« La Confédération », L’Union Nationale (17 janvier, 1867)


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Date: 1867-01-17
Par: Le Pays
Citation: « La Confédération » L’Union Nationale (17 janvier, 1867)
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LA CONFÉDÉRATION.

Jusqu’à présent, le ministre des colonies s’est tenu dans une prudente réserve.

On ne sait encore rien des dispositions du Cabinet anglais à l’égard de la Confédération.

Le projet de Québec est entre les mains des délégués des provinces de l’Amérique britannique du Nord, ou plutôt de trois de ces provinces, puisqu’il n’y a que le Canada, le Nouveau Brunswick et la Nouvelle Ecosse qui soient représentés à la conférence qui siège actuellement à Londres.

L’Ile du Prince Edouard et Terreneuve n’y sont pas représentées.

Il serait curieux de savoir quelle espèce de législation l’on va adopter relativement à ces deux dernières colonies.

Va-t-on leur imposer une constitution qu’elles répudient et sur laquelle il ne leur a pas été donné de se prononcer ?

Quant à Terreneuve, il est possible que l’on ne s’en occupera pas, et que l’on s’en tiendra aux dispositions du projet de Québec. On la laissera libre de faire partie ou non de la confédération en lui prescrivant certaines conditions et en déterminant le chiffre de sa représentation dans le Parlement Fédéral, etc.

Mais en est-il ainsi de l’Ile du Prince Edouard ? Son opposition à l’union des colonies n’avait pas été prévue par les auteurs du projet de Québec, et cependant la septième résolution de ce projet constitue cette province une partie intégrante des trois grandes divisions qui serviront de bases à la représentation dans le Conseil Législatif.

Ces trois divisions sont celles-ci : 1o Le Haut Canada ; 2o le Bas Canada ; 3o la Nouvelle Ecosse le Nouveau Brunswick et l’Ile du Prince Edouard.

Tous les journaux officieux et officiels se plaisent à répéter que le projet de Québec ne sera pas modifié. L’Ile du Prince Edouard va donc subir forcément la volonté arbitraire des délégués du Canada, du Nouveau Brunswick et de la [N]ouvelle Ecosse.

Nous ne voyons pas qu’il puisse en être autrement.

La représentation dans la législature fédérale doit être basée sur la population, quant à la Chambre Basse, et chaque Province aura un égal nombre de représentants dans le Conseil Législatif.

Si l’Ile du Prince Edouard ne faisait pas partie de la Confédération, le Nouveau Brunswick et la Nouvelle Ecosse se trouveraient dans une position d’infériorité telle qu’il est fort probable qu’ils seraient les premiers à demander des modifications dans le projet de Québec, sinon son rejet absolu.

Nous trouvons au sujet de la Confédération dans l’Examiner de Londres des remarques fort judicieuses écrites par un correspondant qui signe Justicia. En voici la traduction :

“ Monsieur,—Je vois par les journaux que plusieurs délégués des provinces de l’Amérique britannique du Nord sont ici et s’occupent de l’élaboration d’une mesure pour confédérer nos possessions transatlantiques. Je n’ai pas d’opinion arrêtée sur le projet d’une confédération coloniale ; mais il est digne de remarquer :—

Que trois provinces, sur cinq, ont envoyé des délégués en Angleterre.

Que l’Ile du Prince Edouard et Terreneuve ont refusé de s’occuper de confédération.

Qu’il y a quatre millions de sujets dans l’Amérique Britannique du Nord, dont quatre cent mille seulement, ou un sur dix, ont eu l’occasion d’exprimer leur opinion aux polls électoraux sur une mesure destinée à changer les relations qui existent actuellement entre les colonies elles mêmes et avec la mère patrie. Est sur le nombre dont l’opinion a été consultée, 270,000, dans une province, se sont prononcés en faveur et 130,000 dans une autre ont voté contre.

Que la législation du Canada a dit son dernier mot sur la confédération et que les résolutions autorisant la nomination des délégués de la Nouvelle Ecosse et du Nouveau Brunswick ont été adoptées avec la parfaite entente que le projet de confédération comprendrait toutes les provinces.

Que, pendant que le Parlement du Canada adoptait le projet de Québec dans tout son entier, les législatures de la Nouvelle Ecosse et du Nouveau Brunswick répudiaient le même projet et le considéraient comme injustes pour les provinces maritimes.

Il suit de ce qui précède que, quelle que soit la décision à laquelle arriveront les délégués, le Parlement Impérial ne devrait pas accepter aucune mesure, qui ne sera pas soumise préalablement aux Parlements et aux électeurs des diverses provinces.

Si le projet de Québec est adopté, ce sera manquer de foi au peuple de la Nouvelle Ecosse et du Brunswick en le leur imposant ; et si tout autre projet est adopté, ce sera agir avec une égale déloyauté envers les canadiens.

Le gouvernement de ce pays doit se montrer prudent et il doit prendre garde de ne pas agir comme le bouc-émissaire des intrigants politiques des colonies et de présenter à leur suggestion un acte au Parlement Impérial que pas un d’eux n’oserait soumettre à la considération de sa propre Législature.

Laissons ces messieurs préparer leur plan de confédération si cela leur plaît ; mais il ne faut pas pour aucune considération que le Parlement métropolitain s’en occupe tant qu’il n’aura pas été publié dans les provinces et ratifié par leurs peuples respectifs. Si cela est fait et si leur confédération fonctionne mal ensuite, les colonies ne pourront que se blâmer elles mêmes.

Si la confédération est imposée aux provinces par un acte arbitraire du Parlement, tout ce qu’elle aura de mauvais dans ses conséquences sera imputée aux gouvernants de ce pays.

Ce n’est pas le temps, quand le peuple du royaume uni demande à grands cris une extension de ses franchises, ce n’est pas le temps, dis-je, pour le gouvernement et le Parlement Anglais de refuser au peuple de cinq loyales provinces le droit d’exercer la franchise qu’il possède déjà sur une des plus importantes questions qui ait occupé son attention.

Je suis etc.. JUSTICIA.

La correspondance ci-dessus expose parfaitement la situation et si la justesse de son argumentation ne réussit à convaincre le Parlement impérial et à triompher contre les prétentions des délégués, c’est que quelque projet sinistre est dans la pensée de la mère patrie ; c’est que l’on veut réellement créer à tout prix une nouvelle nationalité comme on le dit déjà ; c’est que l’on veut en finir avec ces différences de races qui vivent en Canada; c’est que l’on veut jeter les bases d’un second empire britannique sur le tombeau de toutes les nationalités existantes.

Les Canadiens français sont ils prêts à accepter un pareil sacrifice et une semblable mort nationale ?

JOSEPH BOUCHARD.

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