« Correspondance parlementaire », Le Pays (9 mars, 1865)


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Date: 1865-03-09
Par: Le Pays
Citation: « Correspondance parlementaire » Le Pays (9 mars, 1865)
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Correspondance parlementaire.

Québec 7 mars, 1865.

La confédération est entrée dans une nouvelle phase. Il est reconnu que les provinces maritimes n’en veulent pas. On commence à comprendre que la majorité du Bas-Canada n’en veut pas.

On pourrait croire que sous des circonstances telles, le gouvernement hésiterait à presser sa mesure. Eh ! bien loin de là. Nos ministres persistent et ont l’intention de faire adopter leur projet aussi promptement que possible par la servile législature actuelle, puis d’aller solliciter le gouvernement impérial d’imposer la confédération à ses colonies de l’Amérique Britannique.

Or, il est évident que l’opposition à ce nouvel ordre de choses doit se multiplier plutôt que de s’apaiser en présence de cette phase nouvelle. Car, outre ceux qui ont une aversion naturelle et réfléchie pour les changements projetés, il doit en être beaucoup qui, disposés à les accepter lorsqu’ils croyaient que toutes les parties, dont l’union devait se composer, y consentaient volontairement, ne voudraient point entrer dans une confédération pour laquelle plusieurs des provinces qu’on y voulait inclure auraient une invincible répugnance.

Mais nos ministres coalisés veulent prolonger leur règne et conserver le pouvoir qu’ils ont acquis sous de faux prétextes. Ils veulent imposer la confédération.

Maintenant, examinez un peu la position humiliante et dégradée que nos députés ministériels acceptent.

La constitution adoptée à la conférence a été votée par les délégués qui ont voté par provinces.

Les îles de Terre-neuve, du Prince-Édouard, le Nouveau Brunswick et la Nouvelle Ecosse ont eu dans les délibérations 4 voix et le Canada une ou peut-être deux, (le Bas-Canada n’avait donc qu’une demi voix, ou une au plus.)

Qu’arrive-t-il ?

Les peuples des quatre provinces consultées ne veulent pas de la nouvelle constitution.

Et le peuple du Bas-Canada qu’on n’ose point consulter va se voir imposer la constitution composée pour toutes les provinces et dont quatre déjà ne veulent point !

Pareille anomalie ne s’est sans doute jamais présentée jusqu’à présent.

Les députés canadiens-français ne craignent-ils pas de lasser la patience d’un peuple qui ne les autorisa jamais à aliéner ainsi ses destinées ? Les députés conservateurs ont été élus depuis longtemps pour s’opposer à tout changement constitutionnel.

Et maintenant ils votent leur propre anéantissement comme députés, celui de leurs constituants comme peuple. Sous prétexte d’une confédération, ils décrètent une union législative du sein de laquelle sa nationalité se trouve réellement bannie pour faire place à une nationalité nouvelle.

Je vous ai transmis hier au soir par télégraphe les traits saillants de la déclaration du procureur général du Haut-Canada. Je vais maintenant vous donner quelques détails sur la séance d’hier.

D’abord l’honorable M. Dorion présenta huit pétitions contre la confédération, couvertes de nombreuses signatures. Puis M. Perrault en présenta deux autres.

Deux de ces pétitions portaient les signatures de membres du clergé, ce qui dément encore une fois l’assertion de M. Cartier touchant l’opinion de ce corps au sujet de la confédération.

La plupart de ces requêtes viennent de comtés dont les représentants vont voter, malgré tout, la confédération; car les petits arrangements mutuels entre ministres et députés ont été conclus. L’avenir seul nous en révélera les conditions. Nous savons seulement que les représentants s’exécuteront les premiers.

M. J. A. Macdonald, dès que les affaires de routine eurent été expédiées, dit que le gouvernement, vu les nouvelles reçues depuis deux jours de la défaite du ministère du Nouveau-Brunswick sur la question de confédération, croit devoir déclarer la ligne de conduite qu’il se propose de suivre désormais.

