« Sans Titre » Le Défricheur (15 mars, 1865)


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Date: 1865-03-15
Par: Le Défricheur
Citation: « Sans Titre » Le Défricheur (15 mars, 1865)
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M. le Rédacteur,

Depuis que la session parlementaire a commencé ses travaux, les journaux ne nous parlent que de la Confédération des Provinces; c’est le grand thème du jour. Vous conviendrez avec moi que ce sujet est aussi de la plus haute importance et que l’avenir des habitants du Bas-Canada y est gravement concerné, et compromis par le plan adopté.

D’un côté on nous représente la confédération sous les plus belles couleurs, de l’autre, on nous y laisse entrevoir des dangers qui menacent de nous faire périr.

Le comté de Nicolet n’a pas eu encore l’occasion de se prononcer sur cette question comme un grand nombre d’autres l’ont fait; on dirait que l’opinion publique y est paralysée.

Notre représentant semble prendre plaisir à fausser l’opinion ou à tenir cachés les maux qui nous menacent. Pour lui il croit avoir satisfait aux exigences de son mandat, lorsque, mollement assis sur ses coussins, il se lève pour voter comme une machine, confiant que ses électeurs n’aperçoivent pas encore les ficelles que M. Cartier fait mouvoir pour le mettre en jeu, pour en faire une marionnette !

Le Défricheur nous apprenait l’autre jour que le comté de Champlain aurait l’honneur de sa visite, qu’il était allé accompagner M. Ross afin de l’aider à tromper ses électeurs sur le grand projet de la confédération et de le mettre à l’aise sur le vote qu’il sera bientôt appelé à donner sur cette question si brûlante pour nous.

Je dois vous avouer qu’ici nous sommes jaloux de cette préférence de notre représentant qui n’a jamais cru devoir ouvrir la bouche pour nous informer.

La paroisse de Gentilly l’a [bientôt?] dernièrement entendu brailler les Aylward, ne trouvera-t-il pas aussi une larme sur les maux qu’il

nous prépare : Il est plein de sollicitude et de politesse pour le comté de Champlain il le visite pour connaître leur disait-il, l’autre jour, l’opinion de son comté, du comté de Nicolet ! Quelle farce !!! Quelle mauvaise foi !!!!

Les électeurs du comté, à une prochaine élection n’iront pas consulter le comté de Champlain, M. le Rédacteur, soyez en certain, pour mettre M. Gaudet à la porte. Ils lui conseillerons sans doute d’aller planter du tabac canadien !! plante qui croit à merveille sur les bords de la rivière Gentilly.

Ils comprennent que leur homme ne fait que du tapage aux portes des églises que jamais il n’a pu discuter sérieusement devant eux une question importante sans assaisonner le tout d’une blague inqualifiable. La blague électorale est son genre c’est aussi son mérite, et à une prochaine élection le comté sera préparé à lui faire connaitre qu’il a forfait aux vrais intérêts du pays.

La confédération des Provinces est pour nous canadiens français et catholiques une question de vie ou de mort politique. Ce n’est ni plus ni moins qu’une révolution que l’on veut opérer, M. Gaude doit savoir cela cependant il est du moins, sans être prophète, il gobera la confédération comme il a avalé Brown. Non seulement nos droits politiques sont attaqués par le projet de la confédération mais encore, les délégués de la convention de Québec n’ont pas craint de porter une main sacrilège sur l’arche-sainte; sur la religion catholique, en affirmant que la question du mariage et du divorce serait une des attributions du gouvernement fédéral et M. Gaudet comme habitant de la campagne, comme catholique est prêt par son vote (il le montre par sa conduite et ses paroles) à sanctionner cet acte de bassesse et de lâcheté, il a même parlé en faveur de cette monstruosité dans le comté de Champlain. Dans sa sainte horreur des rouges qui n’existent que dans son cerveau malade, il est prêt à étouffer le fanatique Brown dans ses embrassades et ses étreintes; il lui sacrifie un de nos dogmes sur lequel est assise et repose la grande famille catholique. Qui ne se rappelle pas la sainte horreur qu’entretenait encore dernièrement le membre de notre comité, sur le compte du fanatique Brown, l’ennemi outré des catholiques, l’ennemi du Bas-Canada! Les temps sont changés, M. Brown est au pouvoir il a tendu la main à M. Cartier et à ses partis sans que le pays avait jugé et qu’il avait rejetés, M. Gaudet en fait aujourd’hui un saint un vrai jésuite, il se courbe devant ce grand prêtre des Grits et lui demande sa bénédiction. La discussion qui a eu lieu dans la Chambre, le discours de M. Brown en particulier, prouvent à l’évidence qu’il n’est pas changé et que notre représentant dans toute sa sagesse est sa dupe; qu’il lui a vendu son comté et les habitants de son pays et que par son vote, il cherche a les lui livrer.

:M. Gaudet a voté contre la représentation basée sur la population durant toute sa vie parlementaire, aujourd’hui, cependant il est prêt à sacrifier ce principe à M. Brown. Les votes qu’il a donnés depuis qu’il est en Chambre nous font voir clairement la conduite qu’il va tenir sur cette question. Il est cultivateur, il a été envoyé en Chambre par nous, ses électeurs en grande partie cultivateurs et veut-il nous vendre aujourd’hui pour un plat de lentilles ? Depuis sa dernière élection il s’enhardi, il travaille contre les habitants, il vote la loi du timbre, la taxe du tabac, il augmente de mille manière par ses votes, les chages onéreuses sur le trésor public, pensant sans doute que son comté lui pardonnera toutes ces peccadilles, tous ces délites politiques pour quelques farces qu’il leur jouera lors de sa visite après l’occasion. Ces heureux temps pour lui, sont passés, il devra compter avec ses électeurs sur la sagesse de sa conduite.

Ce monsieur n’entend peut-être pas le murmure qui existe, tant il est sourd à nos vrais intérêts, il entendra plus tard ; la voix du peuple le réveillera de son état léthargique, il sera trop tard pour lui.

Je suis, etc.,

Votre très humble serviteur, B

ONNET BLANC.

St. Pierre les Becquets, 28 fev. 1865.

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