« Assemblées publiques au sujet de la Confédération », Le Pays (27 décembre, 1864)


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Date: 1864-12-27
Par: Le Pays
Citation: « Assemblées publiques au sujet de la Confédération » Le Pays (27 décembre, 1864)
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Assemblées publiques au sujet de la Confédération.

On verra, par les procédés d’une assemblée que nous publions plus loin, que le comté de St. Jean, si dignement représenté par notre ami M. Bourassa, a pris l’initiative d’un mouvement hostile à la confédération et au projet de constitution élaboré par la convention de Québec. Ce n’est que le prélude d’autres manifestations qui se préparent dans le même sens, et dont l’influence se fera sentir, nous l’espérons, durant la session parlementaire qui va s’ouvrir le 19 de janvier prochain. Les comtés de Rouville, de Verchères, d’Iberville, de Laprairie, de Drummond et Arthabaska, de Jacques-Cartier, de Chambly, de Bagot, de St. Hyacinthe, ont déjà manifesté le désir d’exprimer leur opinion sur un sujet si important, et d’après les informations qui nous arrivent, le résultat sera partout le même.

Il y a certains collèges électoraux où l’opinion n’est pas moins prononcée contre le projet ministériel mais ou l’influence politique se fait assez sentir pour étouffer momentanément l’expression du sentiment populaire. Cependant, on se ferait illusion si l’on croyait que le silence équivaut à un acquiescement; au contraire, nous sommes à peu près certain que le Bas-Canada français, ainsi qu’une portion notable de la population parlant la langue anglaise, ne veut pas des changements constitutionnels que l’on propose.

Il y aurait un moyen bien simple de savoir à quoi s’en tenir à cet égard; que les députés favorables à la confédération convoquent des assemblées, et nous pouvons prédire à l’avance qu’ils ne réussiront nulle part à faire approuver la démarche du Cabinet. Bien plus, nous avons raison de croire que pas un député ministériel ne serait prêt à se prononcer pour la nouvelle constitution si l’on ne craignait d’ébranler ou de mettre en péril la domination du parti conservateur, s’il ne s’agissait pas, avant tout, d’écarter les libéraux du pouvoir. C’est triste à dire, mais c’est vrai. Que le Bas-Canada soit sacrifié, que son autonomie soit menacée, que les institutions qui lui sont chères soient à la merci d’une majorité étrangère d’origine, de langage et de religion, peu importe pourvu que M. Cartier soit là pour distribuer le patronage, que M. Galt manie les finances de la Province et que les amis aient chacun leur part du gâteau,

mais si les politiciens d’une certaine nuance en sont rendus à ce point d’abjection, ce serait faire injure au peuple, pris en masse, de croire qu’il trempe dans de si odieux complots. Le cœur est resté bon, malgré toutes les tentatives que l’on a faites pour le corrompre. Aussi, chaque fois qu’il s’agit de faire appel à son patriotisme, à sa franchise, à son esprit de justice, sans user d’artifices ou de prétextes spécieux pour le tromper, la réponse est toujours loyale, comme le prouve le résultat de l’assemblée de St. Jean, et comme le prouveront bientôt les procédés qui doivent avoir lieu dans les autres Comtés. On verra si nous sommes isolés dans notre opposition, comme les journaux ministériels se plaisent à le proclamer, car nous n’en avons aucun doute, l’exemple donné par les divers Comtés que nous avons mentionnés plus haut sera suivi, non seulement dans le district de Montréal, mais encore dans celui de Québec et dans celui de Trois-Rivières.

Il y a donc lieu d’espérer que les desseins sinistres de la coalition Taché-Cartier-Brown ne recevront pas leur accomplissement et que le pays sera sauvé du danger qui le menace, grâce à l’attitude de cette phalange généreuse qui sait toujours, comme autrefois, se réunir et marcher ensemble au moment suprême.

Les résolutions adoptées à l’assemblée de St. Jean ne sont pas une vaine protestation; elles constituent tout un programme autour duquel les adversaires de la confédération peuvent se rallier. Elles indiquent le mode le plus sûr et le plus raisonnable à suivre pour parer aux difficultés du moment, difficultés qui, au fond, sont plus factices que réelles.

Les griefs du Haut-Canada ont été exagérés par les ambitieux qui voulaient à tout prix faire leur chemin et capter la confiance publique au moyen de récriminations et de dénonciations auxquelles l’on ne croyait pas. Le peuple de la province supérieure serait satisfait d’une nouvelle répartition du produit des impôts, et de garanties qui lui assureraient qu’une majorité du Bas-Canada n’interviendrait point dans ses affaires locales. Tout cela pourrait être fait sans altérer beaucoup la constitution actuelle et sans nous jeter brusquement dans les voies de l’inconnu, dans le sein d’une confédération où nous nous trouverons dans une position pire que la présente, sans espoir de voir notre sort s’améliorer.

Ainsi, la lettre si calme et si raisonnée de M. Dorion aura porté ses fruits; le Bas-Canada n’aura pas été sourd à cet éloquent appel, et le salut lui sera venu, pour une part du moins, de ceux que l’on a voulu flétrir d’odieuses accusations mais qui ont montré, que, s’ils n’ont pas toujours à la bouche les mots de « religion et nationalité, » ils savent respecter l’une et protéger l’autre.

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