au gouvernement canadien pour leur dire: “Aidez-moi.” Je ne pense pas que les provinces riches devraient adopter les cinq autres provinces, leur donner de l’argent, leur donner des oboles. Je ne dis pas que ces cinq provinces ont le droit de s’adresser aux cinq autres provinces pour se faire entretenir; ce n’est pas du tout ce que je pense.

A mon avis, le gouvernement canadien devrait faire plus qu’il n’a fait jusqu’ici. Il aide depuis des années, mais jamais assez. C’est toujours trop peu, toujours trop tard. Cela ne marche jamais, car c’est toujours trop peu, un tout petit peu trop tard. Comme M. Robichaud nous l’a fait remarquer, tout cela n’est pas coordonné, il n’y a pas d’intégration, il n’y a pas de regroupement des efforts; c’est trop peu et trop tard, trop éparpillé. Mais le gouvernement fédéral a avoué le problème et il a certainement fait des efforts pour y remédier.

Mais je pense que si l’on veut que le Canada réponde à toutes nos espérances, il faut absolument que le gouvernement canadien agisse comme il ne l’a jamais fait encore, en s’attaquant au problème en face, carrément. Il ne devrait pas être hanté par ces idées puériles, ridicules, d’après lesquelles il ne peut pas faire quelque chose pour une province ou deux sans

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(Hon. J.R. Smallwood)

culture and so on. But why don’t they all recognize man-fashion that Canada today is two Canadas – just as much as Disraeli’s two nations. Canada is two Canadas, two countries. Why not face that man-fashion, and agree and decide and adopt it as a basic policy that Canada, as Canada, can never be as great as we ought to be and want to be. Never can she be as great while she has two Canadas economically. While there are “haves” and “have nots”; while there are prosperous provinces and provinces that just scrape along, with the gap between not narrowing, but widening every decade. In the next ten years are we going to have a wider gap than we had in the past ten years, and in the ten years before that? In that way does not lie a great Canada!

Abraham Lincoln said that America could not exist half slave and half free. Can we in Canada, truly and realistically be said to exist safely half rich and half poor? I suggest that she cannot.

Let me make this clear. I don’t for one moment suggest that you have got five provinces, these five east of the Ottawa River, who look to the other five provinces and look to the Government of Canada and say, “Now you make me happy.” I don’t suggest that the affluent provinces should just adopt the other five and ladle out some money, some dole, some givem aways. I don’t suggest that these five provinces have any right to look to the other five for support. That is not my theme at all.

My theme is that the Government of Canada should, even more than they have done — and they have been doing it for years, but not enough – always too little and too late … it never really works, because it is always just too little and too late; and as Mr. Robichaud pointed out to us, it is uncoordinated, not integrated, toc little, too late, too scattered. But they have recognized the problem, indeed they have, and they have made some efforts to remedy it.

But, I suggest that if Canada is to be what we want it to be, it is imperative that the Government of Canada in a way and to a degree that they have never known before, recognize this fact and deal with it frankly, and not be haunted by any barren or puerile idea that you can’t do anything for any province unless you do the same for all provinces. I think that principle has been abandoned. It was abandoned, I think, beginning about twenty years ago, but not abandoned with sufficient recklessness, with sufficient ruthless determination. Why not begin man—fashion and say that the five

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(L’hon. M. Smallwood)

le faire pour toutes. A mon avis, ce principe a été abandonné; il a été abandonné il y a une vingtaine d’années, certainement. C’est un principe désuet, mais il n’a pas été abandonné suffisamment brutalement, il n’a pas été abandonné avec suffisamment de détermination. Attaquons le problème en face, disons que les cinq provinces à l’est de l’0utaouais ne partagent pas suffisamment notre richesse et que nous devons faire quelque chose pour ces provinces, maintenant, sans devoir le faire absolument pour les autres.

Le premier ministre Bennett doit reconnaître que si on le fait, il devra payer une partie de la note, de même que le premier ministre Manning et d’autres. Si les autres provinces s’en sortent mieux que nous, c’est bien de là que l’argent devrait venir. Il ne s’agit pas de dons; il s’agit de sommes qui seront regroupées par Ottawa, pour que nous ayons une véritable confédération.

En passant, d’ailleurs, est-ce que le gouvernement canadien serait prêt à réexaminer une question qui a été étudiée il y a longtemps, et rejetée? Il y a, au sud du Canada, un pays qui, dans le domaine du développement économique, s’en est pas mal tiré. Ce pays a été à l’avant—garde, ce qui lui a permis de remporter les plus grands succès économiques et financiers. Les obligations n’y sont pas imposées; à Ottawa, lorsque l’on parle de cela, le ministère des Finances se glace et considère la question comme complètement absurde. Aux Etats—Unis, on ne trouve pas que c’est absurde. Eux ne trouvent pas que c’est idiot; les obligations non imposées constituent un moyen très largement utilisé.

