« Fédération des Canadas » Le Pays (1 février, 1866)


Informations sur le document

Date: 1866-02-01
Par: Le Pays
Citation: « Fédération des Canadas » Le Pays (1 février, 1866)
Autres formats: Á préciser.


Fédération des Canadas.

Le Canadien, le Leader, le Spectator et plusieurs autres journaux ministériels se sont prononcés déjà contre le projet de fédération qui doit être proposé à la prochaine session du parlement. Voici qu’à son tour la Minerve en fait autant. Les ministres, ses patrons, ont promis cette mesure aux grits dans le cas où la confédération manquerait. Vont-ils donc se trouver en antagonisme ?

A notre sens, cette profession de foi, inspirée par les maîtres, est une preuve sensible que le gouvernement n’entend point accomplir sa promesse. La Minerve jusqu’ici a tenu à ne point se compromettre, mais aujourd’hui elle traduit ouvertement la pensée de ses chefs, et le projet de fédération, promis par ceux-ci, nous apparaît comme une nouvelle duperie.

Si cependant, cédant à des motifs que nous ignorons, le gouvernement s’occupe de la fédération, nous promettons au pays que la Minerve et ses confrères ministériels répudieront leur position et prendront fait et cause pour ce projet. L’on connaît trop leur versatilité pour en douter.

En attendant nous mettons devant les yeux du public les opinions de la Minerve sur le sujet :

« Dans le programme de la coalition, il y a aussi, c’est vrai, un article qui concerne l’union fédérale des deux Canadas. Cette mesure, nous l’avons déjà dit, n’obtient que peu de sympathie de notre part. Nous ne croyons pas que la fédération des deux provinces nous soit, SOUS AUCUN RAPPORT, avantageuse, et nous ne croyons pas que dans le Bas-Canada, elle rencontre jamais d’avocats zélés. Mais dans tous les cas, cette union sur de nouvelles bases ne peut être que temporaire, et elle ne peut signifier qu’un acheminement vers l’union générale.

« Envisagée à ce point de vue, et nous croyons que la marche des évènements ne permet pas de l’envisager autrement, la promesse faite par les conservateurs de consentir à la fédération des Canadas, s’il n’y pas d’autres moyens de faire disparaître nos difficultés sectionnelles, n’a pas la signification qu’on lui prête.

« La fédération ne peut être qu’une transition entre l’union actuelle et celle plus générale de toutes les Provinces. Et cette transition ne saurait être de longue durée. Les provinces du Golfe finiront par entendre raison, et du moment qu’elles accepteront le projet de la convention de Québec, la fédération cessera d’exister.

« C’est précisément ce caractère purement transitoire de la fédération qui pourrait faire refuser son adoption. Les législatures des autres colonies vont s’assembler dans le cours du mois prochain. De suite, on va voir l’opinion qui y domine, et on va pouvoir juger du temps nécessaire pour que la majorité se rallie autour de la politique du Canada et de l’empire. Si le résultat que nous désirons et que nous espérons, faisait entrevoir sa réalisation pour une époque rapprochée, il serait inutile pour nous de changer la constitution de notre pays. A quoi servirait de créer de nouvelles difficultés, d’adopter de nouvelles combinaisons qui devraient encore être modifiées au bout d’un an ou deux ? »

Venant de la Minerve, l’un des organes, cette déclaration signifie que le gouvernement n’entend point accorder ce qu’il a promis.

Et cependant que disait, il n’y a que quelques jours, l’Hon. M. Blair à ses électeurs ? N’affirmait-il point que le gouvernement se propose de présenter aux chambres un plan de fédération, à leur prochaine session ?

Laisser un commentaire