Procès-verbaux et témoignages du Comité spécial sur L’autonomie politique des Indiens, 32e parl, 1re sess, nº 10 (1 mars 1983).


Informations sur le document

Date: 1983-03-01
Par: Canada (Parlement)
Citation: Canada, Parlement, Procès-verbaux et témoignages du Comité spécial sur l’autonomie politique des Indiens, 32e parl, 1re sess, nº 10 (1 mars 1983).
Autres formats: Consulter le document original (PDF).


CHAMBRE DES COMMUNES

Fascicule n° 10

À Saskatoon (Saskatchewan)

Le mardi 1 mars 1983

Président: M. Keith Penner

Procès-verbaux et témoignages
du Comité spécial sur

L’autonomie politique
des Indiens

CONCERNANT:

Le statut, l’évolution et les responsabilités des
administrations de bandes dans les réserves indiennes, de
même que les rapports financiers qui existent entre le
gouvernement du Canada et les bandes indiennes

TÉMOINS:

(Voir à l’endos)

Première session de la
trente-deuxième législature, 1980-1981-1982-1983

COMITÉ SPÉCIAL SUR
L’AUTONOMIE POLITIQUE DES INDIENS

Président: M. Keith Penner

Vice-président: M. Stan Schellenberger

Messieurs

Warren Allmand

Ray Chénier

René Gingras

Jim Manly

Frank Oberle—(7)

(Quorum 4)

Le greffier du Comité spécial

François Prégent

Conformément à l’article 69(4)b) du Règlement:

Le lundi 28 février 1983:
René Gingras remplace Henri Tousignant.

[Page 3]

PROCÈS-VERBAL

LE MARDI 1er MARS 1983

(23)

[Traduction]

Le Comité spécial sur l’autonomie politique des Indiens se
réunit aujourd’hui à Saskatoon (Saskatchewan) à 19h24 sous
la présidence de M. Schellenbergcr (vice-président).

Membres du Comité présents: MM. Chénier, Gingras,
Manly et Schellenberger.

Membre d’office présent: De l’Assemblée des premières
nations: Mme Roberta Jamieson.

Membre (agent de liaison) présent: De l’Association des
femmes autochtones du Canada: Mme Sandra Isaac.

Aussi présents: Du Service de recherche de la Bibliothèque
du Parlement: Mme Barbara Reynolds et Mme Katharine
Dunkley, reeherehistes. Du Centre parlementaire des affaires
étrangères et du commerce extérieur: M. P.C. Dobell,
coordonnateur des politiques.

Témoins: De la Fédération des nations indiennes de la
Saskatchewan: M. Sterling Brass, président et le sénateur
John B. Tootoosis. Du Traité n° 2: Le sénateur Bill
Standingready. Du Traité n° 4: Le sénateur Henry Langan. Du Traité
no 5: Le sénateur Thomas Young et M. Stan Wilson, interprète.
Du Traité n° 6: Le sénateur Angus Merasty. Du Traité
n° 8: Le sénateur Louis Chickcn et Mme Mary Rose Yooya,
interprète.

Le Comité reprend l’étude de son ordre de renvoi du
mercredi 22 décembre 1982. (Voir procès-verbal du mercredi
22 déeérnbre 1982, fascicule n° 1).

M. Brass fait des remarques préliminaires.

Le sénateur Tootoosis récite une prière.

Les sénateurs Standingready et Langan font chacun une
déclaration.

Le sénateur Young fait une déclaration à l’aide d’un
interprète.

Les sénateurs Standingready et Langan répondent aux
questions.

A 21h22, le Comité suspend ses travaux.

A 21h33, le Comité reprend ses travaux.

Le sénateur Merasty fait une déclaration.

Le sénateur Chicken fait une déclaration à l’aide d’une
interprète.

Le sénateur Tootoosis fait une déclaration.

Les sénateurs Tootoosis et Chicken répondent aux questions.

Le sénateur Chicken récite une prière.

[page 4]

A 23h28, le Comité suspend ses travaux jusqu’à nouvelle
convocation du président.

Le greffier du Comité

François Prégent

[Page 5]

TÉMOIGNAGES

(Enregistrement électronique)

[Traduction]

Le mardi 1er mars 1983

Le vice-président: J’appelle à l’ordre la première séance
du Comité spécial sur l’autonomic politique des lndiens cn
Saskatchewan ct je donne la parole à M. Sterling Brass afin
qu’il nous fasse quelques remarques liminaires.

M. Sterling Brass (président, Fédération des nations
indiennes de la Saskatchewan):
Merci, monsieur le président.
C’est notre coutume en Saskatchéwan de débuter nos réunions
et nos séances par la bénédiction d’un ancien, je demanderai
donc au sénateur John Tootoosis de s’avancer afin de dire la
prière d’ouverture.

Sénateur Tootoosis, voulez-vous vous avancer, s’il vous plaît.
Pendant ce temps. je ferai une offrande d’herbe sainte.

Le sénateur J.B. Tootoosis (ancien . . . nationalité indienne,
droits indiens, traités, souveraineté
Fédération des nations
indiennes de la Saskatchewan): Prière récitée en langue
autochtone.

M. Brass: Merci, sénateur Tootoosis.

Au nom de la Fédération des nations indiennes de la
Saskatchewan, je souhaite la bienvenue aux honorables
membres et au personnel du Comité spécial sur l’autonomie
politique des lndiens.

Je crois savoir que certains membres du Comité spécial sont
absents ce soir. Toutefois, comme je ne vous connais pas, je
vais lire la liste de noms et je vous demanderai de me faire
signe lorsque je lirai votre nom afin que nous puissions vous
reconnaître par la suite.

M, Kcith Pcnner, libéral de Cochrane—Supérieur, Ontario,
président; M. Stan Schellenberger, P.C. Wetaskiwin, Alberta,
vice-président; l’honorable Warren Allmand, libéral, Notre-
Dame-de-Grâce—Lachine-Est, Québec. Je m’excuse, le nom
de la circonscription est écrit en français. M. Henri Tousignant,
libéral, Témiscamingue, Québec; M. Ray Chénier,
libéral de Timmins—Chapleau en Ontario; M. Frank Oberle,
P.C. de Prince George—Peace River, C.B.; M. Jim Manly,
NPD, de Cowichan—Malahat—Les Iles, C.B. Il y a Mme
Roberta Jamieson membre ex officio, représentant l’Assemblée
des premières nations et Mme Sandra lsaac, de l’Association
des femmes autochtones du Canada, agent de liaison, ainsi
que, du Conseil des autochtones du Canada, M, Clem
Chartier, agent de liaison.

Ceci dit, mesdames et messieurs, je vous souhaite la
bienvenue en Saskatchewan de la part de la Fédération des
nations indiennes de la Saskatchewan. Nous espérons que les
exposés qui seront faits lors de ces audiences auront des
résultats heureux et que nous travaillerons à l’accomplissement
d’un objectif très important. Merci.

[Page 6]

Le vice-président: Merci beaucoup, monsieur Brass, je vous
remercie également pour ces paroles de bienvenue. Nous les
apprécions énormcmcnt. Je vous signale que M. Tousignant ne
sera pas là et qu’il est remplacé par M. Gingras, député de
I’Abitibi et membre du Comité permanent des affaires
indiennes et du Nord. Il manque aussi M. Penner, président du
Comité spécial, qui doit demain avec son caucus préparer
certains documents pour la conférence constitutionnelle; il sera
la demain soir et jeudi, c’est sûr.

Je remarque également qu’il y a des caméras dans la salle.
Le Parlement du Canada interdit que l’on filme les comités
parlementaires pour une diffusion, publique ou privée. J’en ai
discuté avec M. Brass et nous nous sommes mis d’accord pour
que ces documents soient uniquement destinés à l’usage interne
et pour les archives; donc en tant que président du Comité, j’ai
l’intention d’autoriser la chose. Toutefois, demain, je devrai,
bien sûr, m’enquérir auprès du Parlement pour déterminer si
nous pouvons continuer à admettre cette pratique dans les
jours suivants. Toutefois, je l’autorise pour l’instant.

Le Comité spécial sur l’autonomie politique des Indiens a
reçu de la Chambre des communes le mandat d’étudier un
certain nombre de domaines touchant l’autonomie politique
des Indiens. Nous avons commencé par une mesure extraordinaire
en demandant d’avoir un membre ex officio de l’Assemblée
des premières nations, en plus des membres des trois
partis politiques représentés à Ottawa. Ce membre ex officio
est Roberta Jamieson, qui apporte son aide aux députés par sa
connaissance du milieu, que nous n’avons pas, n’étant pas
Indiens nous-mêmes. Nous apprécions beaucoup son aide.

Nous avons également avec nous deux agents de liaison . . .
l’un de l’Association des femmes autochtones du Canada et
l’autre du Conseil autochtone du Canada. Je crois que M.
Chartier sera là demain. De plus, ces personnes aident aussi le
Comité dans des domaines qui intéressent ces groupes et c’est
une chose que nous apprécions également.

Ceci dit, je vais demander à notre premier témoin de
s’avancer à la table et de nous aider à remplir notre mandat.
En débutant ces audiences, nous sommes très désireux d’en
apprendre davantage sur les domaines qui nous aideront à
rédiger le rapport qui doit être terminé d’ici l’automne. Nous
avons entrepris cette tâche au moment où d’autres travaux
importants sont actuellement en cours, par exemple le débat
sur la Constitution et d’autres domaines, et nous apprécions
d’avoir l’occasion de pouvoir vous entendre ce soir, demain et
jeudi.

Monsieur Brass, nous apprécierions que vous demandiez au
premier témoin de s’avancer.

M. Brass: Merci. Notre premier témoin de ce soir est le
sénateur Bill Standingready, Traité n° 2.

Sénateur Standingready, veuillez vous avancer, s’il vous
plaît.

[Page 7]

Le vice-président: Sénateur Standingready, nous vous
souhaitons la bienvenue. Veuillez commencer quand vous serez
prêt.

Le sénateur Bill Standingready (ancien, Traité n° 2,
Fédération des nations indiennes de la Saskatchewan):

Bonsoir à tous, amis et membres du Comité, qui êtes ici. Mon
exposé sera assez court; il reflète mon respect et s’applique a
notre peuple en Saskatchewan et à l’ensemble du Dominion du
Canada. Je ferai un exposé sur les droits accordés aux lndiens
en vertu des traités et sur leur intention spirituelle.

D’abord, je dois dire que nous attachons une énorme
importance aux traités nos 2 et 4, que notre Reine Victoria
nous a accordés. Je veux que le Comité sache que nous sommes
protégés et que nous essayons de vivre en paix avec nos frères,
qui sont venus ici et ont conclu des traités avec nous. Au cours
des deux grandes guerres, nous avons fait des sacrifices tout
simplement pour être dans la situation de pouvoir vivre cn
paix. Mais parfois, certains droits avec lesquels nous essayons
de travailler ont été un peu refusés; mais il y a eu de très
bonnes choses pour les lndiens, des choses qui ont été mises ici
originellement par notre Créateur. Ce pays est celui où les
lndiens ont été créés, nous sommes les autochtones, les
premières nations, comme nous nous appelons nous-mêmes.

Je vais vous donner un bref aperçu du traité signé au Fort
Qu’Appelle, où mon chef était. Il s’agit du Traité n° 4. Nous
vivons dans une région numérotée par le traité; il y a une petite
carte qui dit que c’est la région n° 2. En fait, White Bear a
signé le traité, son nom apparaît sur les documents. N’étant né
que 50 ans plus tard, je peux uniquement être témoin de cc
qu’ils m’ont rapporté. J’ai été chef pendant un certain nombre
d’années et j’ai essayé d’arranger les choses par la voie
politique; parfois j’ai rencontré l’échec, parfois j’ai réussi a
apporter le bonheur aux gens avec ce que nous avons obtenu.
De la façon dont je vois les choses, à bien des égards. un traité
est une excellente chose pour les Indiens en tant qu’autochtones.
Parfois nos frères, surtout dans notre province, ne
comprennent pas notre position relativement a ce traité dont
nous avons besoin.

Avant de nous rendre à Fort Qu’Appelle, où le traité fut
signé, nous avions nos propres terrains de chasse et différentes
choses; nous parcourions ce pays à notre gré. Je veux dire
également que nous avions nos propres territoires, White Bear.
la région de Moose Mountain, qui est la partie sud-est de la
province actuelle de la Saskatchewan, quoiqu’elle n’existait pas
en tant que province à l’époque où les lndiens étaient ici. Les
territoires de chasse s’étendaient jusqu’au Manitoba; c’était un
endroit appelé Beaver Creek; mais aujourd’hui cet endroit se
trouve au Manitoba et il s’appelle Birtle. C’est le territoire de
chasse que nous avons protégé. Nos travaillions la où la chasse
était meilleure, c’est la que nous passions l’hiver. C’est de cette
façon que l’on vivait avant la signature du Traité.

Lorsque le Traité fut signé ici à Fort Qu’Appelle, par mon
Chef, il s’est réservé un morceau de terre. Beaucoup de gens
disent que nous l’avons obtenu de la Reine Victoria. C’est faux.
Nous avons réservé ce morceau de terre afin de pouvoir y
construire nos maisons. Les représentants de la Reine lui ont
dit d’aller se choisir le terrain qu’il voulait. C’est donc la qu’il

[page 8]

s’est rendu, à Moose Mountain, il connaissait la région et le
gibier. Vous remarquerez que les réserves en Saskatchewan ont
toujours été des territoires de chasse. À l’époque où le traité de
1874 a été signé, ce territoire nous fournissait de quoi vivre.

ll s’est donc rendu, Ils lui ont dit: Allez là-bas et campez-y;
marchez toute une journée vers le sud; ensuite, le mandemain,
en direction de l’ouest: campez-y, et ensuite le lendemain en
direction de l’ouest; ce sera le territoire que vous vous réserverez.
C’est la raison pour laquelle ils les ont appelés des
réserves. Cela fait partie du pays que nous aimons profondément.
Nous ne voulons pas le perdre. Nous l’habitons toujours
et nous y construisons toujours des maisons.

A l’époque, ces traités promettaient qu’au fur et a mesure de
l’accroissement de la population . . . Je pense qu’on le mentionne
là . . . pour cinq personnes de plus, nous obtiendrions
une partie de terre, Toutefois, à un moment donné, les réserves
se sont détériorées et cela a été le commencement de la
reddition. Le ministère des Affaires indiennes et du Nord
d’Ottawa a envoyé des représentants ici pour conclure des
affaires sur certains territoires des réserves. Toutefois, en tant
que nation, notre population s’accroît généralement à un
rythme assez rapide, c’est pourquoi nous avons présenté
certaines réclamations territoriales. Nous aimerions pouvoir
récupérer une partie de ce territoire par les réclamations
territoriales des bandes.

D’autre part, spirituellement, tous les lndiens ont dit aux
représentants du gouvernement qui sont venus ici: nous ne
voulons pas vos animaux, nous ne voulons pas de votre chasse.
nous voulons le territoire afin de prouver que nous pouvons
faire de l’argent et financer les gens qui vont s’établir sur les
réserves pour y être heureux. On leur a donné une médaille, un
drapeau, le Union Jack et des uniformes avec des boutons en
cuir et des galons, je veux dire aux dirigeants, aux conseillers
et au chef. Nous avions déjà ce genre de chefs.

Si aujourd’hui nos peuples demandent l’autonomie politique
à cet égard, c’est parce que nous et ce territoire, c’est tout un.

Voilà donc l’exposé que je voulais vous faire ce soir. Je
pourrais toutefois en dire bien davantage. Je pourrais facilement
vous entretenir pendant plusieurs heures encore, mais,
comme d’habitude, le temps nous est compté. Quoi qu’il en
soit, je suis effectivement heureux de constater que le gouvernement
du Canada va, du moins nous l’espérons.
reconnaître. . . pour l’amélioration . . . La Loi sur les Indiens a
été promulguée ultérieurement afin de protéger nos traités, et
nous continuons à tabler sur elle.

