« La Confédération », Le Pays (16 fevrier, 1865)
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Date: 1865-02-16
Par: Le Pays
Citation: « La Confédération » Le Pays (16 février, 1865)
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La Confédération.
A l’Honorable George Etienne Cartier, procureur-général du Bas-Canada.
Monsieur,—Comme dans un de vos discours prononcé dans l’enceinte du parlement, tel que je le lis dans votre organe la Minerve du 10 février courant, vous avez jugé à propos de mentionner mon nom comme un des adversaires de votre projet de confédération, permettez-moi de vous répondre quelques mots au moyen de la presse. Il est vraiment étonnant de voir avec quel aplomb et quel sans-gêne vous condamnez dans votre étrange discours les luttes politiques que nos plus glorieux et nobles défenseurs de nos droits ont soutenues avec tant de patriotisme et de dévouement depuis plus de cent ans contre nos ennemis acharnés, dont vous vous êtes constitué le principal chef et agent, après avoir été vous-même autrefois un de nos patriotes les plus zélés ou plutôt les plus exaltés. Après avoir marché vous-même à la suite des grands patriotes qui sont restés fidèles à leurs principes, au point d’avoir mérité comme eux l’honneur de voir votre tête mise à prix par les agents de l’Angleterre, vous n’avez plus que des injures et des outrages grossiers à prodiguer à ceux de ces grands hommes qui ont sacrifié leurs talents et leur existence pour la défense de nos droits politiques et sociaux. Vous surpassez même en fait d’injures tous les insulteurs et les ennemis les plus acharnés de notre race, qui dans les temps les plus néfastes de nos luttes, se sont rués contre nous avec le plus de rage. Dans votre langage grossier vous parlez avec un souverain mépris de l’honorable Louis Joseph Papineau, ce vénérable patriote et incorruptible champion de nos libertés, et ceux qui sont restés fidèles adhérents de la noble et généreuse politique de ce tribun infatigable de nos droits, vous les appelez la queue du vieux Papineau. Et vous trouvez dans votre majorité servile et mercenaire au parlement des claqueurs pour vous applaudir et vous approuver ! Vous remplissez actuellement envers vos compatriotes le rôle odieux et éternellement maudit qu’un Castlereagh remplissait envers l’Irlande, lorsqu’une majorité vénale et corrompue venait l’anéantissement de son parlement et de sa liberté à l’oligarchie anglaise. Vous voulez détruire en Canada le peu de droits et de franchises politiques que nous avons conquis après tant de luttes et de sacrifices.
Vous dites que l’adoption du projet de confédération par la chambre est votre rêve et votre rêve chéri, et qu’en cela vous aurez en tout l’approbation du gouvernement impérial. C’est ainsi que Castlereagh, d’exécrable mémoire, avait l’approbation du gouvernement anglais pour consommer son odieux projet de la destruction des libertés de l’Irlande, de l’anéantissement de son parlement et de l’asservissement de son peuple.
Votre rêve chéri n’est que le rêve du gouvernement impérial et de tous ses agents en Canada, qui depuis la conquête, ont toujours rêvé notre ruine et notre extinction politique et nationale comme canadiens-français.
Lisez notre histoire depuis la conquête jusqu’à nos jours et vous verrez comment nous avons été traités par nos conquérants. M. Garneau dans son admirable et patriotique histoire du Canada, histoire que dans les circonstances actuelles tous nos hommes politiques surtout devraient se faire un devoir d’étudier, nous fait voir par quels moyens odieux et machiavéliques nos conquérants ont constamment travaillé depuis la cession du pays jusqu’à nos jours à nous éteindre et à nous faire disparaître. Il serait intéressant de jeter un coup d’œil rétrospectif sur les pages de notre histoire pour nous faire apprécier les motifs de ceux qui veulent nous imposer la confédération des provinces anglaises de l’Amérique septentrionale. Quelques journaux dévoués à la défense de nos droits politiques reproduiront peut-être quelques unes de ces pages pour l’édification du peuple qui pourra par là s’en rafraîchir la mémoire.
