« LA GRANDE CRISE APPROCHE », L’Union Nationale (24 avril, 1866)
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Date: 1866-04-24
Par: L’Union Nationale
Citation: « LA GRANDE CRISE APPROCHE » L’Union Nationale (24 avril, 1866)
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LA GRANDE CRISE APPROCHE.
Nous croyons que les colonies Britaniques de l’Amérique du Nord, touchent en ce moment à une de ces époques mémorables qui marquent les transformations complètes, ou au moins les transitions les plus marquantes, et auxquelles l’histoire donne dans ses annales frappées au coin de l’impartialité, une place culminante. Quand elles auront traversé cette crise, l’observateur qui jettera un coup d’œil rétrospectif sur les évènements, pourra probablement dire: elles ont cessé d’être CE pour devenir CELA. Si nous savons ce qu’elles sont, pouvons-prévoir ce qu’elles seront?
La chose est peut-être plus difficile qu’on ne pense, et tel qui considère aujourd’hui que si la confédération a lieu, leur sort est fixé, se trompent peut-être étrangement. La Confédération, nous l’avons démontré maintes fois, n’aura aucune condition de stabilité, aucune garantie de durabilité.
Faut-il demander pourquoi? Composé d’éléments disparates, discordants, opposés, absolument hétérogènes; mettant en contact ou provoquant plutôt la collision d’intérêts tout à fait contraires, de sentiments, d’institutions nationales et religieuses complètement antipathiques, la Confédération est une pomme de discorde que des ambitieux ont cueilli dans le paradis terrestre du pouvoir et qu’ils veulent maintenant jeter parmi les populations de ces colonies pour les diviser, sous le prétexte de les unir afin de les mieux dominer.
La Confédération ne durera que ce qu’ont duré les plus mauvaises constitutions quand elles ont été imposées à des populations assez morales et assez intelligentes pour les rejeter, les anéantir, les briser au besoin. La confédération telle qu’on la propose surtout, ne sera jamais l’assise sur lesquelles reposeront les distinées politiques et nationales de cette partie du continent américain. Elle n’aura pas fonctionné pendant dix ans qu’elle croulera sous le poids de ses iniquités. Jamais les populations de ces provinces ne voudront consentir à être éternellement la proie d’un système ruineux.
Elles secoueront au plutôt un joug qui leur pèsera singulièrement. Elles refuseront net, après un certain temps de payer les énormes taxes qu’on voudra leur imposer. Elles reculeront d’horreur devant la perspective de tremper leurs mains dans leur propre sang et de se déchirer les chairs vives dans chaque occasion que suscitera le système inique et intolérable et intoléré par les catholiques et les nationaux français. Jamais, non jamais, soyez en certains, la confédération ne sera agréable aux populations auxquelles vous l’aurez imposée. Si vous la mettez à exécution cette année, nous vous ajournerons à cinq ans, à dix ans tout au plus pour nous donner raison et reconnaître que les évènements ne justifient que trop nos prévisions.
Vous donc. messieurs Cartier et Cie, qui croyez toucher au moment où [vos vœux vont] être comblés, ou vous allez voir implanter à tout jamais le drapeau de l’anglification dans le Canada français; vous qui croyez que vous allez emprisonner à tout jamais dans un cercle de feuilles d’érables, étiolées sous la couronne britannique, les emblèmes nationaux, détrompez-vous, car vous croyez consommer une œuvre éternelle, et, grâce à Dieu! vous ne préparez qu’une crise, crise dernière, crise suprême, où vous serez peut-être engloutis. Et votre anéantissement sera un gage de triomphe pour les grands principes nationaux et politiques que vous avez trahis, pour les libertés déjà assez peu assurées que vous avez troquées pour la satisfaction de vos misérables petites ambitions.
“Illusions puériles, nous dira-t-on, que vous vous êtes déjà vous même chargé de dissiper: la confédération est notre décret de mort….ce sera notre linceul!”….
Ce que nous venons de dire peut porter à croire que la réalisation de la Confédération nous parait certaine. Dans un sens oui. La pression illégitime, inconstitutionnelle et tout-à-fait injuste, exercée par l’Angleterre, l’asistance pleine d’astuce que lui prête le gouvernement Canadien et toutes les intrigues qu’il combine et accomplit dans le même but, nous feront dire encore une fois, avec plus de raison que jamais, que la patrie, la patrie Canadienne-Française, est en danger. Le patrimoine que nous chérissons tant, nous qui nous nous flattons que nous avons encore de cette sève gouloise qui n’a jamais permis à un descendant de la France d’être traitre ou lâche, de renier sa nationalité, d’apostasier sa foi,—ce patrimoine est sur le point d’être livré à l’ennemi. Gare! l’heure est critique, et le moment arrive de nous préparer à opposer à nos ennemis, aux traitres et aux apostats, une résistance invincible dont les armes seront la parole, les écrits, les pétitions, les assemblées publiques, une agitation constitutionnelle, incessante, l’union et une entente cordiale entre tous les cœurs droits, les esprits prévoyants qui ont à cœur d’empêcher l’accomplissement de la plus grande des iniquités.
MÉDÉRIC LANCTÔT.