« Sans Titre » Le Défricheur (17 janvier, 1867)


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Date: 1867-01-17
Par: Le Défricheur
Citation: « Sans Titre » Le Défricheur (17 janvier, 1867)
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Victoriaville (Arthabaska Station), 17 Janvier 1867.

Nous recommandons aux abonnés du Journal des Trois-Rivières de lire attentivement l’article qu’il nous consacre dans son numéro du 8 Janvier. Au lieu de la réplique formelle qu’il nous avait promise pour chacun de nos avancés sur la contédération, il effleure à peine notre article sans oser y répondre, se contentant par ci par là d’opposer une dénégation à nos preuves. Fidèle à son système de toujours éluder la question, il se jette dans des récriminations criardes, des appels aux préjugés, espérant par là porter le combat sur un terrain où sa verve atrabilaire pourra s’exercer tout à l’aise.

Il y a plus: cet article du Journal des Trois-Rivières contient des avancés d’un cynisme national révoltant. S’il a calculé la portée de ses paroles, il est bien coupable.

Voici par exemple comment il s’exprime sur le pouvoir central qui dans la confédération absorbera tous les pouvoirs, toutes les forces.

“ Cette feuille ( le Défricheur ) trouve que par le projet de la Conférence de Québec, le gouvernement central a trop de puissance. Nous admettons en effe: que les délégués qui ont accompli cette œuvre importante, chaque fois que des considérations locales ne les empêchaient pas, ont cherché à donner au gouvernement fédéral les pouvoirs suffisants pour contrôler d’une manière efficace et salutaire les pouvoirs subalternes de la confédération. Pour nous, ce n’est pas là un vice.”

Comme nous l’avons dit dans notre article, toutes les mesures: qu’elles concernent la religion, le culte, les lois, l’éducation, toutes les mesures enfin, sans exception, que pourra adopter le gouvernement local pourront être modifiées, coupées, tronquées, ou même virtuellement annulées par le gouvernement central: libre à lui de faire de tous les actes de notre législature des choux et des raves. Et dans ce gouvernement central arbitre suprême de nos destinées, dans quelle proportion seront nous? 1 contre 4 dans les communes, 1 contre 7 dans la chambre haute! Et pourtant, le Journal des Trois-Rivières dit que pour lui “CE N’EST PAS LA UN VICE!” Nous prenons acte de ces paroles. Nous les livrons aux méditations de tous les hommes sincères, qui de bonne foi cherchent la vérité, et qui de bonne foi aussi ont cru la trouver dans les principes du parti conservateur. Que doivent-ils penser d’un projet que ses plus énergiques défenseurs ne peuvent défendre qu’en affirmant des monstruosités? Que doivent-ils penser de ceux qui abdiquent ainsi volontairement, de gaité de cœur, cette plus sacrée de toutes les prérogatives d’un peuple, celle de s’administrer lui-même.

Le Journal continue : “ Malgré toute l’autorité que le projet de Québec donne au, pouvoir central, le Bas Canada cependant y a des garanties pour la conservation de sa religion, de sa langue et de tous ses droits. Ces garanaccordées, nous ne pouvons que nous réjouir de voir le gouverneme ntcentral investi de tous les droits nécessaires pour faire observer l’ordre, la paix et i’harmonie dans toute l’étendue de l’Union. Le libérallste de notre confrère peut trouver la quelque chose à redire; mais nous qui ne sommes pas gouverné par des principes démocratiques, nous n’y voyons rien de bien blâmable..

Oui, certes, “ notre libéralisme trouve là quelque chose à redire.” Et malheur aux aveugles, volontaires ou non, qui ne “trouvent là rien à redire.” Car s’il leur reste du cœur, ils ont perdu la raison; s’il leur reste de la raison ils n’ont pas de cœur. Où sont ces garanties que le Bas-Canada possède “pour la conservation de sa religion, de sa langue et de tous ses droits?” Quelles sont-elles? Pourquoi le Journal des Trois-Rivières ne les montre-t-il pas? Pourquoi se contente-t-il de l’affirmation toute sèche qu’elles existent? Prourquoi? Nous allons le dire à ses lecteurs, c’est par ce qu’il n’y en a pas. Il n’y en a pas entendez-le bien. Le Bas-Canada dans la confédération est livré pieds et poings liés à la majorité anglaise et protestante. Il n’a aucune espèce quelconque de garanties; nous le nions formellement. Que le Journal des Trois-Rivières prouve son avancé.