On y verra comment les seigneurs que vous avez appelez l’aristocratie du Canada, ont toujours été du côté de nos oppresseurs et de nos conquérants dans les luttes que nous avons eu à soutenir contre leurs intrigues et leurs projets liberticides, et comment nos ancêtres ont toujours été les victimes de leurs complots. Il paraît du reste que c’est le propre de toutes les aristocraties, aristocraties que vous voulez établir en Canada, de toujours travailler à asservir la masse du peuple qu’on appelle volontiers canaille et populace, au profit de quelques classes privilégiées. C’est ce qu’on voit en Angleterre, en Irlande et dans les états esclavagistes du Sud, et c’est ce qui cause les mécontentements, les dissensions, les haines et les guerres civiles.
Et vous-voulez établir en ce pays, pour consolider votre future monarchie, ce genre de dissensions, de ruines et de troubles qui ne finiront que par la guerre civile, le pire de tous les fléaux.
Dans une partie de votre discours vous dites : « N’est-il pas touchant de voir le fameux Institut Canadien, sous la conduite du citoyen Blanchet, prendre la religion sous sa protection ? Le fameux Institut-Canadien, dont je suis un humble membre, parait vous porter ombrage, parce que cette institution éclairée et libérale a toujours défendu des principes de liberté et les vrais intérêts de nos compatriotes en opposition aux principes de despotisme que vous cherchez à établir. Cette institution, qui ne compte parmi ses membres un politique aussi fameux que vous, n’a jamais eu mission de prendre la religion sous sa protection. Ce soin est réservé à votre ministère et à vos amis. Au reste toute religion qui aurait besoin, pour se maintenir, du secours de votre ministère ou de toute institution humaine, serait une bien triste religion. Elle ne serait certainement pas la religion de Jésus-Christ qui a été établie sur la pierre contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront jamais. Et ceux qui veulent assoir la religion sur le succès ou l’intrigue politique de tel ou tel homme, ne sont que des imposteurs qui se servent du masque de la religion que pour assouvir leur ambition.
Depuis que, moyennant considération, vous avez abandonné le bonnet phrygien de la liberté de 1837, pour porter la livrée d’agent de l’oligarchie anglaise, et que vous êtes devenu par conséquent l’ennemi le plus acharné des libertés et des immunités de vos concitoyens, vous ne rêvez qu’aux moyens de faire du mal à la grande république, qui est la réalisation des principes humanitaires et essentiellement civilisateurs de liberté, d’égalité, de fraternité. Vons n’avez que des injures et des provocations à lancer contre la république de Washington, qui a été votre sauvegarde à vous et notre plus grande protectrice contre la politique malveillante et machiavélique du gouvernement impérial à notre égard. C’est grâce au voisinage des Etats-Unis que nous devons de n’avoir pas été traités jusqu’à présent comme l’Irlande ou comme les Acadiens, qui, comme l’on sait, ont été barbarement expulsés de leur pays par leurs conquérants. Les Etats-Unis comptent aujourd’hui sur leur territoire près d’un demi-million de nos compatriotes qui y sont établis depuis 1837, et qui y trouvent le pain, l’espace et la liberté, que leur malheureuse patrie leur a refusés. Et vous-même, M. Cartier, ainsi que plusieurs de nos proscrits politiques, vous ayez été heureux de trouver sur cette terre de liberté un asile en 1837 et 38, pour soustraire à l’échafaud votre tête qui avait été mise à prix pour avoir soutenu et défendu alors les droits et les libertés de vos concitoyens.
Et pour témoigner aujourd’hui votre gratitude au grand peuple qui vous donna une si généreuse hospitalité à vous ainsi qu’à tous nos proscrits politiques, vous n’avez que des provocations à prodiguer à cette grande nation.
