« Fénianisme et Confédération », Le Pays (22 mai, 1866)
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Date: 1866-05-22
Par: Le Pays
Citation: « Fénianisme et Confédération » Le Pays (22 mai, 1866)
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Fénianisme et Confédération.
Ça été une tactique chez les unionistes de faire croire que leurs adversaires et les fénians travaillaient aux même but,— qu’ils étaient complices dans le projet d’enlever à la couronne anglaise l’allégeance de ses colonies. Qu’il y ait des anti-unionistes qui rêvent cela, à l’imitation des fénians, c’est très possible, tout comme il est possible que des unionistes caressent le même désir. Mais que le parti hostile à la confédération ait, comme corps travaillé dans le sens de Stephens et des chefs futurs de la république irlandaise, c’est là une chose que l’on ne saurait faire croire qu’à de fanatiques torys. Les journaux mêmes qui ont débité cette sornette rient sous cape de la crédulité de leurs dupes, savent qu’ils disent faux, et rassurent leur conscience en songeant qu’ils travaillent pour la plus grande gloire de leurs chefs politiques. Ils ont en mains un engin de succès,— pourquoi n’en profiteraient-ils pas ? La fin ne justifie-t-elle pas les moyens? Il importe donc très peu que les moyens soient honnêtes, puisqu’ils peuvent favoriser l’accomplissement de l’œuvre sainte de l’anglicisation !
La Minerve disait dernièrement :
« Les chefs fénians eux-mêmes, n’ont pas dédaigné de s’occuper de la confédération. Ils se sont réjouis de l’échec que cette mesure a éprouvé au Nouveau-Brunswick. Dans un discours prononcé à Calais, au milieu des partisans qui menaçaient le Nouveau-Brunswick, le notoire Killian annonça « qu’il était évidemment du devoir des fénians de faire échouer la Confédération. » Il rattachait cette politique à celle que devaient suivre les Etats-Unis, « ceux-ci ne pouvant écraser la monarchie au Mexique, et permettre, en même temps, son établissement à Ottawa.
« Il vient encore de répéter cette menace, en se vantant que les tentatives des fénians à Eastport ont, du moins, gêné l’attitude de l’Hon. M. Gordon. C’est ce qu’il donne comme un des résultats les plus consolants de son expédition. »
Notre confrère du St. John’s Freeman, l’hon. M. Anglin, a éventé la mèche. Ce ne seraient plus les adversaires de la confédération qui entretiendraient une communauté d’idées et de projets avec les fénians, mais bien les unionistes, la loyale phalange qui compte pour chef M. Cartier, un révolté de 1837, et M. Tilley, un annexionniste de 1850. Ecoutons-le, et l’on verra s’il n’a pas raison dans ses accusations :
« Sans l’aide des fénians, les ennemis du gouvernement responsable savent qu’ils ne peuvent rien. Nous avons déjà appelé l’attention sur cette remarquable coïncidence : que, bien que pendant quelques semaines les télégrammes n’aient rien dit sur le compte des fénians, les bandes de Killian commencèrent à faire leur apparition sur la frontière juste au moment où le gouverneur et ses conseillers de coulisses se déterminèrent à fouler aux pieds les droits du peuple. La déclaration de Killian à M. M——, du Telegraph : qu’ils avait longtemps d’avance quel jeu le gouverneur se disposait à jouer, et les assertions du major Sinnott à d’autres correspondants de notre journal : qu’il connaissait ce qu’il se préparait, sont des faits moins significatifs que celui-ci : Killian déclarait, à toutes les assemblées publiques, qu’il ne permettrait pas que la confédération fût adoptée,— déclaration qu’il savait parfaitement calculée pour aider les unionistes, déclaration pour laquelle, nous n’en doutons pas, il était payé par le parti canadien. »
Le secret de l’expédition de Killian pourrait bien se trouver là.