« LES CONSTITUTIONS LOCALES, ET P’TIT GEORGE LE DROLE », L’Union Nationale (20 juillet, 1866)


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Date: 1866-07-20
Par: L’Union Nationale
Citation: « LES CONSTITUTIONS LOCALES, ET P’TIT GEORGE LE DROLE » L’Union Nationale (20 Juillet, 1866)
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LES CONSTITUTIONS LOCALES, ET P’TIT GEORGE LE DROLE !

Nous connaissons beaucoup de personnes qui n’ont pas encore réussi à reprendre leur sérieux, depuis qu’ils ont eu l’incroyable satisfaction de lire les discours de M. John A. McDonald et de M. Cartier sur les constitutions des législatures locales. On dit que Poléon lui-même en a eu des points de côté . . . . dans le ventre, Poléon pouvant difficilement avoir des points ailleurs que là.

Ecoutez bien : M. McDonald, c’est-à-dire le gouvernement, se lève et dit.

Dans le Haut-Canada nous n’avons qu’une chambre.

1o parce que ce système est plus économe.

2o parce que la législature locale n’exerce aucune souveraineté et que son importance est par conséquent tout à fait secondaire.

3o Parce qu’en multipliant trop les sièges législatifs, comme ce serait le cas, si en sus des membres des deux chambres fédérales, il fallait encore garnir deux chambres locales, on ne trouverait réellement pas assez d’hommes capables qui voulussent remplir un si grand nombre de sièges législatifs ou parlementaires ; un champ plus vaste que jamais serait ainsi ouvert aux nullités et aux ambitions méprisables.

M. Cartier se lève ensuite. Que va-t-il dire pour défendre son système ? M. McDonald a trop bien prouvé que le système d’une seule chambre législative vaudrait beaucoup mieux que deux chambres, pour que M. Cartier trouve moyen de prouver que deux chambres législatives vaudraient mieux qu’une simple chambre d’assemblée. Il est vrai que l’un avait parlé pour le Haut-Canada et que l’autre devait parler pour le Bas ; mais les deux sections d’un pays, qui ont toujours vécu sous les mêmes institutions politiques, doivent éprouver à peu près les mêmes besoins et avoir les mêmes goûts politiques.

N’importe, M. Cartier, c’est-à-dire le gouvernement encore, se lève et commence une longue dissertation sur quoi…. sur la préféque l’on doit donner à deux chambres au lieu d’une seule ? Mais point du tout ! De quoi parle-t-il donc ? Mais des avantages d’ôter au peuple le droit de choisir lui-même ses représentants dans la chambre haute, et de pas d’autre chose ! Il sue sang et eau, il se bat les flancs, il crie, hurle, tempête, assomme le français entre ses deux mâchoires formidables, pour prouver que le peuple d’où il est sorti, qui l’a élu, qui l’a fait ce qu’il est, qui l’a élevé au pouvoir, est trop stupide ou trop méchant pour qu’il soit opportun, sage ou prudent de lui permettre d’élire ses représentants ! ! Et comme la pensée le frappe que les Bédard, les Papineau, les Nelson, les Viger les Lafontaine et tant d’autres grands hommes du passé étaient d’une opinion différente et qu’ils ont combattu toute leur vie pour faire accorder au peuple du Canada l’exercice du droit d’élire les conseillers législatifs, il s’écrie, lui qui s’est battu et qui s’est surtout sauvé en 1837, pour obtenir cette extension du système électif ; il s’écrie que les Bédard, les Papineau, les Nelson, les Viger, les Lafontaine sont des imbéciles, qui ne savaient ce qu’ils faisaient et qui ont erré toute leur vie comme des idiots ! Et la phalange Belle-Rose-Denis-De-Boucherville, de crier à tue tête :  » Hourrah ! hourrah ! petit George a raison !  »