Voilà donc les éléments que je voulais couvrir dans cette
première présentation. Les autres sénateurs qui m’accompagnent
aujourd’hui sont mentionnés dans le document et
j’imagine qu’ils vous en diront plus long a propos de leurs
propres traités, les n°s 5, 6, 7, 8, 9 et 10. Certains d’entre eux
vont revenir sur ce que j’ai déjà dit, d’autres, par contre, vont
aborder d’autres sujets.

Je vous remercie.

[Page 9]

Le vice-président: Merci, à vous, MM. Standingready et
Brass.

Nous allons maintenant citer les deux autres témoins, le
sénateur Langan et le sénateur Young.

Le sénateur Langan, la parole est à vous.

Le sénateur Henry Langan (Ancien du Traité n° 4, Fédération
des nations indiennes de la Saskatchewan):
Merci,
monsieur le président, J’aimerais partager avec vous . . .
L’expérience d’aujourd’hui a été extrêmement réconfortante, à
en juger d’après ce qu’en ont dit certains de mes frères anciens
qui ont tenté de s’accorder sur ce qui c’était, nous l’imaginons,
produit il y a 100 ans. Un des éléments sur lesquels nous nous
entendons, et à propos desquels nous parlons à l’unisson, est
celui des traités – tout ce qui s’est produit à ce sujet et dont Bill
vous a parlé à propos du Traité n° 4 dont je relève. Je me suis
souvent interrogé à propos de ce traité ou plutôt à propos de
l’interprétation qu’en faisait l’homme blanc lorsqu’il en parlait.

Je me suis fait, entre autres, préciser par mes frères anciens
que, lorsque nous parlons de la question des réserves,
l’interprétation que l’homme blanc en fait est que les lndiens ont
abandonné toutes leurs terres aux Blancs et que ces derniers
les leur ont ensuite rendues sous forme de réserves. Selon
l’interprétation qu’en font mes frères anciens, ce n’est pas cela
qui s’est produit. L’Indien avait coutume de garder pour lui
une parcelle de terrain, tout en partageant toujours volontiers
le reste avec les autres, et lorsque nous parlons du reste, il
s’agit, bien sûr, d’un très vaste territoire, dans le cas, par
exemple, du Traité n° 4, qui empiète également sur l’Alberta et
le Manitoba. J’ignore au juste combien de millions d’acres ce
territoire peut englober.

Ce que j’essaie de vous dire ici, c’est que d’après ce qu’en
disent les anciens, l’interprétation que fait l’homme blanc de la
façon dont les traités ont été établis n’est pas du tout la nôtre,
C’est l’un des éléments sur lesquels je voulais insister: c’est un
peu comme si les terres sur lesquelles vivent les Indiens
appartenaient au gouvernement. Pourtant, d’après mes frères
anciens, ce ne serait pas du tout cela. Qu’il me soit permis
d’espérer qu’un jour la rectification sera faite,

En parlant de traités, un autre élément sur lequel nous nous
entendons et pour lequel nous parlons à l’unisson est celui-ci:
Avant l’arrivée de l’homme blanc, les Indiens vivaient ici en
harmonie et exerçaient leur propre pouvoir en disposant
d’euxmêmes,

Ce que j’entends par là, c’est que nous sommes parfaitement
unanimes en ce qui concerne le gouvernement indien. Nous ne
demandons rien en ce qui concerne le gouvernement, quelque
gouvernement que ce soit, à proprement dit, Lorsque nous
parlons de notrc gouvernement indien. je me suis rendu
compte, en comparant mes notes à celles de mes frères anciens,
que ce qu’on appelle effectivement le gouvernement indien est
en état de latence. Il n’a jamais vraiment disparu même si
depuis nombre d’années les lndiens ont perdu le droit d’exercer
les pouvoirs qu’ils étaient censés conserver. Le coupable à cet
égard est l’agent des Affaires indiennes. C’est lui qui est
devenu l’Etre suprême. C’est lui qui a tué notre droit a
l’autodétermination dans un certain sens et pour moi c’est

[Page 10]

exactement l’expression qui convient: le droit à disposer de
nous-mêmes. le droit d’être maîtres de notre propre destinée.
Nous sommes unanimes à cet égard, et les anciens parlent à
l’unisson.

Tout ce que je vous dis aujourd’hui, je ne le dis pas en mon
nom propre, mais je me fais un peu le porte-parole des anciens
avec lesquels j’ai siégé . . . J’ignore au juste à quand remonte la
tradition des anciens, des sénateurs comme nous les appelons.
J’ignore par exemple, combien de fois nous nous réunissons par
an pour comparer les différences, les différences d’une tribu à
l’autre, les différences entre nos traditions, et pour nous autres
Indiens, tout ce que l’homme blanc écrit bien souvent à notre
sujet nous trouble profondément. Ce n’est pas de cette façon
que s’expriment mes frères anciens qui ne comprennent pas
l’anglais, mais c’est l’interprétation de leurs propos, et c’est
cette interprétation queje tente de vous transmettre.

Lorsque nous parlons du gouvernement indien, il y a autre
chose que j’aimerais souligner: nous ne demandons rien de plus
à personne; nous essayons je crois, simplement de demander au
gouvernement de ressusciter ce qui jadis nous appartenait et
qui fut quasiment éliminé à un moment donné par ces nations
qu’on appelait indiennes.

J’aimerais vous relater une histoire, qui part peut-être d’un
point de vue un peu moins sérieux. En règle générale dans ce
pays, le peuple indien a gardé ses coutumes et, parmi ses
coutumes, il y a celles qui consistent à se tourner vers les
anciens. Un jour, un jeune homme alla voir son grand«père et
lui donna, comme le veut la tradition, du tabac à fumer, puis il
lui demanda de dire une prière à l’Etre suprême. La leçon de
cette histoire rappelle un peu le passé parce que, lorsque le vieil
homme reçut la pipe, il en pointa le tuyau vers le ciel en disant:
Agent des Affaires indiennes, Etre suprême, je t’offre cette
pipe. .

Voici le message, la leçon de cette histoire: Le jeune homme
intervint et dit à son grand-père que ce n’était pas ce qu’il lui
avait demandé, car il lui avait demandé d’intercéder auprès du
Grand Esprit. Le vieil homme lui répondit que le patron n’était
pas le Grand Esprit, mais bien la nation indienne.

Voilà j’imagine la raison pour laquelle on peut dire que le
gouvernement indien est en état de latence. C’est la leçon que
nous partageons aujourd’hui. Pour la première fois depuis bien
dcs années, nous avons ressuscité cette question pour la mettre
de l’avant avec insistance.

J’aimerais maintenant partager avec vous une autre question
qui nous trouble beaucoup, celle de l’entente de transfert de
1930 sur les ressources naturelles, qui nous a été imposée sans
notre participation, qui est pour moi une violation de nos
traités par le gouvernement et qui exige, je suis catégorique à
ce sujet, une rectification. Si j’attire votre attention sur ce
sujet, c’est que tout dernièrement cette question est revenue à
l’avant-plan de l’actualité, dans la mesure où il y a 30 jours, 47
Indiens ont été appréhendés pour avoir violé les règlements sur
la chasse. Toutefois, pour ce qui est de cette entente de
transfert, le peuple indien n’a jamais eu la possibilité de se
faire entendre.

[Page 11]

Il faut impérativement arriver à régler très rapidement ce
contentieux qui vient à se créer dans la mesure où les divers
groupes ethniques, ou méme les organismes, en viennent à
nourrir les uns envers les autres une certaine animosité en
s’accusant mutuellement au point de faire preuve dc racisme.
Si ce contentieux n’est pas réglé, j’ignore ce qui pourra
survenir, mais il est certain que des vies humaines pourraient
étre mises en péril. Nous avons, par exemple, vu ce qui s’est
produit à Restigouche pour une question de péche au saumon,
à l’époque où les gens de l’endroit avaient tenté de faire
respecter les droits qui leur avaient été conférés par les traités.
Ce que je veux dire essentiellement, c’est qu’il faut impérativement
arriver à établir des liens très étroits avec le gouvernement
au niveau le plus élevé.

Pour ce qui est maintenant de confirmer définitivement tous
ces droits que le peuple indien a négociés il y a déjà 100 ans de
cela, c’est, dirais-je, l’un des gros problèmes qui se pose a nous
au niveau de nos relations avec la province, dans la mesure où
chaque fois qu’un indien est accusé d’une infraction, mais s’en
tire, la province intervient et promulgue unc loi contre laquelle
le peuple indien vient se buter. Dès lors, dans chaque province,
chaque fois que les lndiens ont gain de cause, une nouvelle loi
leur est opposée. L’animosité devient dès lors de plus en plus
vive. Ainsi, la fédération de la faune n’est pas un adversaire
facile.

ll est, j’en suis sûr, bien d’autres questions sur lesquelles les
autres vont vouloir intervenir: l’éducation, la santé, les services
sociaux et le développement économique, par exemple. Nous
considérons tous nos droits et toutes nos obligations comme
faisant partie d’un traité que nous avons conclu avec la
Couronne, sauf indication contraire. Le Canada n’a pas le
droit de déléguer ses obligations à d’autres paliers de compétence,
comme la province de la Saskatchewan.

Il est à espérer, lorsque nous parlons des droits conférés aux
lndiens par les traités, que le gouvernement s’attachera, grâce
peut-être a des recommandations très vigoureuses de la part du
Comité, à régler le contentieux auquel nous sommes partie. Je
dirai que l’une des recommandations les plus senties que nous
puissions formuler à cet égard est que ces droits doivent
impérativement être inscrits dans la constitution.
Lorsqu’aucune disposition ne protège notre peuple, c’est
précisément le genre de problème qui finit inmanquablement
par se poser, comme c’est le cas actuellement.

Une autre question qui nous trouble profondément est celle
des engagements, des traités qui ont été signés, sans vouloir
d’ailleurs préciser lequel. Lentement, mais sûrement, ces
traités perdent de leur force. Je ne sais pas ce qui pourrait
éventuellement advenir de nous. Même si je suis vieux—j’ai 71
ans—je n’ai plus autant de foi, autant de confiance, sans
vouloir pointer qui que ce soit du doigt, surtout lorsqu’il s’agit
du gouvernement, surtout lorsqu’il s’agit des personnages
politiques. Pendant la plus grande partie de ma vie, j’ai, moi
aussi, fait de la politique et je crois savoir de quoi je parle
lorsque je parle de confiance.

[Page 12]

Quoiqu’il en soit, il y a bien d’autres choses dont j’ai eu
l’expérience. Ainsi, je pensais jadis que je faisais partie du
système, que je n’y étais pas étranger. J’en ai parlé hier à
Roberta: fallait-il ou non que j’en parle? J’ai moi-même
supervisé 18 JP en Saskatchewan, jouant le rôle d’arbitre en
matière de loi provinciale. Très rapidement, je me suis rendu
compte du contentieux que cela représentait, dans la mesure
où le peuple indien faisait référence aux lois indiennes. Ayant
moi-même prêté serment d’allégeance, serment d’office, je me
trouvais assis entre deux chaises. J’étais indien, mais j’avais
prêté serment d’allégeance et tout cela devenait très troublant
pour moi; je me suis donc désisté.

L’un des premiers gros problèmes qui se posa pour les
indiens fut la Loi sur les véhicules. Loin de moi l’idée de vous
donner une impression fausse, mais il s’est agi pour moi de
l’une des expériences les plus enrichissantes de toute ma
carrière dans le système, comme je le disais, dans la mesure où
j’en faisais partie au lieu d’y être étranger, dans la mesure où,
lorsqu’il me fallait rendre des décisions d’arbitrage, ces
décisions me mettaient parfois dans de véritables dilemmes
parce qu’étant indien je pouvais me représenter les obstacles
auxquels avait à faire face la personne qui se trouvait devant
moi. Il n’était pas facile de condamner en faisant preuve de
bon sens. Toutefois, pour moi du moins, le dossier n’est pas
clos. C’est l’un des éléments sur lesquels le gouvernement
fédéral devrait sans doute se pencher.

En d’autres termes, ce que je veux dire, c’est que le peuple
indien doit faire partie du système, a défaut de quoi il y aura
manque d’objectivité. Je n’ai personnellement aucun mal à
faire partie du système et je pense que c’est précisément cela
que j’essaie de vous faire comprendre.

Voilà, monsieur le président, certaines des observations qui
m’ont été faites lorsque j’ai pris connaissance de ce dossier. J’ai
participé à des colloques. J’ai discuté avec des juges; soit dit en
passant, je pouvais communiquer directement avec la plupart
des juges de la province, pour me faire expliquer un point.
C’est pourquoi je dis cela. Voici ce que j’en pense: si nous
voulons que les Indiens adoptent les idées de l’homme blanc,
ou vice versa, il faut amener ces gens à collaborer.

Merci, monsieur le président.

Le président: Merci beaucoup, sénateur Langan. Le Comité
apprécie beaucoup vos remarques.

M. Raymond Chénier, membre du Comité, vient de s’asseoir
avec nous à la table. Nous allons maintenant entendre le
sénateur Thomas Young, par l’intermédiaire de son interprète,
M. Stan Wilson.

Merci. Vous pouvez commencer.

Le sénateur Thomas Young (ancien, Traité n° 5: Fédération
des nations indiennes de la Saskatchewan):
Merci, monsieur le
président.

(Interprétation): Mes amis, j’aimerais vous entretenir des
traités. ll y a quelque temps, nous nous sommes réunis à Prince
Albert pour discuter des points dont je vais vous entretenir

[Page 13]

aujourd’hui. Nous avons enregistré nos délibérations. M.
Tootoosis a dit au secrétaire de la réunion que les délibérations
étaient enregistrées de façon qu’elles puissent être partagées
avec un grand nombre de personnes. Selon moi, il aurait été
utile dc lire le compte rendu de ces délibérations afin de bien
en rappeler l’objectif.

On m’a demandé de parler du Traité n° 5, qui a été signé a
Le Pas au Manitoba. A l’époque, les chefs et les conseils
existaient; un des chefs choisis était très âgé; il ne parlait pas
anglais, il était même incapable de dire oui ou non. Ces chefs
et conseillers ont reçu de beaux atours, des uniformes semblables
à ceux de la Gendarmerie royale du Canada. Ainsi, on
reconnaissait leur autorité en leur donnant ces uniformes
symboliques.

Aujourd’hui, nous nous heurtons à un problème qui n’était
pas prévu lors de la signature du traité. Les chefs et leurs
conseillers n’ont pas su prévoir la situation actuelle. Les
représentants de la reine Victoria nous avaient fait des
promesses qui devaient être tenues aussi longtemps que le soleil
brille, que la rivière s’écoule et que l’herbe pousse. Or,
aujourd’hui, nous sommes en situation de conflit avec l’homme
blanc.

Le Créateur nous a donné ces terres. Les peuples indiens
occupent leurs différentes terres. On nous avait promis
notamment de verser $5 par année à chaque lndien. Certaines
promesses, il faut le reconnaître, ont été tenues pendant une
courte période; malheureusement, avec le temps, les promesses
ont été oubliées et nous n’avons plus rien maintenant. Par
exemple, lorsque les terres ont été choisies, un représentant de
la reine Victoria accompagnait le chef. Je ne sais pas si ce
représentant avait reçu des instructions, mais il a dit au chef
que si celui-ci allait trop loin, il l’abattrait avec son fusil.
C’est ainsi que nous sommes une des quelques bandes ayant très peu
de terrain. En fait, notre réserve n’a que deux milles carrés de
superficie.

Je discute de ce problème depuis déjà un bon bout de temps:
si la superficie de notre réserve n’augmente pas, il n’y aura
plus assez de place pour tous les membres. Je vous implore de
m’écouter. Nous demandons plus de terres. Ce faisant, je pense
aux générations futures car je me rends bien Compte que la
situation va beaucoup évoluer.

