« Comté de Champlain », Le Pays (7 mars, 1865)


Informations sur le document

Date: 1865-03-07
Par: Le Pays
Citation: « Comté de Champlain » Le Pays (7 mars, 1865)
Autres formats: Bientôt disponible


Comté de Champlain.

On sait que le Journal de Québec, la Minerve et autres journaux ministériels ont publié dernièrement un compte rendu d’une assemblée publique qui a eu lieu dans le comté de Champlain, pour permettre à M. Ross, le député de ce comté, de donner des explications sur le projet de confédération. La cause ministérielle, suivant ces feuilles, aurait remporté le plus beau triomphe possible, dans cette circonstance.

La correspondance que nous publions ci-dessous, et que nous empruntons au Défricheur, fait ample justice de ce compte rendu et réduit à sa légitime expression ce grand succès ministériel. En recommandons la lecture aux abonnés des organes que nous venons de citer, afin qu’ils puissent voir quelle confiance on peut avoir en ces derniers, et quels moyens l’on prend pour les tromper.

Voici cette correspondance :

22 février 1865.

M. le Rédacteur,

J’aurais voulu que vous fussiez à l’assemblée du comté de Champlain, lundi dernier, pour être témoin de la déconfiture qu’a eu à subir notre représentant en voulant faire accepter aux électeurs du comté le projet de la confédération des provinces anglaises.

Notre représentant a fait l’impossible pour réunir ses amis au chef lieu du comté, et néanmoins il n’y a pas à en douter, il a subi un échec dont il ne se relèvera pas. Les personnes qui ne sont pas des partisans de M. Ross, per fas et nefas, s’accordent à dire que la grande majorité des électeurs présents étaient contre la confédération.

L’assemblée qui était composée de 400 à 500 personnes fut ouverte par M. B. Roy, écr., de St. Stanislas, qui attend depuis deux ans la place de Lieutenant-Colonel dans le bataillon central de Champlain.

M. Ross commença par donner lecture du plan de confédération, ensuite lecture de la lettre de l’Archevêque d’Halifax et annonça que tous nos supérieurs spirituels étaient en faveur de la confédération, (s’inclinant la tête très humblement) puis il parla de la patrie ! de la religion ! enfin un peu de confédération, pas trop, ça allait doucement, ça forçait ! Enfin, ramassant un peu de hardiesse, il risqua un mot, un tout petit mot sur ce que l’honorable A. A. Dorion avait été en faveur de la confédération en 59 et 61.

Il s’éleva, alors, une telle tempête que force lui fut de se taire. On lui reprochait d’attaquer des personnes absentes qu’il n’oserait pas attaquer en face ! M. Ross était d’une pâleur livide et se voyait perdu. En vain essaya-t-il de se faire entendre pendant plus d’un quart d’heure, il était fini.

MM. Martineau et Rochelean parlèrent pendant quelques minutes contre la confédération et ils furent couverts d’applaudissements. Tout le monde, excepté peut-être une cinquantaine, était contre la confédération et M. Ross.

M. Gaudet, le représentant de Nicolet, qui ne fait pas d’assemblée dans son comté qui est un des plus grands et des plus intéressé du Bas-Canada, mais qui est venu ici pour aider à mystifier les électeurs, fut admis à parler à titre d’étranger au comté.

M. Gaudet parla longtemps, évidemment dans le but de fatiguer l’assemblée qui n’avait pas d’orateurs à opposer aux deux membres de la chambre qui défendaient la confédération. La foule s’éloignait à mesure que l’on traînait l’assemblée en langueur et quand on vit M. Gaudet ôter son capot pour scier le peuple plus à son aise, un grand nombre des électeurs qui ne voulaient pas coucher à 5 et 8 lieues de leurs résidences, s’en allèrent en disant que ça ne valait pas la peine d’entendre débiter pareille blague ! M. Gaudet parla jusqu’à 5 heures du soir. Encore, si vous eussiez entendu les misères débitées par ces deux grands hommes, c’était à faire rougir de voir que nos compatriotes soient représentés par de semblables députés dans le parlement lorsqu’il s’agit de régler les destinées du pays !

Je n’exagère rien en disant que plus de la moitié de l’assemblée était partie quand on songea à ramener M. Ross qui ajouta quelques paroles pour répéter ce qu’il avait déjà dit au sujet des grands hommes et du clergé.

Alors, le président fit faire une levée des mains et déclara la majorité en faveur de la confédération, ce que la majorité de ceux qui étaient présents, contesta. Mais il n’y avait pas moyen, Bazile l’avait dit, c’était bien le cas. Les adversaires de la confédération, voyant cela, se sont organisés de suite pour faire signer des requêtes adressées au parlement pour protester contre le projet de la confédération.

Je n’ai pas, moi-même entendu lire la motion que l’on prétend avoir été adoptée et je doute fort qu’elle soit jamais publiée. Il paraît que c’est un chef-d’œuvre de confiance en M. Ross, aux grands hommes du pays et la liberté de voter pour le comté comme il l’entendra sur la proposition du gouvernement.

Il ne me reste plus qu’à ajouter que le comté de Champlain est contre la confédération ; que M. Ross a fait annoncer l’assemblée dimanche pour le lendemain, ce qui ne donnait pas le temps aux électeurs de se préparer à le rencontrer, et qu’il manquait en conséquence, de l’organisation chez les adversaires de la confédération ; il manquait aussi quelqu’un que l’assemblée eut bien voulu entendre et si elle l’eut entendu, elle aurait été unanime autant qu’une assemblée peut l’être pour condamner M. Ross et la confédération. Vous en entendrez parler encore. Les requêtes se signent avec empressement.

Au revoir,

UN PATRIOTE.

Laisser un commentaire