Jusqu’ici le langage du Journal est criminel; mais voici maintenant qu’il devient ridicule et rien que ridicule. Ecoutez :

Nous aimerions sans doute mieux que les habitants de toutes les colonies qui doivent faire partie de la Confédération, fussent une seule race professant la même religion, et parlant la même langue. Mais enfin, la Providence a voulu que ce territoire fut habité par des populations d’origine et de croyances différentes. Elle ne les a pas jetées sur le même sol pour vivre en guerre et en luttes entre elles, mais bien en paix et en harmonie. Elles peuvent donc vivre ensemble sans être constamment aux prises. Ainsi, nous répondons a notre confrère ; les provinces de l’Amérique Britannique du Nord, ne sont pas homogènes mais malgré leurs différences, il leur est très-possible de s’unir et de vivre sous le même régime politique.

En voila un singulier raisonnement ! Parce que la Providence a jeté sur le même point du globe des races différentes, il faut les unir ensemble ! Mais alors pourquoi ne pas s’annexer de suite aux Etats-Unis ? Les races des Etats-Unis ne sont pas plus différentes de la nôtre que celles des Provinces, et nous en sommes bien plus rapprochés. Tandis que nous sommes séparés des Provinces par des déserts inhabités et dont quelques-uns inhabitable, nous ne sommes séparés des Etats-Unis que par une ligne imaginaire. Il n’y a pas même une clôture entre eux et nous. L’argument n’est-il pas pitoyable ? Avec le raisonnement du Journal des Trois-Rivières, il n’y a aucune raison pour ne pas unir l’Angleterre à la France, la France à l’Allemagne, l’Allemagne à la Russie, la Russie à la Turquie, la Turquie à l’Italie, l’Italie à la Suisse et remontant ainsi de pays en pays arriver jusqu’en Chine et de là jusqu’au Kamsehatka, traverser le détroit de Bearing, passer par les territoires du Nord-ouest, descendre le St. Maurice et tomber enfin dans les bureaux du Journal des Trois-Rivières que l’on proclamerait capitale de cette belle confédération et M. McLeod lui-même archi-monarque de l’archi-soleil, selon le désir de M. Gagne poëte de la monarchie universelle ! Au fait pourquoi pas ? Deux peuples sont à coté l’un de l’autre, “ la Providence ne les a pas placés ainsi pour se faire la guerre:” donc, ils doivent être unis. La différence des mœurs, des langues, des religions ? Chanson, vieille chanson que tout cela.

Est-ce assez ridicule ? Non, ce n’est pas là le vrai motif de la confédération. Le Journal des Trois-Rivières s’est fait volontairement absurde pour ne pas être vrai, c’est à dire criminel. Le vrai motif de la confédération, nous l’avons dit récemment d’ap ès les paroles du Journal des Trois-Rivières, le vrai motif, c’est l’intérêt des colonies anglaises, ; c’est la création d’un pouvoir anglais, protestant et monarchique calqué sur la Grande Bretagne et qui perpétuera ici sa politique et ses institutions.

Le Journal des Trois-Rivières s’est mordu les lèvres de dépit en voyant comme nous avions saisi sa pensée secrète, et comme nous avions dénoncé son anglification. Il veut maintenant se t’rer de là en criant qu’il voulait obtenir de nous un aveu qu’ il voulait nous faire admettre, que le Canada est matériellement trop faible pour lutter contre les Etats-Unis. On la connaît celle-là ! Elle est cousue de fil blanc, pour nous servir d’une locution anglaise, par cela même,aimée de notre confrère. S’il voulait obte nir cet aveu, il n’avait pas besoin de prendre tant de détours. Penserait-il par hazard que nous allons lui nier que le soleil existe ? S’il voulait obtenir cet aveu, qu’il soit satisfait car nous le lui répétons. Oui, le Cenada est trop faible matériellement contre les Etats-Unis, et cependant nous demandons notre indépendance,parce que nous comptons sur la force morale qui dans ce siècle protège les petits contre les grands. Et nous méprisons la confédération qui n’ajoutera rien à notre force, et ajoutera à nos sacrifices de défense. Nous comptons que les Etats-Unis seront obligés de respecter notre indépendance comme ils ont respecté celle du Mexique en 1845. Nous craignons la confédération parce qu’elle a la prétention d’être une menace aux Etats-Unis, et que les Etats-Unis la briseront comme verre dès qu’elle avouera ses prétentions, comme ils ont brisé au Mexique la puissance de la France qui voulait elle aussi “ gêner l’expansion des principes démocratiques.” Quand la France a reculé, le Journal des Trois-Rivières pense-t-il que la confédération tiendra !

