« Drummond et Arthabaska » Le Défricheur (7 mars, 1867)
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Date: 1867-03-07
Par: Le Défricheur
Citation: « Drummond et Arthabaska » Le Défricheur (7 mars, 1867)
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DRUMMOND ET ARTHABASKA.
Le Richmond Guardian publienne requisition d’uu certain nombre d’électeurs à M. Hemming lui offrant la candidature des deux comtés.
Après ce que l’on connait des pas et démarches de M. Hemming, il va sans dire que la candidature est acceptée.
Mr. Hemming est un conservateur bien connu. Il ne fait pas mystère de ses opinions.
Il est partisan du gouvernement actuel: il approuve toutes ses mesures, et avant tout la confédération
Nous extrairons maintenant quelques lignes qui feront connaître au public, de quelle manière les plus fermes amis de ce beau projet en envisagent les résultats.
Voici ce que dit M. Hemming :
“ En acceptant je suis parfaitement au fait des graves responsabilités que j’assume, et des difficultés que doit nécessairement avoir à combattre tout homme qui aura à représenter une conscription électorale mixte, , telle qu’elle est la nôtre, renfermant dans ses limites des races différentes par leur religions et leurs langues. Ce sera toutefois mon plus ardent désir, si je suis élu de respecter et protéger les idées religieuses de chacun, sans acception de race ou de croyance. Et je suis parfaitement convaincu que si cette [règle?] de conduite n’est pas [illegible] [observée?] et par les [Électeurs?] et par les [Représentants?], [illegible] l’Union des Provinces,—la Confédération empêchera [plutôt?] qu’elle ne facilitera notre [progress.?]”
Peut-il y avoir une preuve plus forte que la confédération dans son [principe?] [comme?] dans [ses?] détails est [illegible] que la [mauvaise?] foi peut en faire une source de désordres et de [ruine?].
Nous reproduisons du Pays l’article suivant qui est un résumé parfait de toutes les modifications introduites dans le Projet de Confédération tel qu’adopté.
L’inviolable projet de Québec a été violé, les immuables bases de la confédération ont été changées, l’inaltérable résultat de la conférence de 1864 a été altéré, nos délégués ont solennellement menti à leur parole solennellement engagée.
Encore, si ces [modifications?] ne [portaient?] que sur des détails, l’on pourrait passer outre sans trop critiquer leurs auteurs. Mais non, on a changé des dispositions [importantes?], transféré d’une [législature?] à une autre des droits [sûrs?] et garantis, surchargé le trésor fédéral de nouvelles [redevances?] en faveur des provinces maritimes, augmenté la représentation de celle-ci et pris en ce qui regarde l’éducation une attitude inquiétante pour les minorités religieuses. La Minerve, comme toujours, nomme ces modifications des bagatelles : “le projet de Québec est demeuré intact à l’exception de six affaires de détails.” dit-elle. Il faut bien, si elle veut sauver ses maîtres du blâme qu’ils se sont attirés, qu’elle représente leurs actes sous le plus beau jour possible et qualifie de peccadilles leurs plus sérieuses transgressions de devoirs. Il y a bien des sots qui chanteront comme elle avec sincérité, bien des [aveugles?] [volontaires?] qui ne le feront que par intérêt ;—mais les personnes qui voient et qui jugent, les hommes intelligents et sincères, s’apercevront comme nous que nos délégués ont gravement violé leurs [promesses?].
Pour s’en convaincre, citons les altérations connues du projet de Québec. C’est M Gordon Brown qui les communique d’Angleterre à son frère, du Globe. Nous avons publié samedi ce que nous en savions; mais nous avons aujourd’hui de plus amples détails.
Le Bas-Canada se nommera Province de Québec. Aujourd’hui nous disons, en parlant de l’ex-capitale : Québec (Bas-Canada) ; à l’avenir, l’on dira Québec (Québec) ; ou bien encore Montréal (Québec). Comme ce sera joli !
Le Haut-Canada se nommera Province d’Ontario. A cela les journaux anglais ne trouvent nient à redire, c’est leur affaire.
Arrivons aux changements.
A la conférence de Québec, il avait été résolu que le trésor fédéral accorderait à chaque province de l’union un octroi annuel de 80 cents par tête de sa population, en se basant sur le recensement de 1861. Cet octroi, fait une fois pour [toutes?], devait rendre inutile toute [demande?] [ultérieure?] au trésor fédéral de fonds destinés à des fins locales. D’après cet arrangement, les provinces devaient recevoir les sommes suivantes :
Population.
Haut-Canada, 1 396,091—$1.116 873
Bas-Canada, 1,111.566— 889 253
Nouv.-Ecosse, 330 857— 261,686
Nouv.-Brunswick, 252,647— 201.638
Total de l’octroi annuel. . . . . $2,472 450
Il avait été, en outre, entendu en octobre 1864 que la population aurait beau augmenter, les octrois demeureraient les mêmes à l’avenir.