J’aimerais maintenant aborder un autre sujet. J’aimerais
maintenant vous parler d’un ancien chef. Gilbert Moore, qui
s’est fait dire par les membres de sa bande que s’il ne
démissionnait pas, il se ferait tuer. Cela s’est passé à l’époque où
je suis devenu chef de ma propre bande. J’ai été chef pendant
plus de dix ans. L’ancien chef m’avait dit d’être très prudent,
qu’à l’avenir, l’homme blanc essaierait de m’intimider, mais
que je devais rester très ferme; même sous la menace, je ne
devais pas avoir peur car ils n’oseraicnt pas me tuer. C’est
pourquoi, en tant qu’aneien, lorsque je parle aux chefs, je leur
dit d’exiger le respect des traités.

Je prêche par l’exemple; lorsque je donne des conseils aux
chefs, j’essaie dans la mesure du possible de les appuyer dans
leur travail. Je me vois dans la même position qu’eux.

[Page 14]

Pour en revenir aux promesses qui ont été faites, on nous
avait promis des animaux, notamment du bétail; j’ai assisté
personnellement à des dons de bétail. À l’époque, on se servait
de boeufs pour transporter le bois. Nous avons fait profiter les
dons qui ont été faits à ces personnes et nous avons pu, nous
aussi, élever du bétail. A l’époque, il n’y avait pas d’emploi,
alors il était très difficile de gagner sa vie. Ceux qui ont suivi
les instructions des chefs n’ont jamais été dans la misère.

Rien ne serait changé aujourd’hui si les jeunes suivaient le
même mode de vie; malheureusement, ce n’est pas le cas. Tout
a changé. L’argent est devenu primordial; à l’époque, il n’y
avait pas d’argent, on ne recevait pas de bien-être.

C’est tout ce que je dirai pour le moment.

Le vice-président: Merci beaucoup, sénateur Young et M.
Wilson.

Si les trois sénateurs nous le permettent, nous allons
maintenant passer à la période de questions.

Le sénateur Langan: J’aimerais, si vous me le permettez,
monsieur le président, ajouter quelque chose. J’aimerais
revenir sur le Traité numéro 4, Si nous relisons les traités, on
ne peut s’empêcher d’être étonnés devant la superficie de
terrain qui a été concédée. Pour chaque région du traité, on a
concédé 50,000 milles carrés. Je suis vieux, mais je ne peux
m’empêcher de me demander ce que nous avons eu en échange
de ces 50,000 milles carrés de terrain que nous avons concédés
à l’homme blanc. Nous avons concédé 50,000 milles carrés de
terrains à l’homme blanc, mais il faut se demander si nous
avons eu un échange équitable?

Encore une fois, il y a une mésentente fondamentale.
L’homme blanc aujourd’hui me demande pendant combien de
temps il devra encore me subventionner, On me dit que
l’argent est puisé dans les poches du contribuable. Le président
de notre fédération provinciale, Sol Sanderson, a déjà répondu
à cela, je crois.

Lorsque Tom a parlé, il a soulevé la question des traités et
des obligations. Les peuples indiens ont une obligation
découlant des traités signés. Ils se sont engagés envers le
gouvernement à maintenir l’ordre public et à faire la paix.
Pour symboliser cette obligation des peuples indiens, l’homme
blanc leur a donné des uniformes, Selon moi, encore
aujourd’hui, ces dons d’uniformes ont encore une valeur pour
les Indiens car on voit encore le galon jaune sur le côté du
pantalon que porte l’Indien.

Dans le groupe, on pouvait reconnaître le chef. Les quatre
autres chefs, quand on parle des quatre chefs, portaient le
même genre d’uniforme, mais avec un galon rouge. Quand
nous parlons des traités, les preuves sont là; c’est une des
preuves que nous avons.

L’autre preuve, c’est que les Indiens, ici encore, et Tom me
l’a rappelé, avaient un chef, Péter Salloray, et les quatre chefs.
Alors, quand on parle de gouvernement indien, à cette époque-
là, les Indiens avaient une obligation envers le gouvernement.

[Page 15]

C’était un des moyens de compenser la perte des lndiens—le
traité.

Si j’ai rappelé tout cela, c’est pour essayer de vous expliquer
comment les lndiens envisagent tout le problème de l’autonomie
et ce qui peut servir a étayer ce système de gouvernement indien.

Merci.

Le vice-président: Merci pour ces observations complémentaires.

Si nous pouvons commencer les questions, je donnerai
d’abord la parole à mon collègue, M. Chénier.

M. Chénier: Pour commencer, monsieur le président, je tiens
à m’excuser envers les anciens pour mon retard. lls comprendront,
j’espère, que ce matin, j’avais une réunion avec des
représentants du gouvernement du Manitoba. Nous commençons
les négociations sur les revendications foncières et j’espère
qu’elles conduiront à un règlement juste et équitable; et ccla.
non pas dans dix ou dans vingt ans, mais très rapidement. Je
suis arrivé a 18h30, j’ai mangé un morceau, et je suis tout de
suite venu.

Monsieur le président, c’est un spectacle véritablement
imposant que de voir les anciens devant notre Comité. La
semaine dernière, j’étais au Manitoba où j’assistais à une
séance publique en compagnie de huit anciens. Cela m’a donné
l’occasion de penser que dans notre société blanche, nous
avions peut-être oublié les anciens dans nos délibérations.
Nous avons oublié quelle était leur sagesse et c’est peut-être
l’origine du désastre actuel. Si nous nous inspirions du mode de
vie indien, si nous écoutions ceux qui ont vécu pendant très
longtemps et qui ont acquis une grande expérience, nous
pourrions peut-être en tirer une certaine sagesse pour l’avenir.

Maintenant, j’ai une question à poser à l’un des anciens.
peut-être même à tous les trois, s’ils souhaitent répondre.
Prenez les traités, le fait est que les lndiens du Canada les ont
signés, et tout ce qui s’est produit depuis 100 ans, ou 90 ou 80
ans: compte tenu de tout cela, que pensent les anciens,
comment envisagent-ils la solution finale des traités que nous
avons signés compte tenu que nous sommes un Comité du
Parlement, et non pas simplement un groupe de Libéraux, un
groupe de Conservateurs ou un groupe de Néo-démocrate n
Comité du Parlement qui espère travailler en collaboration
pour résoudre toute cette affaire le plus honnêtement possible.
Vous avez signé ces traités cn toute bonne foi, et à l’époque où
nous, nous les avons signés, je pense que nous étions de bonne
foi également. Cela dit, les choses ont probablement changé au
cours des années, et il y a peut-être eu des choses qui n’ont pas
été faites en toute bonne foi.

Le sénateur Langan: Si l’on veut analyser la situation. et
plus particulièrement les circonstances de la conférence 37(2)
qui est imminente, ce qui intéresse les lndiens, c’est que cela ne
devienne pas un exercice inutile parce que sans lendemain. En
nous asseyant pour discuter avec les lndiens, nous espérons
amorcer une discussion permanente pour essayer de résoudre
leurs dilemmes. Je crois pouvoir dire très sincèrement qu’il ne
faut pas voir les choses dans cette lumière. Si je comprends

[Page 16]

bien la situation, voilà des problèmes que nous ne résoudrons
pas du jour au lendemain, d’un seul coup.

Voila ce queÿavais a dire à ce sujet. Merci.

M. Chénier: Je suis en train de lire un livre qui a été écrit, je
pense, par un de vos bons amis et qui me semble très révélateur.
Je me demande parfois si ce n’est pas aux anciens des
nations indiennes du Canada de prendre la responsabilité, à
cause de ce passé oral tellement vivant qui est le vôtre. Ne
serait-il pas possible, avez-vous cherché à faire connaître ce
passé à la population canadienne? Au Parlement, nous avons
nos problèmes, nous avons parfois des problèmes lorsque nous
essayons d’expliquer à la population canadienne que les traités
signés avec les lndiens n’ont rien à voir avec des accords signés
avec des syndicats de la Fonction publique ou d’autres accords
signés par le gouvernement du Canada, par n’importe quel
gouvernement, Ne pensez-vous pas que les anciens pourraient
expliquer cela à la population canadienne, faire une certaine
publicité pour démontrer que les traités avec les Indiens sont
loin d’être la même chose que les autres accords signés par le
gouvernement du Canada avec n’importe qui d’autre au
Canada? Est-ce qu’on a cherché à faire cela? Dans quelle
mesure cela a-t-il réussi ou échoué?

Le sénateur Langan: Permettez-moi de développer cette
question; c’est justement une de nos grandes déceptions. Il y a
un mois seulement, nous avions convoqué la presse et les
médias. J’étais la, et j’écoutais Dave Ahenakew, le président
national, et également notre président provincial, Sol, déclarer
aux medias et à la radio qu’ils avaient des responsabilités
envers la population en général, qu’ils devaient faire un effort
pour instruire et éclairer la population.

Voilà un des grands problèmes posés par le public en
général: les traités ne sont pas compris. J’ai déjà dit que c’était
une des plus grandes causes d’irritation: considérez que j’ai
même entendu un pasteur faire cette observation: est-ce que
vous allez continuer à nous saigner pendant longtemps? Quand
on entend un pasteur dire cela, on se demande combien de gens
pensent la même chose? Cela m’a vraiment fait réfléchir.

Monsieur le président, vous avez mis le doigt sur un de nos
grands problèmes. Lorsque nous parlons de traités, le public ne
comprend pas ce dont il s’agit. De ce point de vue-là, lorsque
nous parlons des traités, il y en a tellement qui n’ont pas été
respectés. ll y a tellement de problèmes qui n’ont pas encore
été abordés. Prenez deux exemples: les stations de pêche. A
l’intérieur de la réserve indienne, notre juridiction est
incontestable. Mais cela dit,j’ai une station de pêche à 40, 50
milles de la réserve, au bord d’un lac; j’ai également des droits
d’accès â un territoire de chasse. Lorsque nous parlons de
juridiction, tout doit se confiner à la réserve. C’est ce que
prétend la province. Il y a donc un conflit.

Le sénateur Standingready: Eh bien, ce n’est pas une petite
affaire. ll y a une partie du publie qui n’a aucune idée de ce

[Page 17]

que sont nos droits en tant que Première nation. ll nous arrive
d’avoir des problèmes considérables, en particulier avec les
affaires provinciales. lls pensent que nous sommes parqués a
tout jamais sur ce petit territoire qui nous a été réservé. Mais
les promesses des traités vont bien plus loin que cela, car nos
droits de chasse ne nous ont jamais été enlevés: les animaux.
les oiseaux aquatiques, ete. On a confronté les lndiens sur ces
sujets-là, et la Fédération des Indiens de la Saskatchewan a
essayé de combattre cela. La plupart du temps, elle réussit, a
cause des promesses contenues dans les traités.

Quand on y réfléchit, nos traités sont une bien belle chose. ll
y a des gens qui pensent que ces traités ne nous ont promis
qu’environ $5 par année. Ça, c’était seulement un geste. Nous
continuons à le faire chaque année, seulement pour démontrer
que ces droits qui nous ont été donnés par les traités nous
appartiennent toujours, tant que le soleil brille et que l’eau
coule dans les rivières. Ce sont des promesses qui nous ont été
faites; si aujourd’hui elles étaient confirmées par une législation,
cela pourrait être fort utile.

M. Chénier: Monsieur le président, pour terminer une
observation. Est-ce que le Comité ne pourrait pas faire une
recommandation, soit par l’entremise du gouvernement du
Canada, soit en passant par la presse, et demander une série
d’articles pour bien expliquer à quel point ces traités ne sont
pas des accords ordinaires. On entend souvent dire que le
Canada a signé des traités avec les lndiens, mais les gens
pensent que cela n’a pas grande importance, que c’est comme
tout le reste. Ce que nous ne voyons pas, ce que la population
canadienne ne voit pas, c’est que ces traités ont été signés par
un gouvernement avec des gens qui étaient libres, qui étaient
propriétaires de la terre.

Ce serait la même chose si le gouvernement du Canada
venait me voir, moi, et me disait: Nous voulons acheter vos
terres, nous allons vous donner tant. Ces articles dont je parle
ne doivent pas refléter la façon de penser de 1982, mais au
contraire les arguments mêmes des anciens, toutes les circonstances
qui ont présidé aux négociations de ces traités, a
l’époque où ces promesses ont été faites; bref, ces articles ne
doivent pas forcément se fonder sur le document juridique
proprement dit, mais plutôt sur les procès-verbaux des
discussions de l’époque. C’est cela qui est important, beaucoup
plus que les traités proprement dits. à mon avis. parce qu’à
cette époque, toutes sortes de promesses ont été faites.

Je pense que c’est un bon moyen de minimiser la réaction de
la population canadienne face aux traités et, comme vous
l’avez observé, d’empêcher les gens de dire: Est-ce que cela va
continuer longtemps? Va-t-il falloir vous rendre tout le pays?
C’est ce genre de mentalité qu’il faut combattre si nous
voulons régler cette situation une bonne fois pour toutes d’une
façon juste et honnête.

Le vice-président: Merci pour ces observations, monsieur
Chénier. Il est possible que le Comité en tienne compte lors de
ses délibérations.

Je donne maintenant la parole à M. Manly.

M. Manly: Merci, monsieur le président.

Je tiens à remercier les sénateurs pour leur exposé.

[Page 18]

Tout comme M. Chénier, je pense que c’est probablement le
sénateur Standingready qui a dit la chose la plus importante
tout au début de son exposé, il a dit: Nous tenons beaucoup à
nos traités. Et je pense que l’ensemble de la population
canadienne doit absolument se rendre compte de l’importance
de ces traités pour la population indienne.

En Saskatchewan, on s’est beaucoup intéressé à toute cette
affaire des revendications foncières et des droits issus de
traités. Vous avez observé, sénateur Standingready, que les
Affaires indiennes avaient pour politique d’encourager les
Cessions de terre et vous avez ajouté a quel point les
revendications foncières étaient importantes aujourd’hui. Dans une
coupure de presse de l’année dernière, j’ai lu que le premier
ministre de la Saskatchewan avait promis qu’il donnerait une
réponse avant la fin de l’année sur le programme de titres
fonciers pour la Saskatchewan. Pouvez-vous nous parler de la
position actuelle du gouvernement de la Saskatchewan face
aux titres fonciers?

Le sénateur Langan: Je ne sais pas lequel d’entre nous doit
répondre à cette question. Je ne sais pas si le Comité a vu le
calendrier. Nous avons délégué d’autres personnes pour
s’occuper de cette affaire, des gens qui sont très spécialisés.
Nous, les anciens, leur faisons confiance pour interpréter ces
circonstances. Je ne sais pas si vous avez eu l’occasion de voir
le calendrier, mais pour l’instant. nous, les anciens, sommes
obligés de nous en tenir à ce calendrier qui a été adopté.

M. Manly: Eh bien, merci beaucoup, sénateur. Je suis
certain que nous aurons une réponse à cette question d’ici un
jour ou deux.

Maintenant, sénateur Langan, je veux passer à une de vos
préoccupations, cette montée d’animosité que vous avez
constatée. C’est une chose qui inquiète beaucoup de monde.

Le sénateur Langan: C’est un problème national.

M. Manly: C’est un problème national et cela inquiète à la
fois les lndiens et un grand nombre de gens qui ne sont pas
indiens. Pouvez-vous nous donner une idée de la façon dont un
gouvernement indien renforcé pourrait travailler en collaboration
avec le gouvernement national et les gouvernements
provinciaux pour surmonter ce genre d’animosité et nous
permettre de vivre tous ensemble au Canada dans un climat de
paix et d’harmonie. En fait, c’était déjà l’objectif des traités.
C’est à cela qu’ils devaient servir.

Le sénateur Langan: Monsieur le président, je peux vous
dire en toute sincérité que lorsque nous vous parlons des
anciens, nous ne prétendons pas connaître toutes les réponses.
Cela dit. si nous voulons une chance de résoudre ces problèmes,
nous devons essayer de nous sentir à l’aise, de s’asseoir
tous autour d’une table et d’essayer de résoudre le problème.
Je ne connais pas d’organismes ou de groupes ethniques qui
pourraient vous donner une solution miracle à ces dilemmes.

