« Le Cabinet dans le trouble », Le Pays (7 mars, 1865)


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Date: 1865-03-07
Par: Le Pays
Citation: « Le Cabinet dans le trouble » Le Pays (7 mars, 1865)
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Le Cabinet dans le trouble.

Les dépêches télégraphiques que nous publions en tête de notre correspondance parlementaire annoncent des faits dont personne ne contestera l’importance dans les circonstances présentes. L’agitation du Bas-Canada, jointe à l’attitude ferme de l’opposition, auront ainsi porté leurs fruits. D’un autre côté, la répugnance effective que montrent les provinces d’en bas à entrer dans l’union proposée et la défaite signalée des fédératistes dans le Nouveau Brunswick, ont fait comprendre aux membres de la coalition que leur projet est impossible d’exécution, d’ici à longtemps du moins.

Une fois ce point admis, il est évident que l’alliance étrange sur laquelle repose la combinaison ministérielle ne pourrait survivre à l’abandon du programme formulé dès l’année dernière. C’est le seul prétexte que l’on puisse invoquer pour justifier le rapprochement de la majorité libérale du Haut-Canada et des conservateurs du Bas. Aussi les ministres, par un sentiment de conservation très naturel, ne veulent-ils pas en démordre. Ils savent que, malgré leur majorité momentanée, leur cause est perdue ; mais il leur faut un vote sur la confédération puis un ajournement qui prolongera quelque temps encore leur séjour au pouvoir. On verra si la Chambre se montrera docile jusqu’à ce point.

L’idée d’envoyer en Angleterre une députation dont la province paierait les frais est encore un expédient qui n’a pas même l’excuse d’avoir le sens commun. Qu’iraient faire ces députés ou ces délégués en Angleterre ? Porter la nouvelle d’un désappointement qu’il était facile de prévoir dès l’ouverture des Chambres ? Aller dire à la métropole que ni le Nouveau-Brunswick, ni la Nouvelle-Ecosse ne veulent de la confédération et que le Bas-Canada la repousse davantage à mesure qu’il en comprend mieux la portée ?

Ou, espère-t-on que l’Angleterre, qui affecte de montrer la plus grande déférence pour le vœu des colonies, imposera à ces dernières des changemens constitutionnels dont elles ne veulent point, dans l’unique but de maintenir au pouvoir M. Cartier et M. Brown ? En vérité, c’est par trop abuser de la patience publique, et nous nous refusons à croire que la Chambre commette l’inqualifiable faute d’accorder un vote de crédit si peu nécessité par la situation.

La confédération est morte dans le Nouveau-Brunswick ; ici, elle est bien malade et elle mourra bientôt, il faut l’espérer, si le peuple du Bas-Canada ne se relentit point dans ses efforts. M. Cartier commence à voir que les requêtes sont sérieuses et que ses amis le trompent quand ils lui disent que le mouvement anti-fédéral est restreint à une classe de la population. Du reste, il aura l’occasion, quelqu’un de ces jours, de s’en assurer par lui-même.

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