« Les Elections Terminées », Le Pays (5 septebre, 1867)


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Date: 1867-09-05
Par: Le Pays
Citation: « Les Elections Terminées » Le Pays (5 septembre, 1867)
Autres formats: Bientôt disponible


Les Elections terminées.

Nous donnons aujourd’hui les nouvelles de 16 comtés du Bas-Canada, où les élections sont terminées et sur ce nombre 6 libéraux seulement ont été élus. Si ce résultat était le verdict honnête et consciencieux des électeurs ; nous croirions avoir mal jugé du sentiment public, sur les grandes questions politiques, soumises au vote populaire ; nous nous demanderions, si, dans l’appréciation de ces questions, nous ne nous sommes pas exagéré les dangers de la situation et si l’occasion justifiait l’ardeur que nous et nos amis avons apportée dans la lutte. Mais ce résultat n’indique qu’une chose : c’est que les prétendus hommes d’état qui administrent la chose publique ont répété, à 27 années d’intervalle, les manœuvres de Lord Sydenham, en 1840. Le temps et les circonstances ont modifié l’agencement des moyens d’emporter les élections et voilà tout. En 1840, on n’avait imaginé que le bâton. En 1867, le baton n’est mis en réquisition que là où la fraude et la corruption sont impuissantes.

Le moment n’est pas encore venu de récapituler les hauts faits de nos adversaires. Au reste ce serait à recommencer, à chaque numéro de notre journal. Nous attendons la fin, pour faire le compte des abominations dont ces élections fourmillent.

Si nous avons éprouvé de la surprise, en recevant les états de polls, ce n’est certes pas de voir nos amis battus en aussi grand nombre,—c’est de voir que la défaite ne leur ait pas été commune. Il nous a suffi de voir comment une des élections était faite, pour savoir ce qu’il adviendrait du reste.

Si nous avons éprouvé un regret en présence de ce résultat,—ce n’est pas non plus de voir la déroute d’un si grand nombre de libéraux,—c’est qu’il en ait été élu plus qu’il n’en fallait pour faire le jour sur les désastres de tous genres que nous préparent des législatures ainsi formées. Nous nous serions contenté de deux ou trois membres dans chaque chambre, possédant une somme suffisante d’énergie et de connaissances parlementaires, pour éclairer les sombres avenues, où la trahison va opérer la ruine du pays,—ruine morale, ruine matérielle !

Le parti libéral aura fait son devoir. Il n’aura négligé aucun effort, aucun sacrifice pour protéger la nation. Cent candidats libéraux, mettant leur personne au jeu, étaient impuissants pour opposer une digue aux moyens pécuniaires de tout un gouvernement de corruption, aux fraudes commandées à des officiers rapporteurs prêts à tout. Ils devaient succomber et c’est presque un miracle qu’il en soit échappé un petit nombre.

Ce qui nous attriste, dans tout ceci : c’est que la moralité est morte, dans le cœur de la plus haute classe de nos adversaires et dans une majorité de la population. C’est que le pays est mur pour le servage. C’est que la responsabilité morale n’existe plus, ni chez nos gouvernants, ni chez ceux qui sont appelés a les contrôler, par le vote populaire.

Si la communauté dans le malheur est une consolation,—il reste celle-là à nos amis. Il ne pourra pas être fait de loi exclusivement contre eux. Ils ne paieront que leur proportion des impots publics,—ils ne porteront que leur part dans les ignominies dont le pays sera bientôt abreuvé !

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