Pourquoi ne pas en faire autant dans ces cinq provinces, pour une période de temps déterminée, et l’on pourrait, à la fin de cette période, en envisager la reconduction. Pourquoi ne pas l’envisager pour le développement économique de ces provinces, pour ouvrir une scierie, une usine, une mine? Ottawa ne serait pas l’arbitre de l’utilisation de cet argent; ce serait certainement une compétence provinciale. C’est évident; autrement, Ottawa se trouverait dans une situation absolument absurde, impossible, car il devrait prendre une décision pour chaque programme individuel, savoir s’il y aura des obligations non imposées pour tel programme et non pour tel autre. Ottawa ne s’en sortirait d’ailleurs pas dans ce domaine, et personne ne voudrait qu’Ottawa assume cette responsabilité. Nous voulons simplement une exemption fiscale, rien de plus. Cela n’est pas particulièrement drôle. Les Américains sont des humoristes, mais cela ne les fait pas rire!

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(Hon. J.R. Smallwood)

provinces east of the Ottawa River are not sharing enough, and that we have got now to do things for them that we did not even dream of doing for the others.

Premier Bennett might as well face the fact frankly that if that is done he is going to pay the shot, or part of it; and Premier Manning might as well face it, and the other provinces higher up than we are. That is where it has to come from, not as gifts from them, but collected by Ottawa to make a real Confederation.

In passing, would the Government of Canada be willing to take another look at something they looked at long ago and rejected? There is a country just south of us that economically has developed and has been rather successful; they have done some untraditional and unconventional things to become economically and financially successful. One thing they do is permit tax free bonds. In the Department of Finance in Ottawa 1 suspect that their blood runs cold at the mention of tax free bonds, that it is regarded as completely crazy. But, it is not regarded as crazy in the United States; they don’t think it foolish. Tax free bonds are a well—known device, and widely used.

Why not start off by saying this to these five provinces for a fixed period of time, to be looked at before that period expired, to see if it would be renewed for another fixed period? Why not allow bonds sold in these five provinces for economic development, for the opening of a mine or a mill or a factory.. and, by the way, Ottawa can’t be the arbitrator of what that money will be spent on. This must obviously be left to the provinces, otherwise Ottawa would find itself in a completely mad and impossible position, to be determining on each individual project whether there would be tax free bonds for that project or not. Ottawa can’t get itself into that position and no one would want it to do so. Just give the exemption from taxes, — and this is an awfully humorous thing — and it is terribly comical, and those Americans are such wits, aren’t they?

A Delegate: They are less enthusiastic than they used to be about it.

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(L’hon. M. Smallwood)

Une voix: Ils ne sont plus aussi enthousiastes à ce sujet.

L’honorable J.R. Smallwood: Peut—être que leurs besoins concernant le développement ne sont plus aussi grands qu’au cours du dernier demi—siêcle. Nous devons nous développer maintenant, et particulièrement à l’est de l’0utaouais, et soit dit en passant, si Ottawa commence par admettre franchement, honnêtement, directement que la situation ne peut pas se prolonger et que ces cinq provinces doivent être aidées comme elles ne l’ont jamais été auparavant, il ne faut plus leur donner trop peu et trop tard. Nous pouvons nous inspirer de la Russie soviétique: avoir des plans quinquennaux, des plans décennaux, ou deux plans quinquennaux, avec une tentative concertée pour se servir du pouvoir de l’Etat fédéral, se servir de l’autorité de l’Etat fédéral, se servir de l’autorité du Parlement, pour la mise en place de lois, afin d’aider ces cinq provinces et les sortir de l’ornière.

Monsieur le premier ministre, si les provinces n’avaient plus besoin de paiements de péréquation, vous rendez—vous compte des revenus, des recettes qu’aurait Ottawa? Si, au lieu de recevoir de l’argent d’Ottawa, en versements de péréquation, – qu’Ottawa doit prendre en Alberta, en Colombie—Britannique, en Ontario, etc., — nous ne recevions rien, car nous n’en aurions pas besoin, et n’en ayant pas besoin, que nous contribuions aux dépenses d’Ottawa, au lieu de recevoir de l’argent de lui, quelle serait la situation? Imaginez que toutes les provinces soient dans cette situation! Alors, pour la première fois dans l’histoire du Canada, on aurait quelque chose de comparable à ce qui se passe aux Etats—Unis. On aurait une croissance extraordinaire, une prospérité extraordinaire, et le gouvernement du Canada serait le plus riche de tous. Il y aurait dix provinces dont il recevrait de l’argent, alors qu’il y en a maintenant cinq ou six qui lui versent de l’argent, et quatre ou cinq auxquelles il doit faire des versements. Il s’agit des cinq provinces qui sont à l’est de la rivière qui coule ici.

