« Lord Durham et la Confédération », Le Pays (6 mars, 1866)
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Date: 1866-03-06
Par: Le Pays
Citation: « Lord Durham et la Confédération » Le Pays (6 mars, 1866)
Autres formats: Á préciser.
La confédération à St. Jean.
St. Jean, comme tous les centres éclairés du Canada, entretient sur le compte de cette pauvre confédération des idées très peu flatteuses et très peu encourageantes. Les sept-ne ivièmes de la population lui sont opposés qu n l même. C’est parce qu’ils connaissaient bien l’état de l’opinion que les partisans de ce beau projet oat remué mer et monde pour faire avaler la pilule aux électeurs. C’est pour cela qu’ils trompaient leurs concitoyens en invitant M. McGee à aller leur distribuer le pain de la parole fédérale. C’est pour cela que tout en disant et en faisant dire à leur candidat à la mairie que l’élection municipale était tout à fait en dehors des influences politiques, ils asseyaient dans la chaire civique un partisan de la confédération, en qui ses concitoyens ne voyaient qu’un homme honorable. C’est pour cela que, lors du passage de Lord Monck à St. Jean, ils conseillaient à leur maire de toucher le sujet de la confédération dans son adresse de bienvenue, adresse qui était censée exprimer l’opinion de la ville entière.
Mais si le maire Bissett a compromis la ville de St. Jean, celle-ci a immédiatement protesté en lui signifiant que, quand il parlerait au nom de ses concitoyens, il eût à interpréter fidèlement leurs idées et leurs sentiments. Il était aussi impolitique qu’inconvenant de parler confédération dans une telle circonstance : inconvenant, parce que parlant au nom de toute une ville, le maire devait ne point blesser ceux de ses administrés qui ne partagent point ses opinions ; impolitique, parce qu’en blessant les justes susceptibilités d’une nombreuse population, il pouvait attirer sur celle-ci les désagréments des récriminations, des représailles, des tracasseries. Or, l’on sait ce que sont ces tracasseries, ces représailles, ces récriminations, lorsqu’elles sont inspirées par l’esprit de parti politique.
Nous approuvons donc fortement nos amis de St. Jean d’avoir repoussé aussi énergiquement le mensonge de M. Bissett qui voulait laisser croire au gouverneur que leur ville brûle d’un saint zèle pour la confédération et que si l’on ne se hâte point de réaliser ce beau projet, elle tombera en pamoison, à la façon des hystériques, par excès de passion. Il fallait jeter de l’eau froide sur cette flamme ; St. Jean l’a fait : remercions-l’en.
La Minerve, comme toujours, a cherché à diminuer l’importance de cette protestation : elle y a même vu un triomphe pour son parti. Cela n’est pas le plus grave de l’affaire. Pour enlever toute signification, toute importance à la démarche des citoyens de St. Jean, elle a le toupet de demander : « Comment se fait-il enfin qu’on ne trouve pas sur la liste le nom d’aucun des premiers citoyens de St. Jean ? » (Il y a dans la phrase une faute grossière contre la grammaire, qu’un élève de quatrième aurait évitée : mais nous ne la chicanerons point là-dessus. Elle n’est point tenue de savoir le français.) Il faut avoir joliment de l’audace pour poser une pareille question. Nous y répondons de suite.
Vous dites que la liste ne contient le nom d’aucun des premiers citoyens de St. Jean. Mais M. l’ex-juge Laberge, MM. les avocats Tugault, Charland, Paradis, Desplaines et Carreau, MM. les notaires F. G. Marchand et L’Ecuyer, le Dr. Bissonnet, MM. les conseillers Bertrand et Roy, MM. les marchands Langelier, Decelles, Carrière, David, etc., ne sont-ils pas des premiers citoyens de St. Jean ? Nous ne nommons que quelques personnes : nous pourrions tripler ce nombre.
Il faut bien pardonner à des naufragés de se rattacher aux moindres pailles : il- n’en seront pas moins submergés.
Voici le texte de la leçon que la ville de St. Jean a donnée à son maire. Il importe qu’on le lise :
A James Bissett, Ecuier, Maire de la ville de St. Jean.
Monsieur,
Nous, soussignés, citoyens de la ville de St. Jean, nous croyons obligés de vous représenter que, le 13 du courant, dans votre adresse à Son Excellence le Gouverneur Général, lors de son passage en cette ville, vous avez pris une position, au nom des citoyens de cette ville, que les circonstances et la vérité ne vous justifiaient nullement de prendre.
Lors de la dernière Election Municipale, vous avez été élu Maire en dehors de toutes considérations politiques, et vous l’avez vous-même déclaré et fait déclarer publiquement, pour qu’il n’y eût pas de doute à cet égard.
Notre désir est que, comme par le passé, la politique n’ait rien à démêler avec nos affaires municipales.
C’est donc avec regret que nous avions remarqué et que nous signalons le passage de votre adresse dans lequel vous vous êtes permis, parlant au nom des citoyens de cette ville, d’approuver l’Union des Colonies Anglaises de l’Amérique du Nord, telle que projetée par le ministère actuel.
Nous sommes obligés, malgré notre considération personnelle pour vous, de vous exprimer notre entière désapprobation de votre conduite en cette circonstance, ce que nous nous sommes abstenus de faire lors de la présentation même de l’adresse en question, par courtoisie pour Son Excellence le Gouverneur-Général, dont nous étions tous heureux de saluer loyalement le retour, surtout comme ville frontière, en présence des menaces d’invasion qui récemment ont été si souvent faites.
Nous avons l’honneur d’être, ycs etc., etc. St. Jean, 16 février 1866. [Suivent 205 signatures.]