« Sans Titre », Le Pays (13 novembre, 1866)


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Date: 1866-11-13
Par: Le Pays
Citation: « Sans Titre » Le Pays (13 novembre, 1866)
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Nous trouvons dans “LA MINERVE” d’hier le passage suivant :

M. Cartier a promis que la minorité catholique du Haut-Canada serait protégée et on peut être sûr qu’elle le sera en dépit des intrigues du parti rouge et du malaise qu’il cherche à créer au milieu de notre population.

Le Pays reproche aux conservateurs de ne pas céder aux « instance de l’épiscopat. » Nous apprécions à sa juste valeur cette sollicitude spirituelle de notre voisin rouge ; mais nous pouvons calmer ses scrupules en l’assurant que l’épiscopat canadien est parfaitement satisfait de la conduite des ministres bas-canadiens sur cette question des écoles. L’épiscopat canadien sait fort bien qu’ils ont fait tout ce qu’il était en leur pouvoir de faire.

Il faut avoir le toupet des éditeurs de la Minerve pour oser écrire ainsi.

Nous avons reproché à M. Cartier d’avoir promis aux protestants du Bas-Canada des garanties qu’il a refusées, malgré les instances de l’épiscopat, à la minorité catholique du Haut-Canada — et nous sommes en mesure de le prouver.

Lorsque les députés protestants du Bas-Canada ont insisté pour avoir des garanties sous la confédération au sujet des lois d’éducation, ils ont obtenu la fameuse lettre que M. Galt écrivait en 1864 au nom du gouvernement Taché-Cartier. Cette lettre promettait aux protestants du Bas-Canada toutes les garanties qu’ils demandaient, mais ne contenait pas un mot en faveur des catholiques du Haut-Canada. Lorsqu’en 1866, il s’agit de réaliser ces promesses, les évêques catholiques du Haut-Canada se rendirent tour à tour au siège du gouvernement afin d’obtenir pour la minorité catholique du Haut-Canada, les garanties promises aux protestants du Bas-Canada. On les amusa avec de vaines promesses. Les ministres tour à tour leur faisaient entendre qu’il y aurait pour les catholiques du Haut-Canada, une mesure semblable à celle que le ministère devait proposer pour le Bas-Canada, L’on évitait cependant de prendre un engagement formel. M. Cartier, M. McGee et M. J. A. McDonald assuraient les évêques du plus grand sérieux qu’ils n’avaient rien à craindre, que l’on aurait soin des intérêts des catholiques du Haut-Canada. Mais lorsque M. Langevin a proposé au nom du gouvernement son fameux bill, qui ne contenait pas une clause, pas une ligne qui eut rapport au Haut-Canada, les évêques se sont aperçus qu’on les avaient joués par des promesses trompeuses, et c’est alors qu’ils ont résolu de s’adresser directement au gouverneur-général. Ce qu’ils demandaient, c’est que les mêmes garanties qui seraient accordées à la minorité protestante du Bas-Canada fussent accordées à la minorité catholique du Haut-Canada. Cette demande toute juste qu’elle était, a-t-elle été accordée? — M. Cartier a-t-il proposé, ou fait proposer pour les catholiques du Haut-Canada une mesure semblable à celle qu’il avait fait proposer pour les protestants du Bas-Canada ? Répondez à ces questions MM. les Rédacteurs de la Minerve avant de nous accuser de mensonges. Non seulement il ne l’a pas fait, mais lorsque les autorités ecclésiastiques du Haut-Canada eurent fait proposer par le député de Russell, une mesure calquée sur celle du ministère, que fit M. Cartier ? Plutôt que de la soutenir, il préféra faire retirer la mesure de M. Langevin. Nous avions donc raison de dire qu’il avait promis aux protestants du Bas-Canada, ce qu’il a refusé aux instances de l’épiscopat pour les catholiques du Haut-Canada.

Quant à la parole de M. Cartier, quant à ses promesses faites dans des discours après-dîner, nous savons ce que cela vaut. Ces promesses ne valent pas plus que celles qu’il a faites à l’évêque Farrell, à l’évêque Horan et à l’évêque Lynch pendant la session dernière. Elles ne valent pas plus que celles que M. Taché donnait au nom du ministère lors de la discussion sur le projet de confédération. Ces promesses me vagues, indéfinies, ne signifient rien, n’engagent rien, parce que ceux qui les donnent n’osent pas même dire, quand, ni comment ils entendent les remplir ; parce que déjà vingt fois ils ont fait de semblables promesses sans jamais les tenir.

Voyez plutôt quelle confiance l’on peut avoir dans la parole et dans les promesses de M. Cartier. Pendant la session dernière, il s’engageait formellement au nom du ministère à ne consentir à aucune modification du projet de confédération votée par la législature, et la Minerve nous dit en toutes lettres que le gouvernement se propose d’ajouter au projet de Québec.

“ Mais nous n’avons jamais nié, dit elle, l’intention de notre gouvernement d’ajouter au projet de Québec quelque clause protectrice des droits des minorités. ”

Voilà donc ce que l’on a promis à M. Galt pour le satisfaire et satisfaire les protestants du Bas-Canada. C’est à la demande de M. Galt que l’on s’est rendu et on lui accorde ce qu’on a refusé aux évêques catholiques du pays. Ce qui arrivera, nous pouvons le prédire d’avance. M. Cartier consentira à ce que l’on ajoute au projet de Québec quelque clause protectrice des droits de la minorité protestante du Bas-Canada, sans qu’il soit rien fait pour la minorité catholique du Haut-Canada. Nous jugeons de ce qu’il fera par ce qu’il a déjà fait.

Pour ce qui est de l’assertion “ que “l’épiscopat canadien est parfaitement satisfait de la conduite des ministres bas-canadiens sur cette question des “ écoles, ” nous disons que l’épiscopat est si peu satisfait que les évêques du Haut et du Bas-Canada ont résolu d’envoyer des représentations au gouvernement impérial pour lui demander des garanties pour la protection des intérêts de la minorité catholique du Haut-Canada sous la confédération, et qu’ils ont si peu de confiance dans les promesses de M. Cartier et dans le zèle de M. McGee pour obtenir ce qu’ils désirent, que l’un d’eux, l’évêque Horan, de Kingston, doit passer en Angleterre prochainement pour y soutenir les réclamations de l’épiscopat canadien.

M. Cartier et McGee ont si étrangement abusé au sujet de cette question des écoles, de la confiance que le clergé avait mise en eux, qu’il n’est pas étonnant que les évêques n’osent plus se fier à eux et qu’ils entendent veiller eux-mêmes aux intérêts de la minorité catholique du Haut-Canada.

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