Voilà 18 ans que nous disons cela! C’est le discours que je fais chaque année. Depuis 18 ans, je répète la même chose à toutes les conférences! Et d’autres l’ont fait avant moi! Est—ce que nous devrons continuer à nous plaindre ou est-ce qu’on s’attaquera à ce problème en grand pour édifier le Canada dont nous rêvons tous? C’est une énorme tâche.

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Honourable J.R. Smallwood: Perhaps their need for development is not as great as it was in the last half century. Our need in Canada is particularly great, especially east of the Ottawa River. I mention this only in passing, but I mention that merely to illustrate my point, that if Ottawa begins with a completely frank and realistic man-fashion admission that this can’t go on, and that these five provinces have got to get a kind and a degree of assistance from Ottawa that they have never had before — that it must stop being too little and too late. This has to stop if they recognize that, and perhaps take a leaf out of the Soviet Russia book, if you like; take a five—year plan or a ten—year plan, or two five-year plans, but a concerted, conscious, deliberate attempt to use the power of the federal state, to use the authority of the federal state, to use the authority of Parliament, in the enactment of laws as a frank, open and admitted attempt to lift up these five provinces.

Mr. Prime Minister, remember this: if we ever get to the day when equalization payments are not needed to be rem ceived by any province at all, do you realize what revtnues would pour in to Ottawa? If instead of receiving money from Ottawa in equalization payments, Which Ottawa has to scoop up in British Columbia, in Alberta, in Ontario and so on — if instead of being on the receiving end of equalization payments, we received none because we need none, and not needing them we became net contributors to Ottawa rather than net ree ceivers from Ottawa.

You would then have for the first time in Canadian history something of what you now have in the United States – tremendous growth, tremendous prosperity, tremendous affluence, and the most affluent of all would be the Government of Canada, because you would have ten provinces from whom to receive revenue, whereas now we have only five or six, and we have four or five to whom we have to pay out — and all of those five the other side of the Ottawa River.

We have been talking like this for the past 18 years. This is my annual speech. For 18 years I have been talking like this at these conferences, and others before me. Is this to be a sort of eternal song of complaint, or are we going to tackle it in a big way and really bring about the kind of Canada we all want? It is a big job, the biggest job Canada faces today.

Once you settle this issue of the constitution — and it looks as if it might be on the way; it appears there is an enormous amount of goodwill from all the provinces — maybe a little variation or shade of enthusiasm, but, broadly, we all

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(L’hon. M. Smallwood)

Une fois qu’on aura réglé la question constitutionnelle, ce sera notre plus grande tàche. Peut—être sommes—nous en train d’arriver à régler la question constitutionnelle? J’en ai l’impression. Il y a beaucoup de bonne volonté manifestée par toutes les provinces; il y a peut—être des différences d’opinion, des nuances dans l’enthousiasme mais, dans l’ensemble, nous voulons tous un Canada heureux, et nous n’aurons pas de Canada heureux à moins que tous les Canadiens ne soient heureux où qu’ils soient au Canada. Il me semble que nous y arrivons.

Nous sommes un peuple libre, dont la moitié, au sens figuré, a faim. Nous sommes tous des Canadiens libres, fiers et égaux sur le plan constitutionnel, mais nous sommes loin d’avoir le même niveau de vie, le même confort et les mêmes services publics. Prenons les routes de Terre—Neuve, du Nouveau—Brunswick, de l’Ile—du—Prince-Edouard; sont—elles toutes goudronnées? Tant que les routes ne seront pas meilleures, que toutes les écoles ne seront pas de bonnes écoles, que les professeurs ne seront pas bien payés et compétents, que les hôpitaux ne seront pas assez nombreux et meilleurs, que les médecins ne seront pas assez nombreux et meilleurs, tant qu’on n’aura pas de bons services publics et un niveau de vie convenable ppur les familles de ces cinq provinces, pensez—vous qu’on aura cinq provinces heureuses? C’est impossible.

