« Correspondance Parlementaire », Le Pays (19 juillet, 1866)
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Date: 1866-07-19
Par: Le Pays
Citation: « Correspondance Parlementaire » Le Pays (19 juillet, 1866)
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Correspondance Parlementaire.
Ottawa, 14 juillet.
Durant la discussion sur la motion de non-confiance, il s’est produit quelques incidents qu’il est bon de raconter.
M. Dunkin, on le sait, a été l’un des plus chauds adversaires de la confédération depuis 1864. Que cette hostilité fût le résultat de principes sincèrement arrêtés, je le crois. Deux ans durant, il a dénoncé l’union des provinces. A quel point de vue s’est il placé pour cela ? personne ne l’a jamais bien su.
Aujourd’hui, il voit la confédération presque un fait accompli, et il n’a plus pour elle ces colères, ces éclats de foudre lilliputiens qui ont tant fait rire du Jupiter de Brome. Il semble croire que le succès a toujours raison. C’est une qualité commode pour les faibles que cette flexibilité d’echine qui les fait s’incliner devant les plus forts, à ce moment précis où la victoire, jusque là indécise, va se fixer définitivement. Heureux mortels qui, pour une opportune servilité, savent appeler l’oubli sur une malheureuse hostilité et faire apprécier leurs tardifs efforts à l’égal d’un dévouement qui ne s’est pas démenti d’une minute !
Bien qu’il n’ait pas encore ouvertement passé à l’ennemi, M. Dunkin a parfaitement laissé voir qu’il n’attendait qu’une chance favorable pour rentrer dans le giron ministériel. Sans déclarer son adhésion explicite au projet d’union, il a exposé quelques-uns des motifs qui militent chez lui en faveur de ce projet. Entr’autres motifs, je trouve celui-ci : sa qualité d’anglais. Ainsi, qui veut voir ne peut se méprendre sur la portée de la confédération. Au nombre des arguments que la presse anti-unioniste a constamment invoqués contre le projet, l’on a pu remarquer en première ligne la promptitude des anglais à l’accepter, promptitude peu rassurante pour les Canadiens-Français. Le Haut-Canada tout entier, et le Bas-Canada anglais en très grande partie l’ont préconisé, si nous en jugeons par les journaux. Ce qui plaît au vautour ne saurait convenir à la colombe : ce qui couronne les vœux des exploiteurs ne fait pas l’affaire des exploités. Chat et souris ne mangent ensemble, dit le proverbe.
De là la répulsion non équivoque des Canadiens-Français pour la confédération.
Les journaux unionistes ont feint de ne pas l’apercevoir. Anglais et canadiens, disaient-ils, y gagneront également : les premiers ne sont pas plus intéressés que les seconds au succès de la confédération.
Et voilà qu’aujourd’hui, un anglais déclare, lui centième, qu’une des raisons qui le portent à vouloir l’union des provinces est sa qualité d’anglais. Combien d’autres, moins francs que lui, n’ont travaillé qu’à cause de leur origine à l’anéantissement de la race française ! Son aveu est bon à noter. Il trouve le projet imparfait, mais sa qualité d’anglais lui fait avaler ces imperfections et il demande son adoption.
Il est un autre point sur lequel les canadiens ne doivent plus se faire illusion, c’est la concession, par le ministère aux radicaux du Haut-Canada, de la représentation d’après le nombre. M. Brown a déjà dit, à maintes reprises, qu’il avait obtenu du ministère actuel ce que lui avait toujours refusé M. Dorion et avec lui le libéralisme bas-canadien. Il vient de renouveler cette déclaration, et, cette fois, sa voix a trouvé un écho officiel.
M. Cartier entendant dire M. Brown qu’il avait obtenu la représentation basée sur la population, et voyant les chefs de l’opposition prendre note de l’aveu, s’est levé pour dire : Oui je l’ai accordée, et c’était justice.
Messieurs les journalistes torys voudront bien à l’avenir ne pas nier que cette concession n’ait pas été faite : leur grand adversaire se vante de l’avoir obtenue devant tout le pays, et devant tout le pays aussi leur chef le reconnaît. Cela répond à bien des dénégations.
Il est une remarque qu’il est bon de faire ici. Pendant tout le débat sur la motion McGiverin, M. Cauchon s’est surpassé en grossièreté. Son propre, on le sait, n’est pas le don de la parole. Personne, sauf M. Cartier, ne parle plus mal, plus désagréablement que lui. Il est réellement triste de voir un homme de sa position, vieux journaliste, homme politique depuis plus de vingt homme politique depuis plus de vingt ans, ancien ministre, prendre aussi peu de place et peser aussi faiblement dans la Chambre. S’il pèse de quelque manière, c’est sur le dos de ses collègues et des spectateurs, c’est à rendre jaloux M. Paul Denis, vraiment !
Incapable de parler d’une façon tolérable, et voulant à tout prix que le pays s’aperçoive qu’il n’est pas mort, il s’est jeté dans une spécialité, prisée par le fameux Jérôme Paturot. A l’instar de son modèle, il peut s’écrier : » Les grands improvisateurs sont rares : c’est le vol de l’aigle : ne s’y élève pas qui veut. Mais, dans les limites d’un essor plus modeste, on peut se classer, se créer un genre. Je m’essayai donc dans les bravo ! très bien ! et j’eus la chance d’en émettre quelques-uns des mieux réussis, avec des nuances inconnues avant moi. Ce succès m’en » hardit ; j’abordai les à l’ordre ! mouvement plus rare ; partant plus difficile. J’en obtins des effets merveilleux et dès lors ma position fut faite. Mes collègues du centre me remarquèrent, la presse elle-même me signala comme un interrupteur acharné. »
En toute justice cependant il faut accorder à M. Cauchon qu’il pousse plus loin que son modèle la manie d’interrompre à propos de tout et à propos de rien, et partant qu’il est insupportable. Il ne se contente pas de quelques monosyllabes, lui. Il hasarde des phrases entières qui sont, dans sa pensée, ou un défi ou une réfutation, et qui, dites sur ce ton singulièrement poli et avec cette voix proverbialement douce qu’on lui connaît, agacent les nerfs des spectateurs. La plupart du temps, il est impossible à d’autres qu’à ses voisins, d’y rien comprendre, attendu qu’il parle à demi-voix, et que sa voix fausse mêlée à la voix de l’orateur produit une cacaphonie diablement détestable.