« Quelques inconvénients de la Confédération », Le Pays (5 novembre, 1864)


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Date: 1864-11-05
Par: Le Pays
Citation: « Quelques inconvénients de la Confédération » Le Pays (5 novembre, 1864)
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Quelques inconvénients de la Confédération.

Maintenant que l’excitation causée par la présence des délégués à Québec commence à s’apaiser ; maintenant que les bals et les dîners ne tournent plus la tête à personne, il est temps d’examiner avec le calme de la raison ce qui nous reste des Conférences qui ont mis tant de personnes en émoi. Aucune révélation officielle n’a été faite, il est vrai, mais ce qui a transpiré au dehors, au moyen des organes officieux, est suffisant pour faire apprécier, dans son ensemble, le plan de confédération sur lequel on s’est arrêté.

Nous ne répéterons pas ce que nous avons déjà dit sur la nature de la nouvelle constitution ; il suffit de noter que notre exposé est à peu près exact et que, de l’aveu des personnes les mieux informées, les caractères principaux de l’existence politique nouvelle que l’on nous prépare sont décrits dans ce que nous avons traduit de la Gazette, tout dernièrement. Nous avons alors exprimé notre opinion sans détour et nous avons invité la presse ministérielle, qui avait fait des réserves, à en faire autant ; les organes sont restés muets. Ils n’osent rien dire : ils veulent ménager à la fois, et les maîtres qui paient, et l’opinion qui s’insurge. Ils ont bien rendu compte du voyage des délégués à travers le Canada, mais ils n’ont pas dit que M. Brown, en les recevant à Toronto, a laissé percer la joie qu’il éprouve et que le Haut-Canada partage avec lui, d’avoir enfin obtenu la représentation basée sur la population. Ils n’ont pas dit que l’élément français serait nullifié et que notre position serait bien pire qu’elle ne l’a jamais été sous l’union actuelle que le Bas-Canada redoutait avec raison et qu’il a repoussée dès le début. Laissons parler un journal dont le témoignage n’est pas suspect, le Herald de Montréal. Depuis nombre d’années, le parti libéral n’a pas eu un allié plus fidèle, ni un avouant plus habile ou plus sincère de toutes les réformes utiles. Après avoir exposé les caractères généraux du plan de confédération, le Herald dit :

« Envisageant cette constitution au point de vue des controverses passées, elle comporte manifestement des concessions très-libérales de la part de ceux qui jusqu’ici ont refusé de réajuster la représentation dans le sens que l’on vient d’adopter. Dans la crainte que l’élément français ne fût noyé, on s’est opposé à toute augmentation de représentation dans le Haut-Canada. Cependant, d’après le système proposé, au lieu d’avoir soixante-cinq membres à opposer à quatre-vingt-deux, ce qui l’aurait placé dans une minorité de quarante et un, en supposant que douze membres anglais eussent été élus, le Bas-Canada se trouvera dans une minorité de cent trente-sept, et dans une minorité de 125, dans le cas où tous les députés du Bas-Canada seraient français. Prenant l’une ou l’autre de ces proportions, l’élément français, dans la législature fédérale, se trouve placé dans une position très-inférieure à celle qu’il eût occupée sous l’union législative actuelle, sous un système équitable de représentation, et ce fait prend une importance nouvelle lorsqu’on le rapproche de la constitution du Conseil Législatif. Le Haut-Canada aurait été satisfait d’y avoir l’égalité ; maintenant, supposé même que tous les conseillers du Bas-Canada fussent français, ce qui n’arrivera pas, ils se trouveront dans une minorité de deux contre un. »

Le Herald appuie aussi, comme nous l’avons fait, sur les inconvénients qui résulteront de la nomination des gouverneurs locaux par le parlement fédéral, mais ses remarques sur la représentation nous ont paru si justes que nous avons cru devoir les soumettre à la considération du lecteur. Il en résulte clairement que, si la confédération a lieu sur les bases qui ont été adoptées, nous serons, à tous égards, dans une position pire que si la représentation basée sur la population eût été accordée sous le régime actuel. Les feuilles du bon parti auront beau s’agiter, elles ne sortiront pas de là, mais dès que les bons principes s’accommodent des lâchetés et des bévues de M. Cartier, nous n’avons plus rien à y voir, nous autres démocrates.

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