Voilà ce que tiennent les arguments du Journal devant la discussion. Mais il y a encore mieux que tout cela. Le Journal est-il aveugle ? Est-il sourd ? Sort-il de sous terre ? A force de se plonger dans le passé, ignore-t-il le présent? Le voilà qui fait une sortie furibonde contre le parti libéral parce qu’il a eu jadis pour alliés, les alliés du Journal aujourd’hui.

“Avec qui marchait,” s’écrie-t-il, “le parti libéral .avant la coalition de 1864 ? Quels étaient ses alliés ? N’étaient-ce pas les clear-grits du Haut-Canada, qui étaient ses plus fervents amis ? N’allaient-ils pas grossir les rangs de ce parti furieux qui demandait de jour en jour avec plus d’aigreur et d’animosité d’avoir le droit de dominer le BasCanada?” Mais depuis la coalition avec qui marchez-vous, vous conservateurs ? Quels sont vos alliés ? Quels sont vos plus fidèles amis ? Ne sont-ce pas ces mêmes clear-grits ? N’êtes vous pas “ allés grossir les rangs de ce parti furieux qui demandait de jour en jour avec plus d’animosité d’avoir le droit de dominer le Bas-Canada ?” Et pourquoi les clear-grits ont-ils cessé d’être les alliés des libéraux pour devenir les vôtres? parce que les libéraux ne voulaient pas leur laisser dominer le Bas Canada et que vous leur avez sacrifié le Bas Canada. M. Brown n’u-t-il pas dit en pleine chambre qu’il avait dû se séparer de M. Dorion parce ce dernier ne voulait pas régler à la manière de M. Brown, la question de la représentation d’après le nombre? N’a-t-il pas déclaré encore maintes et maintes fois, qu’avec la confédération le Haut Canada avait obtenu tout ce qu’il demandait ?

Arrivons maintenant à la conclusion du Journal : elle est digne des prémisses !

Notre confrère ne se trompe guère en disant que la haine du parti libéral et des idées libérales est une des principales raisons de notre adhésion au projet de Confédération. Nous sommes en effet pour la Confédération parce quelle sera un pouvoir qui gênera l’expansion des principes démocratiques déjà trop enracinés sur le continent américain.

Voilà où peut mener le fanatisme. A tout prix “il faut arracher les principes démocratiques déjà trop enracinés sur le continent américain.” Voilà l’œuvre à laquelle s’est voué le Journal des Trois-Rivières, dût-il pour y parvenir, mettre le pied sur le cœur saignant de son pays. Il faut détruire tout ce qu’il y a de démocratie dans l’Amérique, dût la nationalité être ensevelie avec la démocratie. Pour lui ce qu’il rève, ce à quoi il aspire c’est une monarchie anglaise et protestante, et s’il le fallait il lui donnerait pour pierre fondamentale le cadavre palpitant de la race française en Amérique.

En résumé le Journal des Trois-Rivières défend la confédération, veut la faire aimer et adopter par ce peuple pour deux raisons : la première c’est l’amour des institutions anglaises, protestantes et monarchiques; la seconde c’est la haine de la démocratie.

Maintenant nous en appelons à tous les gens de bonne foi, surtout aux conservateurs de bonne foi ; nous ne leur demandons qu’une chose, c’est de lire attentivement, serieusement les derniers articles du Journal des Trois-Rivières sur la confédération ; que les ayant lus, ils pèsent dans leur âme la valeur du projet en lui-même, la pensée qui le domine, et qu’ensuite ils prennent une décision pour ou contre, d’après la voix de leur conscience et les enseignements de leur raison.

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