Vous voulez fonder ici une puissance hostile pour aider au gouvernement impérial à assouvir ses haines et ses jalousies contre nos voisins, qui ne nous veulent certainement pas de mal et qui ne nous en feraient que parce que vous voudriez leur en faire au nom et à l’instigation de l’Angleterre. Vous voulez, à la demande de l’Angleterre et pour servir sa politique jalouse et perfide, constituer sous le nom de confédération, de vice-royauté ou de monarchie, une puissance aristocratique pour contrarier l’influence démocratique des Etats-Unis, avec des flottes et des armées permanentes, qui seront une menace continuelle de guerre, sur une frontière de toute la largeur du continent, d’environ 1500 lieues depuis l’Atlantique jusqu’au Pacifique, car votre confédération doit embrasser toutes les possessions anglaises de l’Amérique du Nord,
Et tout cela, dites-vous, pour nous empêcher d’être entraînés dans une confédération américaine, comme si la confédération américaine devait être bien dangereuse pour nous, et comme si notre entrée dans cette confédération ne devait pas être au contraire le plus grand bonheur qui pût nous arriver, parce qu’alors nous serions libres, nous aurions notre gouvernement autonome, nous ferions partie d’un grand peuple libre, nous aurions réalisé les vœux et les aspirations de nos anciens, tribuns et hommes d’Etat, qui voulaient notre émanci émancipation et une forme de gouvernement modélée sur la république américaine, comme on le voit assez clairement par les 92 résolutions adoptées en 1834 ; parce que nous ne serions plus exposés en notre qualité de colons anglais, à nous faire exploiter par nos conquérants, à nous voir considérer comme une race inférieure et conquise, à nous faire déclarer de la chair à canon et envoyer à la frontière combattre nos ennemis de l’Angleterre, à voir notre population décimée, nos campagnes dévastées, notre pays ruiné servir de champ de bataille, chaque fois qu’il plairait au gouvernement impérial de faire la guerre avec nos voisins et de nous faire massacrer pour des causes qui nous seraient tout à fait étrangères et hors de notre fait politique.
Au reste, dans notre position coloniale, comme l’ont déclaré sagement quelques uns de nos hommes d’Etat, notre meilleure défense est de n’en avoir aucune quelconque envers nos voisins avec lesquels nous avons toujours été amis et avec lesquels nous faisons la plus grande partie de notre commerce.
Mais, dites-vous, « nous avons des devoirs à remplir à l’égard de l’Angleterre. L’Angleterre veut saisir l’occasion de la rébellion qu’elle a fomentée et encouragée, pour tâcher d’affaiblir et de démembrer la grande république. Nous devons nous constituer les ennemis nécessaires et acharnés des Etats-Unis pour plaire à la métropole. Nous devons tout sacrifier jusqu’au dernier sou et jusqu’au dernier homme, nous devons montrer notre loyauté servile jusqu’au point de faire un désert de nos pays, pour le seul plaisir de satisfaire la haine de l’oligarchie anglaise contre nos voisins qui ne nous ont fait que du bien. Notre loyauté ne nous fait elle pas un devoir de servir de chair à canon, de nous voir ruinés, détruits et anéantis, pour plaire à nos conquérants ? N’avons nous pas des actions de grâces à leur rendre pour nous avoir conquis, pour nous avoir traités de race inférieure, comme des ilotes et comme des aubains, pour nous avoir refusé nos droits politiques, pour avoir pillé, brûlé, dévasté nos campagnes en 1837 et 38, emprisonné, pendu et exilé nos meilleurs patriotes, pour avoir proscrit notre langue et cherchant aujourd’hui à nous frapper du dernier coup de sa politique, en nous noyant dans la confédération projetée ?
Ah ! M. Cartier, vous avez bien compris les recommandations des hommes d’état de l’Angleterre. Achetons les chefs, disaient-ils, par des places lucratives et des titres honorifiques, et nous viendrons bien à bout par là d’anéantir la nationalité et l’influence des Canadiens. Après avoir porté le bonnet phrygien de la liberté en 1837, vous avez cru que, sous le gouvernement anglais, cela ne vous mènerait pas à la fortune, et vous avez cru qu’il vous valait mieux devenir le Castlereagh du Canada, Vous avez vu que l’Angleterre ne récompense jamais les patriotes, les amis et les défenseurs des libertés populaires ; qu’au contraire elle les persécute à outrance, les exécute ou les exile, tandis qu’elle prodigue les places de profit et d’honneur à ceux qui supportent l’oligarchie et l’aristocratie de son gouvernement ; et alors vous avez compromis que peut-être vous auriez une place du gouverneur dans la future confédération, en vous montrant l’agent et l’avocat zélé du gouvernement impérial dans ses vues d’anéantissement à notre égard.
