« La confédération et le Grand-Tronc », Le Pays (29 mai, 1866)
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Date: 1866-05-29
Par: Le Pays
Citation: « La confédération et le Grand-Tronc » Le Pays (29 mai, 1866)
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La confédération et le Grand-Tronc.
Le Grand Tronc est pour beaucoup dans la persistance de nos ministres à réaliser leur beau rêve de l’union des provinces. Depuis longtemps, M. Brydges est leur mauvais ange, leur pervers conseiller. Le parti conservateur s’identifie depuis longtemps avec ce vorace oiseau de proie qui s’est tant de fois abattu sur le trésor public. Chaque fois que le Grand Tronc a voulu mener à bonne fin quelque lucrative spéculation, il s’est associé les hommes du pouvoir, en faisant miroiter à leurs yeux de beaux louis d’or. L’on sait les intimes rapports de MM. John A. McDonald, Galt, Cartier, Rose, etc., avec lui, et personne n’a oublié l’immense supercherie des $100,000 dont M. Galt s’est fait le complaisant agent, et le parti libéral le vengeur.
Les relations actuelles du parti conservateur avec le Grand Tronc ne démentent nullement ses relations passées. Aujourd’hui le Grand Tronc flaire de beaux revenus sous la confédération projetée; de là son indéfectible alliance avec les ministres, et ses efforts pour poser une cause qui produira de si avantageux effets. Il n’y a pas à se le dissimuler, si l’union des provinces s’accomplit, le Grand Tronc réalisera d’immenses profits, et comme son unique but, la cause première de son existence, est l’exploitation des colonies par le monopole britannique, il voit devant lui un trop vaste champ d’action pour reculer jamais. Et pour que l’on ne dise pas que nous l’accusons à la légère, citons un fait.
A une assemblée des actionnaires et des directeurs du Grand Tronc, qui a dernièrement eu lieu en Angleterre, M. Watkin a parlé de la confédération en termes qui ont dû plus d’une fois faire venir l’eau à la bouche de ses auditeurs. Le Herapath’s Railway Journal, qui se fait son interprète, nous donne pleinement raison, en reconnaissant les avantages considérables promis au Grand Tronc par cette mesure. MM. Watkins et Brydges ne sont pas hommes à dédaigner une telle aubaine, et l’intérêt immédiat qu’ils ont dans la confédération nous est une irrécusable indication des gigantesques efforts qu’ils tentent aujourd’hui et qu’ils tenteront, tant qu’ils verront briller une lueur d’espoir, pour réaliser ce projet. Non seulement, ils encouragent les ministres à persévérer, mais ils les inspirent directement, mais ils leur indiquent les moyens d’action efficaces, mais ils mettent à leur service et leur influence et leur bourse.
Si les élections du Nouveau-Brunswick tournaient au profit des unionistes, nous n’hésiterions pas à attribuer ce résultat au Grand Tronc. Des sommes fabuleuses seront dépensées par lui pour corrompre les électeurs. Et si ceux-ci députent au parlement une majorité unioniste, nous pourrons dire, sans crainte d’errer: Le doigt du Grand Tronc est là !
Voici ce qui nous en donne l’assurance : ce sont les paroles du Herapath’s Railway Journal:
« A l’heure qu’il est, la confédération des cinq provinces est une mesure qui sera bientôt adoptée, et l’on calcule qu’elle sera AUSSI PROFITABLE au Grand Tronc qu’aux provinces elles-mêmes. Elle aura aussi pour effet de forcer la création — ou plutôt la complétion — du chemin de fer intercolonial, DONT LE GRAND TRONC SE CHARGERA sans doute à des conditions équitables. Lorsque le chemin de fer intercolonial et le pont international, de Buffalo, seront construits, le Grand Tronc aura du charbon aux deux extrémités de sa ligne, et ses convois se rendront jusqu’au magnifique port d’Halifax.
« Sous la confédération, le Canada deviendra un grand pays, et le chemin de fer du Grand Tronc, en son temps, une grande propriété. »
N’apercevez-vous pas dans ces paroles un motif bien légitime d’appréhender l’action du Grand-Tronc dans le débat qui se vide aujourd’hui dans les colonies anglaises ? Il y a tout un volume dans ces dernières lignes.
Et puis M. Brydges n’est-il pas actuellement au Nouveau-Brunswick ? Tous les journaux ont annoncé depuis quelques jours qu’il se rendait à St. Jean dans un but commerciale afin de s’entendre, disaient-ils, avec le commerce de l’endroit sur certains moyens de transport, etc. Cela est très possible : mais qui ne devine que la confédération, bien plus que tout autre mobile, l’y a poussé. L’on n’ignore pas que des élections générales sont à se faire au Nouveau-Brunswick. Eh bien ! nous voyons dans la présence de M. Brydges dans cette province, sous les circonstances actuelles, pendant une campagne électorale, au moment où se décide le sort de la confédération, nous voyons, disons-nous, la preuve irrécusable de l’immixtion du Grand Tronc dans le combat engagé entre le droit et l’intérêt. Pour ce qui est du parti qu’il a embrassé, nous l’avons mentionné plus haut, et, d’ailleurs, c’était un soin inutile. Les corbeaux s’abattent où la charogne les attend, dit le proverbe.