« La Question d’Education », Le Pays (6 juin, 1867)


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Date: 1867-06-06
Par: Le Pays
Citation: « La Question d’Education » Le Pays (6 juin, 1867)
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La question d’éducation.

On vient de nous dire sans honte, dans un dîner, qu’une promesse avait été faite à M. Galt dans l’intérêt de la minorité protestante du Bas-Canada ; que cette promesse, on avait tenté de la racheter au moyen du bill de M. Langevin, dans la dernière session, mais que la majorité du parlement ayant été opposée à ce bill, il avait fallu l’abandonner et laisser M. Galt sortir du ministère ;—on dit encore, sans rougir, que le gouvernement canadien, se moquant de la majorité parlementaire, avait invité M. Galt à se rendre en Angleterre, et que là les ministres canadiens et M. Galt n’étant plus sous le contrôle de cette majorité, ils s’étaient entendus pour faire insérer dans la constitution de la confédération ce que la majorité parlementaire avait refusé d’accepter.

Voilà au moins quelque chose qui a le mérite de la franchise et dans notre admiration pour ce franc parler, nous serions tenté de pardonner aux auteurs d’un tour aussi bien joué, si la chose n’était pas aussi sérieuse. Quand nous songeons que ce sont les représentants diplomés du catholicisme qui se vantent d’avoir aussi adroitement tourné le cap à la majorité, il devient nécessaire de rappeler cet incident de la dernière session.

Le bill de M. Langevin avait en effet pour objet de donner à la minorité protestante du Bas-Canada les garanties promises à M. Galt et aux représentants des townships du Bas-Canada pour leur faire accepter la confédération.

Un rouge, un de ces démolisseurs du catholicisme, propose que cette garantie soit étendue à la minorité catholique du Haut-Canada.

Puisque l’on soupçonnait la majorité catholique du Bas-Canada de vouloir un jour être intolérante envers la minorité protestante,—il n’est pas étonnant que les catholiques aient conçu le même soupçon à l’égard de la majorité protestante du Haut-Canada dans ses rapports avec la minorité catholique. La preuve que ce dernier soupçon était seul fondé, c’est que les catholiques étaient prêts à donner aux protestants toutes les garanties désirables, pourvu que les catholiques, placés dans le Haut-Canada dans une position analogue à celle des protestants dans le Bas-Canada, eussent de leur côté les mêmes protections contre une majorité intolérante.

Eh bien ! les protestants du Haut-Canada ne voulurent pas de cette réciprocité de garanties, ils voulaient bien des garanties pour eux et ne voulaient pas en donner aux autres.

Les ministres placés dans l’alternative ou de nier cette vulgaire et commune justice ou de retirer leur bill Langevin, préférèrent adopter ce dernier parti plutôt que de prendre une position franche et équitable envers les deux minorités.

Ils supprimèrent donc le bill Langevin, mais avec l’arrière pensée de faire, en Angleterre et derrière les représentants du Peuple Canadien, ce qu’ils n’osaient faire devant lui et ils se rendirent en Angleterre et introduisirent dans l’acte de la confédération la garantie qui doit protéger les protestants dans le Bas-Canada,—laissant les catholiques du Haut-Canada à la merci de la majorité-protestante.

Si l’on vient nous dire que le droit d’appel donné aux minorités appartient aux Catholiques du Haut-Canada comme aux protestants du Bas-Canada, nous répondons que ce droit d’appel, sérieux et protecteur pour les protestants du Bas-Canada, est un mensonge et un leurre pour les catholiques du Haut-Canada. Les protestants peuvent sérieusement se plaindre à la Chambre Fédérale, composée pour les trois quarts des protestants ; mais il est ridicule d’en appeler d’une décision rendue par une Chambre protestante à une autre Chambre également protestante.

Des personnes qui repoussent comme une injure l’imputation de se mêler à la politique, ont cru devoir féliciter les auteurs de cette magnifique garantie pour les Catholiques du Haut-Canada, mais le sentiment public a vu clair comme le jour, que le fanatisme politique aveuglait ceux qui acclamaient une trahison aussi manifeste que celle-là et les protestations d’abstention dans la politique, de la part de ces personnes, se trouvent irrévocablement jugées par leurs actes.

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