Conférence des Premiers Ministres sur les Questions Constitutionnelles Intéressant les Autochtones, Declaration de Max Gros-Louis, Grand Chef des Hurons (15-16 mars 1983)


Informations sur le document

Date: 1983-03-15
Par: Max Gros-Louis
Citation: Conférence des Premiers Ministres sur les Questions Constitutionnelles Intéressant les Autochtones, Declaration de Max Gros-Louis, Grand Chef des Hurons, Doc 800-17/045 (Ottawa: 15-16 mars 1983).
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DOCUMENT: 800-17/045

CONFÉRENCE DES PREMIERS MINISTRES
SUR LES QUESTIONS CONSTITUTIONNELLES
INTÉRESSANT LES AUTOCHTONES
DECLARATION DE MAX GROS-LOUIS
GRAND CHEF DES HURONS

Ottawa
Les 15 et 16 mars 1983

DECLARATION DE MAX GROS-LOUIS

GRAND CHEF DES HURONS

CONFERENCE CONSTITUTIONNELLE SUR
LES DROITS AUTOCHTONES

OTTAWA — Le 15- 16 Mars 1983

Treize délégations constituées de non-
autochtones , une délégation indienne. En tant que
Grand Chef de Hurons, je vous fais remarouer
que ce chiffre est éloquent: il résume notre
histoire commune. Quand nous, les premières nations,
etions la majorité, nous n’aurions pas agi de la
même manière.

Un auteur de votre langue anglaise a dit
que la vérité est la fille du temps. La vérité d’hier
est lamentable. Celle d’aujourd’hui inquiétante.
Quant à la vérité de demain, est-elle confuse ou
prévisible.

Nous devons nous concentrer sur l’avenir.
Mais celui—ci ne se comprend qu’à la lumière du passé
ne s’appréhende qu’en fonction du présent.

HIER

Notre passé commun, je vous l’ai
dit, fut lamentable.

Il est curieux de constater que les
immigrés fuyaient la tyrannie et l’oppression
pour mieux l’imposer dans ce pays que nous
occupons depuis des millénaires.

D’abord une tyrannie de l’esprit.
Regardez vos propres manuels d’histoire, vos
films ou votre télévision : on y présente
les premières nations comme des sauvages ,
sauvages qui n’ont rien de bon. On nous
interdisait l’école, et dans vos école, on
nous interdisait la langue de nos pères.

Ensuite, vous décidiez que nous n’
etions pas des Canadiens. Les premiers occupants
devinrent des mineurs, privés même du droit de
vote jusqu’en I960. Pourtant, l’Indien
fut bon pour l’abattoir. Allez par exemple en
France où les cimetières e remplirent en
1914-18 ou 1939-45 de soldats indiens, CES MêMES

INDIENSqui ne pouvaient choisir les hommes
politiques qui les faisaient tuer. Il s’agissait
d’un crime, il s’agissait d’une faute, n’est ce pas.

Enfin, que nous ayons signé des traités
solonnels ou pas, vous avez occupé nos terres
pour des fins mercantiles .

Tout ceci est lamentable.

3.

QUAND VOUS ETES ARRIVES, NOUS VOUS AVONS FAIT
UN ACCUEIL GÉNÉREUX: DANS NOS LANGUES, IL N’Y A PAS
DE MOT POUR ASSIMILATION. ÉTAIT-CE UNE ERREUR?
NOUS AVIONS DÉFINI DES INSTITUTIONS POLITIQUES ET
DÉMOCRATIQUES. MAIS, DISIEZ-VOUS, NOUS VOUS APPORTONS
LA BELLE ET GRANDE CIVILISATION.

ELLE EST BELLE ET GRANDE LA CIVILISATION
EUROPÉENNE. UNE FOIS IMPORTÉE DANS CE PAYS, C’EST POURTENT
D’ABORD LE REFUS DE LA DIGNITÉ, DE L’ÉGALITÉ, DE DIALOGUE.

