« LA CONFÉDÉRATION ET L’ANGLIFICATION », L’Union Nationale (23 mai, 1866)
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Date: 1866-05-23
Par: L’Union Nationale
Citation: « LA CONFÉDÉRATION ET L’ANGLIFICATION » L’Union Nationale (23 mai, 1866)
Autres formats: Á préciser.
LA CONFÉDÉRATION ET L’ANGLIFICATION.
[Cette correspondance, qui porte depuis plusieurs jours le timbre de Trois-Rivières, ne nous est parvenue qu’hier. Elle vaut la peine d’être lue. Nous n’en retranchons rien : les prédicateurs ont le droit de se juger entr’eux.]
EPIGRAMME.
Etre foulé aux pieds révolte un vrai Français ; Cartier n’est offensé, si le pied est Anglais.
EPIGRAMME.
Pour l’homme tempérant, comme pour les gourmets, Le miel est réputé des plus excellents mets. Mais pour Monsieur Cartier, il préfère la cire (Sir) Fabriquée par la ruche du Britannique Empire, Voyez ! Il abandonne la langue des Français ; Sans cesse il favorise les citoyens Anglais ; Il dit qu’il aime bien qu’un anglais soit son maître, Tout cela pour de la cire. Il est bien nommé traître.
M. le Rédacteur,
Tout le monde sait que les anti-fédéralistes prétendent que la confédération doit nous anglifier, et que les fédéralistes prétendent le contraire. Ceux qui lisent l’Union Nationale savent aussi que vous avez cent fois démontré qu’il était clair comme le jour que les anti-fédéralistes sur ce point (comme sur le reste) avaient la raison de leur côté. Mais aujourd’hui on a une nouvelle manière de le démontrer. Il ne s’agit plus ici de raisonnements difficiles à saisir, il ne s’agit plus de prévisions dont tous les esprits n’apprécient pas la justesse, il ne s’agit que d’ouvrir les yeux. Oui regardez la confédération qui commence déjà son œuvre. Examinez les différentes productions du jour ; on a une tendance extraordinaire à rabaisser la France, à énumérer ses fautes depuis les plus petites jusqu’aux plus grandes. Voyez le Canadien, et dites à propos de quoi M. Le Moine a-t-il publié un écrit sur les derniers temps de la domination française en Canada. Etait-ce pour faire voir qu’on était bien mal sous les Français ? Mais qu’on veuille donc se rappeler que ce n’est qu’une exception (l’intendance de Bigot), et que la France lui a signifié son rappel dès qu’elle eût appris sa conduite infâme. Comme de raison on ne trouve pas ces commentaires dans l’écrit de M. Le Moine.
Lisez le Journal des Trois-Rivières, et voyez cet écrit intitulé : “ Considérations sur le Canada.” Eh bien ! malgré que chaque phrase de cette correspondance soit tellement décousue, qu’elle semble former un écrit à part, malgré qu’elle ressemble à ces proverbes qui paraissaient sous le nom de variétés, sur le même Journal, malgré tout cela, le jeune (sans doute), écrivailleur est venu à bout de former un tout pour humilier la France, en lui rappelant toutes les horreurs de la révolution.
Certains prédicateurs, certains écoliers dans leur composition, tombent dans la même faute. Ils ne le font pas directement exprès pour nous détacher de notre mère patrie ; mais ayant dans leur cœur l’amour de l’Anglais que suggère la confédération, ils parlent presqu’instinctivement contre sa digne antogoniste : la France. Que voit-on encore : Monseigneur d’Arichat envoie une circulaire à ses ouailles, et dans cette circulaire, il semble vouloir pallier le grand forfait de la dispersion acadienne : l’Angleterre n’est que la chère Albion et par des phrases significatives, il fait tomber un peu de mépris sur notre chère France. Pour lui, on lui pardonne, parceque les Français ne sont ni ses amis, ni ses compatriotes. Mais ce qu’on pardonne moins, c’est l’ardeur avec laquelle les journaux fédéralistes l’ont cité d’un bout à l’autre, en approuvant toutes les parties. Mais veut-on que j’arrive de suite au fait que je veux signaler ? Allez donc demander à nos fédéralistes s’ils veulent désormais appartenir à la France ; ils vous crieront : nous ne voulons pas, nous aimons mieux l’Angleterre. L’Angleterre, notre bourreau autrefois, le bourreau de l’Acadie, et celui de l’Erin ! Et veut-on des preuves que ce serait là la réponse qu’on aurait ? Lisez sur les journaux fédéralistes ces paroles de M. Cartier, qui ont été applaudies de tout côté : “ Les Canadiens-Français ne désirent rien tant que de vivre sous la domination de l’Angleterre.” Lisez encore comme on a approuvé cette résolution prise dans une des Provinces du Golfe : Que la confédération était une chose désirable parcequ’elle reliait beaucoup plus intimement les colonies à leur mère-patrie, l’Angleterre. On a approuvé ces paroles, on attend donc cet effet là de la confédération. Voilà où nous en sommes. Ébahi devant la confédération, on jette un voile sur tout ce que l’Angleterre a fait par le passé, et l’on veut voir dans sa conduite celle d’un ange politique. Mais pour la France, point de ménagement.
Les fédéralistes prouvent encore leur peu de patriotisme dans leur lutte avec le Canadien. Ce journal demande que l’on remette le plan de Québec devant les Chambres, afin de le modifier en notre faveur. Il voudrait décentraliser le pouvoir, afin de diminuer l’influence du Haut-Canada. On ne veut rien entendre ; on veut que les Canadiens soient écrasés. Continuez, Messieurs les fédéralistes, maudissez la France, et bénissez l’Angleterre ; nous, ne maudirons pas l’Angleterre et nous bénirons la France.
UN PATRIOTE.