Le brûlot John Colbourn n’a-t-il pas reçu le titre de Lord Seaton et une place de gouverneur en récompense de son zèle à brûler et dévaster nos campagnes, et à proscrire, condamner et exécuter les patriotes de 1837 et 1838 ? Ogden, D. Daly, et tous ceux enfin qui se sont montrés les ennemis acharnés des droits du peuple, et les zélés défenseurs de l’oligarchie anglaise, n’ont-ils pas été plus ou moins récompensés? Et vous avez dit : j’en ferai autant. Traitons le peuple de canaille et de populace. Rognons lui ses droits politiques : faisons-en des ilotes et de la chair à canon. Cela me rendra populaire et me fera pardonner mes idées de républicanisme et ma proscription d’autrefois auprès de l’aristocratie anglaise. Vous croyez sans doute que le faubourg Québec vous donne droit de traiter ainsi tout le peuple du Canada. Mais ce faubourg, qui vous a élu membre du parlement depuis plusieurs années, finira peut-être par comprendre un jour quel petit tyran il a contribué à imposer au Canada.
Je n’entreprendrai pas, Monsieur, de répondre à toutes les audacieuses absurdités de votre discours, cela me prendrait trop d’espace. D’ailleurs vos avancés sont d’une fausseté tellement choquante, qu’il n’est pas nécessaire de les relever. L’indignation seule du lecteur en fait justice.
Si vous n’aviez pas répudié vos idées républicaines d’autrefois, si vous étiez resté l’ami et le défenseur des libertés du Canada, au lieu d’être un agent servile et mercenaire de l’oligarchie anglaise, vous saisiriez l’occasion de la menace du gouvernement impérial de retirer ses troupes du Canada et de nous charger de la défense du pays, pour faire décréter son indépendance. Vous ne condamneriez pas les enseignements de l’histoire consignés par notre patriotique parlement de 1834, dans les 92 résolutions, qui sont un monument impérissable de noble indépendance, de patriotisme et de généreuses aspirations vers la liberté. Vous feriez déclarer par votre majorité parlementaire que le plan de confédération nourri, projeté et suggéré par le gouvernement impérial, est absurde à cause de la position géographique des provinces, trop éloignées pour pouvoir communiquer facilement entr’elles, et pour légiférer avec connaissance de cause sur les besoins de chacune d’elles ; qu’il est absurde sous le rapport commercial, sous le rapport national, sous le rapport des intérêts locaux et généraux, sous le rapport de la défense militaire, sous le rapport financier, et enfin que ce projet est absurde au suprême degré dans le but qu’il a de fonder en opposition aux Etats-Unis une monarchie ou puissance hostile, qui, pour lutter avec eux, devra avoir une armée aussi formidable et des moyens de la maintenir aussi puissante que ceux de nos voisins, et même plus formidable que celle de l’Angleterre. Si vous ne pouviez pas faire déclarer maintenant l’indépendance complète du Canada, vous devriez accepter l’offre que nous fait l’Angleterre de nous charger seuls de la défense militaire ; mais à condition que le pays soit déclaré neutre en cas de guerre entre l’Angleterre et les Etats-Unis, et que notre territoire ne soit pas envahi par les armées anglaises et ne serve pas de champ de batailles dont nous aurions à souffrir tous les désastres. Si cela n’est pas de la loyauté anglaise, c’est assurément de la loyauté envers notre pays, qui doit avoir la préférence de notre loyauté. Le Canada étant ainsi virtuellement libre, nous ne serions plus exposés à avoir sur notre territoire la guerre pour des causes qui nous seraient tout à fait étrangères. Nous pourrions alors régler directement et amicalement un traité de relations commerciales avec nos voisins, ce qui nous ferait prendre notre essor vers l’industrie, la prospérité et le bien-être social et matériel. Nous pourrions alors adopter pour modèle de notre gouvernement le principe humanitaire basé sur la liberté et l’égalité sociale qui fonctionne si bien dans les Etats de la république américaine.
Voilà, monsieur, ce que dans les circonstances actuelles vous devriez faire déclarer par le parlement canadien, dans l’intérêt de l’humanité, et pour le bien-être de notre pays. Cela vous rapporterait beaucoup plus de gloire que votre projet de monarchie. Si cela ne se fait pas à présent, cela se fera plus tard. Mais en attendant, notre population, taxée outre mesure, ruinée et paralysée par la réalisation de votre projet de confédération, de monarchie, de conscription et d’armées permanentes, aura émigré en grand nombre aux Etats-Unis, et l’élément français aura pour ainsi dire disparu du Canada.
