« Du Gouvernement de Parti », Le Pays (29 mai, 1867)


Informations sur le document

Date: 1867-05-29
Par: Le Pays
Citation: « Du Gouvernement de Parti » Le Pays (29 mai, 1867)
Autres formats: Bientôt disponible


Du gouvernement de parti.

(Du Globe.)

Nous nous apercevons que la presse tory poursuit son œuvre en représentant la séparation des partis politiques sous la nouvelle puissance comme une séparation des partisans de l’Union et de ses adversaires. Le cri : L’Union est en danger est poussé par chaque feuille « corruptionniste » par toute la province ; et tous ceux qui ne veulent point soutenir une coalition ayant à sa tête des anciens « corruptionnistes » — Galt, Cartier, — et un ou deux réformistes de bonne volonté (si on peut les trouver) comme partie de la coalition, — et les jobs du chemin de fer intercolonial, le pillage du chemin de York, et la honteuse extravagance départementale, comme fin de la coalition, — tous ceux-là sont dénoncés comme cherchant à renverser le nouveau système de gouvernement.

Rien, mieux que cela, ne fait voir la complète indifférence des torys pour le fonctionnement paisible de la confédération. Cela montre que tout ce qu’ils cherchent, c’est un cri qui puisse remuer le pays et les maintenir au pouvoir, — quand même il faudrait faire croire follement et faussement à l’étranger que la majorité du peuple canadien n’aime pas ses institutions et qu’elle est prête à se révolter. Quelque incroyable que cela paraisse aux personnes qui ignorent notre histoire politique passée, tel est cependant le moyen que les « corruptionnistes » ont longtemps employé pour se maintenir au pouvoir. Ils tentent aujourd’hui la même chose. M. John MacDonald et ses myrmidons n’ont reculé devant aucun acte de désespoir pour atteindre ou garder le pouvoir. Soit qu’il fallût brûler les édifices parlementaires, prêter un serment dérisoire, trahir un collègue malade au lit, soit qu’il fallût poursuivre avec des pierres le représentant de la reine, ou calomnier le grand parti de la réforme en le représentant comme violant son allégeance, — M. John A. MacDonald a toujours été prêt à l’entreprendre, et la foule des jobbers qui se presse sur ses talons a toujours été prête à le suivre.

Les conservateurs du Haut-Canada sont-ils prêts à donner leur appui à cette œuvre infâme ? Est-ce là le moyen de mettre efficacement nos nouvelles institutions en opération et de les faire fonctionner avec avantage ? Est-ce que tous ceux qui se sont opposés à la confédération, pour un motif ou pour un autre, doivent être dénoncés comme des conspirateurs contre l’Etat, et considérés indignes de la confiance publique ? Ils ne sont qu’une poignée en comparaison de toute la population des provinces unies : faut il donc les pousser au mécontentement chronique ? Différentes opinions les partagent et leurs motifs sont aussi divers que ces opinions : est-ce qu’on ne permettra donc à aucun d’eux de changer d’opinion ? est-ce qu’on les traitera donc tous de conspirateurs ? est-ce qu’il n’y aura donc de pardon pour aucun d’eux ? doit-on mettre dans la même catégorie et traiter de conspirateurs tous ceux qui s’opposent à cette croisade ? Doit-on vilipender tous ceux qui s’opposent à la coalition et répudient John A. MacDonald et Cie ? Est-ce que la portion respectable du parti conservateur doit donner à croire au monde que la ligne de démarcation entre hommesles politiques du Canada est l’union ou le refus de l’union, la loyauté ou la déloyauté, la connexion britannique ou l’annexion américaine,—et que ceux qui se prosternent devant la châsse de la coalition sont seuls des fidèles sujets de la reine ?