Cette animosité envahit de nombreux domaines. Evidemment,
il y a d’autres facteurs qui entrent en considération: la
crise financière actuelle n’est probablement pas le moindre.
Les familles qui manquent d’argent se disputent fréquemment.

[Page 19]

Les facteurs qui entrent en considération dans la solution de ce
problème ne suppriment pas la nécessité de s’asseoir autour
d’une table et de discuter. Nous espérons que ces possibilités
seront ouvertes aux lndiens. Si nous voulons voir Ics choses
d’une façon sincère, c’est le genre de chose qu’il faut faire.
Maintenant, nous avons l’intention de nous asseoir autour
d’une table et d’essayer de résoudre une partie de ces dilemmes
auxquels nous nous heurtons.

M. Manly: Ce que vous dites est très important. Dans les
temps difficiles, les gens cherchent des boucs émissaires et ce
sont souvent les lndiens qui finissent par jouer ce rôle. ll
importe que notre pays repose sur une base économique solide
et que le peuple indien repose aussi sur une base économique
solide. Vous avez dit que les lndiens n’ont pas été inclus dans
l’entente de 1930 sur les transferts de ressources. Pensez-vous
que cela a entraîné une perte totale de juridiction sur la faune,
sénateur Langan?

Le sénateur Langan: Je crois qu’un des gros problèmes en
l’occurrence, c’est la non-reconnaissance des traités par les
provinces. La loi provinciale ne reconnaît pas les traités. C’est
la source d’une des difficultés majeures des lndiens. La
province peut me poursuivre; je plaiderai coupable. Je fais
appel devant la Cour suprême du Canada, et neuf fois sur dix,
je suis sûr de gagner au niveau fédéral ou au niveau de la Cour
suprême du Canada. Les traités prennent le pas sur la loi
provinciale. C’est ainsi que nous le comprenons car vous le liez
à une situation internationale. Les provinces ne respectent pas
ces traités. C’est le message que les lndiens essaient de vous
faire parvenir. Merci.

M. Manly: Vous avez parlé d’environ 47 personnes appréhendées
le mois dernier pour infraction aux lois sur le gibier. Si
ces personnes faisaient appel, selon vous, dans 99 p. 100 des
cas, elles seraient relaxées, n’est-ce pas?

Le sénateur Langan: Je crois qu’il faudrait étudier le cas
particulier de chacune de ces 47 infractions. ll se peut que
certaines soient identiques, mais cela dépend du genre
d’infraction.

M. Manly: Donc, un des problèmes fondamentaux à régler
est une sorte de reconnaissance provinciale des traités. Merci
beaucoup. Je pense que c’est important. Merci, monsieur le
président.

Le vice-président: Merci, monsieur Manly, Roberta
Jamieson.

Mme Roberta Jamieson (membre ex-officio): Merci,
monsieur le président. J’aimerais accuser réception de l’exposé
fait ici ce soir par les sénateurs Standingready, Langan et
Young. Vous avez démontré une fois de plus votre volonté a
vous présenter devant un autre groupe pour faire une fois de
plus le point sur les négociations et les traités selon votre
perspective. Certains membres du Comité ont déjà abordé
cette question, mais un de nos problèmes est de déterminer
comment nous allons expliquer certaines questions, ou

[Page 20]

préparer un rapport susceptible d’être reçu positivement par
l’opinion publique canadienne.

Il a été dit qu’éduquer le public était en partie la
responsabilité des lndiens. Tout en le concédant, j’estime la
responsabilité du gouvernement du Canada plus importante, et je me
demande ce que vous en pensez. Le gouvernement semble dire
deux choses: d’un côté, il dit aux Indiens qu’ils ont des droits
spéciaux. que le gouvernement a des obligations spéciales
envers eux. De l’autre, il dit au reste des Canadiens, tout le
monde est égal au Canada, personne ne jouit de traitement
spécial. C’est toujours le même problème. Le gouvernement
fédéral n’est pas disposé à déclarer ouvertement—nous le
voyons encore avant la conférence sur l’article 37.(2)—que le
Canada a des obligations spéciales envers les nations indiennes
du pays.

Vous avez dit que les provinces ne respectent pas la loi . . .
Je veux dire que les lois provinciales ne reconnaissent pas les
droits conférés par les traités. Lors des négociations, elles ne
reconnaissent pas les nations indiennes et les droits conférés
par les traités. faimerais que vous me disiez quelle est la
responsabilité, selon vous, du gouvernement fédéral en la
matière. Ne devrait-il pas superviser certaines de ces lois
provinciales pour s’assurer qu’elles respectent les droits
conférés par les traités? Qui devrait assumer cette responsabilité?

Le sénateur Standingready: Votre suggestion est tout à fait
pertinente. En d’autres termes, nous devons leur faire connaître
nos droits. Je ne dirais rien au sujet des sénateurs a Ottawa
car ils devraient connaître assez bien la question indienne.
Pour ce qui est des autres gouvernements, surtout les gouvernements
provinciaux, ils ont besoin de s’informer sur ces
questions, sur ces traités, ils ont besoin de connaître tout cela.
C’est ce manque de connaissances qui fait que ces gens sont
choisis; les fonctionnaires ignorent les droits conférés par les
traités. Dans la plupart des cas, ils perdent.

Pour la première fois cette année, nous avons eu quelques
ennuis lâ-bas. lls ont autorisé les lndiens à chasser dans le parc
provincial. lls ont découvert que c’était notre droit. C’est pour
cette raison qu’ils l’ont fait. lls l’ont appris pour la première
fois cette année alors que ce droit figure dans ce traité depuis
100 ans.

Il y a une autre chose. Je me souviendrai toujours de
l’époque où Tommy Douglas était premier ministre de la
Saskatchewan et qu’il faisait campagne. Un de ses hommes est
venu dans ma réserve—à l’époque j’étais chef—et nous
disposions de quelques votes qu’il voulait. Il nous a offert
l’assurance médicale. Je m’en souviens comme si détail hier.
Je lui ai demandé: pourquoi devrions-nous voter pour avoir
l’assurance médicale? Il y a bien d’autres choses pour lesquelles
nous voulons voter. Nous bénéficions de l’assurance
médicale depuis que nous sommes devenus des Indiens inscrits,
depuis la signature des traités—c’était une des promesses
qu’on nous avait faites. Je crois, en fait, qu’il ne le savait pas.
C’est la raison pour laquelle jc ne veux ricn dire au sujet des
sénateurs; il devrait le savoir et je crois qu’il est sénateur
maintenant.

[Page 21]

Mme Jamieson: Merci. C’est un très bon point. Je vous
rappellerai que le sénateur Young a dit que bien peu de
personnes, en fait, personne, pouvaient parler la langue dans
laquelle se faisaient les négociations. Ray Chénier a tout a fait
raison lorsqu’il dit que certains des procès-verbaux ne devaient
pas correspondre à une transcription précise des pourparlers
tout en étant certainement bien plus précise que le contenu
final des traités. Ne pensez-vous pas qu’à cause de la manière
très injuste dont ils ont été négociés, de la manière dont ils ont
été violés au cours des années, ces traités devraient être non
seulement consacrés dans la Constitution mais modcrnisés?
Devraient-ils être renégociés? C’est ce que nous ont demandé
certains des gouvernements indiens venus témoigner: la
modernisation et la renégociation de ces traités. Qu’en pensez-
vous?

Le sénateur Langan: Roberta, avec votre permission. je
dirais que le sentiment des Indiens dans la province s’agissant
des traités remonte à quelque chose qui s’est passé il y a l00
ans. Le message des lndiens, le mandat qu’ils me donnent, est
donc que ces traités ne sont pas négociables; ils remontent à
100 ans. Les Indiens veulent conserver ce qui a été signé il y a
100 ans. Ce n’est pas négociable.

Mme Jamieson: Cela veut-il dire qu’ils ne peuvent ni ne
doivent être modernisés?

Le sénateur Langan: Oui. Cette histoire de compromis?
Nous perdrions tout. Les termes utilisés dans ces traités sont
très précaires. Cependant, ils ont une valeur inestimable aux
yeux des Indiens, comme l’a dit Bill.

Quant à ce qu’en pensent les autres, ces traités sont très, très
faibles. Tous tant qu’ils sont. Les lndiens de la province ne
vont certainement pas accepter d’autres compromis, étant
donné cette faiblesse extrême. C’est pourquoi nous avons reçu
ce mandat du peuple indien: si nous visons à protéger les
Indiens. notre priorité première doit porter sur l’enchâssement
dans la Constitution des droits prévus dans ces traités.

Merci. Cela répond-il à votre question?

Mme Jamieson: Oui. Une chose dont on n’a pas encore
discuté, c’est ce rapport de liducie ou ce rapport spécial.

Le vice-président: Cela sera abordé lors d’une autre réunion
spéciale . . .

Mme Jamieson: Si c’est le cas,je ne vais pas en parler.

Le sénateur Langan: C’est en tout cas une audience de
grande envergure.

Mme Jamieson: Je vais poser une dernière question.
J’aimerais parler d’une chose pour l’information des membres
du Comité, à savoir l’argent remis aux chefs et aux sous-chefs.
Les discussions entre les chefs indiens et les représentants du
gouvernement portent maintenant en grande partie là-

[Page 22]

dessus… Quand on parle de la responsabilité du gouvernement
du Canada en matière de soutien financier du gouvernement indien,
on fonde ses arguments sur certains articles des
traités. Est-ce exact, sénateur Langan?

Le sénateur Langan: Oui, cela remonte à ce qui s’est produit
il y a cent ans, lorsque le gouvernement était prêt à payer le
chef $25. Mais cela devrait être revisé, cette somme étant loin
d’être réaliste aujourd’hui.

Alors, Roberta, c’est la raison pour laquelle notre président
provincial a travaillé depuis je ne sais combien d’années a
obtenir un salaire pour les chefs et les sous-chefs. Cela remonte
à ce qui s’est produit il y a un siècle, lorsque, au début, du côté
du gouvernement, on était prêt a payer un salaire aux chefs et
aux quatre sous-chefs. A cette époque, cette somme valait
quelque chose, et elle devrait être révisée de nos jours.

Mme Jamieson: Merci, sénateur Langan. C’est ce que je
voulais dire quand je parlais de mise à jour des traités.

M. Chénier: Monsieur le résident, me ermettez-vous un
petit commentaire sur ce que viennent de dire Mme Jamreson et
le sénateur? Non, ce ne sera pas une querelle, pas du tout.

Avant de faire de la politique, je travaillais dans le domaine
de l’éducation; je me suis donc efforcé au cours des trois
dernières années de visiter des écoles et de parler à des élèves
du secondaire. En Ontario, les étudiants de dixième année
suivent un cours d’éducation civique où il est question entre
autres des traités. Je m’amuse beaucoup quand je les rencontre;
j’essaie de faire des blagues.

Je leur dis: Et comment que le Canada s’est fait avoir quand
il a acheté leurs terres aux Indiens. Ensuite, je lis les extraits
de traités où l’on parle de ce qu’on a donné: uniformes, $25 par
an et $5 par an, les balles, la ficelle; et les étudiants se rendent
vraiment compte de la vétusté de ces traités.

Je pense que c’est dans ce sens que nous devons travailler. Si
seulement nous pouvions rejoindre plus d’élèves, peut-être
qu’une fois qu’ils auraient atteint l’âge de 18 ans, ils seraient
de notre côté lorsque nous aborderions la question des traités.

Le sénateur Standingready: Les Indiens doivent avoir…
même cette fois-là où on leur a donné des filets de péche et
autres choses du genre. Cela vous montre encore une fois qu’on
n’a jamais fait oublier la chasse aux lndiens.

Le vice-président: Merci beaucoup pour vos commentaires.
J’aimerais poser une question par. . .

Un des sénateurs a parlé des agents des Affaires indiennes.
Je me demandais s’il ne pouvait pas nous expliquer un peu plus
en détail le rôle de cet agent et son influence sur le gouvernement
indien. Vous avez dit qu’il a fait oublier le projet
d’autonomie politique des Indiens. Voudriez-vous nous éclairer
là-dessus?

Le sénateur Langan: Je ne sais pas si c’est moi ou Bill qui a
dit cela. Mais l’une des déclarations que j’ai faites a ce sujet
est que les Indiens ont été forcés de vendre leurs propres terres

[Page 23]

qu’ils avaient choisies eux-mêmes, On leur avait dit que les
lndiens ne pouvaient pas quitter cette partie de la réserve.

Nous essayons de lire entre les lignes pour savoir ce qui s’est
produit, mais selon cc qu’on peut en déduire, c’est que les
lndiens ont été obligés de céder. Les ressources fauniques de la
réserve étaient épuisées: en d’autres termes. il n’y avait pas de
quoi nourrir les gens. Je pense que Tom a parlé du fait qu’il n’y
avait pas d’assistance sociale, pas de pension, ni rien. Alors les
Indiens devaient vivre de la terre.

Voici l’une des choses qu’on a découvertes en comparant nos
notes avec celles des anciens: l’agent des Affaires indiennes
s’amenait et disait au chef que son peuple crevait de faim, ll
lui disait qu’il était assis sur beaucoup de terres qu’il
n’exploitait pas, Alors pourquoi ne pas les vendre pour nourrir son
peuple? Dans bien des cas, les chefs n’avaient pas le choix; ils
connaissaient la situation et voyaient le sort qui attendait son
peuple.

L’une de mes découvertes sur cette question a été prise dans
une thèse écrite par une jeune fille blanche. Elle étudiait à
l’université à Regina d’où elle fut envoyée dans une région,
celle de Broadview. Une semaine après son départ, elle revint a
l’université. Les déclarations écrites et les conclusions qu’elle
avait amassées au cours de cette semaine-là étaient si controversées
que l’université était prête a la retirer du projet—en
fait on a essayé de l’empêcher de terminer sa thèse parce que
les universités étaient financées par les gouvernements, On
craignait que l’université ne fasse l’objet de représailles si ces
travaux étaient mis au jour.

Cependant, l’étudiante s’est beaucoup intéressée a la
situation, et il est vraiment édifiant de lire ce livre. Je ne peux
pas vous dire maintenant qui l’a écrit, parce que. . . Je pense
que le livre est impartial, du moins selon ma façon de penser.
Ce n’est pas un Indien qui l’a écrit; c’est une femme blanche,
et ses conclusions m’ont vraiment secoué.

Par exemple, à Round Lake, il existe une résidence d’étudiants
qui a été établie par des missionnaires. L’un des
missionnaires, lors de ses pérégrinations, a constaté que les
lndiens crevaient de faim dans la région; et c’est ainsi que
l’école a été mise sur pied et que le missionnaire s’est installé
dans cette région.

Les Indiens ne pouvaient pas quitter la réserve parce qu’il
fallait un laissez-passer. Si je voulais aller en ville, s’il y avait
une ville pas trop loin de la réserve, je devais calculer combien
de temps il me fallait pour parcourir le trajet entre le point À
et le point B, et le retour. Le laissez-passer devait en faire état.
Par ailleurs, c’est qu’il fallait bien manger, si la distance à
parcourir était assez grande, Alors, le laissez-passer indiquerait
si j’avais le droit de porter une carabine, ce qui me donnait
le droit de tuer quelque animal en chemin et peut-être même
de l’y cuire.

Mais quand on parle de l’agent des Affaires indiennes, il y a
quelque chose qui s’est produit peu de temps après la Seconde
guerre mondiale, et c’est ce que nous avons découvert, J’ai
passé cinq ans dans l’armée. Je pense que j’aurais accepté.
même encore aujourd’hui, de vivre sous la coupe de ce

[Page 24]

paternalisme, mais, quand je suis revenu, j’ai vu l’envers de la
médaille. Rien ne me fera vivre dans ces conditions.

Autrement dit, les anciens combattants, à leur retour de la
guerre, voyant ce qui se passait de l’autre côté de la barrière,
ont commencé à protester. Ce n’est pas qu’ils réclamaient de la
reconnaissance, mais s’ils ont commencé à protester c’est qu’ils
étaient déterminés à ne pas vivre dans ces conditions-là, et moi
non plus du reste, C’est pourquoi j’ai quitté la réserve. À mon
retour de la guerre, j’ai refusé de vivre dans ces conditions-là,
sous la férule quotidienne d’un agent des affaires indiennes. Il
y avait des Indiens dont le nom était inscrit sur une liste noire,
si par malheur ils s’étaient mis à dos un agent des affaires
indiennes.