Comme il est probable que d’autres questions se sont mêlées à celle de l’Union des provinces, le gouvernement canadien ne peut pas considérer ce résultat comme un échec. Nous ne pouvons pas abandonner, ni remettre la question à une époque ultérieure. La seule raison qui nous eût pu faire regarder le résultat de ces élections comme une affaire d’une importance grave, c’est qu’il est le premier échec qu’ait essuyé le projet depuis la formation de l’administration actuelle en Canada.

Ici le procureur-général du Haut-Canada se félicite sur les progrès étonnants qu’a faits la mesure depuis le mois de juin dernier ; mesure que le pays accepte, que les délégués des provinces ont approuvée, ainsi que le peuple, le gouvernement et la presse de la Grande-Bretagne. Après quoi il continua ainsi :-

Les engagements pris par les membres du ministère actuel, lorsqu’il s’est constitué sont encore en force et nous en éprouvons tous la pression. Nous croyons qu’il est de notre devoir d’exercer toute notre influence sur la législature du pays comme gouvernement pour en obtenir une expression d’opinion favorable à notre politique, d’adopter notre projet sans un seul amendement ou le moindre changement afin d’ôter à toute autre province le droit de dire que le Canada lui-même n’approuve pas le projet tel qu’arrêté par la conférence.

Après cette déclaration bien explicite qui reçut les applaudissements des ministériels du Haut-Canada et des moutons les plus dociles de M. Cartier, le premier ministre dit que comme le Nouveau-Brunswick se retire de la confédération et que la question de la défense du pays est plus que jamais pressante, c’est une affaire à traiter maintenant entre nous et la mère-patrie. Le rappel du traité de réciprocité par les Etats-Unis demande aussi l’action de l’Angleterre ; la construction du chemin de fer intercolonial se trouve aussi par là même retardée. Toutes ces choses combinées font qu’une consultation avec le gouvernement impérial est nécessaire.

Le gouvernement va donc faire adopter le projet de confédération aussi promptement que possible, demander un vote de crédit, remettre à une autre session les affaires commencées, proroger les Chambres, envoyer une mission en Angleterre pour y soumettre l’état des affaires au gouvernement impérial, puis convoquer une session de bonne heure l’été prochain afin de soumettre à la législature et de faire accepter le plan des constitutions locales.

Imaginez la jubilation où cette déclaration a mis les représentants ministériels qui, vu les nouvelles récentes des provinces d’en-bas, voyaient déjà tout en noir et craignaient un appel au peuple. Au lieu d’une élection coûteuse avec la perspective presque certaine d’être balayés par un peuple indigné, ils vont empocher six cents piastres pour six semaines de hear! hear! et d’imitation de cris de bêtes, et puis une promesse d’une somme égale pour un travail semblable durant la belle saison !

Y a-t-il jamais eu ici ou ailleurs de gouvernement constitutionnel, de ministres aussi parfaits que ceux que nous avons le bonheur de voir à la tête de nos affaires ? Jamais ! au grand jamais ! Demandez plutôt à messieurs Denis, Bellerose ou bien même à M. Robitaille et à d’autres de la même pâte (d’amande à la Vanille.)

Les honorables Mess. J. S. Macdonald et Dorion exprimèrent leur vive indignation sur la manière dont le gouvernement voulait éluder la défaite que sa politique venait d’essuyer. Le dernier de ces orateurs fit remarquer que rien ne démontrait mieux la nécessité de consulter le peuple du pays que ce qui venait de se passer dans une province voisine. Mais il félicite les ministres sur la finesse dont il faisaient preuve en ne s’exposant pas au sort des ministres du Nouveau-Brunswick. M. Dorion lut le memorandum adopté lors de la formation du ministère actuel et démontra que si le gouvernement était demeuré fidèle à son programme d’alors il n’aurait pas placé le Canada dans la position humiliante où il se trouve aujourd’hui. Après avoir supplié les provinces maritimes de venir à notre secours, après leur avoir concédé toutes leurs demandes les plus exigeantes, se voir repoussés dédaigneusement par le peuple de l’une de ces provinces, le seul qui ait été consulté ! Vraiment notre gouvernement nous a fait un affront qui n’est pas de nature à rehausser notre crédit, ni notre réputation.

