« Sans Titre », Le Pays (16 août, 1866)


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Date: 1866-08-16
Par: Le Pays
Citation: « Sans Titre » Le Pays (16 août, 1866)
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Lorsque M. Dorion, à la séance de samedi, proposa un amendement qui déclarait que, dans le cas où des changements seraient faits par le gouvernement impérial aux constitutions locales que la Chambre venait d’adopter, ces changements devraient être ratifiés par la législature canadienne, M. Cauchon s’est levé pour dire en substance ceci : « Je voterai contre l’amendement de M. Dorion, parce que M. Cartier a déclaré dans son discours sur la confédération qu’aucune modification ne serait faite aux résolutions de Québec. Autrement, je voterais pour l’amendement. »

M. J. A. McDonald protesta de la sincérité du gouvernement, qui insisterait pour faire accepter ces résolutions sans y changer un iota, « mais, ajouta-t-il, nous ne pouvons lier la Couronne par une résolution de cette Chambre. »

Ces paroles achèvent de nous convaincre qu’il sera fait des changements importants à nos constitutions et que l’arbitrage impérial aggravera notre triste situation. Il est bien vrai qu’une résolution de la Chambre ne saurait lier la Couronne ; mais elle pourrait la forcer, moralement, à respecter davantage nos droits et nos répugnances. Quand l’on a commencé à parler de confédération, l’Angleterre a donné à nos ministres carte blanche pour bâcler ce qu’ils voudraient. Elle ne s’est mêlée en aucune manière d’insérer telle et telle chose dans les résolutions, se contentant de presser l’adoption d’un projet d’union à notre choix. Si la Chambre décidait par une résolution que rien ne sera changé au projet sans son consentement, l’Angleterre interviendrait peut-être moins dans nos affaires qu’elle ne le ferait dans le cas contraire. Mais la Chambre se soumet d’avance à l’arbitrage impérial, dont les paroles de M. McDonald nous laissent entrevoir les fatales conséquences.

M. Cauchon a répondu à M. McDonald par ces paroles parfaitement justes : « Si le parlement impérial veut faire des changements, il en a le pouvoir, mais si le gouvernement canadien les accepte, et par là se rende indigne de la confiance de la Chambre, il en sera responsable à la Chambre et au peuple et sévèrement puni.

M. Brown, Dorion et J. S. McDonald parlèrent dans le même sens.

Alors M. Cartier répéta ce qu’il avait déjà déclaré : que le gouvernement n’accepterait aucun changement aux résolutions de Québec. Notons cela.

On connaît le vote pris sur l’amendement de M. Dorion : 8 pour ; 55 contre.

L’arbitrage impérial, s’il pouvait être exercé dans le sens des intérêts canadiens, nous n’hésiterions pas à l’accepter : il y a tant de clauses dangereuses dans les résolutions de Québec que nous serions heureux de les voir retrancher. Mais nous savons qu’il n’en serait pas ainsi ; nous ne devons attendre aucune protection de l’Angleterre. C’est pour cela que nous le repoussons comme un moyen de nous faire beaucoup de mal, à nous pauvres canadiens français noyés dans l’élément anglais.

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