« Le discours de M. Galt à Sherbrooke V », L’Union Nationale (12 décembre, 1864)
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Date: 1864-12-12
Par: Le Pays
Citation: « Le discours de M. Galt à Sherbrooke V » L’Union Nationale (12 décembre, 1864)
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Le discours de M. Galt à Sherbrooke V.
L’AGRICULTURE ET L’IMMIGRATION.
Nous l’avons déjà dit : nous voulons prouvor que tout le mal que nous avons dit du nouveau projet de constitution, M. Galt l’a répété dans son discours à Sherbrooke. S’il n’eut pas été le politique habile que l’on sait, et si l’on ne savait que M. Galt connaissait longtemps avant nous l’intérêt de ses compatriotes et le moyen d’exercer une domination absolue sur les Canadiens-Français, on serait porté à croire qu’il a plagié nos arguments et que pour prouver à ses concitoyens anglais que le plan de confédération leur est favorable, il a puisé dans les colonnes de l’ Union Nationale les preuves que ce plan est aussi préjudiciable aux Canadiens-Français que George Brown et M. Galt et tous les ennemis de la justice sociale et politique et de la civilisation française pouvaient le souhaiter. Les mêmes raisons que notre conscience et notre devoir nous font alléguer à l’encontre de la confédération, et qui nous font dire : « Voyez, on a complètement sacrifié les intérêts canadiens-français ; » ces mêmes raisons sont alléguées par M. Galt à l’appui de la confédération et lui font dire à ses compatriotes anglais : « Voyez, mes chers amis, comme vos intérêts ont pesé dans la balance et comme la confédération vous sera avantageuse. » La raison de cet accord complet entre M. Galt et nous est évidente : Les intérêts britanniques qu’il soutient sont si opposés aux nôtres que ce qui flatte l’Anglais et le réjouit nous blesse et nous mécontente. Et s’il nous est impossible d’éprouver le moindre contentement de ce que nos ennemis triomphent, notre conscience n’en est pas moins satisfaite de les voir témoigner eux-mêmes de la justesse de nos allégations et nous donner raison d’être, au point de vue canadien-français, l’ennemi juré de la confédération et de vouloir entraîner nos compatriotes dans une voie de résistance où l’énergie rend invincible.
Nous allons ajouter aux citations ou plutôt aux preuves que nous avons déjà extraites du discours de M. Galt, les lignes suivantes :
« Quant aux matières d’agriculture et d’immigration, elles doivent être considérées, dans une grande mesure, comme communes à toutes ; mais en même temps la législation relative à ces deux questions pourrait être affectée par certaines mesures qui n’auraient qu’une portée locale. En conséquence, il a été décidé qu’il y aurait jurisdiction concurrente sur ces deux questions. Mais à cause de cette jurisdiction concurrente, dans le cas où il y aurait contradiction entre l’action du gouvernement général et l’action du gouvernement local, il a été pourvu que la politique générale, c’est-à-dire la politique du gouvernement général, ou la politique qui aura été adoptée pour le bien du pays en général, aura le pas sur et modifiera l’action ou la politique que la legislature locale aura adoptée en vue même d’un but purement local. L’objet de cette disposition du plan de Nouvelle Constitution est d’établir un système d’agriculture et d’immigration uniforme dans toute l’Amérique Britannique du Nord, tandis que localement ce système pourra être sujet à certains règlements et stipulations que les législatures locales pourront faire. »
Certaines matières, comme l’agriculture et l’immigration, ont donc été placées sous le contrôle et du gouvernement général et du gouvernement local.
Pourquoi, sinon parce qu’on a voulu dorer la pilule ou sauver les apparences, en paraissant donner au gouvernement local des attributs qu’on donnait réellement et entièrement au gouvernement général.
Pourquoi, sinon parce que, tout en espérant ne pas révolter le sens moral et politique du peuple par ce système de déception, nos ennemis se sont dit : « le gouvernement local paiera la façon de ce simulacre d’autorité que nous lui donnons, et l’effet de ce système sera de laisser aux législatures locales la partie onéreuse de la législation sur les matières soumises à la juridiction concurrente. »
Ainsi, relative à l’agriculture et à l’immigration, les choses se passeront comme suit : le gouvernement central fera la législation concernant l’administration générale des terres publiques ; il avisera aux moyens d’attirer ici l’émigration qui conviendra au caractère britannique, entièrement britannique et protestant, que devra avoir la grande nationalité future composée — pour faire les choses selon le désir du chevalier Taché — d’Anglais, d’Écossais, d’Irlandais — et de Canadiens-Français pardessus le marché ! Voilà quel sera le rôle du gouvernement central à l’égard de l’agriculture et de l’immigration.
Il restera au gouvernement local le soin, peut-être, de nommer (et qui sait encore !) les agents locaux ; de les payer ; de tracer les nouvelles voies de communication, d’en payer le coût ; de recevoir avec toute la politesse et toute l’urbanité compatibles avec le caractère passablement mixte de la future nationalité-Taché, les convois d’Anglais, d’Écossais et d’Irlandais orangistes que le Grand Tronc charoiera, et de leur fournir des secours de toutes sortes. Voilà quel sera le rôle du gouvernement local à l’égard de l’agriculture et de l’immigration.
C’est-à-dire que le gouvernement central, qui sera le maître en cela comme en toute chose, ordonnera ; et le gouvernement local, qui sera son très humble serviteur en tout et partout, recevra ses ordres, les fera exécuter et du tout paiera la façon au moyen des sommes que le bon peuple, assujetti à la taxe directe, versera dans le coffre local !
N’aurait-il pas mieux valu que le gouvernement local n’eut eu rien à faire avec l’immigration et l’agriculture et que le gouvernement central eut eu une juridiction absolue sur ces deux matières d’intérêt public ?
Que signifie ce simulacre d’autorité, sinon que le gouvernement central aura le droit d’ordonner et le gouvernement local le devoir d’exécuter ?
Est-ce ainsi que messieurs les prôneurs de la Confédération laissent remplir les belles promesses qui nous étaient faites en juin dernier? Ils nous disaient alors : « Ne repoussez donc pas avant de le connaître et au nom de la conservation nationale et de l’influence française en Amérique, un projet de constitution qui, en plaçant sous le contrôle de la législature locale l’immigration, vous permettra de grossir la famille canadienne française de tous les Français et de tous les bons Belges que vous trouverez disposés à laisser leur patrie. »
Souffrirez-vous que votre espoir soit frustré et que vos promesses, tirées à vue sur l’esprit de justice que vous aviez la générosité de supposer à nos gouvernants, soient ainsi déshonorées ?
S’ils le souffrent, nous devons croire qu’ils se sont entendus avec l’ennemi pour nous tenir dans la quiétudo pendant que celui-ci nous forgeait des fers.
Le discours de M. Galt contient d’autres passages non moins riches que ceux que nous avons cités jusqu’à présent. Ce serait une grande faute de ne pas en profiter. Aussi nous proposons-nous de ne prendre congé de M. Galt que lorsque nous aurons épuisé le thème infini dont son discours de 13 colonnes nous a gratifié.
MÉDÉRIC LANCTÔT.