Vous aurez beau faire, les destinées du Canada ne sont pas de fonder une monarchie ou une puissance hostile au principe républicain, mais bien de faire partie, tôt ou tard, de la grande confédération américaine que vous semblez tout redouter. Vous pouvez la retarder, mais vous ne sauriez l’empêcher. Elle se réalisera malgré vous. Alors tous les intérêts seront communs et identiques. Il n’y aura plus alors besoin d’armée permanente pour garder nos frontières, parce qu’alors les vieux despotismes européens, jaloux de la liberté et de la prospérité américaine, ne pourront plus se servir de notre territoire pour provoquer des hostilités contre la grande république.
Si vous rêvez la monarchie et la guerre en permanence, dont le Canada sera nécessairement le théâtre, les véritables amis de leur pays, les fidèles disciples de nos grands patriotes d’autrefois, rêvent de leur côté l’établissement d’un système de gouvernement pacifique, ayant pour base la justice, l’égalité du droit civile, sociale et politique et la liberté de conscience. Et ce gouvernement, c’est celui qui fonction aux Etats-Unis. Malgré que vous fussiez, vous ne sauriez l’empêcher. Magna est veritas et praevalebit. Votre monarchie sera alors broyée et balayée du continent américain, cette terre classique de la liberté. Confregit in die ira suae reges. Déjà le gouvernement de Washington a la haute main sur votre gouvernement. Le système des passeports, établi depuis quelques semaines, la menace de faire la police sur notre territoire, l’annonce de retrait du traité de réciprocité et du droit de transit, vous ont déjà forcés, malgré vos démonstrations hostles et de votre mauvais vouloir envers les Etats-Unis, de rembourser les $50,000 volées aux banques de St. Albans et de faire l’extradition des pirates et des brigands, et de chasser du pays les ennemis des Etats-Unis. Que sera-ce donc, quand provoqués par les menaces de votre monarchie et de vos armées permanentes, les américains vous sommeront au moyen d’armées de 300,000 à 400,000 hommes, de cesser vos provocations et de faire disparaître votre monarchie? C’est alors que vous cesserez d’insulter un grand et noble peuple que vous appelez canaille et populace. C’est alors que vous comprendrez que les Etats-Unis ne sont point brisés, divisés et dissous. C’est aussi alors que vous comprendrez l’énormité de vos outrages envers le gouvernement de Washington, quand vous dites que le grand défaut du système américain, c’est le manque d’un exécutif respectable!! Le président Lincoln, l’élu d’une nation de 32,000,000 habitants, n’est pas aussi respectable que le député du faubourg Québec! Allons donc!
Vous faites une menace de proscription aux adversaires de votre politique, en disant « qu’aussitôt la confédération établie, il ne leur sera plus loisible de crier à la séparation et de se ranger du côté de l’annexion. »
Ah ! monsieur, cette menace pourra bien se réaliser lorsque vous serez gouverneur. Mais soyez tranquille. Si votre futur gouvernement devient trop despotique et qu’il ne soit pas possible de le renverser par des moyens légaux et pacifiques, les lignes des Etats-Unis ne sont pas loin; vos compatriotes pourront facilement les franchir et trouver au-delà la liberté et le bien-être qui leur auront été refusés dans leur patrie.
Les proscriptions de 1837 et 1838 et les maux du régime colonial depuis ont forcé près de 500,000 de nos compatriotes à s’expatrier, la masse de la jeune population émigrera et laissera de dégoût son pays natal que les vices de son gouvernement lui feront maudire.
Les Etats-Unis qui peuvent contenir sur un sol riche avec un climat tempéré une population de 200,000,000 habitants, auront de la place pour nos compatriotes émigrants qui pourront avoir chacun 160 acres de terre pour rien. Ils pourront émigrer plus facilement que nos frères les Acadiens, qui furent impitoyablement chassés de leur pays et de leurs terres par les anglais. Ils y trouveront la terre promise. Voilà pour votre menace de proscription.
En attendant l’avortement de votre confédération et de votre absurde monarchie, ainsi que l’événement heureux du gouvernement de la justice en Canada, basé sur la liberté, l’égalité et la fraternité,
Je suis votre, etc.,
P. BLANCHET.
Montréal, 14 février 1865.