« L’AVENIR IMMÉDIAT », L’Union Nationale (29 mai, 1866)
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Date: 1866-05-29
Par: L’Union Nationale
Citation: « L’AVENIR IMMÉDIAT » L’Union Nationale (29 mai, 1866)
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L’AVENIR IMMÉDIAT.
La confédération s’accomplira-t-elle ou non ?
Nous l’avons déjà dit ; dans notre humble opinion, c’est une question dont la solution est entre les mains des adversaires de ce projet.
Leur apathie ou leur ardeur peuvent ou perdre ou sauver la situation.
Combien de temps ont-ils devant eux ?
Computons les étapes et nous arriverons à la solution de cette question d’une manière certaine.
Les fédéralistes ont devant eux une situation qui est loin d’être parfaitement dessinée.
La majorité du parlement de la Nouvelle-Écosse a voté sa propre déchéance. C’est vrai. Mais les commettants de cette majorité n’ont pas encore ratifié cet acte de lâcheté et de trahison. Au contraire, ils se préparent à amender l’action de la majorité par les protêts les plus énergiques, les requêtes, les assemblées publiques et probablement par une députation en Angleterre. L’hon. M. Howe est à la tête de l’organisation, les comités se forment et bientôt le peuple de la Nouvelle-Écosse aura délégué effectivement des pouvoirs considérables à ceux qu’il aura jugés digne de sa confiance. Les fédéralistes ont donc tort de compter la bataille gagnée sur ce point. Ils n’ont fait que prendre une position arbitraire sur les hauteurs de l’illégalité. Leurs adversaires réussiront—souhaitons le du moins—à les précipiter dans les bas-fonds de l’impopularité et à les y écraser sous la vindicte publique.
Au Nouveau Brunswick, les fédéralistes viennent de remporter une victoire partielle, grâce à l’or et aux intrigues des agents britanniques, mais nous aurions tort de voir dans cet échec qui fait la honte de ceux-là même qui l’ont conçu et exécuté, une cause de découragement. Au contraire, il vaut infiniment mieux connaître dès le commencement de la lutte, la nature des armes de son adversaire, que de le constater après avoir été frappé par lui. Or, au Nouveau-Brunswick, l’on a eu recours à ce vieux moyen favori, la corruption, et nous n’en sommes pas fâché, car nous avons assez foi dans le patriotisme et la dignité de nos populations pour être certaines qu’au jour de la lutte, elles écraseront sous leur talon ces vils trafiquants de consciences, si jamais ils osent parader leur or et leur infamie au milieu de nous.
Qu’on se le tienne pour dit, le succès partiel des fédéraux du Nouveau-Brunswick aura sa contre-partie éclatante dans le Bas-Canada, lorsque les traitres qui passent tantôt leur temps à rire de notre nationalité et tantôt à abreuver de leurs soupçons le vénérable Pasteur de ce diocèse, se présenteront devant le peuple avec leur infâme projet de confédération. Espérons donc.
Depuis quelque temps, l’on entend dire, nous ne savons sur quelle autorité, que l’Isle du Prince Edouard, naguère si opposée à la confédération, est prête à accepter ce projet. Rien n’est encore venu confirmer cette rumeur.
Quant à Terre-Neuve, elle n’a pas encore montré la moindre disposition à entrer dans la confédération.
Mais nous savons que les fédéralistes se préoccupent peu de ces deux petites provinces, qui sont pour ainsi dire la queue de la comète fédérale. La tête et le corps, le Canada, la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Brunswick, suffiraient à leurs appétits révolutionnaires.
C’est donc sur ce triple et vaste terrain que la bataille doit finalement se livrer.
En Canada, il n’y a pas à compter sur la moindre assistance du Haut-Canada. Il a la part du lion, il est satisfait, en attendant qu’il soit repu.