Par exemple, il y a le cas d’un homme qui est un peu plus
vieux que moi. C’est une histoire authentique et il s’agit d’un
homme qui protestait avec véhémence. Il était assez corpulent
puisqu’il mesurait six pieds et pesait plus de 200 livres. Les
gens du ministère des Affaires indiennes en avaient peur, car je
suppose qu’ils craignaient le moment où il deviendrait violent.
Il passait donc pour une menace. Croyez-le ou non, on a essayé
de l’enfermer parce qu’il gênait les gens du ministère des
Affaires indiennes. Heureusement, parmi ses amis se trouvait
un avocat et il s’est dit qu’avant qu’on le mette en taule, il
fallait agir. Il avait trouvé une lettre à Fort Qu’Appelle,
indiquant qu’il allait être écroué, et c’est alors qu’il s’est
résolu à prendre contact avec son avocat. La police avait déjà reçu
l’ordre de l’appréhender, Grâce aux bons services de son
avocat, il s’en est tiré mais, j’en suis sûr, il pourrirait encore
en prison, s’il n’avait décidé d’agir.

Ce genre de choses arrivait fréquemment. Si vous protestiez
avec trop de véhémence, votre nom était inscrit sur une liste
noire et après. . . Vous ne pouviez pas vivre dans la réserve
parce que vous ne pouviez pas obtenir quelque aide que ce soit
de l’agent des affaires indiennes.

Merci. Je pense que j’ai été un peu long mais j’espère avoir
éclairé votre lanterne en ce qui concerne l’agent des affaires
indiennes.

Le vice-président: Avez-vous des remarques à faire?

Le sénateur Standingready: Ce qu’a dit Henry est tout à fait
vrai. J’en ai moi-même été témoin, Même si ce n’était pas
d’une manière pacifique, nous avons profité d’une partie du
traité, à une époque en tout cas. Actuellement, les Indiens
reçoivent pas mal d’instruction.

Quant à moi, je suis chef et sénateur, et je ne participe plus
â la politique active depuis environ cinq ans. Avec ma femme,
j’ai élevé une quantité d’enfants. J’ai coutume de dire que ma
femme l’emporte parce qu’elle a eu quatre filles et moi trois
garçons. Même si c’est assez bien réparti, elle est quand même
gagnante. Toutes nos filles ont fait des études universitaires et
elles ont du travail, et les garçons également. Un garçon est
mort dans un accident de voiture.

Quand je pense à mes enfants qui ont des diplômes universitaires
et qui peuvent gagner leur vie, cela représente pour moi
le monde de l’homme blanc. Il nous fallait aller à l’école, et ce
sont les éléments positifs qui nous ont fait apprécier les traités.
qui me donnent beaucoup de joie aujourd’hui. Désormais, ce

[Page 25]

sont mes petits-enfants qui vont a l’université et c’est cela qui
leur permet de gagner leur vie aujourd’hui, ce qui me rend
heureux. ll semble que ce soit la seule façon car pour nous, la
chasse est pour ainsi dire terminée, même s’il reste encore pas
mal de gibier.

A titre d’Indien des traités, je suis en faveur de la
conservation de ce que nous possédons actuellement, faute de quoi
nous connaîtrions de nouveau la même situation qu’au moment de la
disparution des troupeaux de bisons.

Nous sommes donc en faveur de ces mesures car nous
sommes des amis de l’homme blanc. Au printemps dernier, j’ai
célébré, avec ma femme, notre cinquantième anniversaire de
mariage. Nous avons pris le thé à l’église du village avec 300
de nos amis qui sont venus de tous les coins du pays. Ensuite, il
y a eu un dîner de famille. Il y a eu beaucoup de pique-assiette
et nous n’avions pas de la place pour nous disputer.

Cela vous prouve qu’on peut s’accommoder du traité quand
on l’interprète comme il se doit. Trop de gens pensent qu’un
traité, ce n’est que des mots et je ne peux pas m’expliquer cela.
A mon avis, le traité contient des éléments positifs parce qu’il
nous vient de nos aînés.

C’est tout ce que j’ai à dire ce soir. Vous resterez ici encore
quelques jours et vous entendrez beaucoup parler d’éducation,
de santé, etc.

Merci.

Le vice-président: Merci. Monsieur Gingras.

M. Gingras: Merci, monsieur le président, Vous êtes venus
ici ce soir pour nous expliquer l’esprit et l’objet des traités. Je
n’ai que 40 ans et vous en avez 71, Comme ce traité a été signé
en novembre 1876, c’est un événement qui est très près de
votre génération.

Roberta a dit qu’il nous fallait mettre le traité ajour, mais
nous ne pouvons pas en rafraîchir l’esprit. Je conviens avec
vous que c’est un bon traité, En dollars de 1982, vous recevez
les mémes vêtements qu’on vous a promis. Cela fait. on
s’occupe de votre drapeau. Ce n’est pas une question d’argent,
c’est une question d’esprit.

Je suis député depuis trois ans maintenant. Quand je suis
arrivé à Ottawa, j’ignorais tout des traités, Je siège au comité
depuis trois ans, et mon bureau est rempli de documents
concernant les affaires indiennes.

Il est vrai que comme il l’a fait mercredi dernier, M. Parrish,
va renseigner notre caucus demain, sur Ics discussions que nous
avons en comité des affaires indiennes. Au Parlement, je ne
pense pas que nous soyons plus qu’une poignée de 10 ou 12 à
s’y connaître un peu en affaires indiennes, en traités, en droits
des Indiens.

La semaine dernière, nous avons réclamé au caucus que les
membres de notre Comité puissent intervenir a la conférence.

[Page 26]

Les premiers ministres ne connaissent rien aux affaires
indiennes, même pas la première ligne d’un traité. On n’a qu’à
se reporter à l’accord des paiements de transfert de 1930. C’est
à n’y rien comprendre.

Pour ma part, je vis dans le nord de la province de Québec,
dans les terres de Rupert, et ce n’est pas la peine que j’essaie
de m’y sentir chez moi. En 1889, on a détaché ma terre natale
de la haie d’Hudson pour l’intégrer à la province en 1912, et
c’est la province qui m’a vendu la terre où je vis. Cependant,
quand je lis les documents. je ne suis pas sûr qu’elle
m’appartienne. J’aime bien siéger au comité des affaires indiennes
mais, il faut me croire, c’est pénible.

Je n’ai pas de question à poser, mais je vous remercie car
plus nous avançons dans nos travaux, plus nous en apprenons.
Il nous reste maintenant à répandre ce que nous avons appris.
Il y a ici d’autres députés, comme MM. Penner et Oberle, qui
en connaissent dix fois plus long que moi sur le sujet. J’appréhende
cependant d’en apprendre davantage. Je vous remercie,
car j’avais coutume de demander à mon père et à ma mère, qui
sont morts maintenant, comment c’était quand ils sont arrivés
à Abitibi. Il nous faut apprendre l’histoire par la bouche de nos
aînés. Il ne s’agit pas tout simplement de poser des questions; il
faut écouter et savoir qu’il existe un problème. Ce n’est pas en
vain que les Indiens vont rencontrer les premiers ministres
provinciaux et le premier ministre, la semaine prochaine, car il
faut connaître les dessous de l’affaire. C’est en cherchant que
nous trouverons.

Merci beaucoup.

Le vice-président: Merci, monsieur Gingras.

Avant de mettre un terme à notre discussion sur ce premier
exposé, j’aimerais vous demander si vous avez autre chose à
dire.

Le sénateur Langan: Permettez-moi de vous faire part de
ceci. J’ai été très surpris de constater, plusieurs fois au cours
des douze derniers mois, que les députés étaient en fait très peu
informés sur bon nombre de questions relatives à ce problème.
J’ai pris la peine de me rendre au bureau de certains députés,
sur la colline parlementaire, afin de leur présenter une
déclaration de principe que les Indiens ont soumise au
gouvernement fédéral. Il serait très utile que les députés en
prennent connaissance, et je pense que Roberta a l’exemplaire
jaune que nous avons distribué à de nombreux députés. Je me
demande parfois si ce document n’a pas pris atterri au panier,
car je constate que bon nombre de députés sont encore très peu
informés de la situation, ou en tout cas qu’ils donnent
l’impression de s’en moquer éperdument, si je peux employer ces
termes.

Le vice-président: En tant que président, je peux vous
affirmer que tel n’est pas le cas. Les députés doivent généralement
s’occuper des problèmes qui intéressent de près leurs
électeurs. Ce serait plutôt à nous, qui sommes membres du
Comité des affaires indiennes ou qui avons des autochtones
parmi nos électeurs, de s’assurer que les autres députés sont
bien au courant de la situation et qu’ils ont lu la déclaration

[Page 27]

dont vous parlez. Comme le disait M. Chénier tout à l’heure,
notre devoir, ainsi que celui de l’ensemble de la population,
consiste à sensibiliser davantage nos collègues députés ainsi
que le public en général à la nécessité de faire reconnaître les
traités qui ont été signés. J’espère que les délibérations et le
rapport de notre Comité spécial contribueront à atteindre cet
objectif.

Le sénateur Langan: En ce qui concerne la faune, nous
faisons face actuellement à des difficultés très grandes. Il
semble que, lorsqu’on parle de traités, le sort de la faune ait
plus d’importance que le sort des Indiens eux-mêmes, Si tel est
le cas, nous avons alors tout à fait raison de nous méfier des
gouvernements provinciaux. car les Indiens ont déjà perçu
certains signes précurseurs de la position quadopteront les
premiers ministres a ce sujet, Par exemple, lorsqu’on parlera
de gouvernement, il n’y aura pas de tierce partie.

Lorsque nous parlons de gouvernement indien, il n’y a rien
là de nouveau. C’est en effet quelque chose qui existait
auparavant. Nous ne réclamons donc rien, que ce soit au
niveau fédéral ou au niveau provincial.

Je tenais donc, et d’ailleurs on me l’a demandé, a en reparler
ici car, a l’heure actuelle, c’est une source de conflit, Je pense
donc que nous devrions avoir pour priorité d’essayer de trouver
une solution à ce problème car, comme je l’ai dit, c’est une
source de conflit.

Le vice-président: Merci beaucoup.

J’aimerais maintenant remercier le sénateur Bill Standingready,
le sénateur Henry Langan, le sénateur Thomas Young
et M. Stan Wilson de nous avoir communiqué un peu de leur
sagesse et d’avoir fait preuve d’autant de patience avec nous.

Cette discussion est maintenant terminée. Nous allons faire
une pause de cinq minutes pendant que les sénateurs Merasty,
Chicken et Tootoosis viennent prendre place à la table. Dans
cinq minutes, nous commencerons donc le deuxième exposé.

Mme Jamieson: Me permettez-vous dc dire quelques mots
avant la pause?

Le vice-président: Quelques mots seulement.

Mme Jamieson: Je suis très heureuse que les sénateurs nous
aient reparlé de cette déclaration. Je dois avouer que, parfois,
je partage la frustration du sénateur Langan, On ne saurait
trop insister sur cette déclaration car j’ai moi-même demandé
au ministre des Affaires indiennes, au cours d’une séance de ce
comité, ce qu’il en était de cette déclaration et il m’a répondu
qu’il avait bien vu un document jaune, mais qu’il n’en connaissait
pas le contenu. Je suis donc très heureuse que vous en ayez
reparlé devant ce comité, car c’est un document que nous
devrions toujours garder à l’esprit.

Merci, monsieur le président.

Le vice-président: Merci.

Nous allons faire une pause de cinq minutes.

[Page 28]

Le vice-président: Nous allons maintenant passer au
deuxième exposé, avec les sénateurs Merasty, Chicken et
Tootoosis.

Auparavant. j’aimerais demander à M. Brass de nous
indiquer de quelle région viennent nos témoins.

M. Brass: Le sénateur Chicken vient de l’extrémité nord-est
de la province. Le sénateur Tootoosis vient de la région du
Traité numéro 6, tout comme le sénateur Merasty.

Le vice-président: Je donne maintenant la parole au
sénateur Merasty.

Le sénateur Angus Merasty (Traité numéro 6, Deuxième
groupe d’anciens, Fédération des nations indiennes de la
Saskatchewan):
Mesdames et messieurs, lorsque j’ai été invité
à comparaître, j’ai dit, à Prince Albert, que la génération
actuelle était la cinquième depuis la signature des traités et
que personne ne pouvait dire, de façon infaillible, ce qui s’était
passé à ce moment-là. En effet, tout ce que nous savons, ce
sont nos anciens qui nous l’ont transmis. C’est ainsi que nous
avons appris cette notion de démocratie, et comment l’empire
britannique est l’ancêtre des démocraties occidentales. Ce sont
nos anciens qui nous l’ont appris, Au cours des deux guerres
mondiales, bon nombre d’entre nous sont allés combattre dans
l’armée canadienne pour essayer de sauver, avec l’aide du
Créateur, la démocratie dans laquelle nous vivons.
Aujourd’hui, nous sommes tous réunis autour de cette table
pour essayer de résoudre nos problèmes et vous, vous êtes
venus pour nous rencontrer. Nous sommes très heureux que
vous le fassiez dans le but de mieux nous comprendre. Il est
très encourageant pour nous de voir que vous avez pris la peine
de venir nous rencontrer pour essayer de comprendre la façon
dont nous interprétons les traités.

J’ai demandé à ceux qui ont signé des traités au Manitoba et
en Alberta de venir nous voir pour se préparer à vous rencontrer,
car l’une des régions les plus importantes est celle qui
relève du Traité numéro 6 et qui empiète sur les montagnes
rocheuses de l’Alberta. Elle est peuplée essentiellement de
Cris, jusqu’au lac La Ronge, soit à environ 200 milles de
Prince Albert. C’est ce qui avait été convenu a l’époque.
D’après ce que m’ont dit deux ou trois anciens il y a une
soixantaine d’années, cet homme avait dit, pour la région du
Traité numéro 6, que les traités étaient signés et ratifiés. Nos
chefs de l’époque avaient réclamé plusieurs choses, notamment
le droit de conserver leur faune et leurs ressources halieutiques,
ainsi que d’avoir un représentant. Cet homme avait répondu:
«Je suis ce représentant, c’est la Reine qui m’a envoyé». Il n’a
pas dit, par la bouche de l’interprète, qu’il était envoyé par
Ottawa. Il a dit que toutes les promesses qu’il faisait, c’est la
Reine qui lui avait demandé de nous les faire, et que tout ce
que nous lui demanderions, il le répéterait à la Reine à son
retour. Voilà ce qu’il a dit pour la région du Traité numéro 6.
Il nous a dit que la Reine lui avait dit: Soumets ce document

[Page 29]

au peuple indien et, s’il est d’accord, je le signerai moi aussi
avant de le consacrer dans la législation britannique.

Ce prêtre était accompagné de deux interprètes. L’un était
interprète du gouvernement, tandis que l’autre, qui représentait
la reine Victoria, écoutait chaque mot prononcé par le
premier interprète. C’est ce que nous ont dit nos anciens. Ils
nous ont dit: Nul ne pourra violer les promesses que je vous ai
faites aujourd’hui dans le cadre de ces traités, à moins que
vous ne respectiez pas ces traités. (Le témoin parle dans sa
langue maternelle—rédacteur) ainsi parlait mon arrière-
grand-père. Il disait que le jour où le drapeau de la Couronne
tombera et que je serai vaincu, le traité devra aller à un autre
royaume car j’aurai été vaincu.