Après cette première et étonnante découverte qui relègue Garneau au rang des imposteurs et laisse l’histoire du Canada à faire ou à refaire, p’tit George continue son discours en insultant à la démocratie. Or savez-vous ce que M. Cartier entend par démocratie ? Il n’entend pas les doctrines subversives, révolutionnaires et impies d’une certaine école, non ! mais il entend par démocratie la doctrine que le gouvernement étant fait pour le gouverné, le gouverné a par conséquent le droit de surveiller son gouvernement, ou en d’autres termes le gouvernement étant fait non pas pour l’administrateur, mais pour l’administré, ou le peuple si l’on veut, par conséquent le peuple doit avoir le droit de choisir ceux qui doivent gérer ses affaires. Voilà ce que M. Cartier entend par démocratie. Trouvez-vous que la démocratie ainsi comprise soit quelque chose de vraiment épouvantable ? N’est-ce pas le système qui nous régit un peu depuis 1840 et plus encore depuis 1856, époque à laquelle le Conseil Législatif a été partiellement rendu électif ? Eh bien, M. Cartier, qui du reste était lui-même dans le ministère qui a passé la loi appliquant le système électif au Conseil Législatif, trouve que ce système, cette démocratie est quelque chose de sale, de hideux, qui lui fait bondir le cœur. C’est le règne de la canaille, suivant lui.  » Hourrah ! hourrah !  » crie toute la majorité ministérielle. Cauchon, Bellerose, Denis, Delisle et Cie, disent :  » c’est vrai !  » Et cette dernière approbation ébranle les convictions de la minorité, qui ne peut s’empêcher de reconnaître que ces gens là sont francs et savent se rendre justice, mais qu’ils ont peut-être le tort de mesurer tout le monde à leur aune ! . . .

Oui, le système électif qui donne au peuple l’entier contrôle de ses propres affaires, ce qui n’est que juste et sage dans une société faite comme la société canadienne, tout exprès pour ce système, est suivant M. Cartier le régime de la canaille. Nous sommes aristocrates, nous sommes monarchistes, s’écrie-t-il, et nous voulons dominer par le triomphe de nos opinions monarchistes !

Soyez monarchistes tant que vous voudrez, M. Cartier, mais au moins ne méprisez pas le peuple et ne l’insutez pas. Vous ne sortez pas de la cuisse de Jupiter pour avoir des prétentions à tout fendre. Le sang de la roture coule dans vos veines et s’il s’est gâté en passant par votre folle tête, s’il s’est refroidi en touchant à votre cœur anglais, ce n’est pas une raison pour qu’il se soit également avili chez tous.

Monarchistes ! M. Cartier, monarchiste ! allons, la farce est trop grossière, Poléon lui même n’y tient plus, et les courtisans de la nouvelle cour, les mignons de la dynastie Cartier-Delisle-Shiller ne pourront jamais garder leur gravité. Il s’éclateront de rire, le peuple prendra part à l’hilarité générale et la royauté nouvelle s’éteindra avec petit George, qui peut bien régner sur quelques moutons, mais qui ne régnera jamais en personne ou par le triomphe de son principe dans la personne d’un autre, sur le peuple.

Le peuple du Bas-Canada est essentiellement démocratique, en ce sens-ci, que tout en étant conservateur de ses principes sociaux et religieux, il est jaloux de la conservation de tous ses droits politiques et nationaux. Nous sommes certain que si l’on soumettait la question au peuple, on ne trouverait pas dix électeurs canadiens-français indépendants qui voteraient pour renoncer à leur droit d’élire leurs conseillers législatifs. M. Cartier reconnaît cela ; mais en qualité de monarchiste mon devoir, dit-il, est de m’opposer à ces désirs effrénés de la démocratie !

Malencontreuse démocratie va ! pourquoi te mesures-tu avec un athlète comme M. Cartier !

Pauvre petit homme ! il devient réellement burlesque ; il en est même amusant ; s’en donne-t-il du trouble pour obtenir son petit titre de sire ! il se renfrogne, se rengorge, marche à pas comptés, porte la culotte et les bas, les souliers à talons rouges et le chapeau à pinces, pour tenter la royauté et se faire sirer ! Ah, qu’il est changé le petit homme depuis qu’il a jeté son fusil de patriote à l’eau pour porter l’épée de cour ! Le petit bonhomme est devenu tout drôle, ah ! mais tout drôle, tout drôle…. Pour le flatter, Denis l’appelle maintenant p’tit George le drôle.

MÉDÉRIC LANCTÔT.

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