« La situation », Le Pays (5 juillet, 1866)
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Date: 1866-07-05
Par: Le Pays
Citation: « La situation » Le Pays (5 juillet, 1866)
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La situation.
Ce qui fait la force du ministère, ce qui le maintient au pouvoir, c’est cette mesure de la confédération, qui semble en quelque sorte, être la réalisation de toutes les espérances de la majorité parlementaire. M. George Brown paraît se trouver peu satisfait de ses ex-collègues, et si ce n’était cette mirobolante confédération, il ne serait pas sorti de l’opposition. Au reste il doit comprendre plus que nous l’inconséquence de sa conduite. Le résultat de son union avec le ministère a été peu favorable à sa politique. En sortant, il n’a pas eu même la satisfaction d’entraîner avec lui les amis qui l’avaient accompagné. Ils sont encore dans le ministère et n’ont certes pas l’intention d’en sortir de sitôt.
MM. McDonald et Cartier ne sont pas aussi confiants qu’on le pense, et la chute du ministère anglais leur donne à réfléchir.
La semaine dernière un autre embarras leur tombait sur les bras. Les évêques du Haut-Canada commençaient à sortir de leur mutisme, et enjoignaient au ministère d’accorder à la minorité catholique du Haut-Canada les mêmes privilèges que possède la minorité protestante du Bas-Canada.
On le sait, et c’est là une de nos grandes objections au projet de la Confédération ; elle a été créée plus dans le but de favoriser la race anglaise et la religion protestante que dans celui de consolider l’équilibre entre toutes les races et les religions. Le ministère fera-t-il droit à cette juste réclamation des Évêques du Haut-Canada ? Nous ne le pensons pas, puis qu’en agissant ainsi, il se mettrait dos à dos avec les membres du Haut-Canada. Au reste nous pouvons nous attendre à des concessions plus humiliantes encore de la part de M. Cartier, le futur lieutenant-gouverneur du Bas-Canada, le premier qui retirera les marrons du feu.
La situation ne paraît pas être aussi tranquille que nous l’indiquent les organes ministériels. Le ministère subira assez de défaites pour qu’il soit la première victime de son grand projet. Le budget a déjà soulevé assez d’opposition ; les révélations, les indiscrétions qui viennent d’enrichir certains capitalistes aux dépens de la province ébranleront un peu la majorité ministérielle. La meilleure preuve que cette majorité n’est pas invulnérable, c’est que le ministère n’a pas voulu donner jeudi dernier les constitutions locales, en demandant la veille l’ajournement de la Chambre, malgré la promesse formelle de ne pas ajourner avant de mettre devant la Chambre ces fameuses constitutions. Probablement le ministère craignait que les membres de l’opposition, au lieu de prendre part à l’excursion projetée, se rendraient pendant la vacance devant leurs électeurs et souleveraient leurs comtés contre la confédération. Comme c’est un projet qui ne se soutient pas à la discussion, le ministère a cru plus prudent de le garder dans sa poche pendant la vacance. C’est là plutôt un signe de faiblesse que de force. Si le ministère avait été confiant dans sa mesure, il n’aurait pas craint le grand jour. Le système monarchique vers lequel on paraît se diriger, ne recherche pas beaucoup l’opinion publique. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que le ministère soit indifférent au sentiment de la population.
A tous ces signes de faiblesse, viennent se joindre d’autres embarras, les Chambres de Commerce ont protesté énergiquement contre le tarif, et nous pensons que le ministère ne pourra pas se dispenser de répondre à ces réclamations.
Ainsi à tous les points de vue, la situation politique ne paraît pas vouloir conserver sa monotonie, et nous pouvons nous attendre à une débâcle ministérielle. Nous espérons qu’elle aura lieu avant que la confédération ne se consomme.