Monsieur le premier ministre, je ne prétends pas connaître le Canada, c’est encore une nouveauté pour moi, mais je pense que les vingt millions de Canadiens veulent que ces cinq provinces aient une chance; ce serait bon pour eux autant que pour nous, je le crois sincèrement.

Le très honorable L.B. Pearson: Merci, M. Smallwood, la parole est à M. Bennett.

L’honorable W.A.C. Bennett: Ma province est de l’autre côté de la rivière, à l’extrémité ouest du pays, et tout d’abord, comme premier ministre de la Colombie—Britannique, tous les ans, j’attends impatiemment le discours du premier ministre de Terre—Neuve, M. Smallwood, qui m’inspire énormément, parce que dans notre province, nous apprécions beaucoup les services qu’il a rendus à notre nation car lui seul, d’après nous, a fait entrer Terre—Neuve dans la confédération. C’est pourquoi nous lui devons une reconnaissance bien sentie, nous lui sommes reconnaissants d’avoir arrondi notre pays de Terre—Neuve à la Colombie—Britannique. Nos deux provinces constituent les marches de notre grand pays.

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(Hon. J.R. Smallwood)

want a happy Canada, something which you can’t have unless all the people in it are happy and feel at home wherever they go, everywhere in Canada. And it looks as though we might get that. We are a free people, but half, figuratively speaking, are hungry. We are all proud, free, and equal Canadians in constitutional rights, but not equal, or anything like it, in the kind of standard of living, private living, family living and public services. We will not be equal until every road you drive over in Nova Scotia, in New Brunswick, in Prince Edward lsland, in Newfoundland, is paved; until there are more roads than there are now; until all the schools are good schools and all the teachers are trained well and paid well; until you have enough hospitals, and they are good hospitals, and until you have enough doctors and they are good doctors; until you have a good public service, and a decent standard of living for the families in these five provinces — until that time, do you think you are going to have five happy provinces? It is not possible.

Mr. Prime Minister, I don’t pretend to know Canada; I am too new at it, However, I believe the people of Canada, the 20 million, would want these five provinces to get a fair shake, to get a break. It would be gond for them as well for us.

The Right Honourable L.B. Pearson: Thank you, Mr. Smallwood. Mr. Bennett.

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(L’hon. M. Bennett)

Le très honorable L.B. Pearson: Comme des serre—livres!

L’honorable W.A.C. Bennett: C’est juste, comme des serre—livres!

L’honorable J.R. Smallwood: Une province est un carnet de banque et l’autre un catalogue!

L’honorable W.A.C. Bennett: Mais ne pensez pas que les Canadiens entre ces deux provinces soient malheureux. Je ne le crois pas. M. Smallwood parle d’un enfant qui serait privé de certaines choses à cause de sa naissance. Les plus grands personnages sont toujours nés dans d’humbles foyers. Le Christ est né dans une étable. Les grands chefs de notre pays, de tous les pays du monde, viennent pour la plupart de foyers humbles et modestes.

Et, justement, l’ennui, c’est que, dans notre société, les gens ont perdu l’ambition et le désir d’agir, d’où le dicton, aux Etats—Unis: “Le retour aux salopettes è la troisième génération.” La première génération a l’ambition, la deuxième mène une vie assez aisée et la troisième dépense.

Ne suivons pas cet exemple. Je dis bien clairement que la Colombie-Britannique tient à ce que tous les Canadiens soient prospères. Nous voulons que toutes les parties du Canada soient prospères. Et nous avons été la première province, à ces conférences, à prôner — et mon ami du Nouveau—Brunswick était là, il le sait très bien — un traitement particulier pour les provinces Maritimes. Est—ce que ce n’est pas vrai, mon ami?

L’honorable L.-J. Robichaud: En effet.

L’honorable W.A.C. Bennett: Pourquoi? Parce qu’à la confédération, les provinces Maritimes ont perdu quelque peu, parce qu’elles ont perdu le commerce et les échanges avec la Nouvelle—Angleterre, et parce que les parties sud du pays ont eu de plus grands avantages. Les grandes provinces du centre, l’Ontario et le Québec, devaient les aider financièrement.

Ce sont elles qui ont tous les avantages de la confédération: elles où les avantages sont très grands. La politique douanière protège tous leurs marchés à l’est et è l’ouest, elles

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Honourable W.A.C. Bennett: Mr. Prime Minister, from the other side of Canada, the other side of the Ottawa River, we are at the extreme west end. As Premier of British Columbia, let me say, I look forward annually to the inspirational talk from Mr. Smallwood, the Premier of Newfoundland. We in our province especially appreciate the service that he has rendered to our nation, because he alone, in our opinion, brought Newfoundland into Confederation. For that reason we will always be indebted to him. We are glad he has rounded out our great dominion from Vancouver Island to Newfoundland. Between us, we have a little bit of Canada, but we are the bulwarks that hold this great nation together.

