« Hypocrites et Traitres », Le Pays (28 juin, 1864)


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Date: 1864-06-28
Par: Le Pays
Citation: « Hypocrites et Traitres » Le Pays (28 juin, 1864)
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Hypocrites et Traitres.

La longueur des débats parlementaires que nous publions aujourd’hui ne nous permet pas d’entrer, pour le moment, dans la considération des graves questions qui ont surgi de la dernière crise ministérielle et du dénouement inattendu qui l’a [couronnée?]. Nous avons cru qu’il était [convenable?] de soumettre d’abord au public tous les documents, tous les faits, toutes les explications et les discussions de part et d’autre, avant d’entrer pleinement dans l’examen de la situation, avant de faire ressortir les motifs des hommes qui nous ont engagés dans la voie d’une [confédération?] basée sur le principe ruineux et jusqu’ici repoussé de la représentation basée sur la population.

Cependant, le lecteur ne manquera pas de remarquer avec quelle mauvaise foi, avec quelle opiniatreté [ridicule?], les chefs du parti conservateur dans le Bas-Canada, le Col. [Taché?] et M. Cartier, ont voulu pallier le contrat [immoral?] et infâme au moyen duquel ils viennent de vendre leurs compatriotes ; c’est la lacheté la plus insigne dans la trahison la plus noire. Au débat des explications ni l’un ni l’autre n’a voulu avouer que la représentation basée sur la population serait le principe constitutif de l’une des chambres de la [législature?] fédérale ; et quand M. J. A. McDonald l’affirmait positivement dans la Chambre d’assemblée, M. Cartier cherchait à diminuer la force et la clarté de cette déclaration par des allusions mystérieuses à des intérêts de classes, de propriété, de territoire qui devaient aussi, suivant lui, former la base de la représentation.

Dans le Conseil Législatif, même évasion, même réserve, mêmes réponses ambigues, jusqu’à ce que le premier ministre, à la suite d’une décision formelle adoptée par tous ses collègues, ait été forcé d’avouer que la politique du gouvernement, au sujet de la représentation, était bien celle qui avait été annoncée par M. J. A. McDonald. Mais voyez avec quelle précaution, avec quelle [cauteleuse?] réticence il y va ! Ce n’est pas la représentation basée sur la population dont il s’agit : oh non ! c’est « la représentation suivant le nombre ! » Il ne veut pas appeler les choses par leur nom ; cela sonnerait mal aux oreilles des Bas-Canadiens. Hypocrisie partout ! Hypocrisie toujours !

Le Col. Taché et M. Cartier ont cru faire un grand coup en proclamant qu’il ne s’agissait pas d’adopter le suffrage universel et en disant que « toutes les classes, tous les intérêts et la propriété devront être représentés dans la branche inférieure de la législature fédérale comme en Angleterre. » Quelque journal ministériel voudrait-il nous dire en quoi cela change, dans ses effets et dans son opération par rapport à nous, la proposition hautement formulée que « la représentation doit être basée sur la population, » comme tout le monde l’a comprise jusqu’ici ?

Quand le Haut-Canada, par l’organe de M. Brown, demandait la représentation basée sur la population, qui a jamais cru qu’il s’agissait du suffrage universel ? D’ailleurs, M. J. A. McDonald l’a dit clairement : la représentation sera entourée des mêmes garanties, des mêmes restrictions quant à la qualification personnelle et foncière, qu’elle l’est maintenant. Pourquoi ne pas dire de suite une chose si simple au lieu de chercher midi à quatorze heures et de battre la campagne pour repousser une interprétation à laquelle personne n’eut songé ? Le but est évident : c’est de donner le change au peuple sur la pensée intime des ministres et de chercher à tromper encore après avoir trahi.

Maintenant, on se demande avec étonnement quels sont ces classes, ces intérêts, ces droits de propriété qui ne sont pas représentés sous la constitution actuelle et qui le seraient dans la confédération projetée, « comme en Angleterre. » Tout ce que nous savons, c’est que la qualification foncière n’est pas requise pour entrer dans le parlement de la métropole ; est-il question de faire la même chose ici ? Mais alors, que devient la protection promise à la propriété ? D’un autre côté, nous avons toujours compris que notre parlement actuel représentait toutes les classes et tous les intérêts ; il paraît que nous nous trompions tous. Mais voyez l’absurdité de ce langage que l’on semble nous offrir comme une garantie que nous ne serons pas noyés dans une confédération. Si toutes les classes et tous les intérêts doivent être représentés, dans le Bas-Canada, ne le seront-ils pas également dans le Haut ? Et s’il est vrai de dire que l’importance des classes et la variété des intérêts sont en raison directe du nombre des habitants, n’en résultera-t-il pas que le Haut-Canada sera plus largement représenté que le Bas ? Vous aurez beau retourner la question en tous sens, il vous sera impossible d’échapper à la conclusion que vous avez accordé, pour toutes les fins pratiques, la représentation basée sur la population.

Ce qui le prouve, c’est que M. Brown est satisfait ; c’est qu’il a déclaré en Chambre que M. Cartier était généreusement venu au-devant de ses vœux, tandis que M. Dorion et son parti n’avaient pas voulu accéder à [ses?] propositions. C’est le démenti le plus formel donné, d’une part, à ceux qui prétendent que M. Cartier n’a pas concédé le principe de la représentation basée sur la population, et d’autre part, aux calomnies que nos hypocrites adversaires ont débitées contre nous, et dans la presse, et dans les assemblées publiques et sur les hustings. Quand nous vous disions, honnêtes électeurs, trompés et dupés par les traîtres qui viennent de se démasquer, qu’on n’exploitait le beau sentiment religieux et national que dans un but d’agrandissement personnel et de domination politique, avions-nous tort ou raison ? Vous voyez maintenant, mais peut-être trop tard, où étaient alors les véritables amis de leur pays, les appuis les plus sincères de ces institutions que M. Cartier et les bonnes âmes qui font sa triste besogne en Chambre, viennent de jeter en pâture à l’alliance de M. Brown. Nous avons été les alliés de M. Brown ; mais entre les deux alliances il y a ceci de différent : c’est que lui-même avoue que nous avons refusé d’entrer dans ses plans d’agrandissement du Haut-Canada au détriment du Bas, tandis que l’alliance de M. Cartier avec M. Brown a été scellée par la concession immédiate de la représentation basée sur la population. Le sacrifice est consommé ; il l’est, Dieu merci, par les saints et par les prophètes du torisme, par les colonnes de l’autel, par les sauveurs de la nationalité : le libéralisme s’en lave les mains. Mais quand seront arrivés les jours mauvais que l’on nous prépare, on nous trouvera toujours aux premiers rangs dans la mêlée pour sauver au moins les débris de ce drapeau que des mains sacrilèges viennent de livrer à l’ennemi.

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