Tout en sachant fort bien quelles injures nous allons nous attirer par cette déclaration, nous disons que nous répudions complètement, vivement, cette vile tentative dictée par les plus vils motifs, dans le but de semer des hostilités par toute la province. Nous avons contribué pour beaucoup à amener les changements constitutionnels qui s’opèrent : nous avons une foi entière dans leur efficacité et leurs avantages ; nous avons autant à cœur que qui que ce soit le succès de la nouvelle constitution ; mais nous désavouons entièrement toute hostilité même la moindre, envers ceux qui se sont opposés à la mesure. Nous concevons parfaitement les craintes avec lesquelles des hommes comme les Macdonald de Glengarry, les Parker, les Currie, les Rymal, les Simpson, les Scatcherd, les Aikins, les Biggar, les Campbell et les Wallbridge ont vu la mesure ;—nous avons différé d’eux dans leurs raisonnements et leurs conclusions, mais nous pouvons respecter les motifs qui les ont guidés. Nous n’avons admiré ni la politique ni le genre d’opposition de nos vieux amis Dorion, Holton, Sandfield MacDonald, Laframboise, Sanborn, Joly, Huntington, Thibaudeau et leurs confrères ; mais ils ont franchement accepté leur défaite à la dernière session, et après tout cela nous leur confierions le soin du trésor public un million de fois plus tôt qu’aux cormorans qui ont fait gémir le pays de 1854 à 1862. Nous condamnons aussi fortement que qui que ce soit l’opposition aussi constante que odieuse des Howe et des Annand à la confédération, à la Nouvelle-Ecosse, et nous condamnons encore plus fortement le langage d’une partie de la presse de cette province depuis l’adoption du bill impérial ; mais l’erreur d’un jour, la violence d’une heure ne nous empêcheront point de nous rappeler que parmi ceux qui ont erré se trouvent

quelques-uns des hommes les plus capables des provinces anglaises, hommes dont les longs services publics seront reconnus dans l’histoire de notre pays.

Si nous devions les appeler traîtres parce qu’ils ont employé des paroles violentes dans la chaleur des débats sur cette seule question, sous quel jour ne devrions-nous pas regarder M. Cartier pour la tête de qui cinq cent louis ont été offerts en 1837 ? Si Joseph Howe doit être signalé comme annexionniste pour quelques paroles non réfléchies dites en 1866, de quelle façon parlerons-nous de A. T. Galt qui a signé le manifeste annexionniste de 1850 et qui a proposé la « réciprocité législative » en 1865 ? S’il faut dénoncer comme conspirateurs et priver de la confiance publique les hommes publics qui ont combattu la confédération pendant les quelques mois qu’elle a été sous considération, quel châtiment jugera-t-on assez sévère pour la foule des chercheurs de places qui pendant une longue suite d’années se sont maintenus au pouvoir en résistant énergiquement à toutes les réformes administratives, d’après l’ordre de leurs maîtres franco-canadiens, qui dénonçaient amèrement tous ceux qui demandaient justice pour le Haut-Canada, et qui n’ont enfin consenti à un changement que lorsqu’ils ne pouvaient plus garder le pouvoir sans l’accorder ?

Honte à ceux qui inventent des prétextes aussi infâmes ! L’union des provinces est un fait accompli ;. et maintenant, la question n’est pas de savoir qui l’a défendue ou qui s’y est opposé, mais bien qu’elle est la meilleure manière de la faire fonctionner et d’en tirer les plus grands avantages. Quand vous nous dites que toutes les questions de parti sont finies, et que la demi-douzaine d’hommes qui ont été achetés pour faire certain ouvrage auquel ils n’ont travaillé qu’avec répugnance, doivent conduire la nouvelle confédération—bien qu’ils n’aient pas la confiance de la majorité du peuple,—vous ne faites qu’insulter à nos sentiments et exciter notre indignation. Quand vous nous dites qu’une coalition des hommes de tous les partis en un seul gouvernement est le meilleur des arrangements possibles,—vous donnez le démenti à tous les enseignements de l’histoire anglaise et nous faites fortement soupçonner que les outrages de 1854 vont se renouveler. Mais quand vous nous dites que les anciens « corruptionnistes » sont pour se breveter les seuls auteurs et gardiens de la nouvelle constitution,—que John A. Macdonald est pour s’entourer de ses nullités d’autrefois et de quelques faibles rameaux arrachés du vieux trône de la réforme,—et que le cri de traitres et conspirateurs va être poussé contre tous ceux qui menacent de les supplanter, — alors nous disons que l’honneur et la paix du pays sont en jeu, et tous les bons citoyens s’uniront pour faire marquer une combinaison aussi honteuse qu’opposée à tout principe.

(A continuer)

Laisser un commentaire