The Right Honourable L.B. Pearson: You are the bookends.

Honourable W.A.C. Bennett: That is right — we are the bookends.

Honourable J.R. Smallwood: one is a bankbook and one is Eaton’s catalogue!

Honourable W.A.C. Bennett: But don’t think for one minute that the people between these provinces are an unhappy people. I cannot believe that. Mr. Smallwood talks about a baby being born in a certain place and being denied certain things. Let me remind you that great leaders have always come from humble homes, that the great Master of all was not born in a cove, but he was born in a manger. The great leaders of this nation and all nations have for the most part come from humble homes.

The trouble today is that our people are born into a type of society — they have lost their ambition and their drive. That is the reason for the common saying in the United States, “From overalls to overalls in three generations.” The first generation is the one that has the ambition and the drive; the second generation has a fairly easy time; and the

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(L’hon. M. Bennett)

sont parfaitement protégées et peuvent vendre leurs marchandises partout. Quant à la Colombie-Britannique, elle n’a pas les mêmes avantages. Elle n’a pas l’avantage de vendre sur un marché protégé dans le reste du Canada, parce qu’elle est à l’extrémité ouest. Nous vendons notre marchandise, comme le ministre Laing qui vient de la Colombie—Britannique le sait fort bien, sur les marchés mondiaux et devons soutenir la concurrence étrangère. Mon ami de Terre—Neuve était fort sage de se servir de l’Ontario comme exemple, et non pas de la Colombie—Britannique, parce que nous n’avons pas cet avantage—là. Toutefois, nous sommes fiers d’être Canadiens, et nous ne nous tournons pas vers le sud. Nous nous tournons vers l’est; nous nous tournons aussi vers Terre—Neuve, et nous voulons certainement que les gens qualifiés de chez vous viennent chez nous. Nous les voulons, parce qu’ils sont quali- fiés et capables. C’est là qu’ils auront la parité qu’il leur faut pour construire ce pays, la parité des salaires. La parité des gouvernements provinciaux ne mène à rien. Pour édifier notre pays, il faut que les travailleurs soient bien payés.

On parle de la péréquation, des octrois du gouvernement fédéral. On sait très bien que le système n’a pas fonctionné; M. Smallwood l’a dit lui-même. Pourquoi? Parce qu’on a donné l’argent au mauvais endroit: tant que ce ne sera pas les travailleurs qui auront cet argent-là, et tant qu’on n’aura pas réussi à relever le niveau de vie de l’individu, pour qu’il puisse élever sa famille dignement, convenablement et permettre à ses enfants de se rendre jusqu’à l’université, leur permettant ainsi de gagner davantage et de développer l’activité industrielle, le système ne pourra fonctionner de façon adéquate.

Ensuite, l’individu de l’Est pourra se lancer dans de nouveaux domaines, parce qu’il aura une meilleure éducation. Je ne dis pas qu’il ne soit pas assez instruit, dans le moment. Nous en reconnaissons la valeur, nous ne rejetons pas ces gens-là. J’ai laissé le Nouveau-Brunswick, non pas pour cette raison-là, mais simplement parce que la concurrence était trop dure.

Mais aujourd’hui, je vous dis bien clairement qu’il y avait un grand Canadien au Parlement du Canada avec qui je n’avais pas la moindre difficulté à traiter. Aujourd’hui, j’ai bien de la difficulté. Je n’ai pas eu de peine à m’entendre avec l’honorable C.D. Howe, parce qu’il entreprenait quelque chose avec vous et ne vous laissait jamais en plan. Mais lui-même a dit: “Quest—ce qu’un million?” M. Smallwood

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(Hon. W.A.C. Bennett)

third generation are playboys and they lose the fortune. We in Canada must not become playboys.

I say very clearly that we in British Columbia want all Canada to be prosperous. We want all parts of Canada to be prosperous! British Columbia was the first at these conferences to advocate — and my good friend the Premier of New Brunswick was there, and he knows that I was the first premier out of the Maritime Provinces to advocate special treatment for the Maritime Provinces. Is that not right, my friend?

Honourable L.J. Robichaud: Quite correct.

