« Pression officielle indue », Le Pays (10 mars, 1866)


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Date: 1866-03-10
Par: Le Pays
Citation: « Pression officielle indue » Le Pays (10 mars, 1866)
Autres formats: Á préciser.


Pression officielle indue.

Nous avons sous les yeux deux documents assez importants : ce sont les discours des gouverneurs du Nouveau Brunswick et de Terreneuve à l’ouverture des Chambres de ces colonies. Ils ne sont pas muets, comme celui du gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, à l’article de la [confédération]. L’un d’eux dit, en effet:

« C’est l’intention avouée du gouvernement impérial de mettre l’union à effet, et les objections secondaires de la part des colonies détachées doivent nécessairement faire place devant les motifs plus puissants d’intérêt national. »

Et l’autre:

« J’ai reçu du gouvernement de Sa Majesté l’ordre de vous communiquer la correspondance relative aux affaires de l’Amérique Britannique du Nord, qui a eu lieu entre le premier secrétaire d’État pour les colonies et le gouverneur-général du Canada, et j’ai de plus reçu instruction de vous exprimer l’opinion ferme et réfléchie du gouvernement de Sa Majesté qu’il est très désirable que toutes les colonies anglaises de l’Amérique s’unissent pour former un seul gouvernement »

Comme nous l’avions pressenti, la bonne volonté des colonies ne venant pas en aide aux désirs de l’Angleterre, celle-ci va tenter un effort pour leur imposer la confédération de vive force. Il était permi d’en douter jusqu’à présent, quoique la politique immuable de l’Angleterre ait été constamment d’employer la force quand les promesses, la ruse, les menaces étaient inutiles. Mais aujourd’hui le doute est impossible. Les gouverneurs inspirés directement par la métropole, où ils viennent presque tous de faire un [voyage] officiel, proclament hautement les projets impériaux. Celui de Terreneuve dit formellement que c’est « l’intention avouée du gouvernement anglais de mettre l’union à effet; » celui du Nouveau-Brunswick exprime aux chambres « l’opinion ferme et délibérée du gouvernement de Sa Majesté que l’union des colonies est très désirable. » Or, l’on sait ce que sont les désirs tant que les circonstances permettent l’espérance de les voir se réaliser, puis alors ils deviennent ordres formels.

Le gouvernement de la Nouvelle-Ecosse n’a pas, il est vrai, parlé comme ses confrères, lui. Mais qui connaît la cause réelle de son silence ? combien de raisons de tactique n’ont-elle pas pu lui faire adopter cette réserve ? L’on connaît son opinion au sujet de la confédération, et l’on sait qu’il aurait été heureux de presser l’adoption de son plan favori. Il faut donc qu’il y ait eu quelque raison majeure qui lui dictât son apparente indifférence. Quant au gouverneur du Canada, nous nous attendons bien à le voir chasser sur les pistes des Mulgrave et des Gordon. Mais là n’est pas le plus sérieux de la question.

Ce qu’il y a de plus important, c’est ceci. Avons-nous encore un gouvernement responsable? Possédons-nous encore le droit de nous gouverner à notre guise sous l’œil du cabinet anglais? Ou bien le Bureau Colonial va-t-il nous imposer ses volontés ? La politique qui nous régira à l’avenir sera-t-elle la politique de notre choix ou celle de l’Angleterre ? Consulterons-nous nos intérêts ou ceux de la mère-patrie avant d’agir? Downing-Street va-t-elle nous régenter à sa façon sans que nous puissions crier: holà? En un mot, existerons-nous seulement pour l’Angleterre, ou pour nous-mêmes sous la direction de la métropole? Sommes-nous condamnés à une tutelle éternelle, ou notre majorité est-elle atteinte?

C’est là qu’est la question.

La pression indue du Cabinet Impérial sur notre politique tend à nous faire croire que le gouvernement responsable est un mythe, et que nous reculerons bientôt vers le temps où un ordre despotique de Downing-Street nous intimait les volontés du maître?

Si les institutions qui ont été accordées aux colonies sont sur le point de leur être enlevées, on devrait le leur dire franchement: alors elles prendraient leur parti. Pourtant lord North doit apparaître quelquefois à M. Gladstone et aux hommes d’état anglais. Le souvenir de ses fautes et de leurs résultats servirait peut-être à inspirer plus convenablement leur conduite.

Si l’on impose la confédération, si l’on violente de toutes manières l’opinion des colonies, l’on viole leurs droits, leurs libertés, l’on se moque de leur constitution, l’on s’aliène leur fidélité, l’on s’expose à voir des désordres graves se produire, et l’on n’en est pas plus avancé. Les États-Unis étaient colonies anglaises en 1776; lord North a dénoué le nœud colonial.

Souvent l’histoire se répète.

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