AU’JOURD’HUI

VOUS COMPRENDREZ FACILEMENT QU’IL N’EST
IMPOSSIBLE DE ME SENTIR CANADIEN
DANS LES CIRCONSTANCES PRÉSENTES. JE NE SUIS
PAS CANADIEN . CAR VOUS, LES IMIGRÉS L’AVEZ VOULU AINSI.
JE SUIS HURON, ET FIER DE L’ÊTRE – JE SUIS AUSSI HURON
PARCE QUE VOUS REFUSIEZ LA CONSTRUCTION D’UNE
CIVILISATION COMMUNE.

Je ne suis pas seul dans ce cas.
Regardez autour de vous, et vous observerez
l’absence de diverses premières nations –

. Ces frères
n’ont plus confiance en vous.

Pour que nous sovons en mesure de
formuler un langage commun pour l’avenir, je
voudrais vous poser quelques questions générales
Premièrement, oui ou non, un Indien vaut—il un
immigré?

Deuxièmement, voulez—vous poursuivre votre

politique séculaire d’extinction de nos droits?

Vos réponses, même tacites, à ces questions
seront capitales. Je vais vous dire pourquoi.
Les Canadiens se scandalisent à juste titre à propos
des massacre: des peuples autochtones au Guatemala
ou ailleurs. De telles politiques baineuses
ont pour objectif une mort rapide des premiers
occupants. Par contre, jusqu’ici, vous nous
promettez une mort lente. Où est la différence

5.
DEMAIN

L’AVENIR EST DIFFICILE À PRÉVOIR.

NOTRE EXPÉRIENCE NOUS POUSSE, PAR CONTRE,

À L’ENVISAGER AVEC LE PLUS GRAND SCEPTICISME.
OU BIEN, NOUS NOUS RECONNAISSONS E DROIT
À LA DIFFÉRENCE, OU BIEN LES LENDERAINS SERONT SOMBRES.

LE DROIT À LA DITPERENCE IMPLIQUE – AU MINIMUM —

LES MESURES IMMIEDATES QUI SUIVENT:

— (i) LA RECONNAISSANCE CONSTITUTIONNELLE DE
NOTRE IDENTITÉ DISTINCTE ;

– (ii) L’AUTODÉTERMINATION DES PREMIÈRES NATIONS
À TRAVERS NOS INSTITUTIONS POLITIQUES ET JURIDIQUES PROPRES

– (iii) LA REPRISE EN MAIN DE NOS TERRES ET DE NOS
RESSOURCES;

– (iv) NOTRE PARTICIPATIIN EFFECTIVE À TOUT PROCESSUS
DE MODIFICATION DE LA CONSTITUTUTION;

– (v) LA RECONNAISSANCE DE NOS LONGUES ET DE NOS CULTURES;

– (vi) L’ANNULATION DES DISPOSITIONS ACTUELLES DE L’ARTICLE 42
DE LA LOI CONSTITUTIONNELLE RELATIVE À LA CREATION OU L’ÉLARGISSEMENT
DES PROVINCES.

Dites—vous bien qu’il ne s’agit là
que de débuts timides. Je vous rappelle
le problème du verre de vin : vous diriez
qu’il est a moitié plein; moi je dirais
qu’il est a moitié vide, si nous adoptons
ces propositions. Nous avons encore un
long chemin à parcourir.

CONCLUSIONS

Nous nous trouvons à un tournant
ou bien le droit à la différence prévaut, ou
bien le progrès est un escargot, et la
différence s’imposera d’elle—même. Nous
resterons Indiens quoi qu’il arrive.

Il arrive aux immigrés de parler du
Tiers Monde. Vos gouvernements se vantent des
programmes d’aide aux pays en voie de dêveloppemeïî
en Afrique ou ailleurs. Regardez autour de vous
cependant : le Quart Monde existe, et il se
trouve â cette table. Un Quart Monde fier
destiné à s’épanouir malgré ou en dépit de vos
juridiques souvent ternes et
volontairement incompréhensibles. Cet
épanouissement se fera avec vous, malgré vous
ou contre vous.

Passons donc des paroles aux actes.

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