Honourable W.A.C. Bennett: And why was that? Because in Confederation tne Maritime Provinces lost out a little. They lost the great trade with the New England States, and the centre part of Canada got the great benefit. Special payments were due to them. But the great provinces of Ontario and Quebec in the centre position, should not be receiving this kind of payments – they get all the benefits in Confederation; they are in the central position in Canada where the benefits are so great. Under the national policy of tariffs, they have an umbrella over all the markets east and west, and they get that protection and sell their goods everywhere. But British Columbia does not get that benefit. We do not get the benefit of selling in the rest of Canada in a protected market. We are at the extreme west. We sell our marchandise, as the federal minister from British Columbia, the Honourable Mr. Laing knows so well — we sell on competitive world markets.

My friend from Newfoundland was very wise to use Ontario as an example, and not British Columbia, because we do not get the benefit. Nevertheless, we are proud to be Canadian, and we are not looking south. We are looking east! We are looking east, right to Newfoundland, and we want a lot of your fine workers to come to British Columbia. They are coming now. There is where they will get the parity that will build this country, a parity of wages.

Parity of provincial governments means nothing. If you are going to build this nation you must put the pay cheques in the pockets of the worker on payday. This so-called position

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(L’hon. M. Bennett)

dit: “Quest—ce qu’un milliard?”

L’honorable J.R. Smallwood: C’est l’escalade, c’est dix ans plus tard!

L’honorable w.A.C. Bennett: L’inflation n’est pas une bonne chose. Mais pour la Colombie-Britannique, voici ce que j’ai à dire : nous ne voulons pas avoir deux types de citoyens dans cette nation, nous ne voulons pas avoir deux classes, l’une qui a beaucoup d’argent et peut acheter des obligations sans payer d’impôt. Dans notre province, tout ce que nous voulons, ce sont de bons citoyens. Chacun séparément, nous voulons qu’ils fassent leur part, et nous voulons simplement des citoyens qui soient prêts à faire leur part et à assumer leur part équitable du fardeau fiscal.

Nous sommes la seule province qui ne fasse pas de concession à l’industrie. Seulement, nous ne pouvons pas avoir le marché canadien, nous devons nous tourner vers le monde entier. Nous ne voulons pas d’une industrie couvée, surprotégée. Elle doit pouvoir se défendre elle-même, sinon c’est la ruine du pays, de la province. Ce n’est pas sage. Si vous construisez votre économie sur le sable, elle s’effondrera.

C’est pour cette raison que la Colombic—Britannique est prospère, parce que nous ne sommes pas prêts à subventionner ce secteur. Lorsque l’impôt sur le revenu était très bas, les Etats-Unis ont exempté de l’impôt les obligations municipales, et ont créé deux catégories de contribuables. Certains contribuables à revenus élevés ne paient pas d’impôt du tout, parce qu’ils n’ont que ces obligations exemptes d’impôt. Ici, au Canada, on ne l’accepterait jamais, monsieur le premier ministre, ni vous, monsieur Sharp, parce que ce n’est pas un bon principe.

Ce qu’il nous faut, au Canada, pour toutes les municipalités, ce ne sont pas des obligations exemptes d’impôt, mais bien de leur permettre d’obtenir de l’argent à un taux plus bas que celui du marché, comme on l’a fait dans le passé, sur une base plus étendue. Par exemple, les services de santé, les services municipaux, les égouts, l’eau, les universités, les écoles, en particulier, les hôpitaux, entre autres choses. Voilà le genre de capital social qu’il faut donner aux municipalités et aux gouvernements locaux, mais pas exempter les obligations d’impôt.

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(Hon. W.A.C. Bennett)

of equalization grants of provincial governments has not worked out, and Mr. Smallwood said so. It has put the money in the wrong places. Until you get this money in the hands of the workmen and raise the standard of each household, so that each man can raise his family in dignity, and his children can go to school longer and on to university and thus earn more money because they are better educated, and indeed bring more industry into the area because they are educated people — until that is done, how can we succeed? I am not saying we are not educated now. Much of our brains come from the eastern provinces, and we don’t reject them at all. I left New Brunswick, not for that reason; I left there because the competition was too keen there.

Let me say clearly that there was a great Canadian in the federal Parliament, with whom I found no difficulty in dealing — and I find great difficulty today. I found no difficulty dealing in a fair way with the Honourable Mr. Howe. Once hestarted along a certain line he never left it half way; he never backed out. He once made the statement, “What’s a million?” Mr. Smallwood says, “What’s a billion?”

Honourable J.R. Smallwood: This is escalation, it is 10 years later.

Honourable W.A.C. Bennett: Well, I tell you that kind of inflation is not good. I want to speak for British Columbia: We don‘t want two types of citizens in this nation, one who has lots of money and can buy bonds and pay no income tax, we want only one Canada w at least in our province. We want only good citizens, individually, doing their share; and we want good co—operation as citizens, people who are willing to pay their share, do their duty and pay their fair share of taxes.

