« L’influence britannique et la Confédération », L’Union Nationale (2 février, 1866)


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Date: 1866-02-02
Par: L’Union Nationale
Citation: « L’influence britannique et la Confédération » L’Union Nationale (2 février, 1866)
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L’influence britannique et la Confédération.

Les bons colons de l’Amérique britannique du Nord qui ont eu la naïveté decroire que l’Angleterre avait concédé à ces provinces de larges prérogatives, le droit de se gouverner à leur guise, de régler leurs affaires d’intérieur selon leur bon plaisir, doivent commencer à s’apercevoir qu’ils se sont singulièrement trompés. L’Angleterre n’avait voulu nous donner qu’un moyen passager de nous passer d’elle, en attendant qu’elle eut des raisons de penser que le développement de la puissance américaine pouvait l’engager à ne plus se passer de nous. Son intérêt a été son mobile et de même que son habileté l’a poussée, autrefois, à être libérale à notre égard, de même elle cherche à se rapprocher de nous aujourd’hui, parce qu’elle y trouve son compte.

L’Angleterre redoute une guerre avec les Etats-Unis. Elle voudrait trouver un allié qui sur terre lui gagnerait des batailles, pour son propre compte à elle, pendant que sur mer elle soutiendrait contre les Monitors Yankees une lutte plus ou moins difficile.

Dans n’importe quelle circonstance et à quelqu’endroit des cinq parties du monde, dans le passé, comme dans le présent, il n’y a qu’un moyen de bien saisir l’intention de l’Angleterre : c’est de découvrir de quel côté se trouve son intérêt.

La France le sait bien, elle qui n’a jamais tant souffert de l’Angleterre, que lorsqu’elle a ajouté le plus de foi à sa loyauté punique ; et Napoléon III, qui connait son Angleterre sur le bout de ses doigts, n’a jamais été plus en garde contre l’Angleterre que depuis qu’il est devenu son intime ami.

Les hommes d’état canadiens-français, qui ont conservé quelque respect, quelqu’amour pour les traditions nationales, devraient prendre exemple sur le prince des diplomates qui préside aux destinées de la France. Tout en ne froissant pas à l’excès les susceptibilités du gouvernement impérial, ils devraient faire comprendre à l’Angleterre que la population dont il surveille avec patriotisme les intérêts, n’est pas assez peu éclairée pour ne point comprendre que l’Angleterre veut tout simplement en faire l’avant-garde des forces de terre, assez peu redoutable du reste, sous le rapport du nombre et de l’organisation, qu’elle lancerait contre les Etats-Unis, dans le cas d’une guerre avec cette puissance.

Si notre place au soleil et dans la nomenclature des peuples, doit être le prix de notre dévouement au drapeau anglais, nous demandons au moins de légitimes compensations. Le moyen d’après lequel l’Angleterre veut nous organiser pour sa défense, ne devrait pas être celui qui doit entraîner notre perte. En d’autres termes, si l’Angleterre désire trouver dans ses colonies de l’Amérique du Nord des alliés fidèles et dévoués qui combattront pour son drapeau au jour de l’épreuve, elle ne doit pas commencer par froisser leur amour-propre, violenter leurs intérêts, détruire leurs libertés, et rayer d’un trait de plume les institutions politiques qu’elle leur a octroyées.

Il y a toujours deux parties à un pacte, à un traité. Les circonstances veulent que nous traitions de nos relations futures avec l’Angleterre comme métropole, ou plutôt comme alliée. Que doit-elle désirer de nous, avant tout et par-dessus tout, si elle désire sincèrement notre alliance ? N’est-ce pas notre amitié ? Et comment peut-elle obtenir notre amitié, notre affection ? Il n’y a qu’un moyen, qu’un seul moyen, c’est de nous traiter avec déférence et justice, de respecter les droits que les traités nous ont octroyés et qu’on nous a niés dernièrement, pour nous prouver sans doute qu’on ne voulait plus les reconnaître. Que l’Angleterre garantisse au Bas-Canada son autonomie, qu’elle le laisse libre de se gouverner à sa guise ; qu’elle brise la chaîne de l’union que lord Durham est venu river et souder en 1840 ; qu’elle fonde ici ou qu’elle laisse développer la société française qui a déjà jeté de si [profondes?] racines dans ce sol riche et glorieux de sang et des sueurs de nos pères courageux ; et alors elle pourra compter sur le dévouement et l’affection sans bornes de nos compatriotes.

L’Angleterre devrait comprendre que la seule barrière naturelle que la nation yankee puisse rencontrer dans l’extension de ses frontières de ce côté-ci du 45me, c’est l’existence d’une population française, d’une société française, égalemeut distincte et des anglais du Haut-Canada et des yankees d’au delà de la ligne-frontière.

Pourquoi les tendances annexionistes se manifestent-elles plutôt au sein de la population anglaise que de la population française du Canada ? Faut-il poser cette question, aujourd’hui que les idées sont parfaitement arrêtées à ce sujet ? Appartenant au même culte, à la même race,parlant la même langue et ayant les mêmes goûts industriels, les même appétits matériels et le même génie commercial, la population britannique du Canada peut généralement encore désirer rester indépendante des Etats-Unis, mais l’annexion ne l’effraye certainement pas, si toutefois elle ne lui sourit pas. Et pourquoi ne lui sourirait-elle pas, lorsqu’il est bien établi qu’il y a unité de tendances, unité nationale, unité commerciale entre tous les membres d’une même race habitant côte-à-côte un même continent, vivant sous un même ciel ?

La population anglaise de ce pays ne peut donc offrir, naturellement, aucun obstacle à l’annexion volontaire ou à l’annexion forcée.

Tandis que la population canadienne française, désireuse de conserver son autonomie et comprenant l’impossibilité de la conserver, lorsqu’elle subira l’influence d’une population de 30 millions d’âmes, ayant une origine et des aspirations différentes, est une colonne d’Hercule que le pavillon Yankee ne peut trancher, si l’Angleterre sait s’en faire un rempart en nous traitant avec justice et même avec libéralité.

La faute de l’Angleterre, voulant nous imposer la confédération et anéantir nos droits, est grande et lui attirera l’animadversion de la population française, qui a de trop graves intérêts à protéger pour les laisser compromettre sans s’émouvoir et sans chercher ailleurs des compensations que l’Angleterre ne lui offre même pas.

Nous l’avons toujours dit et nous le répétons ; la confédération désaffectionnera complètement la population canadienne-française et lui fera perdre confiance dans la métropole, et au lieu de s’en faire une alliée par ce moyen, l’Angleterre s’en fera une ennemie. L’Angleterre ne trouvera jamais de soldats en Canada, après en avoir fait une seconde Irlande. En nous donnant notre indépendance, précédée du rappel de l’Union, elle nous attacherait à elle pour toujours et dans un demi-siècle elle aurait fondé une puissance capable de lui rendre de grand services.

MÉDÉRIC LANCTÔT.

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