« Sans Titre », Le Pays (7 mars, 1867)


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Date: 1867-03-07
Par: Le Pays
Citation: « Sans Titre » Le Pays (7 mars, 1867)
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Montréal, 7 Mars 1867.

La confédération est l’œuvre de M. Brown, chacun l’admet. C’est lui qui a proposé aux conservateurs un ministère de coalition. C’est lui qui a suggéré la reprise en considération du projet d’union. C’est lui qui a forcé le gouvernement d’accepter cette mesure et de l’insérer en tête de son programme. C’est lui qui par ses efforts a donné au projet le coup d’épaule qui l’a poussé à sa réalisation. Il est vrai qu’il a essayé par la suite d’enrayer le mouvement parce qu’il ne le dirigeait plus. Mais il était trop tard : il avait donné le branle, et il devait être lui-même irrésistiblement entraîné par les circonstances dans la course sans pouvoir la modérer.

M. Brown se frotte aujourd’hui les mains de contentement. Il avait toujours espéré reprendre la conduite du grand cheval de bataille si imprudemment confié, lui à ses ennemis d’autrefois. Mais on l’a mené au but tambour battant, sans lui donner le temps de respirer, sans écouter ses réclamations. Aujourd’hui, un peu humilié il s’est vrai, il est content dans le fond. Il grommelle bien encore un peu, il trouve qu’on ne lui a pas assez donné, mais il se réjouit d’être l’auteur du grand changement politique que nous voyons arriver.

L’Hon. M. Dorion et l’Hon. M. Holton prédirent à M. Brown, lorsqu’il entra dans la coalition, qu’il en sortirait meurtri. Ils ont eu cruellement raison. M. Brown ne commande plus d’influence dans le Haut-Canada. Ses anciens partisans l’ont définitivement abandonné.

Il est trop intelligent pour ne s’en point apercevoir. Aussi vient-il de changer de tactique. Il prêche maintenant la fusion des deux partis réformiste et conservateur. C’est une triste fin que celle du lion qui se fait chacal, qui laisse son antre pour la tanière, les nobles proies pour la charogne.

Dans une assemblée qu’il a convoquée à Tilsonburg la semaine dernière, M. Brown a lu la lettre suivante que lord Monck lui adressait en 1864, et qui prouve 1o que la confédération est l’œuvre de M. Brown, dont MM. Cartier, McDonald, etc., ont été les instruments, 2o que la confédération est, en résumé le triomphe du principe de la représentation d’après le nombre, contre laquelle MM. Cartier, McDonald, etc., eux-mêmes ont tant et si fort crié :

Québec, 21 juin 1864.

Mon cher M. Brown,

Je crois que le succès ou l’insuccès des négociations qui se font depuis quelques jours pour la formation d’un gouvernement assis sur de larges bases, dépend beaucoup de votre consentement à entrer dans le cabinet.

Sous ces circonstances, je dois, encore une fois, prendre la liberté de vous dire, par cette note, comme je l’ai déjà fait souvent verbalement, mon opinion sur la grave responsabilité que vous assumeriez si vous vous refusiez à faire partie de l’administration.

Ceux qui jusqu’ici se sont opposés à vos vues ont consenti à se joindre à vous de bonne foi pour faire sortir la Province de ce qui paraît être une position très-périlleuse.

Ils ont sincèrement offert de prendre en considération et essayé de régler, sur des principes satisfaisants pour tous, la grande question constitutionnelle que, par votre énergie et votre habileté, vous avez rendue vôtre.

Les détails de ce règlement doivent nécessairement être l’objet de graves débats dans le Cabinet, et j’avoue ne pas voir comment vous puissiez prendre part à cette discussion ou comment votre opinion puisse porter sur la solution de la question, si vous n’occupez pas une place à la table du Conseil. J’espère que je puis, sans inconvénient, vous prier de prendre ces opinions en considération avant d’en arriver à une décision sur la conduite que vous devez tenir.

Croyez-moi, etc.,

MONCK.

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