« Sans Titre » Le Défricheur (7 mars, 1867)


Informations sur le document

Date: 1867-03-07
Par: Le Défricheur
Citation: « Sans Titre » Le Défricheur (7 mars, 1867)
Autres formats: Bientôt disponible


Le Défricheur.

Victoriaville (Arthabaska Station) 7 Mars 1867.

Quand la charte de 1841 nous fut imposée, elle fut accueillie dans le pays par un sentiment universel de défiance et de crainte.

La nouvelle constitution contenait à la vérité de grandes libertés, mais ces libertés étaient empoisonnées par notre alliance contre nature avec le Haut Canada, et par l’esprit corrupteur et saxon dont chaque article était imprégné. L’on sentait d’ailleurs instinctivement, que l’Angleterre ne s’était pas montrée tout-à-coup si prodigue sans réserver quelque part de vastes compensations à sa politique, et que la justice n’était pas le dernier mot du Bureau-Colonial.

Le peuple privé de ses chefs, morts ou exilés, ne savait que faire . ni que résoudre.

Les libertés de la nouvelle constitution l’attiraient, mais l’union détestée qui en était le prix, l’échafaud qui se dressait encore dans son sein, les premières élections sous le nouveau régime, faites à coup de hache ou de bâton, toutes ces causes lui faisaient craindre un piège caché où il aurait un jour à laisser le meilleur de tout ce qui constitue son autonomie.

Dans ces circonstances douloureuses le peuple appelait vainement la voix des exilés qui lui auraient tracé son devoir. Il lui fallait un homme,—un homme de l’école de M. Papineau, un de ceux en qu’il avait mis sa confiance—et de quelque coté qu’il se tournât, le peuple était prêt à le suivre. C’et homme fat Louis Hypolite Lafontaine. M. Lafontaine était du reste merveilleusement propre à la situation. Son nom n’était pas encore il est vrai, universellement répandu dans le puplic, mais partout où il était connu il était avantageusement connu. Il s’était fait au barreau une vaste clientèle et une belle réputation. En politique il avait toujours été de l’école de M. Papineau. Avant comme pendant 37 il avait pris aux évènements une part assez active pour être compté parmi les patriotes, assez prudente pour n’être pas mis au nombre des téméraires. Quant à ses qualités personnelles, c’était avant tout un homme d’un esprit solide, d’un aplomb inébranlable, dont le coup d’œil était infaillible dans tout l’horizon qu’il embrassait, mais dont l’horizon aurait pu être plus étendu,–bon, généreux mais froid et sans expansion.

Le peuple l’accueillit avec transport, et jusqu’au retour de M. Papineau il fut véritablement le dictateur du peuple Canadien.

En face de la nouvelle constitution, et des devoirs que lui créait la confiance du peuple, la position de M. Lafontaine était difficile.

La nouvelle charte contenait des principes libéraux, elle donnait au peuple canadien le droit de s’administrer lui-même, mais elle exigeait de lui des sacrifices de principes immenses, et des concessions dangereuses dans le domaine national.

Il n’y avait que deux voies politiques d’ouvertes,et il fallait choisir entre l’une ou l’autre.

Il fallait ou s’en tenir au programme de M. Papineau dont la base avait été la revendication complète de tous nos droits et de tous nos privilèges, et repousser par conséquent des libertés incomplètes et une charte pleine de périls ; ou accepter la nouvelle constitution, tirer le meilleur parti possible des franchises qu’elle accordait, sauf à se protéger du mieux possible, contre les dangers qu’elle renfermait.

La première de ces alternatives faisait entrer le peuple de nouveau dans une vie d’agitation et de luttes; et le peuple aspirait au repos.

La seconde procurait au peuple un repos momentané, mais l’exposait à de nouvelles luttes, de nouvelles agitations et de graves dangers.

Le nouveau chef se décida pour cette dernière voie, dans l’espérance qu’à l’aide de ce que la charte contenait de bon, le mauvais en serait paralysé. Tout le peuple l’y suivit.

En vain la voix de M. Papineau cria-t-elle plus tard : “ Le gouvernement responsable n’est qu’un [leurre?].” On cria dans le camp opposé; L’Union faite pour nous perdre nous a sauvés.

Aujourd’hui que l’union a vécu, où sont ceux qui oseront dire encore: L’Union faite pour nous perdre nous à sauvés !

Non, l’Union faite pour nous perdre n’a pas manqué son but.

Qui osera soutenir que la nationalité française est plus forte aujourd’hui qu’elle ne [l’était?] il y a [vingt-cinq?] ans, au débat de l’Union ?

On se hâtera de dire: [nous?] [sommes?] plus nombreux, [nous?] [sommes?][illegible] mais tout cela n’est pas l’œuvre de l’Union. Tout cela est le développement naturel de toute chose humaine qui n’est pas parvenue à maturité. Mais il y a cet autre fait qui parle éloquemment contre l’Union. Il y a 25 ans la nationalité française n’avait pas autant d’expansion qu’aujourd’hui, mais elle était vigoureuse, elle était unie, forte, française, pure de tout alliage étranger. Aujourd’hui elle est plus vaste, plus nombreuse, mais elle porte dans son sein un germe dissolvant : elle est sans forces, elle est divisée, elle n’est pas encore anglifiée, mais elle est en voie de l’être. Et c’est l’œuvre de l’Union, c’est le résultat infaillible de l’œuvre de Lord Durham.

Chacun peut constater aujourd’hui que M. Papineau avait raison: l’union n’était qu’un leurre.

Chacun peut constater que la véritable politique alors était celle du grand patriote : la révendication complète de tous nos droits et de tous nos privilèges.

Chacun comprend que les aternoiements ne feront jamais notre situation meilleure, que les concessions nous [engloutiront?] peu à peu.

M. Lafontaine espérait qu’à l’aide du gouvernement responsable, le peuple canadien dominerait la situation qui lui était imposé, qu’il reprendrait tout ce à quoi il avait droit.

Et certes, s’il était quelqn’un capable de réaliser cette idée, c’était lui, mais un jour après dix ans de luttes, découragé, abattu, vaincu, il renonça à la tâche qu’il avait entreprise.

La confédération est la seconde étape, sur la route de l’anglification tracée par Lord Durham.

La situation est exactement la même en 1867 qu’en 1841. Le mal est plus grand, voilà la seule différence.

L’expérience doit nous instruire à ne pas tomber dans la faute commise en 1841.

En acceptant la confédération, comme nous avons accepté l’Union, nous nous retrouverions dans vingt ans plus faibles, plus divisés, en face de dangers plus grands que ceux d’aujourd’hui, comme nous nous trouvons aujourd’hui plus faibles et plus divisés en face de dangers plus grands que ceux d’il y a vingt ans.

Il est chimérique de se bercer de l’espoir de pouvoir reprendre un jour les concessions que chaque nouvelle constitution nous arrache.

L’acte du gouvernement impérial renchérit encore sur le projet de Québec. Nous sommes livrés à la majorité anglaise. Aucun pouvoir n’est laissé aux législatures locales, si ce n’est celui de s’imposer la taxe directe.

Notre devoir en cette circonstance est tout tracé :

Il nous faut Revenir entièrement et sans détour à la politique de M. Papineau ;

Protester de toutes nos forces contre le nouvel ordre de choses qui nous est imposé, et user de l’influence qui nous reste pour demander et obtenir un gouvernement libre et séparé.

Laisser un commentaire