I think we are the only part of Canada who does not give any special concession to industry. We are a way off at one side; we can’t get this Canadian market – we are dealing with world markets. We don’t want any hot-house industry. If they can’t stand on their own feet to start with, they will ruin your country and your province in the end, because the principle is unsound. If you build your economic house on sand, it will collapse.

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(L’hon. M. Bennett)

C’est vrai que notre province est prospère, mais quant aux paiements de péréquation, monsieur le premier ministre, voilà où l’on se trompe et je suis heureux de voir qu’il y a des premiers ministres qui signalent que le système ne fonctionne pas. Pourquoi? Parce qu’à la base, ce sont de fausses dépenses, parce que les fonds sont envoyés aux mauvais endroits.

Si vous avez un gouvernement provincial qui a des frais d’instruction moins élevés qu’une autre province, à ce moment-là, pourquoi faut—il donner le même montant par habitant à cette province? Ce n’est pas le gouvernement provincial qui a besoin de paiements de péréquation, c’est chaque individu. Ma province préconise qu’on relève les salaires payés par l’industrie au Québec et dans les provinces des Maritimes, où ils sont trop bas. Tout d’abord, ils sont injustes pour le travailleur de ces régions et injustes pour les travailleurs de la Colombie—Britannique. Parce que ces derniers ont des salaires plus élevés, il nous est difficile de soutenir la cons currence du Canada, car dans l’Est du Canada, les salaires I sont plus bas. La concurrence devient donc injuste. Et ce n’est pas tout. Parce que les salaires sont plus élevés en Colombie—Britannique, M. Sharp prélève un impôt sur le revenu plus élevé auprès des travailleurs de la Colombie—Britannique quïauprès des travailleurs du Québec, des Maritimes, de Terre-Neuve. C’est très injuste. Ensuite, il prend l’impôt dans l’Ouest et en Colombie—Britannique pour subventionner le petit salarié moins avantagé de l’Est. Vous savez très bien que cela est une politique économique mal axée.

Voici ce que veut la Colomble—Britannique. Elle veut relever le niveau de vie, partout au Canada, parce que nous ne sommes pas des citoyens d’une province seulement, nous sommes des citoyens du Canada, et nous ne voulons pas tout simplement séparer la cagnotte entre les gouvernements provinciaux. Nous voulons que les citoyens puissent y toucher eux—mêmes.

Vous vous êtes occupé, monsieur le premier ministre, d’affaires internationales, et vous savez très bien l’argent que l’on a donné depuis la dernière guerre pour aider les nations moins favorisées. Je ne compare pas nos provinces avec ces pays. On sait très bien que des fonds ont été donnés à de mauvais bénéficiaires, et que ce n’est pas le peuple qui les a touchés. C’est la même difficulté qu’ont les provinces. Elles ne peuvent pas faire augmenter les salaires des travailleurs. Ce qu’il nous faut, pour commencer, c’est une réunion des ministres du Travail du pays, pour qu’ils s’entendent avec le gouvernement fédéral sur les salaires minimums de chaque catégorie d’emploi, pour encourager l’industrie, pour moderniser

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(Hon. W.A.C. Bennett)

For this reason, British Columbia today is prosperous. We won’t subsidize these people. True, the United States at one time, when income tax was very low, gave tax free bonds to municipalities and so forth, and they created two types of taxpayers. There are people who have large incomes in the United States who don’t pay any income tax, because they hold only these tax—free bonds. Canadian people would never stand for it, and you, Mr. Sharp, would never stand for it, because it is not a sound basis.

What we need in Canada for our municipalities is not tax—exempt bonds. We need to arrange money for them and make it available at a lower rate than the market — funds set up, such as has been done in the past, but we should do it on a more extensive scale, especially for services such as sewage, water, schools and universities, hospitals and so on; that kind of social capital should be available to municipalities and local governments, but not tax-exempt bonds.

