« Le Parti Libéral et la Confédération », Le Pays (1 juin, 1867)
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Date: 1867-06-01
Par: Le Pays
Citation: « Le Parti Libéral et la Confédération » Le Pays (1 juin, 1867)
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Le parti libéral et la confédération.
Nous allons donc, d’ici à quelques jours, sérieusement entrer dans l’une des phases du programme de lord Durham. Cet homme connaissait évidemment bien la race humaine. Pendant quatre-vingts ans, de 1760 à 1840, un embryon de peuple avait soutenu dignement son autonomie et sa dignité contre la machiavélisme des agents dénationalisateurs de l’une des premières puissances du monde. Son héroïsme n’avait pas même reculé devant l’échafaud politique. Il avait été vaincu par les armes aux deux extrémités de cette période ; mais son autonomie et sa foi en lui-même étaient restées fermes comme le roc. Nous allons changer tout cela, avait dit lord Durham ; nous allons cesser de vous attaquer par les armes ; nous allons essayer du poison,—c’est-à-dire nous allons combler vos hommes publics d’honneurs et d’argent et nous en ferons nos agents de dénationalisation. La Grande Bretagne donnera les honneurs,—le peuple Canadien paiera lui-même le prix de la trahison de ses hommes publics.
Et partant de là, lord Durham traçait avec la même plume l’égire politique de la population canadienne. Nous devions commencer par l’Union des Canadas. Notre sort, pour cette première étape, à nous qui avions une population presque double de celle du Haut-Canada, fut d’entrer sur un pied d’égalité avec le petit noyau de population du Haut-Canada ; c’est-à-dire que trois habitants du Bas-Canada ne devaient compter que comme deux du Haut-Canada.
Il a suffi de vingt-six ans pour exécuter cette partie du programme, grâce aux hommes qui ont bien voulu se prêter aux pratiques inventées par lord Durham. Les prévisions de l’inventeur ont été dépassées de beaucoup ;—car lord Durham n’a pas dû songer que ce serait des Canadiens Français qui iraient, après vingt-six ans de l’opération de son système, demander au souverain de placer leurs nationaux dans la position de un contre trois dans la direction de leurs institutions politiques.
Lord Durham, s’il a jamais pu rêver un tel succès, a dû supposer que le Bas-Canada rechercherait lui-même des changements dans sa condition et que si des hommes tirés de son sein allaient solliciter de tels changements, ils ne seraient que les organes d’un vœu clairement manifesté. Quelque dégradation qu’il ait cru possible dans l’âme humaine, jamais il n’a dû croire au fruit phénoménal que son système était destiné à produire. Jamais assurément il n’a dû croire que nos hommes publics atteindraient l’abîme de honte et de noirceur où ils imagineraient de troquer les destinées de leur pays pour la conservation d’un portefeuille.
Et pourtant la chose est maintenant accomplie. Le 22 mai 1867, une proclamation de Sa Majesté déclare que nous sommes unis au Haut-Canada, au Nouveau-Brunswick et à la Nouvelle-Écosse, avec la perspective de nous voir bientôt refoulés d’avantage par l’accession de l’Ile du Prince-Édouard, de Terre-Neuve, des possessions anglaises sur le Pacifique, du territoire du Nord-Ouest et de celui de la Baie d’Hudson.
Si nous avons un reproche à faire à la Grande-Bretagne, ce n’est pas d’avoir consommé cette union,—c’est d’avoir inauguré en 1840 la corruption systématique de nos hommes publics,—qui viennent de solliciter cette annihilation virtuelle de tout ce qui faisait de nous un peuple maître de lui-même.
Enfin la chose est faite et il s’agit maintenant d’aviser à ce que nous devons faire, pour empêcher que la ruine morale et matérielle de notre population ne marche de pair avec la ruine nationale.
Nous recevons de toutes parts l’expression des plus vives inquiétudes sur les destinées qui nous attendent sous le régime de la confédération. Chacun paraît vouloir agir; mais, comme au sein d’un naufrage, chacun cherche où et comment il peut contribuer à écarter le désastre commun.
Faut-il, se demande-t-on, lutter contre la confédération ou travailler à en tirer le meilleur parti?
Si l’on entend par lutter contre la confédération s’isoler entièrement du mouvement politique, ou organiser directement sa destruction ou son rappel, nous ne pensons pas qu’aucun ami de son pays méconnaisse les enseignements de l’histoire au point de se vouer à l’abstention ou de consumer inutilement son énergie pour démolir tout d’une pièce un édifice de ce genre.
Si par travailler à tirer le meilleur parti possible de la confédération, l’on entend emboîter le pas derrière les traîtres qui viennent de vendre leur pays et prendre part au steeple chase des portefeuilles, des hochets et des places,—nous ne croyons pas que la démoralisation des chefs ait pénétré assez avant dans la population pour croire qu’il se trouvera beaucoup de nos compatriotes qui veuillent faire fonctionner ainsi le nouveau régime.
Alors que faut-il faire?
La Confédération est un fait accompli. Ce fait met à la disposition du peuple des moyens d’action qui peuvent lui ouvrir la voie vers de meilleures destinées. Ces moyens d’action sont les mêmes que ceux dont viennent d’abuser des traîtres pour nous sacrifier à leur intérêt personnel. Si une majorité parlementaire a pu sans mandat détruire l’union des Canadas, une majorité parlementaire investie d’un mandat pourra modifier, améliorer et même au besoin remplacer cette constitution.
Si l’on nous demande comment et par quoi cette majorité pourra empêcher les maux dont la confédération est grosse, nous répondons : laissez au peuple le temps de savoir ce qui lui convient, et il l’indiquera quand le moment sera venu.
Entrons dans les chambres fédérale et locale comme chez nous,—et en attendant qu’il nous soit donné de diriger nos pas vers de nouveaux horizons constitutionnels, travaillons à sauver nos compatriotes des manipulations odieuses des traîtres qui conspirent sans cesse contre leur bien-être et leur existence même.
La confédération, administrée même par des hommes honnêtes et soucieux du sort de leurs concitoyens, fera naître une foule de difficultés et d’embarras; régie par les intrigants éhontés qui ont trafiqué leur pays pour un portefeuille, elle sera bientôt la cause d’une expatriation générale des Canadiens Français.
(A continuer.)