Mais jusqu’à ce jour-là, personne—jamais un de ces traités
que nous avons conclus jusqu’à présent ne sera enfreint. J’ai
demandé à l’un des plus grands avocats, vous le connaissez
bien, John David Baker. Je l’ai appelé deux fois—il était à
Prince Albertwpour lui poser des questions, et il a dit que
c’était le meilleur traité qui ait jamais été conclu entre nations,
parce que si ce libellé avait toujours été utilisé, les politiciens
et les avocats auraient pu enfreindre le traité en 99 ans, mais il
durera aussi longtemps que coulera la rivière, que poussera
l’herbe et que brillera le soleil, Cela veut dire que vos traités
existeront jusqu’à la fin des temps. Il nous fallait quelques
conseillers comme celui-la. Il n’y a pas tellement longtemps,
les gens avaient très peu d’éducation, et lorsque nous avons
commence a nous organiser, nous avions besoin de conseillers.
Ils nous ont aidés, mais ils nous disent maintenant que nous
sommes capables dc parler en notre propre nom, pour notre peuple.

Mais je pense que nous, les anciens, nous avons transmis
tout ce que nous avons appris de nos anciens aux étudiants
d’université qui ont une bonne éducation et qui savent bien
s’exprimer en anglais. Quant à moi, je n’ai été qu’en troisième
ou quatrième année, mais j’espère que vous me comprenez
quand je vous parle dans mon anglais chancelant. Je n’ai pas
beaucoup de vocabulaire. Si je parlais ma propre langue. je
n’hésiterais pas du tout, mais j’ai dû utiliser l’anglais et je
n’avais pas d’éducation. Si j’avais fréquenté l’université, je
pourrais utiliser des mots qui sonnent. Vous devrez excuser
mon anglais, Mais j’espère que vous pouvez me comprendre.
parce que nous sommes reunts ici tout comme nos ancêtres se
sont assis pour discuter librement et travailler ensemble, et
avec l’aide de—j’ai dit cela bien des fois à mon peuple—du
Créateur, nous regagnerons notre démocracie. Nous avons subi
la défaite à deux reprises, mais nous avons travaillé ensemble
et détruit Hitler la dernière fois.

Mais maintenant, je le répète, je suis heureux que vous soyez
venus nous visiter, séjourner chez nous et apprendre de nous,
parce que vous deviez nous visiter pour bien nous comprendre,
pour saisir comment nous interprétons ces traités et voir que
nous comptons encore dessus. Nous ne pouvons pas nous
permettre de perdre ce que vous nous avez promis, promesse

[Page 30]

qui a sa source dans la terre que nous vous avons cédée. Vous
nous avez dit que vous nous donneriez une partie des ressources
de cette terre, de ce pays, que vous nous donneriez des
écoles et de l’éducation, que vous prendriez soin de nos
malades grâce aux ressources des terres que nous vous avons
cédées. Alors le peuple indien, les lndiens des traités, comptent
toujours sur les engagements qui ont été pris par la Couronne
britannique, par le peuple britannique, et qui ont été signés par
les deux parties.

Je ne vais pas en dire davantage parce que vous êtes
intelligents et sages; vous savez qu’une personne n’a pas besoin
de parler très longtemps pour se faire comprendre et dire ce
qu’elle a à dire. Merci.

Le vice-président: Merci, sénateur Merasty. J’aimerais
savoir si le sénateur Louis Chicken veut s’adresser au comité.

Le sénateur Louis Chicken (Traité n° 8): (interprétation):
Je vais vous parler, vous dire quelques mots. Je ne dirai peut-
étre pas grand-chose, mais je voudrais porter à votre attention
le fait qu’on nous a dit que nous vous rencontrons parce que
vous êtes des dirigeants, de grands dirigeants du gouvernement;
et nous vous demanderions de nous écouter très attentivement et
avec beaucoup de sérieux pour que vous puissiez accéder à nos
demandes.

J’aimerais d’abord vous expliquer quelque chose. En
Chippewyan, les lndiens assujettis aux traités sont ceux qui ont
accepté $5. Nous, représentants des Indiens inscrits, sommes
assis autour de cette table avec vous, les représentants du
gouvernement, et nous devrions tous travailler ensemble; si
nous nous disputons, nous n’arriverons à rien. Nous devons
travailler ensemble pour arriver à quelque chose.

Nous sommes assis en face de vous, les représentants du
gouvernement. Les différentes questions mentionnées par mes
frères ne seront pas les seules. Nous en porterons bien d’autres
à votre attention. J’ai beaucoup de choses à l’esprit dont je
souhaite vous parler.

Nous croyons que les marchés conclus lorsque ces traités ont
été signés, y compris les documents signés par la reine de
l’époque, n’ont pas été détruits. Si ces documents existent
toujours pour nous, nous les respectons et nous respectons
toujours ces traités.

Lorsque ces traités ont été signés, ceux qu’on appelle
maintenant les fonctionnaires du ministère des Affaires
indiennes mais qu’à l’époque on appelait les agents du bureau
des Affaires indiennes, se sont adressés aux différentes bandes.
lls nous ont dit que tant que le soleil brillerait, que les rivières
couleraicnt, ces traités ne seraient jamais rompus.

Nous voulons conserver ces traités dans la forme où ils ont
été signés par la reine. Nous ne voulons ni rompre ni détruire
ces traités.

On nous a dit, et c’était inscrit dans ces traités, la reine nous
le promettait dans ces traités, que nous pourrions toujours

[Page 31]

chasser, poser des pièges, pécher et récolter selon nos traditions.
On nous a dit qu’on nous permettrait toujours de le faire.

Ces traités nous promenaient aussi le maintien de notre
liberté de mouvement et notre liberté de vivre où bon nous
semblerait. On nous a également promis que nous conserverions
nos droits de chasse et de pêche.

Ce n’est pas nous qui avons rompu les premiers ces traités.
Ce sont les autres. Personnellement, cela fait plus de 23 ans
qu’ils nous combattent et qu’ils essaient de détruire les droits
conférés par ces traités. lls nous ont véritablement combattus
et ont essayé de nous reprendre nos traités.

Ce n’est pas nous qui rompons ces traités. Au niveau des
bandes, ceux à qui j’ai parlé m’ont également dit avoir essayé
de maintenir et de protéger leurs’ traités. Ayant écouté mes
frères parler avant moi, je vois également que nous essayons de
protéger les droits conférés par nos traités.

Une des principales choses que nous souhaitons protéger
avec nos droits, c’est notre tradition, notre mode de vie, la
pêche, les pièges. Nous ne voulons pas perdre ces droits. Il
semble qu’il y en ait toujours d’autres pour nous combattre et
essayer de nous reprendre ces choses.

Ceux qui nous embêtent le plus, ce sont les Blancs. Nos
traditions, notre mode de vie ne leur font pas de tort; peu nous
importe comment ils vivent. lls devraient penser à ces choses
lorsqu’ils essaient de nous créer des problèmes. Nous avons
tous le même Créateur. Il a été le Créateur de l’homme sur
cette terre. Il les a créés différents, mais tous doivent vivre.

Le sénateur Chicken (interprétation): Les blancs qui vivent
dans la société ont une vie plus facile que nous pauvres lndiens
dont la vie est réglementée par les traités. Ils ont un travail qui
leur assure un certain niveau de vic. Nous, par contre, nous
n’avons pas d’argent pour aller dans les cafés ou dans les
restaurants etc. La seule façon dont nous parvenons a subsister,
à manger, consiste à préserver notre façon de vie ancestrale.

Nous qui sommes lndiens, nous souhaitons conserver notre
style de vie, nous voulons vivre en chassant le caribou,
l’orignal, en péchant, et nous voulons que vous nous aidiez à
protéger ces droits.

Avant, il y a bien longtemps, au début de notre histoire,
nous vivions de cc que nous donnait la terre. Vous les gens du
sud, vous avez un mode de vie qui est différent, vous faites de
l’agriculture et du jardinage. Vous avez une plus belle vie que
nous. Jusqu’à présent, nous continuons de tirer l’essentiel de
notre subsistance de la terre.

Une des choses qu’il vous dit, c’est que les lndiens de cette
province ont un style de vie différent. Je viens moi-même du
Grand Nord. ll y a aussi des lndiens qui vivent dans le sud.
Mais ce qu’ils vous demandent, c’est qu’ils voudraient vous voir
faire votre possible pour essayer de les aider.

Là d’où je viens, du nord de la province, ceux qui continuent
de vivre comme avant de la chasse ou du piégeage, considèrent

[Page 32]

l’endroit où ils posent leurs pièges et où ils prennent le gibier
comme des territoires traditionnels. Dans le sud, ces lndiens
visés par les traités auront également leurs territoires
traditionnels. Il faudrait qu’on les protège pour eux.

Les Indiens qui vivent ici dans le sud, peuvent tirer leur
subsistance de l’agriculture. C’est ainsi qu’ils peuvent gagner
un revenu. Dans le milieu de la province, c’est peut-être de la
pêche qu’ils vivront. En haut de la province et dans les
Territoires, c’est peut-être une façon de vivre complètement
différente.

Vous êtes ici avec nous pour élaborer des textes qui nous
gouverneront. Il faudrait que vous preniez donc en considération
les différents types de vie des Indiens dans la province. Je
vous ai également entendu parler du ministère des Affaires
indiennes, de l’existence de ce Ministère. J’ai entendu
quelqu’un demander s’il faudrait continuer de permettre au
Ministère d’exister, ou alors s’il faudrait l’abolir. J’aurais
quelque chose à dire à ce sujet.

On ne trouve pas qu’à un seul endroit des lndiens. Il y en a
dans tout le pays. Le Ministère s’en occupe. Par exemple, si
une bande demande des fonds pour financer un certain
programme, le Ministère—je vais en parler en tant que
bureaucrate—ces bureaucrates se réunissent, pour décider du
montant que l’on va donner à cette bande. Très souvent, pour
ainsi dire presque toujours, les bureaucrates ne nous donnent
pas ce dont nous avons besoin. C’est toujours la même chose.
Généralement lorsqu’une bande demande des fonds au
ministère, peu importe les fonctionnaires qui se mettent en
rapport avec la bande, ces derniers se réunissent à l’échelon
provincial et font ensuite part de leur décision à Ottawa. S’ils
écoutaient en premier lieu ce que les Indiens ont à leur dire au
niveau de la bande, pour ensuite faire directement leur
demande à Ottawa, plutôt que de faire des coupures au niveau
du district et au niveau provincial, beaucoup de problèmes ne
se poseraient pas. Mais très souvent, ils réduisent de moitié les
fonds qui leur sont demandés.

On nous a fait une autre promesse. On nous a donné ces
réserves et l’on nous a dit que le chef serait le responsable de
cette réserve et que sa parole serait considérée comme la loi sur
la réserve. Aujourd’hui, il semble que les choses soient
différentes, apparemment personne n’écoute ce que nous avons
à dire.

Ce qui se passe aujourd’hui en ce qui a trait au respect des
lois sur les réserves, lorsqu’un chef se met en rapport avec un
fonctionnaire de la Gendarmerie royale pour lui demander de
l’aide afin de l’aider à faire respecter les lois des bandes, ce
fonctionnaire répond que ce n’est pas la loi et que les Indiens
doivent respecter ses propres règlements. Il impose ses règles
aux lndiens qui vivent sur les bandes sans écouter ce que le
chef lui dit.

Nous, qui vivons tout au nord de la province, région qui fait
pratiquement partie des Territoires, faisons part de nos
desiderata au gouvernement par le biais du ministère des
Affaires indiennes, en passant par le bureau de district qui se
trouve à Prince Albert, et les lettres que nous envoyons ne vont

[Page 33]

jamais plus loin que Prince Albert. Nous ne pensons pas que
les hauts fonctionnaires du gouvernement à Ottawa aient
l’occasion de les lire, pas plus que vous qui êtes ici. Souvent on
ne sait pas le sort qui est réservé à ces documents. Il serait bon
de remédier à cette situation pour que cela n’arrive pas.

Si un chef fait une demande, généralement par le biais d’une
résolution du conseil de bande, il téléphone ou il écrit au
bureau de district. Lorsqu’il demande des renseignements on
répond au chef que la lettre a été envoyée mais qu’on nc
connaît pas la réponse. C’est généralement le type de réponse
que les chefs reçoivent.

Je suis heureux d’avoir eu l’occasion de vous parler et de
vous avoir mis au courant de la situation. Les Indiens ont fait
des demandes entre autres portant sur l’aide pour la péche
commerciale, et si vous pouviez d’une façon ou d’une autre les
aider à obtenir ce qu’ils ont demandé, ce serait une bonne
chose.

Je voudrais également porter quelque chose d’autre à votre
attention, comme vous le savez, dans le grand Nord, les
lndiens vivent surtout de piégeage, donc, dans une certaine
mesure, ils ont besoin de l’aide du ministère fédéral pour leur
permettre d’exercer leur activité. Cette année on a dit à ceux
qui se sont renseignés qu’ils ne recevraient plus d’aide. Que
peut-on faire pour les aider? Il faut comprendre que c’est leur
façon de vivre, qu’ils vivent du piégeage, pourquoi donc ne
peut-on plus les aider?

Nous sommes ici réunis pour discuter et pour écouter ce que
nous avons a dire. Mes cosénateurs vous parlent, et vous leur
répondez. Depuis le début, je constate qu’il n’y a pas eu de
grandes discussions, que tout lc monde était presque du même
avis, et j’en suis très heureux. Ce que j’ai dit je l’ai dit pour la
gouverne de tous ceux qui sont ici présents et qui m’écoutent.
J’en resterai là.

On m’a dit que le Comité serait encore là demain également
après demain, et si je pense à quelque chose d’autre je vous le
dirai.

Merci de m’avoir écouté.

Le président: Merci beaucoup sénateur Chicken, et merci
Mary Rose.

Est-ce que le sénateur Tootoosis veut dire quelque chose au
Comité.

Le sénateur Tootoosis: Merci monsieur le président. Je suis
très heureux d’être à la même table que vous qui êtes des gens
bien. Vous avez été élus par vos électeurs. Vous étes parvenus
au sommet, vous devez donc être de bonnes personnes.

Toutefois, jamais les membres du Parlement n’ont assisté
aux réunions que les Indiens ont organisées dans l’Ouest du
Canada. Lorsque nous avons commencé à nous regrouper, tout
paraissait contre nous. Nous avons commencé lorsque Fred
Loft est venu dans l’Ouest pour préparer les Indiens a faire
part de leur point de vue et à défendre leurs droits. C’est la
seule façon pour qu’ils soient respectés.

[Page 34]

J’aimerais toutefois vous parler de nos traités. Ceux-ci sont
tout aussi valables que n’importe quel autre traité conclu par
les nations du monde car on nous a acceptés comme nation. En
effet, dans sa proclamation du 7 octobre 1763, le Roi George a
demandé à ses colonies de l’Est du Canada de ne pas nous
coloniser avant d’avoir, au préalable, conclu une entente avec
nous au sujet des terres. On reconnaissait que nous avions droit
à ces terres, au pays dans lequel nous nous trouvons maintenant.
Plus les efforts de colonisation prenaient de l’expansion,
plus le nombre des traités augmentait; bon nombre de traités
devaient être signés.

Ma région, celle de Saskatoon. est visée par le Traité n° 6.

Au moment où ces traités étaient signés, les gens étaient
munis de bonnes intentions. Les lndiens comprenaient le
langage des Européens. Ils avaient leurs interprètes et ils ont
conclu des traités fondés sur ce qu’ils comprenaient. Alors
voila comment nous voyons la situation aujourd’hui: De la
façon dont nos ancêtres ont compris, de la façon dont nous
interprétons nos traités.

Comme l’a dit ce monsieur, nos traités doivent perdurer.
Nous le croyons.

On nous a fait beaucoup de promesses. Autrement dit, vous
avez eu le pays en échange de promesses. Plusieurs promesses
n’ont jamais été respectées et nous sommes encore en attente.
Mais nous avons étudié la situation et découvert certaines
choses.

Depuis que vous êtes venus sur nos rives, les lndiens se sont
dit que de nouveaux êtres humains s’étaient rendus sur ce
continent et ils vous ont acceptés. Je ne vous ferai pas maintenant
le récit de tout ce qui est arrivé lorsque les Britanniques
sont passés à la Baie d’Hudson, de la façon dont ils ont traité
avec les lndiens, dont ils les ont tués. Dans l’Ouest, ils nous ont
tués par milliers et ils ont détruit notre économie. Le continent
a connu une grande famine; quand nous n’avions rien, ils sont
venus et conclu ces traités avec nous. Nous connaissons
l’histoire car les vieillards nous la racontaient souvent.