It is true, our province is prosperous, but let me point out that these equalization grants are wrong, Mr. Prime Minister, and I am glad to hear some of the premiers admit they are not working out. They are not doing the job they were planned for because they are basically wrong; the money is going into the wrong places. If you have a provincial government that has less cost per teacher to pay in its school costs than other provinces, why does that province need the same amount of per capita income? It is not the provincial governments that need the equalization grants; it is the individual citizens across this nation. British Columbia would advocate that we try to raise the wages paid by industry in Quebec and in the Maritime Provinces. Ihe wages are too low. First of all, they are unfair to the workers in those areas; they are unfair to the workers in British Columbia. Then, because the British Columbia worker gets a higher wage, we find it hard to compete in the markets of Canada against the lower wages in eastern Canada — unfair competition. But that is not all. Because we pay higher wages in British Columbia, Mr. Sharp takes more income tax from the individuals there than he does in Quebec or in the Atlantic provinces or in Newfoundland. That, I say, is most unfair. Furthermore, he takes the taxes from the high wage areas, who are in unfair competition with the low wage areas, and he takes part of those taxes and subsidizes the provinces that pay the low wages.

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(L’hon. M. Bennett)

son équipement, ce qui intéresse aussi M. Marchand et son programme de recyclage. Il faut augmenter la productivité de la main—d’oeuvre, qui est la seule façon de pouvoir relever les salaires, la seule façon de consolider la nation. Vous ne le ferez jamais en donnant des fonds à chacune des provinces.

Ce n’est pas étonnant que le système n’ait jamais fonctionné jusqu’ici, car il est basé sur une mauvaise attitude, sur une mauvaise façon de penser, qu’il faut reviser.

Au Canada, il est temps de penser à la dignité de l’individu, et non pas tout simplement à donner de l’argent aux gouvernements provinciaux. Dans une province, en pleines élections, j’ai vu une caricature qui disait: “Absent jusqu’à lundi, ne goudronnez pas ma pelouse”. Il y avait tant d’argent qui roulait, ils auraient pu faire n’importe quoi!

Un gouvernement précédent donnait des octrois aux provinces, – tant de millions de dollars par province — à frais conjoints our l’aménagement de routes aux ressources mais sans songer aux endroits oû il fallait les construire.

J’espère que ma province natale du Nouveau—Brunswick s’unira aux autres pour terminer les travaux qui ont été commencés en 1864. J’espère, monsieur le premier ministre, que vous allez les encourager à le faire, sinon nous ne parviendrons à rien.

Si on maintient les provinces en groupes trop petits, avec tous les chevauchements administratifs, c’est une grosse erreur. Je pense que nous devons voir à ce que l’on fasse des paiements de péréquation à des groupes régionaux plus homogênes qu’on ne l’a fait jusqu’ici.

Je dirai, par exemple, que s’il fallait que les provinces paient les mêmes salaires aux instituteurs, aux professeurs, je serais favorable aux paiements de péréquation. Mais, monsieur le premier ministre, voici quel est le grand problème au Canada, et M. Smallwood l’a dit bien clairement: il espère que la Colombie—Britannique et l’Ontario resteront prospères. Pourquoi? Parce que ce n’est pas à cause du manque de prospérité de sa province qu’il reçoit ses paiements de péréquation mais à cause de la prospérité de l’Ontario et de la Colombie—Britannique.

Le problème de notre province est différent, c’est une question de croissance. Un gouvernement provincial qui n’a pas de croissance, évidemment, n’a pas le même genre de dépenses; on n’a pas le même nombre d’écoles à construire, on n’a pas le

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(Hon. W.A.C. Bennett)

Mr. Prime Minister, you know that is not sound economics! Let me say on behalf of British Columbia, that we want to raise the standards of living in every part of Canada. We are not citizens of just one province; we are citizens of Canada. We are not just going to divide up the pot between provincial governments. Our job is to see that it gets into the hands of the people.

Mr. Prime Minister, you had a lot to do with world affairs. You know about the huge amounts of money that have been poured out since the last war to help the “have not nations” — and I am not comparing our provinces with them.

You know that in many nations money went into the wrong hands. You know that it never got down to the common people. That is the difficulty in giving the money to the provincial governments; they have no way of raising the pay cheques of the workers.

What we need to do is start out with a meeting of our Minister of Labour across this nation, with the federal Government, to agree on minimum wages for each classification, and to fix a floor in the wages of our workmen, and to encourage industry to have more up—to—date equipment and machinery; and this applies to Mr. Marchand, with his plan for training people, as well as provincial government training. We have got to raise the standards of the capacity of our workmen to earn more money, to increase their productivity. That is the only way to build a nation. We will never build a nation by handing out these sums to the provinces. We wonder why the system has not worked. It is because it is based on the wrong approach.

In Canada we have to do some thinking; we have to think of the dignity of the individuals, not provincial governments, and hand around money to them to spend. I saw a cartoon in one province at election cime: they had so much money, and the sign said, “I am going away for the week—end, don’t pave my lawn.” A previous government had the idea of making shared grants to provinces — so many millions to each province on a shared basi