Mais le Bas-Canada présente des éléments d’opposition formidables, qui n’attendent que le moment de se mettre en action. Voici venir la session. Quelque répugnance que veuille manifester le ministère à répondre aux questions de l’opposition, il faudra bien qu’il se compromette. Il faudra bien qu’il vote pour ou contre une proposition qui posera en principe l’arbitraire et l’indignité du principe de l’arbitrage impérial. Il faudra bien qu’il vote pour ou contre une proposition déclarant que l’arbitrage impérial serait considéré comme une abdication des droits, des libertés et des privilèges de cette province, certainement à la volonté populaire. S’il se déclare contre l’arbitrage impérial, de crainte de succomber, la bataille est gagnée. S’il se prononce pour l’arbitrage et qu’il se trouve en minorité, la dissolution de la coalition suit de près et la confédération est remise aux calendes grecques. Si la majorité le suit, comme c’est trop probable, dans cette malheureuse voie, alors le Bas-Canada s’agite, les amis de la nationalité canadienne française remuent toutes les forces vives, tous les éléments d’opposition constitutionnelle, et alors la bataille, loin d’être gagnée par les fédéralistes n’est qu’engagée, et l’on ne peut en prévoir le dénouement.
Il est certain que l’organisation anti-fédéraliste du Bas-Canada sera assez forte et assez active pour faire pleuvoir les pétitions au sein du parlement anglais, et plaise à Dieu que nos hommes publics rencontrent assez d’ardeur patriotique pour que quelques-uns d’entr’eux soient délégués auprès de l’autorité impériale pour y faire entendre la voix émue mais ferme entendre la voix énergique de la nationalité canadienne-française, qui, certes, sent sa force et n’entend pas abdiquer elle, ses droits à l’existence, ses droits à l’avenir, ses droits au sol qu’elle a défriché et fertilisé de son sang et de ses sueurs.
L’agitation anti-fédéraliste ne peut commencer efficacement dans le Bas-Canada, avant la session qui sera inaugurée le 8 juin. D’ici là, un travail d’organisation doit se faire, l’esprit public doit être travaillé par toutes les feuilles patriotiques, toutes les intelligences qui comprennent la gravité de la situation doivent mettre leurs concitoyens moins éclairés au fait de ce qui se passe, et faire part à tous des appréhensions que les révélations des organes ministériels, l’action de la Nouvelle-Ecosse, les indiscrétions du gouverneur Gordon, ne justifient que trop. En même temps nos alliés des provinces d’en bas doivent être et seront mis au fait des préparatifs et des intentions du parti national du Bas-Canada, afin qu’ils se sentent fortifiés et encouragés par la certitude que notre attitude sera digne de la leur.
En supposant que tous les efforts des populations des colonies et des patriotes qui s’opposent au projet de la conférence de Québec et à l’arbitrage impérial, échoueraient, la confédération ne peut possiblement être un fait accompli avant une année. Computons. Le Parlement du Nouveau-Brunswick se réunit en Août. Si la majorité des représentants du Canada et du Nouveau-Brunswick accepte l’arbitrage impérial, la délégation ne peut être en Angleterre avant la fin de septembre.
En même temps le parlement anglais aura été prorogé pour ne se réunir que le printemps prochain, ou il aura été dissous à la demande du cabinet Russell, qui ne l’a emporté que par cinq voix sur la question de réforme. Dans ce dernier cas, la prochaine session du parlement anglais pourrait avoir lieu au plus tôt en janvier ou février prochain. Le bill dont il serait saisi touchant la confédération, étant passé, il faudrait que les législatures des diverses provinces fussent assemblées pour adopter les constitutions locales. Leurs sessions ne pourraient avoir lieu avant le mois d’avril ou mai, et les premières élections pour la formation des parlements locaux et du parlement central auraient lieu dans le mois de juin 1867.
Comme on le voit, en supposant que les évènements marchent au gré des fédéralistes les plus enragés, la confédération ne peut avoir lieu avant un an—ce qui certes est encore beaucoup trop tôt. Mais ce laps de temps doit nous inspirer confiance et nous donner l’espoir que la divine Providence trouvera, dans son infinie bonté, quelque moyen de détourner de nos têtes le nuage constitutionnel dans lequel des intelligences corrompues ont enveloppé les foudres qui doivent tôt ou tard, dans leurs infâmes calculs, exterminer notre chère nationalité.
MÉDÉRIC LANCTÔT.