Pour une raison ou pour une autre, probablement pour amadouer les délégués du Nouveau-Brunswick un peu revêches par moments, nos délégués se sont départis de cette entente solennellement, mais seulement en faveur du Nouveau-Brunswick. Au lieu de demeurer le même, quelle que soit l’augmentation de la population, l’octroi destiné au Nouveau Brunswick grossira peu à peu jusqu’à ce qu’il atteigne de $201 638 son chiffre [respectable?] de $320 000, et que sa population s’élève de 252,000 âmes à 400,000.
La Minerve, qui traite cavalièrement de détail cette importante addition au au projet de Québec, dit que cette augmentation d’octroi sera insensible et n’aura des proportions [considérables?] que dans 10 [ou?] 20 ans, alors que $1000,000 ne feront qu’une bagatelle pour la confédération. Il n’est pas surprenant que la Minerve ne puisse voir ce qu’il y a d’inquiétant dans cette folle augmentation de dettes. Un journal qui n’a pas trouvé un mot de blâme à l’adresse de ceux qui ont élevé notre dette [publique?] de 29 à 75 millions, ne peut certes prendre la peine, de se troubler pour un misérable denier de $1000,000. Il y à la vérité, d’autres personnes qui le sentent ; ce sont celles qui paient pour les bévues de nos gouvernants ; mais qu’est-ce que cela fait à la Minerve, qui carotte sans cesse le trésor public !
Si l’on songe que la 65e [résolution?] de la conférence de Québec [garantissait?] déjà au Nouveau-Brunswick un avantage assez considérable sur les autres provinces l’on a tout lieu de s’étonner que les délégués soient si coulants, si prêts à contenter les caprices de ce gourmand de voisin. La 60e résolution déclarait “ que pendant dix ans, à partir du moment où “ l’union serait effectuée, une allocation “ additionnelle de $63 000 par année serait “ faite au Nouveau-Brunswick. ” Comment qualifier la condescendance de nos délégués, si ce n’est d’extravagance, de gaspillage, de honteuse faiblesse et d’injustice flagrante ?
Voici la première modification du plan de Québec ; en voici la seconde :
On l’a vu plus haut, 80 cents par tête devaient être donnés à la population de toutes les provinces. C’était une assez forte somme déjà ; eh bien ! Nos délégués n’ont pas trouvé que ce fut assez. Ils ont oublié — ils ont la mémoire si courte ! — que nous avons une dette publique très énorme à payer, et il ont décidé de répandre à profusion de tous les côtés l’argent du peuple. C’est pourquoi, au lieu de chercher à éteindre les obligations de la confédération, ils ne travaillent qu’à les rendre plus lourdes. Outre les 80 cents dont nous avons parlé ci-haut, ils ont résolu qu’il serait payé annuellement, à même le trésor fédéral :
Au Haut-Canada, $80,000 Au Bas-Canada, 70,000 A la Nouvelle-Ecosse, 60,000 Au Nouveau-Brunswick 50,000 Total $260,000
On sait par là que, [sans?] [égard?] pour la population, les délégués ont réparti la somme additionnelle de $260,000 dans une certaine progression géométrique qui ne rend pas justice aux provinces les plus populeuses. Si cette somme était distribuée suivant chiffre de la population établi par le recensement de 1861, voici de quelle manière se ferait la distribution :
Haut-Canada. . . . . . . . . .$117,446
Bas-Canada. . . . . . . . . . 93 513
Nouvelle-Ecosse. . . . . . . 27,834
Nouveau-Brunswick. . . . . 21,204
Total. . . . . . .$260.000
En résumé, voici ce que le trésor fédéral devra fournir aux provinces pour fins locales :
Haut-Canada. . . . . . . . .$1.196 873
Bas-Canada. . . . . . . . . 959 253
Nouvelle Ecosse. . . . . . 324 686
Nouveau-Brunswick. . . . 314 638
Total. . . . . . . . . $2.795 450
Répartissez ces $2,795,450 sur toute la population des provinces, au 1er janvier 1867 [cette estimation de la population est approximative], et vous aurez :
Population Par tête.
