« Le Bill d’Education », Le Pays (7 août, 1866)


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Date: 1866-08-07
Par: Le Pays
Citation: « Le Bill d’Education » Le Pays (7 août, 1866)
Autres formats: Á préciser.


Le Bill d’Education.

La conduite du gouvernement au sujet des garanties constitutionnelles qu’il accorde aux protestants et qu’il refuse aux catholiques trouve de l’opposition jusque dans le camp ministériel. C’est bien le moins. Après avoir avalé sans mot dire tant et tant d’humiliations, il est bien temps qu’il proteste contre la suprême injustice.

Que l’on accorde aux protestants toutes les garanties dont ils peuvent avoir besoin, qu’on les mette à l’abri du fanatisme ou de l’intolérance—bien improbables—des catholiques canadiens-français, nous le voulons bien. Mais qu’on en fasse autant pour les catholiques haut-canadiens vis-à-vis le fanatisme protestant.

Puisque l’on nous fait l’injure de mettre des barrières constitutionnelles entre les deux croyances dans le Bas-Canada et cela par défiance de la majorité catholique, pourquoi traiter sur un autre pied le Haut-Canada, pourquoi commettre une véritable injustice à l’égard de la minorité catholique de cette section de la province ? Les protestants bas-canadiens peuvent-ils reprocher aux catholiques bas-canadiens ces actes de fanatique intolérance que les catholiques haut-canadiens ont soufferts de la part des protestants haut-canadiens ? Les insultes quotidiennes dont sont abreuvés les évêques, les prêtres et les religieuses du Haut-Canada, les émeutes et les attaques qui leur interdisent les processions et d’autres exercices du culte, les coups de feu tirés contre les couvents, les mille et un opprobres dont on les couvre chaque jour, n’autorisent-ils point des mesures de protection ? Nos compatriotes protestants dont le nombre en Bas-Canada est bien moindre que celui des catholiques dans le Haut-Canada, peuvent-ils citer de semblables faits d’intolérance à leur égard ? Non.

Et cependant notre gouvernement, le catholique M. Cartier, le dévot M. Chapais, l’orthodoxe M. McGee, le fervent M. Langevin protègent constitutionnellement ceux qui n’ont pas besoin de protection, et livrent sans défense aux lâchetés du fanatisme ceux qui ont précisément le plus grand besoin de garanties.

Pourquoi cette injustice ? pourquoi deux poids et deux mesures ?

Parce que si MM. Cartier, McGee, Langevin et Chapais tentaient un effort en faveur de la croyance qu’ils représentent, repoussés par leurs collègues protestants, ils ne leur resterait plus en honneur qu’à remettre leurs portefeuilles, et que cela ne leur sourit point du tout. Parce que si le gouvernement consentait à prendre sous sa responsabilité l’assimilation des droits religieux, des garanties légales, dans les deux sections de la province, sa majorité clear-grit, c’est-à-dire protestante fanatique, l’abandonnant à lui même, il succomberait aussitôt, et que pour un peu de pouvoir nos ministres préfèrent délaisser traitreusement leurs co-religionnaires. Le radicalisme haut-canadien refuse d’accorder aux catholiques ce qu’il réclame pour les protestants, l’égalité devant la constitution : le gouvernement, pour ne point perdre son appui, cède honteusement, sacrifiant ainsi plus de deux cent mille catholiques à sa soif du pouvoir.

Et nos ministres catholiques acceptent lâchement cette humiliante position ! Et les défenseurs ex-officio de nos croyances courbent la tête sous les ordres du radicalisme ! Et ces hommes, qui pour des fins politiques se sont toujours montrés, en paroles, plus dévoués au catholicisme que le pape lui-même, désertent au premier danger le drapeau qui depuis douze ans les a conduits si souvent à la victoire !

Tout cela pour garder leurs portefeuilles ! pour émerger chacun $5,000 du budget ! pour assurer à leur parti la conservation du pouvoir !

Les évêques catholiques du Haut-Canada les ont assiégés depuis plusieurs semaines, demandant, au nom de la justice, les mêmes faveurs que l’on accorde aux protestants. On les a leurrés avec de belles et brillantes promesses ; mais aujourd’hui ils se trouvent en face de la froide réalité, sans défense constitutionnelle, sans garanties, sans protection, livrés plus que jamais au fanatisme qui leur a fait tant de mal et dont la confédération va décupler l’intensité.

Les catholiques peuvent-ils avoir encore confiance en des généraux aussi pusillanimes ?

Les journaux conservateurs en général, tout en admettant que le ministère devait protéger les catholiques haut-canadiens à l’égal des protestants du Bas-Canada, ne tonnent point contre lui parce qu’il ne l’a pas fait. Ils se consolent en se disant qu’un député (M. Bell) doit proposer une mesure qui rendra cette justice à notre croyance.

Fort bien, messieurs ! Mais notez bien ceci : M. Bell a proposé une semblable mesure, c’est vrai ; mais la session touche à sa fin et il est très probable qu’elle se terminera avant que M. Bell ait obtenu justice ! Vous avez vu que M. Brown et ses amis ont déjà fait des misères à M. Bell et par divers moyens mis des entraves à l’avancement de sa mesure. Vous les avez entendu protester contre l’introduction aussi tardive d’une mesure de cette importance ! Vous savez qu’ils ont prétendu que le Haut-Canada devait connaître entièrement sa portée avant de le soutenir ! Eh bien ! n’est-ce pas à un signe certain de la chaude opposition qu’il va rencontrer ?

Et puis, quand même la mesure ferait du chemin, quand même elle ne soulèverait aucune discussion, quand même on s’accorderait à la soumettre au vote de la chambre avant la fin de cette session, savez-vous ce qui arrivera ? Tous ou presque tous les catholiques lui donneront leur appui ; mais tous ou presque tous les protestants lui refuseront le leur : et comme les députés protestants sont plus nombreux que les députés catholiques, elle sera rejetée, les catholiques sacrifiés, les protestants plus que protégés, le ministère gardera le pouvoir, MM. Cartier, Chapais, McGee, Langevin savoureront le fruit de leur lâcheté, de leur trahison, et les journalistes ministériels leur donneront de l’encens.

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