M. Dorion fit remarquer aussi qu’il était vraiment singulier de voir quelle phase nouvelle subissait la question de la défense depuis vendredi dernier. Alors on ne pouvait rien savoir du gouvernement à ce sujet et voilà que tout à coup il faut aller s’entendre là-dessus avec le gouvernement impérial ! Mais si le ministère a des renseignements alarmants, autres que ceux de la perte des élections dans le Nouveau-Brunswick, pourquoi ne vient-il pas dans la législature avec un projet de loi pour parer aux dangers imminents qu’il entrevoit ? Mais on veut aller solliciter le gouvernement impérial de passer une nouvelle constitution qui sera probablement toute différente de celle que le pays désire, comme cela eut lieu lors de la passation du bill au sujet du conseil législatif rendu électif, occasion dont les ennemis du Bas-Canada s’emparèrent pour introduire dans notre constitution une clause hostile qu’on n’avait pas osé introduire d’abord dans l’acte d’Union.

M. Walbridge parla ensuite dans le même sens.

On a dit dans la Chambre et dans les journaux que les élections du Nouveau-Brunswick avaient été remportées par l’influence des annexionnistes.

Serait-il possible que ces provinces maritimes qu’on nous a représentées comme si loyales, si british, soient entachées d’un esprit d’américanisme ?

Cela est en vérité fort alarmant.

Après une échange d’observations entre Messieurs Holton, Brown et Galt au sujet des écoles séparées pour le Bas-Canada, l’hon. M. J. S. Sandfield MacDonald dit que l’on allait voir les ministres passer en Angleterre pour y faire adopter une constitution qu’on viendrait imposer aux colons de l’Amérique Britannique du Nord et qu’on taxerait de déloyauté et de trahison tous ceux qui voudrait en discuter les dispositions.

M. Brown se déclara indigné de pareille supposition. M. Rankin dit qu’il avait toujours été en faveur d’une union législative de toutes les provinces et par conséquent il approuvait la ligne de conduite du gouvernement.

Messieurs Gibbs, Parker et McGee parlèrent ensuite sur la politique ministérielle, le dernier affirmant de nouveau que la lutte dans le Nouveau-Brunswick avait été entre les intérêts anglais et yankees et que ces derniers l’avaient emporté !

Six heures sonnant mirent fin à son improvisation compromettante.

Après le dîner, M. Alleyn porta la parole en faveur de la confédération. Il dit qu’il fallait se réunir pour se défendre, cita la Pologne, le Danemark et la Savoie absorbée par la France. Dans le cours de ses remarques, il dit que l’équipement d’un seul vaisseau de guerre blindé absorberait nos revenus d’un an ! Mais il ne nous expliqua point comment, en s’unissant avec des gens plus pauvres que nous mais dont les territoires baignés par la mer exigeraient pour leur défense un assez grand nombre de vaisseaux de ce genre, nous augmenterions notre force.

Depuis le commencement des débats sur la confédération, tous les orateurs ministériels ont tourné dans un cercle vicieux sur ce sujet de la défense.

Tous admettent que nous aurions plus de frontières à défendre. Tous admettent que nous ne pouvons nous défendre nous-mêmes sans le secours de l’Angleterre qui doit défendre ses colonies ou les abandonner, qu’elles soient une ou dix. Tous admettent que l’Angleterre est en faveur de la confédération parce qu’elle croit y voir une possibilité de se décharger de la tâche de nous défendre.

Et tout cela n’empêche pas les badauds députés ministériels, vaillants traîneurs de sabres de milice, de se poser le poing sur la hanche et de défier tous les ennemis qui pourraient nous attaquer.

Sir E. P. Taché est dégommé, comme dirait un tourlourou français. Il ne pourra plus tirer le dernier coup de canon. Il est réduit à l’avant-dernier, car le député de Lévis lui vole celui qu’il mitonnait depuis si longtemps….depuis qu’il ambitionnait l’honneur de tirer, en 1837, le premier coup de canon contre la puissance britannique !