Haut-Canada. . . . . 1.822.056 60 centins
Bas Canada. . . . . . 1,288 880 75
Nouvelle-Ecosse. . . . 368 781 88
Nouveau-Brunswick. 295 084 110
Le Globe est scandalisé de cette injustice et il a raison. Et c’est cela que la Minerve appelle des affaires de détail ! L’on distribue l’argent public à tort et à travers, détail ! L’on favorise les provinces maritimes aux dépens des Canadas, détail ! L’on n’accorde que 60 cents. à un haut canadien, et l’on en donne 110 à un néobrunswickois, détail ! Les plus grandes provinces, qui ont conséquemment besoin de plus d’argent pour se gouverner, en reçoivent bien moins sous tous les rapports que les plus petites provinces, dont le gouvernement ne [devrait?] [coûter?] que peu de chose, détail ! détail ! détail ! Et si vous demandez la raison de cette injuste répartition, elle vous répondra : “ Détail que tout cela ! Laissez-faire nos anges gouvernants, et vous n’aurez pas lieu de vous repentir.” Admirable désintéressement, en vérité !
La troisième modification du plan de Québec, la voici : D’ici à ce que l’Ile du Prince Edouard fasse partie de la confédération, les quatre siéges qu’elle aurait droit d’avoir dans le conseil législatif, aux termes du projet de Québec, seront partagés entre la Nouvelle Ecosse et le Nouveau-Brunswick. Ces deux provinces n’ont droit qu’à 10 conseillers chacune, d’après la conférence de Québec; d’après celle de Londres, elles en auront 12 chacune. La distribution des siéges sera donc comme suit :
Population memb.es. Haut-Canada 1,802 056 24 Bas-Canada 1,288,880 24 Nouvelle-Ecosse et Nouveau-Brunswick 663,881 24
Ainsi, chaque conseiller haut-canadien représentera 75,085 habitants, tandis que chaque conseiller du Bas-Canada, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse réunis n’en présentera que 40,632. Cela est évidemment injuste à l’égard du Haut-Canada. Mais c’est une infime détail ! dira la Minerve.
La quatrième violation du projet de Québec, c’est le droit laissé à la couronne d’augmenter le nombre des conseillers législatifs jusqu’à certain point, afin de prévenir ce que l’on nomme en anglais un dead lock, conflit qui paralyse entièrement la marche des affaires.
Ces conflits sont toujours déplorables. On en a vu la preuve dans la législature de Victoria. Quand la Chambre haute veut une chose que la Chambre basse repousse, ou vice versâ, tout est arrêté, la marche des affaires est entravée, et pour peu que chaque chambre manifeste l’opiniâcreté, les sessions ne peuvent se suivre sans amener aucune concession, au grand détriment de l’intérêt général. Il est donc désirable que ces conflits ne puissent durer longtemps. Parmi les moyens qui pourraient y mettre un terme, celui que les délégués ont choisi nous semble assez bon en lui-même, mais il y a un détail que nous n’approuvons pas. Que des conseillers surnuméraires soient nommés, en nombre restreint, cela est juste ; mais par qui doivent-ils être nommés ? Par la couronne ou par le peuple ?
Les délégués disent : par la couronne ; nous disons, nous, par le peuple. Qui est le plus intéressé à ce que le conflit cesse, si ce n’est le peuple ! Qui a le plus de droits de faire pencher la balance d’un côté plutôt que d’un autre, si ce n’est le peuple ? Il faudrait donc laisser au peuple le choix des conseillers surnuméraires. Le laisser à la couronne c’est le laisser au gouvernement de la colonie, toujours plus ou moins en cause, toujours plus ou moins guidé par l’esprit de parti.
On le voit, l’addition de cette clause au projet de Québec est chose importante. Vil détail ! dit la Minerve.
Cinquième changement fait au projet de Québec. La 43e résolution de Québec réservait aux législatures locales le contrôle des pêcheries des côtes de la mer et de l’intérieur, et l’établissement, l’entretien et la régie des pénitenciers et des maisons de réforme. Ces deux objets importants sont enlevés au contrôle des chambres locales. Celle-ci, pourtant, a une juridiction, un pouvoir un contrôle assez étendu. Pourquoi donc lui donner toujours de l’extension aux dépens des gouvernements locaux ? Il ne fait pas bon trop centraliser le pouvoir : l’on s’en apercevra plus tard. Bah ! bagatelle ! détail, selon la Minerve.
Le sixième changement regarde la question des écoles. Les nouvelles fabriquées à Londres, stipulent : 1o que tous les priviléges accordés aux écoles séparées du Haut-Canada le seront également aux écoles séparées du Bas ; et 2o que toutes les mesures adoptées au sujet des écoles [séparées?] seront sujettes à un appel au gouvernement en conseil.
Ces clauses, nous n’en [saisissons?] point assez la portée pour les [commenter?] aujourd’hui. Nous attendrons de [plus?] amples détails.
De tout ce qui [precede?] il résulte clairement que M. Cartier a foulé aux pieds [ses?] promesses [formelles?], et qu’il nous apparaît pour la millième fois le front marqué de la quadruple [flétrissure?] de la trahison, du servilisme et du mensonge et de la [lâcheté?].