Nous accordons beaucoup d’importance à cet accord car
nous avons promis au Tout-Puissant de toujours respecter le
traité. Selon notre tradition, est coupable d’un péché grave
celui qui encourage les autres a ne pas respecter notre traité.

Au cours de toutes ces années. nous avons pris conscience de
la façon dont on nous traitait. On n’a qu’à songer aux institutions
créées à l’intention des Indiens: des pensionnats administrés par
des missionnaires d’allégeances diverses, qui faisaient
appel au mauvais système d’éducation car ils cherchaient à
détruire ce traité, à détruire les Indiens.

Mais enfin, nous nous sommes rendus compte de la raison
pour laquelle nous nous trouvions dans cette situation. Nous ne
sommes pas comme ceux qui ont vécu sur cette terre. Ceux qui
ont vécu avant nous, avant l’apparition de ces institutions,
étaient des gens autonomes. Ils ne dépendaient de personne. lls
confectionnaient même leurs vêtements. lls fabriquaient tout
ce dont ils avaient besoin. Bien entendu, ils vivaient dans un
pays très riche et très sain pour des gens qui avaient ce mode

[Page 35]

de vie. lls avaient leurs lois qu’ils respectaient. Ils avaient leurs
chefs qui étaient considérés comme leurs gouvernements.

Par conséquent, en vertu de ce traité, nous étions souverains
avant l’arrivée des Blancs. Mais lorsque nous nous sommes
assis avec les Blancs, avec les représentants de Sa Majesté,
pour signer ce contrat, nous n’avons pas cédé ces droits
aborigènes. Nous n’avons rien fait pour subordonner nos
gouvernements aux gouvernements des Blancs. On nous a fait
comprendre que vous viendriez vous établir dans certaines
régions. Nous vous avons accorde certaines régions.

A Fort Carlton, lorsque nous avons signé le Traité n° 6, on
avait demandé aux Indiens s’ils conserveraient un terrain pour
y vivre. Ils ont dit qu’ils conserveraient certaines terres. lls ont
choisi ces terres et elles ont été répertoriées, Aujourd’hui, ces
terres sont nommées réserves. Nous nous sommes gardé ces
terres, Vous ne nous les avez pas données. Comment auriez-
vous pu le faire avant que nous ne vous les cédions? Nous nous
sommes réservé ces terres mais nous ne sommes pas entrés en
possession de toutes celles que nous avions choisies. Voilà la
raison des revendications territoriales. Nous n’occupons pas
encore certaines de nos terres.

On avait voulu nous donner des terres de la Couronne, des
terres provinciales ou fédérales, des terres qui étaient à peine
convenables pour les animaux; même les oiseaux n’y construisaient
pas leurs nids. Voilà ce qu’on voulait nous donner, Dans
notre réserve, nous disposons de bonnes terres mais on ne nous
a pas donné tout ce qui nous revenait. Si on nous avait traités
de façon juste et si nos terres avaient été répertoriées comme il
le fallait, nos terres auraient compté parmi les meilleures terres
agricoles. On les utilisait depuis plus de 100 ans.

J’estime que les lndiens devraient intenter des poursuites
contre le gouvernement pour être indemnisés par celui qui
utilise leurs terres depuis si longtemps.

Voilà ce qui aurait pu se produire; mais les gouvernements
provinciaux ont agi de la même façon. lls ont dit que les
lndiens n’avaient droit qu’aux terres de la Couronne.

Lorsque cette question a été soulevée, on nous a fait parvenir
des documents. J’ai encore ces brochures à la maison. Selon les
renseignements dans cette documentation, si on ne peut pas
obtenir de plus grandes superficies, on nous remettra une
somme représentant la valeur marchande actuelle des terres:
on nous dit que si les lndiens veulent des terres agricoles, on
leur en achètera car ils y ont droit. Mais c’est vraiment semer
la confusion et nous avons beaucoup de difficulté à comprendre.

Alors tous ces gouvernements qui ont été au pouvoir au
Canada sont ceux qui sont coupables de cette situation et du
fait que nous demandons de plus grands terrains.

Je parle toujours des programmes a long terme que l’on
exploitait à l’intention des Indiens. Lorsque nous avons pris
connaissance de ces programmes à long terme, nous ne savions
plus quoi penser. Vous dites que vous allez nous aider; par
contre, vous nous détruisez. Voilà à quoi la situation se résume.

[Page 36]

Je vais vous lire un document pour vous expliquer ce que
nous comprenons et ce que nous avons découvert, Même les
églises sont d’accord. Nous avons souffert. Nous avons dû
souffrir pour conserver ces terres pendant si longtemps,
d’autant plus que nous n’avions pas d’instructions qui vaillent.
Mon séjour au pensionnat catholique de Delmas m’avait fait
subir un lavage de cerveau à tel point que je ne pouvais même
pas vivre parmi les miens. Je ne pouvais pas non plus m’intégrer
à la société blanche parce que je n’avais pas suffisamment
d’instruction. Je me suis tiré d’affaires en allant travailler pour
un agriculteur pendant quatre ans; j’ai appris le métier
d’exploitant agricole, je suis retourné chez moi pour l’exercer.
J’étais jeune, à cette époque. Compte tenu de toutes nos
misères, il est difficile à croire que nous sommes encore la. Je
vais vous lire un article. En voici un extrait: «Les Indiens
étaient trop durs pour mourir».

Je vous lirai un article pour vous prouver que nous savons
quel jeu vous jouez avec les Indiens. Voici:

La politique du Canada à l’égard des lndiens la politique
de fragmentation des tribus de 1840. La première politique
du Canada était de détruire les institutions politiques,
religieuses, sociales et éducatives des Indiens. On a adopté
des lois appuyant cette politique, on a créé des pensionnats
qui étaient administrés par des fonctionnaires du ministère
des Affaires indiennes.

Comment peut-on prétendre améliorer le sort d’un peuple
puisque cette politique a été adoptée dès 1840. Mais, cette
intention, vous l’aviez depuis longtemps déjà. Votre raison et
vos esprits sont troublés par cette maladie. Vos enfants ont
hérité cette maladie, Voilà pourquoi, aujourd’hui encore, vous
tentez de détruire ce que j’ai, mes terres, et moi-même. ll faut
trouver un remède à votre maladie, car il s’agit bien d’une
maladie. Voilà a quoi se résumait la politique de 1840.

Or, en 1847, on a élaboré un plan pour régler le problème
des Indiens du Canada dans les 25 années suivantes, Ce
programme a été présenté au Parlement à la suite des audiences
tenues par M. Jensen qui avait tenu des audiences au nom
du Comité permanent des affaires indiennes. Je vous retrace
les grandes lignes de ce plan: l’annexation des terres indiennes;
l’intégration et l’émancipation uniforme des Indiens et la
fusion des programmes à l’intention des lndiens aux autres
programmes des ministères et des provinces.

Voici la politique du Livre blanc. Cette politique prévoyait
la suppression, échelonnée sur cinq ans, du ministère des
Affaires indiennes et le transfert des services indiens aux
provinces. Cette politique correspondait beaucoup à la
politique désastreuse qu’avaient adoptée les États-Unis. C’est
affreux.

Je songe a ce que vous avez obtenu de nous: un des pays les
plus riches au monde: le Canada, On a déjà parlé des deux
guerres mondiales. Des centaines d’Indiens se sont rendus en
Angleterre ou ne sont jamais revenus d’Europe, car ils sont
morts en défendant la Grande-Bretagne. la Couronne et les
Canadiens. Qu’arrive-t-il maintenant? La même chose. Nous
sommes sensibles à tout ce que les autres font pour nous, même
s’il s’agit de peu de choses; donnez-nous un petit cadeau, nous

[Page 37]

vous sommes très reconnaissants. Mais vous, vous ne semblez
pas être sensibles à quoi que ce soit. Vous êtes des gens
curieux, n’est-ce pas?

Voici un autre texte: les Indiens, citoyens de pleins droits:
voilà ce qu’espèrent les organisations.

Les représentants des Indiens croient que les changements se
produiront progressivement, Calgary, 28 avril 1936. Les
représentants et les organisations s’intéressant directement
aux travaux effectués auprès des peaux rouges prédisent que
les lndiens du Canada auront tous les droits de la citoycnneté
et que le système des réserves fermées sera abandonné.
La transition prendra beaucoup de temps, mais l’orientation
semble assez claire, de dire M. Christianson, l’inspecteur du
ministère des Affaires indiennes de l’Alberta et des Territoires
du Nord-Ouest. Depuis des années, le Ministère s’est
donné comme objectif d’assouplir le règlement et d’aplanir
graduellement les obstacles géographiques qui nous séparent
des lndiens et, lentement mais sûrement, l’éducation donne
des résultats.

Quel résultat? La situation dans laquelle se trouvent les
lndiens aujourd’hui, C’est vous qui les avez rendus ainsi dans
vos institutions. Autrement, nous ferions appel à toutes les
possibilités que nous offrent nos terres. D’après le traité, nous
n’avions besoin que de votre appui. Par le biais du traité n° 6,
on nous avait promis une éducation, la possibilité de dcvcnir
autonomes. Nous avons encore beaucoup d’espoir. Si vous
aviez respecté vos responsabilités, si vous aviez été sensibles a
ce que vous ont donné les lndiens, bon nombre d’entre nous ne
dépenderions pas de l,aide sociale aujourd’hui car nous aurions
mis à profit certaines des bonnes terres que nous avons dans les
réserves. Nous n’avions besoin que de votre appui. Quelqu’un
l’a déjà dit: Vous dépensez des sommes considérables dans des
pays étrangers pour améliorer la situation d’autres citoyens,
pour les éduquer et les rendre autonomes. Pourquoi ne le
feriez-vous pas chez vous pour améliorer la situation des
lndiens?

Or, à mesure que les Indiens deviennent mieux instruits, que
les restrictions sont supprimées, ils s’associcront davantage
aux Blancs. Les pensionnats seront probablement remplacés
par les externats. Les Indiens auront le droit de vote et on
mettra à leur disposition des établissements d’enseignement
supérieur.

Ce n’est que depuis quelques années que les lndiens peuvent
voter aux élections provinciales et fédérales. Une fois la porte
entrebâillée pour permettre aux Indiens de s’instruire davantage,
ceux-ci se sont précipités pour en profiter.

Nous avons maintenant des avocats, des jeunes lndiens
jouissant d’une bonne instruction et qui nous aident dans notre
organisation. Cependant, si le système avait été bien organisé
dès le départ, beaucoup plus d’Indiens se seraient prévalu de
cette possibilité d’instruction et ils seraient maintenant en train
d’aider à construire le Canada. Je sais que cela aurait été mon
cas. Je voulais travailler, mais je n’avais aucune formation, Je
ne voulais pas vivre dans la réserve où mon peuple vit en vase
clos et je ne veux dépendre de personne.

[Page 38]

Nous avons toujours la même façon de réagir et il n’y a rien
à faire. La seule façon pour les Indiens d’oublier leurs
préoccupations était d’aller boire; de la à devenir alcoolique, il
n’y a qu’un pas. C’est une situation terrible. C’est très bien
d’étre un Indien, d’étre fort à cause de toutes les souffrances que
nous avons connues. S’il y a tant d’hôpitaux phychiatriques, c’est
peut-être dû au mauvais système de gouvernement.

On peut lire également ceci:

Des objectifs et idées semblables ont été exprimés par le
chanoine S.H. Middleton de Cardston cn Alberta lorsqu’il a
fait rapport au congrès annuel du Synode du diocèse de
l’Eglise d’Angleterre de Calgary,

Nos écoles ne le cèdent en rien à aucune autre a dit le
chanoine Middleton au sujet des écoles indiennes.

Je suis certain que dans quelques années, il n’y existera
plus de réserves indiennes. Dieu merci, car j’en ai assez de ce
système replié sur lui-même. Avant longtemps les lndiens
deviendront des citoyens, exerçant leurs droits de citoyens, et
cela sera dû au travail réalisé dans les écoles anglicanes du
diocèse».

La seule chose que nous puissions faire c’est de nous appuyer
les uns les autres, de nous réunir. de vous parler, cependant
nous n’en avons jamais eu la possibilité. C’est la première fois
que le gouvernement s’assied à une table avec nous. J’apprécie
votre visite et j’espère que vous vous souvenez de notre histoire.

Il est 11 heures du soir, mais j’aimerais lire à mon peuple un
extrait d’une décision judiciaire publiée le 25 janvier 1983. A
la page 9, la majorité des juges se prononce en faveur des
lndiens. Sept juges étaient présents, et six ont voté en faveur
du peuple indien.

ll a dit et je cite:

ll me semble que les traités et les statuts se rapportant aux
lndiens devraient être interprétés de façon large; dans les cas
de doute, il faudrait trancher en faveur des lndiens. Si le
libellé d’une loi peut être raisonnablement interprété comme
prévoyant une exemption fiscale, il faudra préférer une telle
interprétation à une autre tenant compte de considération
d’ordre technique et en vertu de laquelle il faudrait nier une
telle exemption.

On lit ensuite ceci:

On est d’accord pour dire que les traités visant les
lndiens doivent être interprétés non en tenant compte de
subtilités techniques mais de la même façon que ceux-ci
seraient normalement compris par les Indiens eux-mêmes.

Voulez-vous l’interprétation en cri? Nous pourrons le faire
demain.

ll est 11 heures du soir. Est-ce que vous vouliez. . .

Le vice-président: Il nous reste cinq minutes environ.

Le sénateur Tootoosis: Cinq minutes. Très bien alors je
poursuivrai pendant cinq minutes.

Le sénateur Merasty: Allez-vous nous poser des questions
demain?

[Page 39]

Le sénateur Tootoosis: J’apprécie beaucoup la possibilité de
pouvoir vous rencontrer. Allez-vous nous rencontrer une autre
fois? Je crois que chaque fois que nous avons unc conférence,
vous devriez venir y assister pendant quelques heures. Puisque
vous êtes députés, vous pourriez ensuite rapporter de quoi il est
question au Parlement, a la Chambre. ll est certain que les
lndiens pourraient alors vous donner des renseignements qui
seraient utiles à améliorer leur sort.

Pendant toutes ces années, j’ai beaucoup voyagé pour
organiser mon peuple. Comme je l’ai dit il y a quelques
instants, si nous avions bénéficié de l’appui financier adéquat,
nous aurions pu utiliser nos réserves. Cependant. celles-ci
ressemblent plutôt a des campements à cause du manque
d’appui que nous avons reçu. La situation est dramatique.
Après nous avoir tout retiré. vous nous avez laissé dans de
telles conditions… J’aimerais vous montrer quelle est la
situation dans les réserves et combien elle pourrait être
améliorée.

Je vous remercie.

Le vice-président: Merci sénateur Tootoosis.

Le sénateur Tootoosis: Enfin, j’ai fini!

Le vice-président: S’il vous reste encore un peu d’énergie,
nous aimerions vous poser quelques questions si cela convient.
J’ai les noms de MM. Chénier, Manly ainsi que de Mm’
Roberta Jamieson sur ma liste. lls aimeraient tous vous poser
une question. Si vous n’y voyez pas d’objection, nous pourrions
peul-être prolonger la séance de 10 ou 15 minutes afin qu’ils
puissent le faire. Nous terminerons ensuite.

Monsieur Chénier.

M. Chénier: Monsieur le président, étant donné que nous
sommes à la télévision ce soir, nous devrions peubôtre faire
une petite pause publicitaire.

On m’a donné un livre cette semaine, qui a été écrit par Jean
Goodwill, la fille de M. Tootoosis. J’ai lu le livre presque
entièrement. C’est un bon livre. Nous avons lu toutes sortes de
choses au sujet des traités, mais celui-ci nous explique la
situation du point de vue cri. Si j’avais vécu à l’époque, je crois
que je vous aurais devancé de deux semaines environ a Frog
Lake et ce serait moi qui aurait abattu ces gredins.