Après M. Alleyn, M. H. MacKenzie fit un discours tout-à-fait clear grit, nouvelle école, quoique pourtant il déclara que les catholiques du Haut-Canada ne devaient pas s’attendre à conserver leurs écoles séparées. Il dit que dans cette partie de la province on n’a pas besoin d’écoles séparées parce que l’éducation n’y est pas imbue d’esprit de secte et que tout le monde y pense de cette manière.

Je livre ces remarques à la méditation de Messieurs McGee, Langevin, Chapais, et….j’allais dire Cartier; mais je le retranche, car ce grand homme d’Etat ne se rapetisse pas à de pareils détails. Il ne traite des matières insignifiantes que lorsqu’il réclame les suffrages de ce bon peuple du Bas-Canada qu’il déclare positivement incapable de juger des questions qui l’intéressent. M. Cartier se moque bien des électeurs canadiens-français ! Il espère bien ne plus avoir besoin d’eux !

M. Harwood se leva immédiatement après M. McKenzie et tira un manuscrit qu’il se préparait à lire; mais soit émotion, soit rhume, il demanda l’indulgence de la Chambre en promettant de parler demain.

L’hon. M. Dorion se leva ensuite et dans un discours français de trois heures combattit de nouveau le projet de confédération. Il mit en regard les opinions du député de Montmorency à des époques différentes, compara ensemble les deux pamphlets de cet auteur de 1858 et de 1865 et convainquit tous les auditeurs impartiaux de l’extrême facilité avec laquelle cet écrivain est prêt à traiter tour-à-tour les deux côtés d’une question et, chose singulière, le dernier côté est toujours celui qui correspond avec l’intérêt ou la passion momentanée de l’argumentateur. En 1858, M. Cartier et son entourage « avaient tout souillé, tout corrompu dans l’ordre social et dans l’ordre politique. » En 1864, M. Cartier, s’étant adjoint M. Brown, la bête noire des conservateurs bas-canadiens, devient le sauveur de son pays.

M. Dorion répondit victorieusement aux patelines arguties de M. Langevin sur le point du divorce qu’on a donné à d’autres le droit d’autoriser tout en déclarant qu’on ne l’avait pas soi-même, établissant ainsi cette doctrine commode que le mal qu’on ne peut faire soi-même n’est plus mal quand on le laisse accomplir par d’autres. Le coupe bourse qui lève les yeux au ciel se croit le droit de recommencer le lendemain. Le ministère eût été obligé de résigner s’il n’eût pas produit un projet acceptable pour tous. On garde le portefeuille et on laisse à d’autres le péché. Ce n’est pas neuf !

M. Cauchon entreprit ensuite de répliquer à M. Dorion. Il ne dit rien de nouveau. Seulement, il posa en maxime que l’homme qui ne change jamais d’école politique est un niais ! Il a trouvé la doctrine tellement de son goût qu’il l’a répétée dix fois.

Cette persistance sembla impatienter le député de Maskinongé qui s’écria : « Si c’est le cas, vous êtes un bien grand homme ! »

La remarque amusa fort les voisins.

C’est autour de M. le député de Maskinongé qu’est le coin joyeux de la Chambre. Ses saillies à bout portant, mais souvent à demi voix, ne sont pas toujours saisies. Quant à moi, dès que je le vois remuer les lèvres, je tends l’oreille, car, comme vous le savez, par dessus tout j’aime à rire.

Hier soir, pour prouver que l’on peut changer de politique, le député de Montmorency disait qu’autre fois on faisait les routes sur les crêtes des montagnes, mais qu’aujourd’hui l’on préférerait suivre les vallées. J’aime mieux cela aussi moi, dit-il, car je n’ai pas les jambes aussi bonnes qu’auparavant.

— Ah ! s’écria encore le membre de Maskinongé, il se plaint de ses pattes. Ce n’est pas surprenant, il y a si longtemps qu’il reste sur le pontage !

Et le coin joyeux de rire !

C’est le docteur Parker qui proposa l’ajournement et qui par conséquent prendra la parole aujourd’hui.

Il est tout-à-fait hostile à la confédération.

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