« Sans Titre », Le Pays (13 avril, 1867)
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Date: 1867-04-13
Par: Le Pays
Citation: « Sans Titre » Le Pays (13 avril, 1867)
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Montréal, 13 Avril 1867.
Quelques feuilles conservatrices s’évertuent à trouver les journaux libéraux en opposition les uns aux autres au sujet du rejet de la confédération. Si elles veulent réfléchir un moment, elles s’apercevront que cette divergence n’est que dans les mots et que tous les journaux français anti-confédérés sont unanimes à repousser l’œuvre inique de notre gouvernement. Pas un n’a accepté la confédération dans le sens véritable du mot.
La confédération, la presse libérale l’a combattue de toutes ses forces, parce qu’elle est la ruine de la race canadienne-française et qu’elle statue la prépondérance de l’élément anglais non-seulement dans l’administration fédérale, mais aussi dans celle de la province de Québec. Ce qu’elle a unanimement et constamment trouvé mauvais depuis tantôt trois ans, elle ne pouvait le trouver bon une fois accompli. Autrement, c’eût été reconnaître que le succès justifie les moyens et le but. Grâce à Dieu, cette machiavélique politique n’a pas d’adeptes dans la presse libérale, qui n’a pas l’habitude de se courber devant l’omnipotence du fait. Non. Nous tous, journaux français de l’opposition, qui avons combattu sans relâche pour la conservation de ce à quoi nous tenons tant, la langue, les lois, les institutions politiques, les mœurs du Canada français, nous ne pouvions, comme ceux qui n’ont à défendre que des intérêts matériels ou des ambitions politiques, accepter de bonne grâce le nouveau système qui nous enlève langue et lois, mœurs et institutions.
Accepter le fait accompli, en ce sens que nous ne nous révolterions pas contre le nouvel ordre de choses, c’était et c’est notre devoir dans les’circonstances. Accepter le fait accompli par cela seul qu’il est le succès, en ce sens que nous dussions le trouver bon après l’avoir combattu avec raison comme mauvais, lui donner notre appui bien qu’il doive nous ruiner comme race et comme influence, l’aider à nous faire disparaître le plus tôt possible, cela ne le pouvions pas, et nous ne l’avons pas fait. Il serait prématuré de déposer déjà les armes, lorsque nous n’avons pas épuisé toutes nos ressources et que la lutte, tout en nous fatiguant, ne nous accable pas.
Nous ne sommes pas à bout de moyens ; le peuple lent à s’indigner, n’a pas encore signifié aux traîtres qu’il bénit leur œuvre ; le peuple n’est pas encore mis à genoux, il n’a pas encore tendu les mains pour qu’on l’enchaînât plus facilement. Attendons qu’il ait prononcé lui-même sa déchéance et approuvé sa radiation de la liste des peuples, nous ôtant par là tout pouvoir de lui être utile. Jusque-là, il nous est prescrit de tâcher de l’éveiller. Dans les circonstances actuelles, « désespérer serait déserter, » suivant le mot de Victor Hugo.
Nous aurons des élections bientôt, dans le cours de l’été. Si le peuple sanctionne par son vote l’œuvre de ses gouvernants, il ne sera permis à personne de nous reprocher d’abandonner le champ de bataille. Si au contraire, il secoue sa torpeur pour secouer ensuite la vermine bureaucratique qui le ronge, nous devrons combattre encore à ses côtés jusqu’à ce qu’il ait reconquis et ses droits et ses libertés.
En disant, comme ils l’ont fait, qu’ils acceptaient la confédération, les journaux libéraux n’ont entendu déclarer qu’une chose : c’est qu’ils repoussaient l’idée de résistance ouverte et conseillaient la patience. Leur faire dire plus, les compter comme partisans après les avoir eus pour adversaires, c’est les calomnier, ce qu’ils ne méritent point.