Des voix: Oh!

M. Chénier: J’aimerais citer un extrait de la préface du
livre. ll s’agit d’un communiqué de presse qui a été donné aux
lndiens de la Saskatchewan en 1976. «Pour John Tootoosis,
l’homme de fer et le grand-père de tous, un rêve a été réalisé.»

J’aimerais citer d’autres extraits. Le chef actuel, Dave
Ahenakew, dit du sénateur Tootoosis qu’il est: «Un vieux peau-
rouge tenace». ll poursuit en disant: «Que M. Ahenakew
qualifie le sénateur de tenace, c’est bien vrai, quand on songe
qu’il ne pouvait pas puiser son argent de voyage dans un
compte de dépenses, qu’il avait affaire à un agent des Affaires
indiennes qui le méprisait et qu’il était presque entièrement
dépourvu de moyens de locomotion.» Si j’ai lu cet extrait, c’est
pour vous donner une idée de la détermination dont a fait

[Page 40]

preuve M. Tootoosis. Il a véritablement réalisé un réve, car
c’est grâce à lui qu’a pu voir le jour la Fédération des lndiens
de la Saskatchewan.

Dans cet article, cependant, on ne nous donne pas de détails
au sujet de votre rêve. Pourriez-vous nous en parler? Quels
devraient être les objectifs des organisations comme la FSI,
ainsi que d’autres organisations indiennes, qu’il s’agisse de
l’Union des lndiens du Nouveau-Brunswick, de la Confédération
des premières nations, du MKO, etc.?

Le sénateur Tootoosis: Toutes ces organisations ont le
même objectif. Elles doivent avoir un appui solide pour pouvoir
s’aider elles-mémes. Nous ne voulons rien obtenir du gouvernement
qui représente en fait un Soporifique pour nous. La
plupart des Indiens veulent s’améliorer eux-mêmes et améliorer
le sort de leur pays. Il faudrait également que nous
disposions de meilleurs moyens financiers, pour que nos jeunes
puissent se rendre dans les villes et apprendre un métier. Une
personne sans métier est dans une situation bien précaire. J’en
ai manqué dans mon jeune temps. Je voulais aller travailler,
mais je n’avais pas de métier. Heureusement, j’ai été travaillé
pour un Américain qui m’a appris beaucoup; il m’a appris à
cultiver la terre et à m’occuper du bétail. C’est là que j’ai
appris tout ce que je connais; autrement, j’aurais passé ma vie
à boire.

Je crois que beaucoup de nos jeunes sont pleins d’énergie, ils
veulent s’aider, ils veulent vivre comme les autres, vivre leur
propre vie. Leurs enfants, après eux, pourraient faire de même,
et tous pourraient aider à construire le Canada et les provinces,
comme la Saskatchewan. Si j’avais reçu une bonne éducation
moi-même, j’aurais pu aider à construire la Saskatchewan en
payant l’impôt, tout en gagnant ma vie.

M. Chénier: Dans votre livre, vous parlez beaucoup d’éducation.
Est-ce que vous pensez qu’à l’heure actuelle, les bandes
indiennes devraient avoir le contrôle de leurs écoles?

Le sénateur Tootoosis: Oui.

M. Chénier: Jusqu’où croyez-vous que l’on devrait aller?
Jusqu’où les bandes devraient-alla avoir le contrôle de
l’éducation?

Le sénateur Tootoosis: Beaucoup de bandes veulent être
maîtres de leurs propres écoles. On nous avait promis, dès que
nous nous sommes installés, qu’une école serait construite, une
école indienne. Cependant, les écoles que l’on a construites
dans les réserves indiennes sont des écoles pour Blancs. Nous
n’avons pas un seul mot à dire. Il existe un conflit entre les
deux cultures. C’est la raison pour laquelle nous en sommes
arrivés à la conclusion qu’il nous faudrait l’autonomie pour
appliquer des lois selon notre culture, nos croyances, comme
vous, les Blancs, vous l’avez fait.

M. Chénier: Ce que vous venez de dire est très important.
C’est très important pour nous en tant que membres du
Comité, c’est très important pour le Canada. Dans les traités,
on a bien spécifié qu’il y aurait sur la réserve indienne des

[Page 41]

écoles indiennes qui ne seraient pas tenues par des gens de
l’extérieur, mais bien par les lndiens, pour les lndiens. C’est
sans doute une des plus grandes faiblesses des traités.

Le sénateur Tootoosis: On rcsserrerait ainsi les liens
familiaux, et lorsque les jeunes grandiraient, ils respecteraient
leurs parents. Cependant, nous avons tous été éduqués par
d’autres personnes. On a brisé le lien entre l’enfant et les
parents. On a brisé le lien familial, c’est cela qu’on a fait avec
le peuple indien.

Dans les extraits que je vous ai lus, on explique tout cela. ll
faut tout oublier. Vous devez tout oublier. Il faut recommencer.

M. Chénier: Merci, monsieur le président,

Le vice-président: Merci. Monsieur Manly.

M. Manly: Merci, monsieur le président. J’aimerais
remercier les trois sénateurs d’avoir comparu devant nous. lls
nous aident à mieux comprendre ce que sont les traités.

J’aimerais dire quelque chose au sujet du commentaire fait
par le sénateur Tootoosis: tous les membres du Comité savent
combien vous avez aidé à construire la Saskatchewan et le
Canada. Nous partageons tous votre sentiment de pert ; en
effet, votre contribution aurait été plus grande si vous aviez pu
bénéficier de l’instruction. Cependant, nous voulons vous
affirmer que nous reconnaissons, dans le travail que vous avez
fait, une grande contribution envers la Saskatchewan et le
Canada.

J’aimerais poser une question au sénateur Chicken. Vous
dites qu’au cours des 23 dernières années, on a essayé d’abroger
les traités et que cela vous a rendu la vie plus difficile, que
cela vous a empêchés de suivre votre mode de vie traditionnel.
Qui a essayé d’abroger ces traités? Comment cela s’est-il
passé? Estimez-vous que votre peuple est dans une situation
plus précaire maintenant qu’il ne l’était il y a 23 ou 25 ans?

Une dernière question. Vous dites que votre mode de vie est
différent de celui des non-lndiens qui vivent dans le Sud et que
ces personnes ont une vie plus facile que vous. Cependant, je ne
crois pas que vous vouliez changer votre mode de vie, que vous
vouliez en adopter un plus facile. Quels sont vos commentaires?

Mme Yooya: Pourriez-vous répéter, s’il vous plaît?

M. Manly: Je vais répéter les questions une a une. Tout
d’abord, lorsque vous dites qu’au cours des 23 dernières
années, on a essayé d’abroger les traités, pourriez-vous nous
dire de qui vous voulez parler et comment ces personnes ont
procédé?

Le sénateur Chicken (interprétation): Vous qui êtes assis ici
devriez connaître la réponse à cette question; cependant, vous
ne semblez pas la connaître. Nous avons participé à des
réunions avec le gouvernement provincial, à Regina, de méme
qu’à Prince Albert. Le gouvernement a dit des choses qui nous
ont laissé comprendre qu’il voulait abroger certaines parties du
traité.

[Page 42]

Êtes-vous en train de nous dire que c’est la première fois que
vous entendez parler de quelqu’un qui essaye de rompre ces
traités? Quant à nous. nous l’avons toujours su; ce n’est pas la
première fois que nous parlons de ce genre d’agissement.

C’est le gouvernement provincial qui, au cours des 23
dernières années, s’est vraiment attaqué a la tâche d’éliminer
ces traités. Vous qui siégez à Ottawa devriez étre au courant
de ce qui se passe dans les provinces. C’est pour cela que je suis
très étonné de vous entendre dire que vous ignorez qui sont ces
gens.

Nous, Indiens, qui sommes ici, avons toujours combattu
pour protéger ces traités. Nous tenons à les protéger, et
sommes très heureux de vous voir siégeant ici, à cette table,
pour essayer de résoudre ces problèmes avec nous.

Nous nous sommes exprimés devant vous. Or, vous nous
posez des questions comme si vous n’étiez pas au courant de ce
qui s’est passé, alors que vous devriez l’être. Vous, qui siégcz à
Ottawa, devriez savoir comment il faut régler ces problèmes.

M. Manly: Merci beaucoup. J’ai une observation à faire. Je
crois que nous sommes tous au courant du fait que les droits
accordés par traités n’ont pas été respectés, mais les traités ont
été rompus de différentes façons et en différents endroits, et
j’essaye d’obtenir du sénateur Chicken qu’il me dise comment
cela s’est passé dans sa région. Pouvez-vous lui demander . . .

Le sénateur Chicken (interprétation): Je ne puis préciser
quelles dispositions ou parties précises on n’a pas respectées,
mais je tiens surtout à insister sur le fait que nous voulons
protéger nos traités et que vous nous accordiez votre aide a
cette fin. Autrement dit, il faudrait inscrire dans la nouvelle
constitution ces droits obtenus par voie de traités.

M. Manly: Merci beaucoup.

Le vice-président: Roberta.

>M. Chénier: J’ai une question.

Mme Jamieson: Ici, Chénier, je suis toujours bonne
dernière.

Une voix: C’est cependant vous qui avez le dernier mot.

Mme Jamieson: Oui, c’est moi qui l’obtiendrai. J’ai une
remarque et une question a poser, mais c’est le président qui a
le dernier mot.

D’abord, je suis reconnaissante au sénateur Tootoosis de
nous avoir donné une évolution chronologique des diverses
politiques sous lesquelles les Indiens ont dû vivre. Je crois que
cela indique une chose, c’est-a-dire une orientation. ll s’agit du
fait qu’au cours des années, les hommes politiques ont essayé
de considérer les lndiens comme tous les autres Canadiens et
ont donc fait preuve de bonnes intentions, tout au moins
d’après eux. Certains Indiens contesteraient peut-étre cela,
mais enfin,je leur accorde le bénéfice du doute. lls étaient bien
intentionnés, de leur point de vue, mais ce qu’ils voulaient pour
les lndiens n’était pas approprié à ces derniers. Par ailleurs, je
voudrais dire quelque chose au sénateur Tootoosis. Depuis que
je voyage avec ce Comité, j’essaye de tenir ma fille de quatre
ans et demi au courant de ce que nous faisons, car elle se

[Page 43]

demande pourquoi sa mère est presque toujours partie.
J’essaye donc de lui expliquer les rapports créés à la suite de la
signature des traités, ainsi que les événements survenus après,
c’est-â-dire les diverses politiques mises en oeuvre, et les
possibilités dont le Comité dispose pour modifier cela. Je lui ai
dit que toutes ces politiques ont été mises en vigueur par les
Kwerosakas, les non-lndiens de notre langue, imposées au
Onkwehonwes, les Indiens, parce que les Kwerosakas veulent
rendre les Onkwehanwar semblables a eux, parce qu’ils veulent
nous rendre tous pareils. Elle m’a alors répondu: «Mais
maman, est-ce qu’ils ne comprennent donc pas que les
Onkwehonwes ne peuvent pas changerîln. Cela m’a paru
remarquable, venant d’une enfant de quatre ans et demi
seulement. Je suis donc d’avis que notre Comité a la possibilité
de modifier les choses, et je vous suis reconnaissante du fait
que vous nous ayez dit ce soir que les nations indiennes sont
différentes, qu’elles ont une histoire différente et des rapports
différents. En effet, chacune d’elles a signé des traités différents
avec le gouvernement canadien, avec la Couronne, et
j’espère donc que le rapport fera clairement état de cette
réalité, et ce, afin que nous essayions de modifier les lois et les
institutions canadiennes, de façon à respecter les gouvernements
indiens. C’est tout au moins ce que j’espère. Seul le
temps nous le dira.

Par ailleurs, je tenais aussi à remercier le sénateur Chicken
d’avoir soulevé cette question, Il me l’a déjà mentionnée hier,
et je lui suis reconnaissante de l’avoir fait encore aujourd’hui,
c’est-à-dire d’avoir rappelé qu’une seule solution ne réussira
pas pour tout le monde. En effet, nous avons besoin de
souplesse, compte tenu de nos modes de vie différents.
Maintenant, j’ai une question à lui poser. Je crois savoir que
dans le nord de la Saskatchewan, on exploite maintenant six
mines d’uranium, et que cela aura des répercussions très
importantes sur la qualité de l’air, sur la faune et sur les
habitants. Dans d’autres régions, les gouvernements indiens
nous ont dit que lorsque de tels projets de grande envergure
sont mis en oeuvre. ils estiment qu’on aurait dû les consulter
préalablement et qu’ils devraient avoir un droit de regard en la
matière. J’aimerais donc savoir si cette exploitation a des
répercussions dans la région du sénateur Chicken. A-t-il
participé de quelque façon au projet, ou estime-t-il qu’il aurait
dû le faire?

Le sénateur Chicken (interprétation): Je n’ai pas grand-
chose à dire en ce moment au sujet des répercussions, car cette
exploitation est relativement récente, et nous n’en connaissons
pas encore les conséquences. Nous savons bien qu’il y a une
mine tout près du lac Wollaston, et qu’elle a eu des répercussions
sur la région… De plus, il y a une autre mine qui vient
de fermer, pas très loin d’où j’habite.

A l’intérieur des limites de la réserve qu’on nous a donnée, il
y a beaucoup d’activités de prospection en cours. Il s’agit ici de
la bande de Stony Rapids. Or, ce que je n’aime pas dans ces
nombreuses activités, c’est que tout le travail est effectué par
des Blancs. Autrement dit, la main-d’oeuvre est importée et les
membres de la bande n’obtiennent pas de travail. lls sont
certainement mécontents de cela. En conséquence, lorsque

[Page 44]

mon chef prendra la parole, j’espère qu’il abordera cette
question de façon un peu plus poussée.

On s’est complètement éloigné de l’entente intervenue entre
la bande et la société d’exploitation minière. On ne la respecte
pas. J’aimerais donc que le chef Ben Toutsaint s’exprime lâ-
dessus lorsqu’il prendra la parole.

Mme Yooya: Robert, si vous le permettez, je vais cesser
d’interpréter pendant une minute, pour prendre la parole. Le
chef Joe Tsannie, du lac La Hache, est présent, et lorsqu’il fera
son exposé, il abordera la question de l’exploitation de
l’uranium dans le nord.

Mme Jamieson: Je vous remercie, sénateur Chicken. Je vais
donc réserver mes questions, pour les poser lorsque le chef
abordera ce sujet au cours des deux prochains jours.

Merci beaucoup, monsieur le président.

Le vice-président: Merci.

Cela met fin à la deuxième communication. Je tiens à
remercier les sénateurs Merasty, Chicken et Tootoosis de nous
avoir éclairés par leurs réponses à nos questions et par leurs
observations. Nous leur en sommes reconnaissants.

Je vais demander à M. Brass de diriger les cérémonies de
clôture. Auparavant, toutefois, je rappelle que la séance est
levée jusqu’à 9 heures, demain matin. Monsieur Brass.

M. Brass: Merci, monsieur le président.

Je vais demander au sénateur Chicken de bien vouloir
réciter la prière de clôture. Auriez-vous l’obligeance de le lut
demander, Mary, s’il vous plaît?

Veuillez tous vous lever, s’il vous plaît.

Le sénateur Chicken: (Prière de clôture en langue amérindienne—
note de l’éditeur).

Le président: La séance est levée.

TÉMOINS

De la Fédération des nations indiennes de la Saskatchewan:

M. Sterling Brass, président.

Le sénateur John B. Tootoosis.

Du Traité n° 2:

Le sénateur Bill Standingready.

Du Traité n° 4:

Le sénateur Henry Langan.

Du Traité n° 5:

Le sénateur Thomas Young.

M. Stan Wilson, interprète.

Du Traité n° 6:

Le sénateur Angus Merasty.

Du Traité n° 8:

Le sénateur Louis Chicken.

Mme Mary Rose Yooya, interprète.

Leave a Reply