« Sans Titre », Le Pays (12 fevrier, 1867)
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Date: 1867-02-12
Par: Le Pays
Citation: « Sans Titre » Le Pays (12 février, 1867)
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Montréal, 12 Février 1867.
« Le correspondant de la Minerve à Londres, lui annonce que le bill concernant la confédération des Provinces anglaises va être adopté sans opposition avant la fin du présent mois. — Journal de Québec.
Quoi, M. Cauchon, vous ne faites aucun commentaire en publiant cette nouvelle ? aucune restriction ? aucune dénégation ? Vous ne me manifestez aucune incrédulité ? vous m’exprimez aucune crainte ? vous ne proférez aucune plainte ?
M. Cauchon, vous disiez, il y a quelques semaines, que le peuple canadien aurait tout le temps nécessaire pour protester contre le plan d’union de la conférence de Londres dans le cas où il ne lui conviendrait pas. Vous vous moquiez de nous avec cette grâce qu’on ne retrouve nulle part ailleurs, parce que nous disions qu’entre la connaissance du projet en Canada et son adoption par le parlement à Londres, il se pourrait bien qu’il n’y eût qu’un intervalle de quelques jours, trop court pour permettre à qui que ce soit de réclamer.
Eh bien ! M. Cauchon, d’après le correspondant d’un journal que vous reproduisez sans réserves, le projet d’union — élaboré à Londres, édition revue de celui de Québec, — sera adopté sans opposition d’ici à quinze jours, — et ce projet vous n’en connaissez pas encore la teneur. Il n’est pas encore arrivé en Canada, et vous croyez qu’avant quinze jours le peuple en aura pris connaissance, qu’il aura protesté s’il ne lui convient pas, et que cette protestation sera rendue à Londres à temps pour empêcher (en supposant qu’on veuille y déférer) son adoption par le parlement impérial ? Vous croyez cela, vous, M. Cauchon ?
Non, cela n’est pas possible ; vous êtes assez intelligent pour repousser une aussi absurde supposition. Mais alors pourquoi le dites-vous donc ? si vous ne le croyez pas, pourquoi dire au pays que vous avez foi en vos paroles ? C’est, M. Cauchon, que vous cherchez à tromper le peuple, à l’endormir, à lui fermer les yeux sur les périls que vous contribuez à lui créer. C’est que vous êtes fatalement lié au char politique d’un gouvernement que vous détestez en vous-même — parceque vous en êtes jaloux, et que vous lui gardez rancune, — mais que vous servez avec zèle et défendez ardemment, par intérêt. C’est surtout, M. Cauchon, que ce gouvernement ne vous récompense pas en paroles seulement, c’est que vous palpez et faites sonner ses espèces, c’est qu’il vous a constitué sur le trésor public une pension mensuelle de près de mille piastres. En un mot, c’est que ça paie.
Vous ne direz pas non, M. Cauchon.
A propos, où en êtes-vous des réflexions qu’a dû vous inspirer la découverte du fameux item de $11,249.45 ? Cet infernal Pays ne respecte rien, pas même vos secrets ! Vous n’avez pas coutume d’être muet, M. Cauchon : pourquoi donc ne dites-vous rien de notre diabolique découverte ! Souvenez-vous que vous nous aviez défié, que le gant a été relevé, que nous vous avons atteint. Confessez-vous votre défaite ? Vous prétendez-vous vainqueur ? A votre aise, mais, de grâce, parlez. Ne laissez pas croire que les gamins du Pays vous ont scellé la bouche à tout jamais.